LAÏKAPARK (saison 1, épisode zéro), de Benoît Forgeard (France-2005) : Fidèle, la chienne lascive de Dracula

Publié le par Dr Devo

(Photo : "On se lève tous... (le meurtrier était là)" par Dr Devo)


Chers Focaliens,

C’est très souvent qu'on reçoit dans sa boîte à mail des pubs pour des festivals ou des courts-métrages. En général, même si je regarde toujours, je n'en parle pas en général, pour plusieurs raisons, et surtout pour des causes simples de médiocrité artistique, aussi bien chez les destinateurs amateurs que professionnels qui, dans 98,56 % des cas, font quand même rien qu'à imiter les autres (petit un), que s'imiter les uns les autres (moyen deux), et qu’imiter les trucs "qui palpent" comme on dira ci-dessous, c'est-à-dire les choses qui marchent (grand et impardonnable trois : préférer être réalisateur plutôt que faire des films, j'y reviens).

Dans ces trois causes, on retrouve : petit hun, la cause du très mauvais niveau général stagnant depuis 70 ans du cinéma mondial, moyens poussins (réfléchissez...) le très mauvais niveau qualitatif du cinéma européen, notamment art et essai, et Grande Troie, le niveau désastreux du cinéma français qui, en termes de rapport entre le nombre de films produits, les moyens mis en œuvre (en pré-production, tournage, post-production, puis marketing et distribution) et le nombre de films tout juste réussis ou supérieurs, est le cinéma le plus désastreux de la Planète.

Appendice B. Le cinéma d'animation : "Au secours !", cria-t-il en silence. [Là aussi en proportion, bien sûr, que de déchets...]

Dans mon formidable article paru dans la récente REVUE DU CINÉMA actuellement en kiosque, article intitulé VADE MECUM par d'autres que moi (oui, je fus re-titré !), je réponds en une trentaine de pages à la question désinvolte mais sérieuse "qu'est-ce que le cinéma ?", et aussi, plus curieusement, à la question "combien faut-il de surréalistes pour visser une ampoule ?". En chemin, j'en viens à cette sentence (je reformule en d'autres mots, mais avec exactitude) : "Pourquoi les frères Lumières ou Tata Jeannette n'ont jamais fait de cinéma ?" : ça, on l'a vu. [Il faut lire l'article pour comprendre l'allusion, désolé.] Mais pourquoi, alors qu'il n'a jamais été aussi facile de faire un film, fût-ce en vidéo, pourquoi y a-t-il aussi peu, et même pas du tout, de films de particuliers qui soient du cinéma ?
Laissez moi reformuler. nous en avions déjà parlé lors du Festival du Film de Téléphone Portable de Lille. Mr Mort disait en substance que ce festival était une honte et un gouffre de finances publiques (parce que c'est nous, contribuables, qui payons ça !), parce que justement, le caméscope DV, déjà, c'était un moyen de faire des films sublimes ! Et que personne n'en faisait ! Personne. Bref, ça fait déjà quelques années que le moindre caméscope est à 250 euros, et que les ordinateurs d'entrée de gamme permettent de monter un film et de le traiter les doigts dans le nez. La pratique du cinéma en France ne s'est pourtant ni démocratisée, ni étendue, ni améliorée.

Voilà pourquoi je consacre aujourd'hui un article à LAÏKAPARK (épisode zéro) de Benoît Forgeard. Pour vous dire à tous que oui, c'est possible, et non, non et non, vous n'avez aucune excuse. Si vous pensez que j'exagère, changez de site, très franchement. Mais regardez le film avant ! Hé hé ! Et puis revenez sur Matière Focale deux jours après, en pleurant : vous serez pardonnés sans problème, et on n'en parlera jamais plus, de l'Incident.

Forgeard, ce n'est même pas toi qui m’as envoyé ton court-métrage. Peut-être même pas un de tes amis.
Je crois que ton film est vraiment une très bonne nouvelle pour le cinéma français. Tu aurais pu torcher un machin vendable pour Canal Plus qui fasse deux minutes vingt-deux, tu l'aurais vendu, mais non, tu as préféré que ce soit très long (10 minutes 30), au profit de ton film, justement.

Ton film est la plus puissante évocation de l'Artiste que j'aie vue depuis des années, et encore, sûrement pas dans des œuvres françaises. J'ai pleuré plusieurs fois en dix minutes. D'abord, grâce la diction durassienne qui est celle des comédiens dans la scène de la lecture de la Lettre Syndicale et dans le choix des prénoms. Puis dans la coupure, cette sublime saillie tendre et pourtant quotidienne et vulgaire qui brise la séquence de comédie musicale (sur les paroles qui concernent "l'industrie du film", l'interruption par le plan de la caravane), et enfin quand j'ai compris pourquoi, encore plus que les textes de vidéomaton des ouvriers (déjà beaux et qui apportent pour ceux qui ne l'auraient pas compris tout l'aspect documentaire du film), ce qui était important dans ces petites annonces ("même le cinéma est tenu en échec, là", me disais-je), c'était les dates ! Les dates, bon sang ! Que la métaphore était claire ! Que c'est beau.

Du coup, cher Forgeard, toi que je ne connais pas, permets-moi de te dire que ton film est une des choses les plus pessimistes que j'aie vues, et peut-être le seul film français digne qui rendent compte de l'état de notre pays, à travers un petit pan infime de son industrie. LAÏKAPARK, épisode zéro, est peut-être le seul film valable réalisé ces dernières décennies sur la condition ouvrière. Quasiment le seul acceptable en tout cas.

Quant à toi, cher lecteur, je te bassinais souvent, c'est vrai, en disant que le cinéma documentaire est ailleurs, que le cinéma du réel tel qu'il est pratiqué est toujours, toujours et toujours, à plus ou moins grande échelle, mais toujours, une imposture et une compromission. Grâce à ce film que tu vas pouvoir regarder (lien plus bas), tu vas voir et comprendre ce que je disais. Merci de ta patience, en tout cas.

Forgeard, entre ici, toi et ton cortège d'ouvriers, car en plus, ton film prouve que l'on peut faire un film chez soi, qu'on peut faire un film sans avoir de problème d'acteurs, qu'on peut faire un film avec du montage beau (ici la bande sonore notamment, magnifique bruit de mât à la fin), et qu'on peut faire un documentaire qui peut ne pas en être un, et qui sache toujours rester poétique. Qui tente le beau, en inventant son propre code esthétique, ici plus que risqué.

Bravo.

Ceux qui veulent voir l'épisode zéro :
cliquez ici !

Passionnément Vôtre.
 
Dr Devo

PS : Remerciement à Invisible de m'avoir montré ce film. Et comme il disait d'un autre court-métrage fabuleux dont on parlera bientôt ici (encore sublime et encore français), c'est carrément "fait avec le slip sur la tête, c'est sublime".

Publié dans Pellicula Invisablae

Commenter cet article

Dr Devo 30/10/2010 01:32



Et oui, cher Sigis, et oui!!!


 


Cette semaine j'avais le choix pour aller au cinema entre Biutiful, le guillaume Canet et IL RESTE DU JAMBON...


 


Dr Devo.



sigismund 29/10/2010 01:01



dire qu'il faut encore s'estimer heureux...


 



sigismund 29/10/2010 00:59



j aime beaucoup ce que vous dites au début en ce qui concerne la production cinématographique contemporaine, à tel point que c'est tellement merdique qu'ils ont décidés de rendre tout le monde
plus cons pour que ça aie l'air intelligent ce qu'ils font. 


La merde, et l'idéologie qui l'accompagne.



Dr Devo 16/11/2006 18:09

Oui, cher Invisible! Et on en reparlera largement avant la diffusion en consacrant un artik' à cette soirée! Qu'on se le dise!

(Préaprez vos slips! Enfin je me comprends)

Dr Devo.

invisible 16/11/2006 17:04

Avis ! VISU, le magazine de toutes les visions, présenté par Michel Moisan avec Benoît Forgeard et l'opticien Phil, sera rediffusé dans le cadre d'Histoires Courtes dans la nuit du mardi 26 au mercredi 27 décembre sur France 2. Au programme, diffusion des films de B.F.: Laikapark épisode zéro et deux, Steve André, La Course Nue...