HARD CANDY, de David Slade (USA-2006) : l'Appel du Contre-Nature

Publié le par Dr Devo

 


(Photo :  "Les chemins de la réussite, épisode 1" par Dr Devo)


 

Chère Anne,

L'Autriche n'a pas le même goût que la veille, me suis-je dit en descendant les quelques rues qui me séparent du Café Bernau ce matin, alors que les températures semblent enfin vouloir approcher leurs normes automnales. Il ne fait rien de bon ici, ajoutai-je aussitôt mais in peto, discrètement, un peu comme sous le pantalon, sous la jupe, toi, dirais-tu.

Il n'y avait pas de quoi réveiller le Festival de Göttingen et ses Moniques alanguies sur les canapés ou la table lourde mais blanche du salon de thé avoisinant le Palais des Arts, mais quelque part, je fus à l'aise lorsqu'il s'est agi de supporter la séance de cinématographe journalière. Des nouvelles de l'Amérique ne font jamais de mal, me dit mon voisin de gauche et de file avant que nous entrions dans la salle, surtout que c'est indépendant, rajoute-t-il de manière inélégante, comme le pervers regarde le chou à la crème, ce regard chafouin de québécois, ces yeux qui dégoulinent du péché à venir, que la morale classe déjà aux chapitres inéluctables des amours coupables et de la morale repentante, a priori donc, ce qui est toujours mauvais signe. Une justification qui n'arrive pas en retard est forcément malhonnête, deux fois même, d'abord parce qu'elle est justification (chose impardonnable de toute manière), puis par sa présence avant tout processus de fécondation de l'événement, avant que quoi que ce soit ne se déroule. Comme si l’on pouvait penser que le Destin agissait au présent, c'est ridicule. Manipulateur, malhonnête du moins.
Pour revenir à des choses plus terre à terre, mon impression première sur ce voisin, lui aussi critique, fut la bonne, car il me tint un discours effarant quelques minutes plus tard, sans avoir la classe d'attendre le quart d'heure, en disant que Scorcésé, Hissewoude et Stone était trois grands, bien sûr, je l'aurais parié, mais aussi trois frères en armes (de l'argent pour rien, et des chèques en blanc gratuit, rajoutai-je pour moi-même), trois destinées parallèles dont les énergies se nourrissaient, et patati. Je coupai court en allant aux toilettes où, lorsque j'aperçus furtivement mon regard lessivé dans la glace au dessus de l'évier inox, je crus que j'allais pleurer ou défaillir. Après avoir uriné préventivement, je me décidai à aller dans le siège afin de choper de mes doigts moites deux feuilles de papier hygiénique, même pas vétivers, ce qui aurait été drôle dans la circonstance, et je mouchai une truffe que j'avais quand même, et on vieillit après tout, comme tu le sais bien, quelque peu humide.

Je décidai alors de zapper les pubs et d'aller me chercher au salon Bocuse une tasse de Menthe Marrakech qu'une hôtesse trop indulgente m'autorisa à emporter en salle. Elle rougit lorsque je la remerciai en lui donnant du Madame. Bah, un ton badin et désinvolte ne nuit jamais quand il s'agit d'affaires sérieuses, n'est-ce pas ?

Le titre n’était pas si mal, non par rapport au film lui-même, mais au vu des événements que je viens de te narrer. Une bizarrerie nouveau-roman m'aurait fait le plus grand bien en ce début poussif d'après-midi, mais comme HARD CANDY était exactement l'opposé en quelque sorte, en tout cas si éloigné, l'affaire déroutait le parcours du temps de manière finalement assez sympathique. Pas gaie, pas sirupeuse, pas de séduction, mais des manières franches, vois-tu ? [Je sais que tu comprends ces choses.]

La première chose qui me vint (en sortant... Oui, oui je sais, on a eu tellement de mal à entrer !) à l'esprit fut une remembrance, si j'ose, de la jeune Bénédicte, te souviens-tu, qui avait quand même notre âge et cette impossible propension à ne pas pouvoir la fermer une seconde, à en dire toujours trop. [Avec l'âge, et maintenant que nous avons connu des gens qui "savent trop", voilà Bénédicte encore plus sympathique, gentille idiote, que nous avons tous été du reste, mais je m'égare.] Je vais essayer l'autre formule, en dire trop peu, "comme une caresse" rajouterait Emma D'Arcy.

Un homme assez âgé, dans les trente, trente-cinq ans. Photographe, je crois. Oui, c'est ça, photographe, à moins que ce ne soit pas dit. Bref. Il la rencontre, tu vois, elle, la fille, elle a à peine 14-15 ans, mais elle fait bien plus, et en même temps pas du tout. Disons qu'elle a encore dans le corps (c'est terrible de dire une chose comme ça, mais c'est vrai, c'est une force de penser et de vouloir montrer ça, je m'étais dit en y pensant moi-même et en voyant le réalisateur qui le faisait), elle a encore, j'ai pensé, dans le corps, la trace de sa jeunesse, c'est encore une fille, son corps. Plus tellement, mais encore un peu, alors que le reste n'est que maturité, presque (pas tout à fait, là aussi, c'est un peu de la poésie) lucide. Presque, ce n'est pas une mince affaire, ce mot. Et bien figure toi, Anne, toi qui porte ce beau patronyme (que je suis jaloux de ton nom de famille, éternellement) que toute la chose, toute l'œuvre tient sur cette minceur. C'est fragile, comme film, ça se perce vite, comme le papier à cigarette, mais là aussi je divague. Disons qu'elle veut aller chez le gars, et que lui accepte plus ou moins. Et là, il est gonflé, ce gars, me dis-je, il annonce, il fait des plans quand ils montent en voiture (une austin-mini !) pour montrer que la fille n'est pas gaie du tout, que le drame va éclater. Presque comme un suspense, quasiment comme le visage d'un film d'horreur éclairé par l'orage, sauf qu’ici, ce passage ressemble à une réclame pour les voitures, justement. C’est très laid, l'effet inverse du film gothique, mais c'est ça, en fait. C'est très laid, ces petits plans annonciateurs, je veux dire, pas le reste.

Je ne peux pas t'en dire plus, et je sais que tu me comprendras et que tu n'iras pas fouiner dans les coupures de presse où ils ont tous, bien sûr, les porcinets, ils ont tous trop lâché le morceau, détruisant le peu que le film offrait. C'était beau pourtant, au moins dans le principe, cette fragilité.

Il ne faudrait jamais lire, autrement que par soi-même. [Ça, ça paye toujours...]

Fichtre, ai-je murmuré dès le générique en resserrant ma cravate, et il y avait de quoi. Ce fut un moment superbe : une sorte de fond blanc, presque du papier de luxe, envahi par des courbes assez abstraites. Quelquefois, les lignes qui s’allongent ou se défont semblent presque former des pièces, mais pas tout à fait. "Il va finir par nous montrer que toutes ces petites lignes forment un plan précis" (dévoiler les courbes d’un objet et finir sur l’objet en plan large : un classique du générique), mais non, cela reste abstrait. Un carré rouge sombre se ballade sur le jeu de lignes. En passant sur certaines régions vierges du fond blanc, il révèle les noms de l’équipe. Calme, beau, abstrait, avec une forte idée graphique. Saul Bass aurait aimé, je pense.

La première surprise de taille consiste en une première scène très longue, très, très longue, même pour le cinéma américain qui sait de temps en temps prendre ce luxe. Mais là, très chère, c’est quasiment de l’inédit. La première scène dure une bonne bobine, facilement 20 minutes ! Mais ce n’est pas la seule surprise. Tu le sais, je suis souvent à râler contre les films sans échelle de plans. [Le téléfilm hongrois INDIGÈNES récemment, long moment de solitude avec gens qui applaudissent à la fin, l’horreur, est composée de plans moyens pendant les scènes d’actions, et c’est tout. Des plans rapprochés et des gros plans pendant les scènes de dialogues, et c’est tout. Et des plans d’ensemble pendant les voyages ! Et c’est tout !] Ici, ce n’est pas complètement pareil. Le responsable fait autre chose. Il décide très volontairement, car la chose est dite dans la mise en scène plus loin de manière explicite (j'y viens), de réduire volontairement le cordage. Ah, la contrainte !… Tu sais que je suis pour, quoiqu’il arrive. La contrainte est source de liberté. Le responsable, David Slade je crois, dit : "Mon film, je ne le ferai qu’avec des gros plans !" Imagine… Le film est au format 2.35, et ce ne sont que des gros plans. Très vite, on sent les premiers effets, et encore, ne pas oublier que la première scène fait plus de 20 minutes. 20 minutes de gros plans ! Et bien malgré tout, camarade, ça fonctionne. Il atomise sa mise en scène. C’est un peu saoulant, voire carrément, ce qui n’est pas un désavantage vu l’oppression de ce sujet, en huis-clos. [Souviens-toi que je te faisais la même remarque au sujet de la charte graphique de A SCANNER DARKLY, dont je soupçonne qu’elle ait été enlaidie encore par le réalisateur sur certains passages, ce qui là aussi, dans le contexte du film, c'est-à-dire la fatigue et le sentiment de chute, est plutôt finement joué, volontairement ou pas d’ailleurs.] Très vite, on ne suit plus du tout ce qui est à l’image, mais on assiste à de la radio filmée en quelque sorte : le film trouve son rythme dans les dialogues uniquement, par voie de conséquence ! Mais ce n’est pas tout.
Quand la photographie arrive comme sujet de conversation, (comme par hasard, me surpris-je à penser, si je veux), Slade fait quelque chose d’encore plus bizarre. Il annonce les règles suivantes : désormais, ce qui l’intéresse, c’est la couleur du fond du plan ! [Or, le fond du plan est flou, bien sûr,  puisqu’il ne fait que des gros plans sur les visages !] Dans ce flou de fond de plan, on ne verra quasiment jamais d’objet, mais seulement la couleur du mur (ce qui est de mauvais goût et délicieux, puisque la maison du photographe est ultra-design à la mords-moi-cette-sauge-sauvage, ce qui veut dire qu’il n’y a quasiment pas deux murs qui ont la même couleur, et de plus, c’est du flashy, c’est du pompier pourrait-on dire si on aime les métaphores dans le filet). Ainsi, quand je te disais qu’on assistait à de la radiophonie en 35 mm, ce n’est pas tout à fait juste. En fait, il se passe quelque chose d’assez étonnant (et c’est aussi pour ça qu’il ne faut rien savoir de ce film, et que, si tu as déjà lu un résumé, c’est trop tard ; le principe est si fragile que, s’il n’y a pas ce sentiment que tout peut arriver, l’anodin comme le tragique, le thriller comme le drame psychologique, le film est trop normé pour des principes aussi radicaux mais fragiles de mise en scène. Jamais l’expression "être vierge devant le film" n’a été aussi importante, et si jamais tu vas voir le film dans cette disposition, tu sauteras tellement de joie, tu me remercieras tellement que tu seras prête à offrir tous tes gages en remerciement). C’est étonnant disais-je, car on s’aperçoit que le type ne filme pas les visages. Et que nous, nous n’avons pas cessé de regarder ce qui se place dans le plan. [Comme les acteurs n’y vont pas avec le dos de la cuillère, on ne les regarde plus non plus.] Dans l’arrière-plan disais-je, il n’y a jamais un objet, même flou. Et une fois la scène de la photographie entamée, on comprend la chose : Slade ne filme pas les visages, il filme la couleur dans le fond du plan, il filme cette couleur unie mais floue ! C’est ça qui l’intéresse. Et je suis sûr que s’il avait pu, il aurait fait en sorte que les deux personnages dialoguent en voix-off, et n’aurait filmé que des panneaux de couleurs criardes. [Hey, c’est une super idée de film, ça ! En cadrant une pièce dépouillée et design comme si les acteurs étaient dans le champ. Quelquefois, très sincèrement et avec ce sentiment étrange de modestie, il me semble que je sois assis sur une mine d’or, ou plus prosaïquement que j’ai de l’or entre les mains. Qu’est-ce que je fous ici, en Autriche ?] Voilà, la messe est dite : le type filme le fond du plan, qui est un à-plat de couleurs unies ! Le système est dévoilé au moment où la fille découvre l’atelier du photographe : le réalisateur la filme de face, puis de trois-quart, et à chaque fois, la couleur du fond du plan change. Puis il montre qu’il peut changer son plan sur elle, le choisir en fonction du sentiment (quand elle dit un truc inquiétant, ce sera le plan de face sur fond rouge, ou quand elle dit un truc gentil ce sera un plan de trois-quart sur fond jaune-orange). Tiens, cette scène très simple, cette présentation des règles du jeu, ça ferait un très bel exemple de ce qu’on peut faire avec des dialogues. On peut faire de la mise en scène avec des dialogues. Et voilà une scène ludique et didactique ! Un des meilleurs moments du film. Une des plus belles idées, sinon la plus belle, que j’aie vue dans un film industriel cette année. [Laissons aux autres le sentiment de croire que ce film est indépendant ! Sa visée est commerciale, bien sûr. Ce qui ne gâche rien, d’ailleurs, mais précisons-le, ou alors décidons une fois pour toute que les films à petit budget sont tous indépendants !]

Alors évidemment, il ne respecte sa règle que jusqu’à ce qu’il la brise, si j’ose. Dans les moments de transition ou d’action, là, on repasse à une échelle de plans classique, à des gigotis insupportables, et surtout à des jeux d’obturation redevenus, hélas, très à la mode grâce à Spielberg et à Ridley Scott, les idiots ! Ça, c’est très laid. Mais il y a l’idée principale, généreuse, qui quelque part induit la réflexion suivante : plus les personnages sont près de la caméra, plus ils sont à fond dans le jeu de dupe et les vraies-fausses théories en chausse-trappe. Plus ils sont dans le fond du plan, ce qui n’arrive quasiment jamais, plus ils sont décrits au plus près de ce qu’ils sont vraiment. [Exemple : le plan subjectif de la voisine qui voit la fille sur le toit, action objective, observable par un tiers, et qui sort enfin de la construction verbale, du jeu de faux semblants. Voilà une action (enfin, non-verbale donc) toute bête, mais dont le fond n’est pas manipulable.]

Deuxième mouvement délicieux, le sujet lui-même. Le film, je te le disais, est résumable en trois phrases qui videraient le suspense du film… [… qui n’est pas de savoir qui est qui, piste que malheureusement le réalisateur va finir par croire lui-même, mais qui est de savoir si Machin ou bidule va s’en sortir, si la justice s’en sortira grandie !] De ce point de vue, le film est passionnant. Je vais parler en codé, en utilisant les sobriquets Bidule et Machin pour qu'on ne sache pas de qui on parle si on n'a pas vu le film. Quoiqu’il se passe, que Bidule ait raison ou pas objectivement, Machin est perdu car Machin est en plein catch-22, comme diraient les anglo-saxons : pile je gagne et face tu perds ! Sauf qu’ici, cela ne se déroule pas dans une ambiance kafkaïenne ou non-sensique (le ventre fécond du catch-22) mais dans la logique la plus extrême. Dans le rationnel. C’est effrayant ! On fait le trois/huit ! Machin perd car Bidule construit un système logique qui lui donnera toujours raison. Et c’est là que se joue la question de la maturité. [J’ai développé une autre théorie. On ne peut pas gagner contre ce système, car le bon sens commun, la vérité établie (et partagée par la société) gagne toujours, toujours et toujours, quand elle est relayée par une opinion personnelle et affective. Bidule s’appuie sur le sens commun, sur le bien de la société, mais sait à quel moment embrayer sur l’émotion personnelle, sur son parcours affectif, sur son affectif propre pour faire avancer son raisonnement. Et comme c’est Bidule qui mène la danse, Bidule peut changer de braquet et de pédalier quand ça lui chante. Derrière le système logique, nourri à une forte culture instantanée, limite infuse, se cache une domination par l’affect. Machin a perdu parce que lui ne peut pas ignorer l’affect de l’autre et le piétiner. Machin est la civilisation ! Bidule est la rhétorique, le sentiment rationnel au service du "Plus Grand Dénominateur Commun", au service de la Société et de la Justice ! Quand on épouse totalement les causes de la majorité, même au nom du droit et du sens commun, on sert TOUJOURS des intérêts personnels, et pire encore, des pulsions affectives profondément enfouies. Ce qui est exactement le contraire du but affiché, de la motivation de départ ! Et ça, c’est le pire film d’horreur possible. C’est épouvantable et insupportable.

Slade développe bien l’intrigue, d’ailleurs, autour de deux belles idées encore plus splendides et émouvantes. Machin a tort quoiqu’il arrive (Machin est dans une position dickienne, car ce qu’il a fait dans le passé ne peut plus exister dans le présent, n’est plus compatible avec le présent ! Donc, il ment forcément !). Deuxio, même si Machin dit la vérité, ça n’a aucune importance, la logique démontre qu’il a tort, et la Société aussi. Les deux belles idées sont les suivantes, et, chère Anne, je te conseille de revenir lire ce paragraphe après avoir vu le film. Passe au suivant pour l’heure. Première idée : Machin abandonne et accepte le sort, son corps sera sa preuve, la seule preuve incarnée et palpable du film (c’est pour ça que le moment de "la pince" (codé, codé !) est très beau. C’est simplement, là aussi, un élément tangible qui devient un faux-semblant ! Même ça, même cette dignité d’incarner dans son corps la vérité sans lutter, même ça, c’est dévié. C’est ignoble. Mais quand Machin accepte sa condition et mise sur le futur de son corps comme preuve, c’est sublime ! Deuxième idée brillante, les photos. On sait qu’il y en a plusieurs, mais on n’en voit qu’une. Et ce qu’on sait des autres nous est dit que par Bidule, ce qui crée un malaise certain ! Ça, c’est une très belle idée. Dure mais belle.

Enfin, ce qui est inacceptable aux yeux du public, et qui a provoqué paraît-il le scandale, c’est que la Justice, le personnage qui défend la vérité, celui qui protège le sens commun et le fondement de la loi dans notre Société (et c’est valable aussi pour nous, spectateurs), le personnage qui administre l’antidote, la solution ou la punition est celui qui précisément utilise un système fasciste de démonstration. La Vérité et la Justice sont défendues par un personnage foncièrement ignoble et totalitaire ! Et ça, c’est dur à avaler… et c’est ce qui fait que le film est intéressant. C’est le fascisme qui fait que la justice est faite, en apparence du moins ! Choisis ton camp !

Alors oui, après, à mes yeux, ça se gâte, par trop d’action. Certes, tout le film est cousu de fils blancs, et c’est, je crois, ce qui fait qu’il marche. Mais à la fin, où l’action et le rebondissement sont privilégiés, on se dit que tout est dans tout. Si le film était resté dans la voie que je viens de décrire dans les paragraphes précédents, il aurait été plus sec, plus dur, plus prévisible mais plus violent. Là, on est entre le jeu de petit malin et le retirage du tapis sous les pieds au dernier moment. En cassant le jouet, Slade casse aussi son film, et entérine l’idée que tout est dans tout, et que dire une situation ou son contraire sert quand même le film, car de toute manière, les raisonnements de départ sont spécieux. Ce qui ne contredit pas forcément le film, mais le stigmatise à mes yeux et à mon goût, dans une perspective plus attendue. J’aurais joué l’âpre, l’inéluctable. Surtout que cette dernière partie est trahie par un plan dégueulasse qui bousille tout le film (un insert d’une seconde dans la voiture…. Vas-tu le voir ?), et que surtout, comme il y a plus d’action, on sort de la contrainte du gros plan, et le film n’est pas beau dans ces moments d’action.

Pour moi, donc, le film est à moitié réussi seulement. Disons que c’est l’exemple type du film faisandé que j’aime, à moitié pourri mais passionnant, et qui nous donne vraiment et curieusement l’impression furieuse qu’on est au cinéma ! La fragilité de HARD CANDY se joue à tous les niveaux, et il y a ici quelque chose de fondamentalement atypique. Espérons que tout cela se développe ensuite. C’est un premier film. Mais il y a certaines choses qu’il est bon de voir de temps en temps sur l’écran. La question posée est finalement celle de l’Empathie. C’est déjà pas mal…

Dr Devo.
 
PS : Ne lis pas les lignes ci-dessous si tu n’as pas vu le film.
En fait, ce film est un peu l’opposé, complémentaire, de la thématique de L’ENFER DU DEVOIR de William Friedkin. Ce personnage principal est vraiment pour moi l’incarnation du spécialiste, et aussi l’incarnation de l’esprit de forum, cher à Internet, ce qui en fait un personnage étonnement contemporain. Moi, j’aurais tenté l’abstraction finale en conclusion, après avoir arrêté l’intrigue quand Machin se relève de la table. Puis j’aurais mis un plan de Bidule dans la ville, et derrière, j’aurais tenté une séquence abstraite qui reprenne, mais avec des décors « live » et en dur, le jeu de lignes du générique de début. Même dans la dernière partie il y a une belle idée : même la mort sera volée à Machin ! Quelle horreur ! Mais bon, le reste de cette dernière partie, je n’y adhère pas. Le Marquis m’a dit que le réalisateur était quelqu’un de très modeste (ça change) et qu’il pensait lui-même que son film était à moitié raté. Il serait vraiment intéressant de voir quelles sont les choses qui lui paraissent ne pas fonctionner, de voir si le projet de départ incluait une fin plus abstraite, moins vivace, et s’il a eu des pressions de production…
Le vrai scandale est aussi qu’on ne puisse pas lutter devant l’apparence physique de Bidule. Un beau corps est toujours sûr de gagner.
Une autre chose très belle dans le film : le changement d’étalonnage dans le même plan ! Quelle belle idée. Un autre truc très moche : répéter le plan en travelling sur le mur quatre fois ! Il faut pas exagérer quand même !
À suivre.
 
Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés : cliquez ici !

Publié dans Corpus Filmi

Commenter cet article

fab 13/10/2006 09:59

oui le serveur !
ou bien c'est la voisine qui s'emmerde après s'etre fait virer du staff de rédaction des scénari d'houswives
gooood morning

Dr Devo 13/10/2006 01:35

Autre possibilité. Dans son placard l'appareil photo s'ennuie. Il imagine une histoire  où il serait le lien entre deux personnage sque tout sépare.
Un serveur dans un café chic et bobo de Los Angeles imagine la journée de deux clients attablés. Le film-divagation devient alors une métaphore du travail, où le petit chaperon, forcément rouge, incarne le bras armé de la justice prolétarienne, bra s d'une violence inexcusable. Le patronnat bourgeois et retrograde, choqué casse son ipod, refuse d s'échapper chez l'esthéticienne, et preferre se pendre et ainsi faire capoter le travail des ouvrières en leur privant de leader et donc par exctension ssynecdique et métaphore, de l'outil d travail.
Sa vengeance accomplie, le petit chaperon l'a bien dans l'os. Là voilà obligé de retourner vagabonder sur les routes, en pleine crise de 29, comme l'avait fait ces arrières grands parents. Son désir de justice et de réforme a été sa perte. elle ajoué contre son intérêt. Cqfd.
 
Dr Devo 

Fab 13/10/2006 01:14


ça marche aussi

Dr Devo 13/10/2006 00:34

Pas mal Fab! J'aime assez! Et si c'était le r^ve de l'adolescente, un fantasme de meutre?
 
Dr Devo/

Fab 12/10/2006 21:10

bonjour docteur
j'ai cru que la petite fille n'existait pas
que comme dans Mullholland drive l'enfer c'est soi-même
qu'elle est l'image du remords
comme Naomi Watts déguisée en tas de boue derrière le café
et que ce n'était que le récit d'un suicide
c'est grave ?
+
Fab