OCEAN'S 12 : combien cette petite star dans la vitrine?

Publié le par Dr Devo

Mesdemoiselles,

 Nous arrivons enfin dans ce qui devrait constituer, à l'avenir, le gros de ce blog : le cinéma. Je pense que les premiers articles de cette rubrique amèneront certains esprits malveillants à vite deviner comment je choisis mes films quand je vais au cinéma, mais le temps est à mes côtés et les  lecteurs les plus fidèles verront qu'il n'en est rien.

 Puisqu'il n'y a pas d'alternative à la très sonore foule qui a envahi les rues de la ville pour acheter moult joujoux coûteux à une progéniture peu reconnaissante, je me suis faufilé dans le joli cinéma art et essai de la cité pour aller voir le nouveau film de Soderbergh. Pourquoi vous raconter tout ça? Pourquoi ne pas attaquer le vif du sujet tout de suite? Où sont les bagages? Où sont les voyageurs?

 En fait, il faut préciser quelque chose qui aura sans doute son importance pour la suite de cet article. Pour rester objectif et rendre compte avec la plus grande partialité des événements (et peut-être pour gagner du temps !), il convient de raconter, pour une fois, cette désagréable expérience pré-visionnement. Le froid extérieur était mordant, et je me suis vite vite faufilé dans la grande salle, malgré quelques minutes d'avance, huit sur l'heure officielle de la séance pour être précis.  Premier dans la salle (il devait y avoir d'ailleurs assez peu de monde à cette séance), je m'assieds  tranquillement, plutôt dans les premiers rangs, car la salle est grande mais l'écran pas tant que ça. Une musique légèrement démodée passe, mais à un certain volume, sorte de litanie gentiment ringarde comme Tarantino aurait pu en utiliser. Trois minutes se passent et soudain je mesure l'étendue du problème, à savoir, primo, que c'est toujours cette même chanson au format très court (2 min 30) qui passe et repasse, et secondo, que je connais très bien cette chanson car je crois qu'elle a été chantée par Elvis. C'est "A little less conversation". Ça passe une fois. Le projectionniste ayant eu la bonne idée de faire démarrer la pub avec dix minutes de retard, j'ai bien du entendre le King ou un de ses suiveurs une douzaine de fois, laissant mon cervelas dans un état assez décomposé quand le premier film-annonce a démarré.  Fin de la pub. Une dame derrière moi suggère que la chanson du King soit LA chanson du film de Soderbergh! Un frisson angoissant, profondément rouge, me parcourt. L'hypothèse est probable. I Can't Get Behind That! (par W.SHATNER, chanson de la semaine, voir article d'hier). Il faut garder en mémoire ce long travail de sape sonore.

 Bon. Et Soderbergh?

 Doit-on vraiment en parler? Ça commence vraiment très bien. Pendant les logos de la  Warner et de Village Roadshow, la couleur de fond de ces cartons change continuellement en fondu et c'est très beau. Ces 6 premières secondes sont vraiment très bien. Après, c'est moins intéressant. Le problème est évidement la noblesse de sang supposée de tous ces acteurs. Viens voir les Comédiens! L'Amérique, l'Amérique! On ne va pas faire le grincheux, il y en a quand même un ou deux de vraiment sympathiques et que j'aime bien. Ce n’est pas le problème...

 LE PROBLEME EST QUE JE VAIS AU CINEMA POUR VOIR DE LA MISE EN SCENE ET PAS DES ACTEURS! I CAN'T GET BEHIND THAT!

 Et là, ça se gâte. Soderbergh n'essaie pas de filmer son besogneux métrage (j’aime bien cette expression, ça fait très pro) comme un épisode de "Joséphine, Ange Gardien", qui passe d'ailleurs  ce soir sur TF1 et que vous seriez bien avisés de voir plutôt que d'aller payer pour Ocean's 12 (mmmmmmmmmmmmmmmmm! J'adore ça! C'est pour ça que j'ai fait ce blog! Pour pouvoir dire que Mimi Mathy a plus de potentiel que tous les George Clooney de la terre... Chose que je pense sincèrement, bien sûr).

 Ainsi, dis-je, Soderbergh n'est pas un tâcheron comme on en voit souvent (allez voir Bridget Jones 2, et vous verrez ce que j'entends par tâcheron), et force est de constater, ce que je tentais de faire dans le précédent paragraphe, qu'il ne cherche pas comme tant d'autre, à donner à son film un visuel de feuilleton télévisé. Très loin de là. Il cherche même plutôt la léchouille, avec de très chics et très splendouillettes (voir article du 18/12) caméras à l'épaule dans les scènes de groupe (c'est un peu sa marque de fabrique comme le "comédien-sur-travelling" pour Spike Lee). Une photographie assez fantasque aussi. Décors très comme il faut, traditionnels et high-tech. On nage dans le luxe à tous les niveaux, et Soderbergh bascule sa caméra dans tous les sens ce qui est plutôt sympathique de prime abord.

 Le problème est que sa mise en scène fonctionne à "l'intérieur du plan", si j'ose dire. Soderbergh léchouille gentiment son plan. Puis, léchouille malicieusement le suivant. Puis, léchouille astucieusement le suivant. Etc, etc.. Pris séparément, les plans sont quelquefois assez bien construits. Hélas, la mise en scène et le style sont atomisés. Il ne reste donc rien qu'une jolie collection de vignettes, mais pas vraiment de rythme, pas vraiment de mouvement. J'ai même pensé à "Old Boy" pendant la projection. Ce film était soumis, non pas comme ici aux acteurs, mais à son scénario, et on sentait bien que le réalisateur avait "designé" son film par séquences. Assez jolies d'ailleurs parfois. Mais, au final, le film restait une grande bouillabaisse, sans vraiment de vision d'ensemble ni d'univers particulier. Ici, dans Ocean's 12, c'est exactement pareil, mais à l'échelle du plan ! Et non plus à l'échelle de la séquence.

 On est donc dans le design et pas vraiment dans le cinéma. En y réfléchissant, et après une bonne nuit de sommeil, je pense qu'il y a quand même des choses assez belles à retenir dans ce film. A savoir:

 1) Les cartons Warner et Village Roadshow au début du film, comme je l'ai déjà dit.

 2) le plan  basculé à 45°, très très gourmand, sur un avion qui atterrit. Vraiment étonnant.

 3) Quelques beaux cartons. Notamment celui d'Amsterdam. Certains de ces cartons ne m'ont pas plu, soit dit en passant. C'est le point le moins convaincant de ma démonstration.

 4) Un très beau moment de grâce. Il s'agit de l'enchaînement qui commence par le gros plan du doigt qui appuie sur la gâchette de l'arbalète, suivi par un figurant dans les couloirs d'europol (plan muet en plus!). Ça, c'est vraiment superbe et ça fonctionne du tonnerre.

 En tout, la durée, mise bout à bout, de ces quelques plans, est bien d'une minute ce qui est bien peu pour une place de cinéma vendu à 5.40€. A part ça, ce n'est que badinerie plutôt auto-satisfaite. Par égard pour mes lecteurs, je passe sur le reste, bien volontairement. A savoir, les acteurs qui ont l'air ou font semblant de bien s'amuser, renforçant ce désagréable sentiment de regarder une fête par la fenêtre de la cuisine sans y être invité. (Un petit mot pour dire quand même qu'on retrouve Catherine Zeita-Jones après la ponte, de nouveau maigre et essayant de nouveau de nous faire croire qu'elle a 28 ans, et aussi, l'ineffable Vincent Cassel en vedette américaine, ce qui est quand même un comble. Cassel qui, soyons honnêtes, n'a pas hésité a prendre des leçons de hip-hop pour ce film! Quelle misère). Les autres acteurs sont gentiment insipides, exception faite des seconds rôles plutôt sympathiques, mais traités par dessous la jambe. Le titre du film devrait être "Ocean's 4"!

 Et par bonté d'âme, une fois encore,  je passe sur le scénario, que certains trouveront astucieux et impertinent sans doute, là où je vois un je-m'en-foutisme (complètement assumé par Soderbergh, soyons honnêtes) pas très malicieux et assez snob. Palme du mauvais goût au rôle de Julia-Roberts-qui-se moque-d'elle-même.

 Souhaitons une période de réveil pour Soderbergh, car on est quand même bien loin de "Kafka", de "L'anglais" ou même de "Full Frontal". Tout cela n'est pas très digne, c'es très indigeste. Un peu comme cet article d'ailleurs.

 Passons et attendons le prochain film.

  

 

Stupidement Vôtre,

 Dr Devo.

 

 

(chanson de la semaine : "I can't get behind that" de William Shatner)

 
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Publié dans Corpus Filmi

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Guile21 19/01/2007 20:44

J'evoquais effectivement dans ma petite critique le fait que je partais certainement avec un à priori, ou tout du moins une attente particulière au vu du plaisir que j'ai eu avec le premier film. Et pour mettre les choses au clair : oui je suis quelqu'un d'assez primaire quand je vais au cinema. J'assume totalement certains travers honteux de mes préférences cinematographiques. Alors d'accord Bad Boys 2 est une sous merde au niveau de la spatialisation ou de la mise-en-scène, mais j'ai toujours plaisir à le voir. Mon film culte est Les sept samourais de Kurosawa, mais je me complais facilement devant Love Actually. Et j'arrive facilement à faire abstraction face à une mise en scène plate au profit d'une analyse thématique.

Alors soit, je m'attendais à une suite à la hauteur du premier pour ce qui est du scénario, et j'ai été déçu. Aprés vous avoir lus, je comprend parfaitement le plaisir que l'on peut eprouver face à ce tour de garnement. Le geste est beau, comme peut l'être un Ready-Made. Mais une boîte de conserve dans un musée, ça reste une boîte de conserve... et quand on cherche simplement à manger, ça peut decevoir. (je ne suis pas sûr que ma métaphore soit adequate, on dirait une replique des Nuls). Sachez tout de même que c'est sans amertume que je defend mon point de vue, et je trouve le votre vraiment interessant.

Et pour repondre à ce cher Dr Devo, sache que pour sortir de la lethargie certains de tes textes, je serai toujours dans les parages.

Dr Devo 18/01/2007 12:44

On devrait faire ça plus souvent je trouve... Reprendre les critiques vieilles de deux ans et commenter à froid après la tempête et sans pression. ca a un côté vieille cave et vins liquoreux plutôt sympa...
Dr Devo

Le repassant 18/01/2007 08:31

Norman, c'est pas fondamentalement plus drôle, mais c'est vrai que lorsqu'à la moitié du film, en gros quand tu t'aperçois que le piche est un anti-piche qui ne sert à rien sinon à gonfler une baudruche de 75 millions de dollars, et que tu passes le reste du film à assister au gonflement de la baudruche en imaginant le réal jubiler à l'idée de ce foutage de gueule grande classe, c'est un peu mieux.
Vis à vis du spectateur, c'est pas si malhonnête que cela, Guile 21, parce que cela dévoile bien des ressorts derrière les films d'actions, de ton attente, et c'est assez fin comme attitude en fait. Pour quoi tu payes, sinon un ersatz d'action, et quand on le donne pas t'es pas content? Pourquoi? Faut pas oublier que le monsieur, que j'aime pas particulièrement par ailleurs, a fait bubble

Norman bates 17/01/2007 12:05

Moi je trouve que si, c'est plus drôle vu comme cela et on peut s'imaginer Soderbergh qui se marre derriere la caméra. Et puis ca evite surtout de s'ennuyer pendant le film, c'est vrai. J'ai trouvé que le montage était surtout responsable de cette impression de je m'en foutisme.

Guile21 16/01/2007 21:10

Oui le repassant, j'imagine trés bien la chose. Et de la part de Soderbergh c'est encore la chose la plus probable. C'est pour celà que je parle d'un "suicide public", non pas forcement artistique. Celà me rapelle le traitement que Tsui HArk a pu faire subir à Jean Claude Van-Damme sur Piege à Hong-Kong. Un petit jeu de massacre gratuit et defoulant certainement pour l'auteur. Mais vis à vis du spectateur, c'est une demarche tout de même assez malhonnête. Et malgré tout le mal que l'on puisse en penser, je reste un bon spectateur lambda face à de grosses machineries americaines (et oui, je suis quelqu'un d'assez primaire derrière mes tournures de phrases). On pourrait croire que je ne me suis pas aperçu de ce petit tour de gredin, mais je me suis vraiment posé la question du pourquoi un tel revirement dans la franchise (maintenant qu'une trilogie et prevue). La meilleure réponse est celle que tu donne, mais est-ce que celà en fait un meilleur film ? Pour moi, il est clair que non.