RECHERCHE SUSAN DESESPEREMENT de Susan Seidelman (USA-1985) et SEDUCTION EN MODE MINEUR de Gary Winick (USA-2002): Recherche quelque chose à dire désespérément...

Publié le par Docteur Devo

(photo: "Artists Only" par Dr Devo)

Chères Gentlegirls, Chers Gentlemen,
 
C'est la première fois que ça m'arrive, depuis l'acquisition à prix d'or de ma carte illimitée, mais il n'empêche, j'ai vu tous les films de mon cinéma Pathugmont local, tous sans exception, là encore aidé par ce STAR WARS III : LA REVANCHE DES SITH qui, comme je vous le disais, occupe à lui seul trois salles dont une en VO. Le grand cinéma art et essai local le passe aussi en VO ! Ce qui confirme complètement ce qu'on disait hier sur les différences entre le cinéma dit "d'auteurs" et le cinéma dit commercial. Nulle différence. Un film art et essai est un film qui passe dans un cinéma art et essai, donc LA REVANCHE DES SITH est un film art et essai, ce que tendait déjà à prouver l'interview de George Lucas par Béatrice Schoenberg, lors d'un journal télévisé sur chaîne publique, "Mr Lucas, vous qui êtes un réalisateur indépendant...", ce en quoi elle n'avait pas tort, la bougresse !
 
Tiens, il y a un truc assez extraordinaire dont je ne vous ai pas parlé. C'est le fabuleux film annonce pour le prochain Vin Diesel. C'est même sans doute un pré-film annonce, sa durée étant très courte, mais ça vaut le déplacement, et en ce qui me concerne, faire une bande annonce plus longue serait complètement obsolète. La "sublimissité" de ce film annonce tient en ce que le montage est entièrement musical, et d'une, et qu'il ne développe qu'une demi-phrase musicale, et de deux. Comme un leitmotiv sans cesse répété. Il s'agit des cinq premiers temps du riff introductif de GIRLS WANT TO HAVE FUN (ou peut-être GIRLS THEY WANT TO HAVE FUN ou GIRLS JUST WANT TO HAVE FUN ?) de Cindy Lauper. Ainsi, par saillie programmée, la bande annonce déploie ces 5 temps, et coupe. Puis, saynète comique, puis re-cinq temps. Coupe. Saynète comique, etc. C'est très beau parce que très incongru, cette phrase musicale coupée en plein milieu, ce refus de livrer la voix de la chanteuse, malgré l'utilisation de la célébrissime chanson qui a dû coûter, et c'est le cas de le dire, les yeux de la tête. Réfléchissez à cette expression. Les yeux de la tête. C'est beau. Voilà qui donne en tout cas, par ce dispositif expérimental dans l'univers frimeur et infographisé des bandes annonces (que des plans cut ici, en plus !), voilà qui donne, dis-je, une furieuse envie de voir le film. Comptez sur moi, j'irai. Le film s'appelle BABY-SITTOR, et c'est une production Disney (Arghhhh ! En même temps, c'est le producteur quasi-officiel des films des jumelles Olsen dont on évoquait ici le "bon" souvenir il y a quelques jours). Ça me fera sans doute un peu mal aux seins d'aller donner des sous à Disney, mais on fera l'effort de saluer, via devise, la pertinence de la démarche.
 
Donc, finis les films en salle, au moins jusqu'à demain, et bonjour les DVD, bonjour la médiathèque. Et bonjour les années 80, avec ce RECHERCHE SUSAN DESESPEREMENT de Susan Seidelman, film-culte de la génération Première de l'époque, au sein de laquelle, believe it or not, je fus nourri, que le temps passe. Malgré cela, on ne peut pas dire qu'une envie folle de voir le film me dévorait de mille feux intérieurs, loin de là. Bah, l'occasion est un bon larron, me dis-je. Et se replonger dans les années 80 à jamais perdues, drame des drames, ça ne se refuse pas vraiment.
Rosanna Arquette (si jeune !) est une femme au foyer dans le New-Jersey. Banlieue résidentielle, mari qui travaille (il vend des piscines) et qui la méprise gentiment. Tant que le repas est fait, hein... Rosanna s'emmerde dans sa vie bourgeoise. Elle est obnubilée, quand elle va chez le coiffeur principalement, par ces annonces récurrentes que passe dans le journal une certaine Susan à un certain Jim. Ça fait des années que ça dure, ils se donnent rendez-vous via les annonces du même journal à divers points du pays. En ce moment, ils sont à New York, de l'autre côté de la rivière quoi ! Ça la fait rêver, ce couple romantique, la Rosanna. Elle décide d'aller épier la rencontre entre les deux amoureux. Et elle les épie, Susan et son boyfriend Jim. Bon, ensuite ça se complique, et ça fait déjà quelques jours que j'essaie de trouver un moyen de vous raconter le quiproquo à la base du film. En vain. Disons cela. Susan (Madonna, débutante prometteuse quand elle signe le contrat et devenue superstar en plein milieu du tournage, d'où le succès inespéré du film !), petite arnaqueuse sympathique, ultra bien sapée, dans le style splendouillet de l'époque, menteuse pathologique, embobineuse professionnelle, se rend compte qu'un type avec lequel elle vient de coucher a été assassiné, et que le tueur cherchait deux bijoux égyptiens (des boucles d'oreille) qu'il n'a pas trouvés, et pour cause : Madonna avait fait les poches de son "one night stand" avant de le quitter au petit matin, embarquant, entre une grosse liasse de dollars et le cendrier de l'hôtel, les précieuses boucles. Bon, là ça se complique. Suite à un quiproquo inexplicable ici, donc, Rosanna est abordée par le tueur qui la prend pour Madonna. Et Rosanna a un accident, un coup sur la tête qui la rend amnésique. Un ami du boyfriend de la vraie Susan/Madonna, Dez (Aidan Quinn, dites donc !), projectionniste (un bon gars !) récupère Rosanna au sortir de sa syncope et la prend aussitôt pour Susan. Rosanna, amnésique donc, se retrouve dans la peau de Susan. De son côté, la vraie Susan/Madonna cherche à mettre la main sur celle qui lui a volé son identité... Quiproquo, inversion de l'échelle sociale et intrigues sentimentales... C'est une comédie.
Je crois bien qu'il s'agit du premier film de Susan Seidelman que je vois. La femme qui a propulsé Madonna et John Malkovich au firmament, quand même. Ça n'est pas rien. Ahahaha !
Sérieusement, ça vaut quoi ? Le film dans son ensemble est assez mou, et on peut s'étonner de le regarder sans bailler ni vraiment s'ennuyer. Cela dit, on n’est pas complètement en pleine indigence. Les intrigues autour d'un quiproquo aussi indémêlable que celui-ci marchent toujours un peu. L'interprétation est assez plaisante, surtout en ce qui concerne Arquette et Aidan Quinn. Madonna n'est ni infamante, ni remarquable. Ça fait son boulot, tout en frime, due à l'époque. RECHERCHE SUSAN DESESPEREMENT est surtout un film de mode, vestimentaire et accessoires, ce qui peut contribuer à une tendresse coupable pour les mortellement nostalgiques de l'époque, dont je suis. Les acteurs secondaires (parmi lesquels un John Turturro débutant, vraiment très drôle) ont des visages complètement différents des acteurs de nos jours, c'est vraiment très frappant, et on peut faire cette remarque sans mettre cela sur le compte du look. Les temps ont changé. Avant, pour les plus jeunes, il faut bien dire que les films n'avaient pas l'air de n'être tournés qu'avec des mannequins mâles et femelles de Beverly Hills. La frimousse d’Arquette quand elle prend une demi-cuite est vraiment charmante. Aidan Quinn est vraiment projectionniste. On le voit charger un appareil, mais la caméra est de l'autre côté du projecteur, si bien qu'on ne voit pas la manipulation, mais ça se sent, bizarrement, Quinn sait charger un film en 35mm. Salutations, collègue. Sinon, le cadrage est gentil, sans être indigent. Les efforts sont essentiellement portés sur la lumière, très artificielle, pleine de rouge et de vert mêlés (c'est quand même pas du Argento mais ça fait plaisir), et aussi quelques True Bleu, bébé je t'aime, bleu évanescent, là aussi typique d'une époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, où le bleu au cinéma n'était pas systématiquement lié à la nuance gris-métal ! Quant au montage, c'est gentillet sans plus. On regrettera seulement que la réalisatrice ne fasse qu'un plan en plongée sur la cage d'escalier qui mène au toit de l'appartement de Dez car c'est un bel endroit, et ça fait classe.
On peut regarder RECHERCHE SUSAN DESESPEREMENT. Surtout si c'est ça ou regarder Navarro ou PJ, n'hésitez pas. Et si vous n'avez pas profité des années 80, parce que trop jeunes, foncez, ça vous donnera une idée. La musique est remplie de tubes potentiels, la plupart interruptus, mais aussi de INTO THE GROOVE de Madonna dans une scène de discothèque très intéressante pour le chercheur et l'ethnologue, avec faciès et fringues branchouilles certifiés au carbone 14. Un chouette moment. Du coup, on entend peu la musique originale de Thomas Newman, assez charmante et complètement splendouillette. Yummy yummy !
La scénariste de RECHERCHE SUSAN..., quelques années après, devait écrire le scénario d'un film de Chantal Ackerman... CQFD ? CQFD !
 
Bah, y avait quoi à la médiathèque, sinon ? Il y avait SEDUCTION EN MODE MINEUR, de Gary Winick, bonjour monsieur, avec Aaron Stanford (ha ouais ?), Sigourney Weaver, tellement si belle on l'aime tellement si fort, et Bebe Neuwirth, cachetonneuse de talent, je trouve. Gary Winick est aussi le responsable d'un film récent avec Jennifer Garner, dont je ne me rappelle plus le titre, et qui racontait l'histoire d'une môme de 13 ans qui se réveille dans le corps d'une adulte de 30 ans ! My eyes are getting BIGger and my bank account, comme disait le poète britannique.
Ça raconte les tribulations de Aaron, un jeune gars de 15 ans (l'acteur en a 24 à l'époque du film !), super intelligent, super cultivé. Fils d'intellos, son père est docteur en histoire, et il vit au milieu d'adultes intellectuels, l'intelligentsia West Side de Manhattan, avec portier et vue sur le Park, please. À l'occasion des vacances de thanksgiving, il revient chez son père, à sa plus grande joie. Aaron, intello brillant (surréaliste même : il cite Voltaire à tout bout de champ, et connaît tous les champs d'une culture académique des Beaux Arts, qui appartient sans nul doute au réalisateur !) ne s'intéressa pas du tout aux filles de son âge, qu'il trouve puériles. Il voue une admiration sas borne, une dévotion même, à Sigourney Weaver, la nouvelle femme de son père (sa belle-mère quoi !). Une dévotion amoureuse même. Et il est bien décidé à se dévoiler pendant ces vacances. Malheureusement, elles commencent bien mal : dès le premier soir à New York, il prend une cuite et couche avec Bebe Neuwirth, à peine plus jeune que Sigourney, c'est à dire 40 ans peu ou prou ! Les choses se compliquent, et malgré ses efforts et les tourments amoureux qui l'agitent, ce n’est pas gagné pour Aaron...
Quand j'ai choisi le film, je pensais avoir à faire à un film de college, genre sublime que j'adore, et en fait ce n'est pas vraiment ça. D’abord le film est en vidéo ! Première surprise. Et il s'agit apparemment d'un film indépendant ! Si vous voulez savoir ce qui est chic et branchouille dans les milieux aisés de Manhattan, ce film est pour vous. Sinon... Ben on s'embête drôlement. Rien n'est surprenant dans le scénario, et l'acteur principal ressemble plus à un faux surdoué, plutôt chien savant (tu le sens le jeu de mot ?), qu'à un ado talentueux à la Max Fisher, le flamboyant héros de RUSHMORE de Wes Anderson. Pas beaucoup de panache ni de charisme, le bonhomme.
Et Dieu que le film met du temps à se déployer ! Le sujet aurait pu être sympathique et enlevé, mais non, là c'est du lent, c'est du poseur. Le choix de la vidéo est double : d'abord pour tourner vite (2 semaines) et ensuite pour surfer sur la vague indépendante. Bingo, car le film sera récompensé au Festival de Sundance. Peu de fantaisie donc, une première partie fadasse, un héros qui n'a aucun naturel et qui est le réalisateur (ou le scénariste) déguisé en ado, et un rythme derrickien ou presque, lorgnant sur la succession juteuse et européenne du Woody Allen d'avant la retraite. Et pas franchement drôle. La deuxième partie est un peu meilleure, avec enfin des vrais bouts de comédie dedans, et on passe difficilement la troisième. Tout est prévisible, de la francophilie de base (croissant, déjà-vu, voulez vous coucher avec moi ce soir, comme l'ont brillamment dit Lambert Wilson et Valérie Lemercier pendant la remise du palmarès de Cannes, la seule bouffée d'air frais, de classe et de bon goût de cette cérémonie d'ailleurs), du sous-sous-salingerisme beaucoup moins convaincant que le naïf mais direct hommage du célèbre groupe français : "...des fleurs pour Salinger, Wouoh-oh-oh-ho-oh-oh". Et puis Salinger chez les super-friqués de New York, contre lesquels je n'ai rien sinon leur épouvantable snobisme, ça me fait doucement rigoler, et c'est un peu le contraire du célébrissime héros du grand écrivain, non ?
La musique est horrible, remplie de fausses chansons françaises. Il y a une séquence ignoble, et avec effet sous Adobe Premiere en plus, onirique et des plus laides, plus laides encore qu'un soap américain style Feux de L'Amour, mais aussi kitsch, ce qui est un peu gênant dans une comédie à la Woody Allen. La vidéo, je ne suis pas contre, loin de là, mais ce n'est pas parce qu'on filme en numérique qu'il ne faut pas fixer la caméra sur un pied, surtout quand on cherche à faire des plans classiques et pas du FESTEN (film que j'aime bien par ailleurs, Dieu merci, on a échappé à ça). Parce que les plans semi-flottants, ça va cinq minutes. Sigourney Weaver est à côté de la plaque une bonne moitié du temps, et seule Bebe Neuwirth apporte un peu de fraîcheur. Là aussi, avec ses clips musicaux intermédiaires et une certaine putasserie, on voit bien que le cinéma indépendant et celui des majors, c'est quasiment la même chose, David ayant très envie de tuer Goliath pour prendre sa place ! CQFD !
 
Bref, ne perdez pas votre temps avec ce film pas nul, mais mauvais, et surtout très antipathique. On préférera la franchise de SUSAN...
 
Légèrement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Publié dans Corpus Analogia

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Commenter cet article

Fab 24/05/2005 22:02

Ah oui je me souviens de Madonna qui se sèche les dessous de bras avec un dry-O-Matic. Elle mâche du bubble gum comme personne, et elle roule un palot à un mec assise sur un flipper.

Toute une époque.
+
Fab

leon 24/05/2005 21:23

c'est vrai que tron est vraiment nul, mais j'avais adoré à l'époque - par contre il y a truc indiscutable - ce film a le meilleur titre de tous les temps
"tron", quand même

balibaloo destroy me, I wanna be groovy 24/05/2005 19:06

Pia Zadora, poil au bras... nyark nyark

Le Marquis 24/05/2005 17:43

Ah oui, tiens, j'oublie toujours TRON - mais c'est vrai que c'est un peu le parent pauvre dans l'histoire, sans ses effets "spéciaux" le film n'a rien de très mémorable... Un autre parent pauvre : LE TROU NOIR, vraiment pas terrible même si j'aime assez les dernières minutes.
Par contre, des films comme RETURN TO OZ, LA FOIRE DES TENEBRES ou LE DRAGON DU LAC DE FEU, en plus d'être des "madeleines", n'ont vraiment pas pris une ride et gagnent amplement à être vus (ou revus) aujourd'hui. RETURN TO OZ et LE DRAGON... sont discrètement sortis en DVD chez Disney dans une collection à bon marché, en VOST et format respecté : il ne faut surtout pas s'en priver.
Complètement d'accord avec toi, Mr Cre, Hillary & Morgan n'avaient pas l'air dans leur assiette, on se serait cru dans "Coups d'humour".
Stone, the world is stone... Personne n'a vu le film avec Cindy Lauper et Jeff Goldblum ? C'est une de mes Arlésiennes, mais vu le flop, je risque de devoir attendre longtemps avant de mettre la main sur cette perle de culture. S'il y avait une justice, ça sortirait en double-programme avec ROCK ALIENS (avec Pia Zadora).

Dr Devo 24/05/2005 16:04

Dire que cécile de France a osé singer dark vador! non pas que ce soit un crime contre l'hulmanité, mais on voit à quoi pense nos acteurs. Si c'est ça leur ambition, pas étonnant qu'il y ai une légère pénurie!

Dr Devo