SI J'ETAIS PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE : 10 règles pour améliorer la qualité du Cinéma Mondial

Publié le par Dr Devo

Mesdemoiselles, Messieurs,

 Figurez-vous que je suis en train de préparer mon top 20 de l'année cinématographique qui s'achève, comme je le fais chaque année. On y reviendra car cela fera parti d'un prochain article.

 Avant de rentrer dans le détail, parlons un peu de moi. Il est temps que vous appreniez deux ou trois choses sur le Dr Devo. D'abord, ce matin je me suis fait couper les cheveux. Deuxièmement, je vois beaucoup de films tous les ans. D’abord parce que j'aime ça, certes, mais aussi parce que j'ai travaillé pendant de nombreuses années et jusqu'à très récemment dans un cinéma. Je réalise également de très splendouillets courts et moyens métrages. Je dois voir à peu près 100 ou 150 films par an en salle (100 me parait plus juste), et encore plus en vidéo ou dvd.

 Et bien le croiriez-vous, cette année comme l'année dernière, j'ai beaucoup de mal à faire mon top 20 annuel. Certes, j'ai vu pas mal de films très agréables, et énormément de mauvais (ce qui n'est pas forcément pour me déplaire d'ailleurs!!), mais il faut bien avouer que très peu de films sont vraiment passionnants ou émergent du lot. Et pourtant je me considère exigeant, c'est sûr, mais assez bon public. Paradoxe. J’ai travaillé dans des salles commerciales normales, qui passent du Harry Potter et du Blade Trinity, aussi bien que dans des salles classées "art et essai" et même "recherche"! Croyez-en mon expérience, la proportion de bons films et de mauvais films est absolument la même dans les deux camps. Commerciaux ou "à visée artistique", 8 films sur 10 sont mauvais, 1 est agréable, et 1 est très beau et peut être qualifié d'oeuvre d'art.

 Donc cette année encore, peu de films qui soient des oeuvres d'art convaincantes ou émouvantes, et une quantité astronomique de films qui nous resservent exactement la même histoire qu'on a déjà vu 100 fois.

 Heureusement, Docteur Devo a la solution pour améliorer de manière très significative sur le plan qualitatif le niveau de ce bel art qu'est le cinéma. J'ai donc pris une série de mesures, assez drastiques certes, mais vouées à la réussite.

 MANIFESTE POUR L'AMELIORATION  QUALITATIVE DU CINEMA MONDIAL

 1) Obligation pour les réalisateurs de voir leur film en salle avant de le sortir...

 …et non pas se contenter de le regarder sur la table de montage c'est à dire sur des écrans vidéos. Deux avantages: a) leur montrer qu'un montage frénétique avec des plans qui ne durent pas plus de trois trames avec une caméra épileptique, c'est difficilement regardable sur écran vidéo et illisible sur grand écran. b) leur faire subir la longueur et la redondance des éléments scénaristiquement signifiants de leur propre oeuvre, ce qui, à coup sûr, déclenchera de grandes vagues d'humilité chez les artistes.

 2) Mouvements de caméra interdits pendant un an, voire deux...

 95% des cinéastes bougent leur caméra pour ne pas ennuyer le spectateur, certes, mais aussi parce qu'ils ne savent pas monter un film. Le cinéma, c'est le montage prioritairement.  Grâce à cette mesure, on va s'apercevoir que la plupart des cinéastes sont soit de gros fainéants soit des incompétents. Les spectateurs vont s'apercevoir que dans une scène d'action, peu de gens savent donner du rythme dans le montage, et que, dans les scènes de dialogue, on ne trouve aucun jeu sur les coupes: celui qui parle est à l'écran et point barre. Ce n'est pas tolérable. Un film doit être plus créatif que ça quand même. On est plus au temps de Pagnol!

 3) Interdiction des scènes de tribunal, d'enterrements, et charte de bonnes conduites dans les films à costumes...

 Honteuses manipulations émotionnelles du spectateur, c'est fini. Les réalisateurs qui passent plus de temps à mettre en valeur les millions d'euros dépensés dans les costumes que dans la mise en scène :OUT!  Oui, mais alors comment faire si le film parle de l'Inquisition espagnole au XIVème ou s'il se passe à la cour de Louis XVI? C'est très simple: tout le monde en bleu de travail.  Les plus frileux des cinéastes peuvent aussi habiller leurs acteurs en habits contemporains (ce qui serait moins splendouillet qu'un film de James Ivory, mais beaucoup plus ludique!).

 4) Interdiction aux effets spéciaux numériques et à l'étalonnage numérique...

 Les réalisateurs dépensent des fortunes dans les effets numériques souvent de qualité médiocre même dans les productions les plus riches. De plus, je remarque que des plans dans les films récents utilisent le numérique pour leurs trucages, là où avant on arrivait très bien à le faire en direct sur le plateau. Il est ridicule qu'au moindre effet de fumée ou envol d'oiseaux dans un film, on puisse voird'horribles animations de synthèse quand, après tout on se débrouillait très bien lors du tournage dans les années 80. Exemple? John Carpenter avec "Fog". Ou alors la fabuleuse scène de voiture dans "Existenz" de David Cronenberg avec une superbe projection pour faire la route qui défile. Simple et magnifique (en plus du point de vue de la photographie ça donne une grande impression de luxe ; vous avez remarqué que plus un film contient des FX numériques, plus il est mal photographié!).  Matte-painting, maquettes, surimpression, etc... donnent de très bons résultats. Avantage de ce point de règlement: rationalisation du montage (comme dans le point No2), baisse des coûts de production, ré-acquisition des compétences de bases chez les jeunes réalisateurs, amoindrissement des diktats "esthétiques" et scénaristiques des département d'effets spéciaux pendant la pré- et la post-production.

(...et enfin, fini les plans à effets spéciaux ignobles dans des films qui n'ont aucune raison d'en avoir, comme récemment dans l'ignominieux "Journal de Bridget Jones 2": le plan séquence qui part de la fenêtre de Bridget parcours les toits de Londres et se finit sur les pieds de Colin Firth... Qui osera me contredire, les yeux dans les yeux que non seulement ce plan est inutile mais qu'il est un des plus moches jamais tournés... Un étudiant à Sup'Info'Com n'aurait jamais osé  aboutir à quelque chose d'aussi raté).

 5) Obligation de jouer avec le son pour les réalisateurs...

 Jouer avec le son c'est pas seulement mixer une explosion en 5.1! Pourtant 9 films sur 10 utilisent le son comme il y a 60 ans! Les contrevenants verront les copies de leurs films tirées en mono!!

 6) Limitation des dossiers de presse aux filmographies et interdiction des notes d'intention

 Il faut abolir le dossier de presse tel qu'il est conçu. Destiné aux journalistes et aux professionnels, le dossier de presse mâche le travail en disant quoi penser du film, et surtout en dévoilant les intentions du réalisateur. A l'arrivée, on s'aperçoit que les journalistes de Canal +, Le Figaro, Le Monde ou je ne sais quoi disent tous la même chose et analysent tous le film de la même façon. Si le dossier de presse ne contenait aucune note d'intentions et filmographies des personnes qui ont fait le film, on obligerait les journalistes à travailler par eux-mêmes et non pas à recracher la soupe dictée par la production. Le journaliste de cinéma, contraint d'avoir un avis personnel, démissionnera pour laisser sa place à quelqu'un de compétent ou alors sera obligé d'analyser tout seul le film.

 Ainsi, finis les parallèles fictifs entre le film et ses prédécesseurs. Finis les réalisateurs qui ne font rien passer, pas même l'ombre d'une idée dans leur film, mais qui font croire que leur film en est bourré via le dossier de presse. Retour à un principe fondamental du cinéma : c'est la mise en scène  visible hic et nunc qui fait la qualité (ou non) du film et non pas les propos d'un tel ou d'un tel avant et après le visionnement dudit film! De plus, les scénarios en lecture lors des commissions d'avance sur recette, ne pourront être défendus que par eux-mêmes.

 7) Interdiction aux cinéphiles de lire les critiques et obligation pour les spectateurs détenteurs de carte illimitée d'aller voir au moins une fois sur deux un film qu'ils ne seraient sinon jamais allés voir, le tout PENDANT UN AN...

 Enfin le spectateur libre de son choix, et retour aux spectateurs  curieux qui ne font pas voir que des films prévisibles par lesquels ils sont convaincus d'avance. Résultat visible au bout de quelques mois: le spectateur cinéphile s'aperçoit que son point de vue sur le cinéma est différent et qu'il n’est plus d'accord, mais alors pas du tout, avec la presse (encore une fois!) ou avec son entourage qui continue d'aller voir les films par bans, comme des moutons. De plus, il s'aperçoit que cette année-là il a vu plus de bons films que les années précédentes. Suprême luxe : les films ont un peu plus de chance de trouver leur public, l'audience des petits films augmentent. Le garçon qui aime bien les films de Steven Seagal s'aperçoit que Sam Peckinpah, c'est quand même autre chose. La fille qui adoooooore l'énième clone filmique de Almodovar, s'aperçoit que ça n'arrive pas à la cheville d'un bon film de collège. Deuxième vague de résultat: la propagande publicitaire est plus difficile à mettre en place pour les distributeurs, des résultats très surprenant apparaissent au box-office, et, in fine, la qualité et l'originalité des films augmentent.

 J'ajoute que les spectateurs avec carte illimitée n'ont aucune excuse pour ne pas appliquer ce programme.

 8) Limitation du nombre de copie par film...

 Cette idée n'est pas de moi mais de l'ARP, syndicat des réalisateurs indépendants. Le dernier Lars Von trier est sorti avec 20 copies sur toute la France. Je suis presque certain que les "Indestructibles" doit atteindre ou dépasser, ou au mieux, frôler les 1000 copies!!!!! 1000! Ein tausend!! Je ne dis pas que les gros films sont tous mauvais et que les petits films sont tous excellents, loin de là. Comme je l'ai déjà dit, la proportion de bons films est exactement la même. Mais, tout personne un peu sensée sait que, malgré ce que nous disent producteurs, réalisateurs, distributeurs et directeurs de salle de cinéma, l'économie d'un marché ne se décide pas uniquement sur l'OFFRE mais sur l'offre ET la demande. 

Avec 1000 copies contre 20, avec dans les deux cas un réalisateur connu, on est bien entendu dans un cas de concurrence déloyale et même, à mon sens, d'une espèce "de vente à perte" des moyens de distribution. C'est mathématique: un film à 600 copies ou plus ne peut pas se planter! Harry Potter (peu importe la qualité du film), ne peut qu'être qu'un succès, ne serait-ce que parce qu'il passe dans une salle sur 4! "Le Boulet" n'a pas  marché... Pas grave, avec le nombre de copies, il est impossible de ne pas rembourser le film.

 Voilà qui relativise l'adage que ce soit le spectateur qui au final fasse le succès d'un film... Pas vraiment en fait. Pas du tout même.

 9) Abolition des films en VF, sauf pour les films aux moins de 7 ans

 Dès 7 ans, un spectateur peut très bien lire les sous-titres. Combien de films sont bousillés par des doublages infects? C'est le cas au Portugal. Résultat: moins d'argent dépensé, plus de chance pour les films et amélioration de l'apprentissage de la lecture et des langues étrangères dans l'Hexagone.

 10) Limitation du prix de la place à 6 euros au tarif plein et 5 euros au tarif réduit....

 Les gens iront plus au cinéma. Et ça fera râler les gros exploitants qui nous font souvent payer sur le prix de la place une installation technique depuis longtemps déjà remboursée et des frais indécents de marketing!  

 

 

 

 

Voilà! C’est un beau programme. N'hésitez pas à me faire de vos suggestions afin d'améliorer cette charte! 

  

 

Respectueusement  Vôtre,

Dr Devo

 

 

(chanson de la semaine: "I can't get behind that" de William Shatner)  

 

 

 

 

 

 

Publié dans Ethicus Universalis

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minary 14/11/2007 12:58

hello! il m'arrive d'avoir envie d'aller voir un "bon" film ,ç'est mieux que la vidéo,mais je suis obligé de faire 50 bornes ,aller retour montélimar est le plus proche, et en ressoratant j'ai mal au coccyx et aux genoux tellement le manque de confort se fait sentir ,sans parler d'odeurs bizarres qui stagnent dans l'atmosphère. Donc je me retiens souvent et j'attends les sorties vidéo que je contemple dans mon sweet home avec mon 5.1 basique ,je mets sur pause quand je veux soit pour aller pisser un coup ou me verser une pitchnette de kisswy ,et je relance la mécanique et j'en suis content . L'inconfort ,au ciné ,est une chose inadmissible.Mais bon,dans mon petit for intérieur ,je sais que rien ne vaut le visionnage d'un film dans une salle.

Je serais de retour 17/12/2005 14:01

quand est-ce que ce manifeste est publié en bonne et du forme dans un journal a large audience?

En ce qui me concerne, j'ajouterai l'obligation de faire au moins 5 kitchens movies avant de pouvoir disposer d'un budget supérieur à 150000 euros.

Pour les kitchen movie, voir l'article correspondant sur le site.

schtarb 03/02/2005 19:34

Je veux signer ce manifeste !
Bon disons, à bon entendeur bien sûr, qu'on ne peut cautionner les articles 1 à 5 d'un simple point de vue legislatif car cela releve quand meme de la liberté de création et d'expression de l'auteur ( aussi primitive et limité qu'elle puisse être dans la plupart des cas ).
Pour ce qui est de l'article 6, là aussi l'idée est une nouvelle fois la bienvenue mais egalement encore une fois inapplicable =)
Par contre mon ami, les articles 7 à 8 relèvent, je pense, presque d'un devoir culturel de tout un chaqun lorsqu'on voit actuellement la mise en péril de tout l'art cinématographique. Je suis heureux pour toi de te voir relativiser à propos des 1 ou 2 films digne d'interet que tu parviens à voir si 10... mais rappellons quand meme que nous ne possédons pas tous ta fameuse carte et qu'il revient cher aujourd'hui de pouvoir sortir d'un cinéma "la tete dans les nuages "...
Je ne sais pas vous mais je trouve que le cinéma prend réellement et de plus en plus une dimension capitaliste plutot que la dimension artistique qui le définit par là meme...
Aussi le manifeste, je t'en suis gré et il serait bon de porter ceci à des oreilles aptes au renouveau cinématographique ( si on peut encore l'espérer )

Tchuss l'ami ! =)

fabrice 23/12/2004 19:41

J'aime bien le concept...

Dr Devo 23/12/2004 14:54

Cher fdutour,
 
comment choisir ses films selon l'article 7?
Voici quelques methodes : la pub, les acteurs, les sujets, le realisateur, le bouche à oreille provenant de tes amis qui ne lisent pas la critique...
Et le hasard bien sûr! Même en allant un an au pifometre je suis presque sur qu'on ne va pas voir plus de navets! La plupart des films qu'on me conseille, ce qui inclut les conseils des journalistes specialisés sont trés mauvais,. tout le monde peut en faire l'experience... ceux qui pensent le contraire devraient s'interroger sur leur poisse (suis-je atteint par la loi de Murphy?) ou sur la possibilité d'être un "veau" tel que tu l'as merveilleusement décrit!!
 
Dr Devo
(chanson de la semaine : "I Can't Hide Behind That" par Willima Shatner)