EMPRISE de Bill Paxton (USA-2001): Les chemins du paradis sont pavés de mauvaises intentions

Publié le par Le Marquis

(photo: "I give to You what You gave to Me" par Dr Devo, d'après la photo de l'album UNCLEAN de A;GRUMH)

AVERTISSEMENT: EMPRISE, le sublime film de Bill Paxton, et un des plus étonnants films sortis dans le circuit commercial ces dernières années, est ici analysé finement par le Marquis. Cependant, il convient de vous prévenir que la fin extrêmement troublante du film est abordé dans son article de manière frontale. C'est peu comme-ci on vous dévoilait la fin de THE GRYING GAME de Neil Jordan. Malgré tout, l'article est si passionnant qu'il est difficile de modifier le travail du Marquis. Donc, si vous n'avez pas vu le film, peut-être serait-il plus judicieux de ne pas lire cet article et ainsi conserver son plaisir de spectateur intact. Après réflexion du Marquis et moi-même, nous vous laissons juge, mais nous ne pouvions pas publier l'article sans vous prévenir! Et encore une fois, merci de votre fidélité. Dr Devo.  

Le Texas vit sous la terreur d'un tueur en série qui se fait appeler "La Main de Dieu". Un soir, un homme sans histoire, Fenton Meiks, se présente au QG du FBI et déclare connaître l'identité du coupable. Ce dangereux criminel ne serait autre que son frère, Adam, qui vient de se suicider. La version de Fenton semble peu crédible. Alors qu'ils roulent en direction du "Jardin des roses", où les corps des victimes d'Adam sont enterrées, Fenton raconte aux agents fédéraux comment tout a commencé vingt ans plus tôt, en 1979. A l'époque, il était âgé de douze ans et son frère de neuf. Tous deux vivaient une enfance heureuse avec leur père, veuf depuis la naissance d'Adam. Pourtant, une nuit, leur vie bascula lorsque leur père leur annonça qu'un "ange" lui était apparu et qu'ils devaient accomplir une mission. Alors que l'un des deux fils accepte sans réserve cette vision divine, l'autre pense que son père sombre dans la démence.

Une grande surprise.

Il est surprenant de voir passer à la réalisation un acteur comme Bill Paxton, plus encore de le voir livrer une mise en scène aussi maîtrisée, et plus encore de le voir mettre en scène un long-métrage aussi audacieux et polémique.

Le moins qu’on puisse dire est qu’il n’aura pas choisi la facilité avec ce récit complexe et extraordinairement pervers que beaucoup ont taxé d’intégrisme religieux et de sectarisme. Une réaction imbécile certes, mais qu’on est en mesure de comprendre face au culot d’un retournement de situation dans le dénouement qui ne vise pas, comme chez Shyamalan, à faire rebondir le récit ou à simplement désarçonner le spectateur. C’est, littéralement, un coup de poing dans le ventre, une implosion du récit qui retourne le spectateur comme un gant et l’amène à une remise en question de ce à quoi il vient d’assister, et de ses propres convictions. Un film qui ose interroger le spectateur. La question de savoir si Paxton est un fasciste extrêmiste ne devrait même pas se poser, car ce n’est pas pour rien qu’il a amené le spectateur à s’identifier au personnage de l’adolescent, à le suivre, à le plaindre, à trembler pour lui, à partager son dilemme dramatique : en renversant la donne, en donnant raison, dans le cadre de la fiction, au meurtrier mystique persuadé de ne pas assassinerdes êtres humains mais des démons, le cinéaste fait basculer un récit « à la Stephen King » dans un univers contaminé, au sein duquel la folie religieuse est devenue la norme – ou pire, un monde dans lequel l’Ancien Testament est devenu une réalité tangible et radicale. Le « happy end » n’aura jamais eu un goût aussi amer, une tonalité aussi révoltante et effroyable.

Extrêmement intelligent, EMPRISE réussit un tour de force narratif qui n’a d’équivalent que le roman JE SUIS UNE LEGENDE de Richard Matheson. Comme le BAXTER de Jérôme Boivin, mais sur un mode plus ambigü et profondément dérangeant, Paxton délivre une œuvre d’une noirceur rarement vue en salles, et fait preuve d’une audace proprement renversante. Vu l'accueil parfois très agressif qui a été réservé au film, on se demande bien si Paxton reviendra à la mise en scène : en ce qui me concerne, il peut, je l'attends au tournant.

Le Marquis.

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Publié dans Corpus Analogia

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papy navo 09/06/2005 17:10

très bonne idée "les enfants". généreux en plus. pour moi, ce sera ça: http://www.anacoluthe.com/

Les enfants sans Noël 09/06/2005 14:54

Nous, les enfants sans Noël, nous proposons que chaque internaute fasse un don, à Léon : un lien vers un autre site où il puisse aller faire le malin en attendant l'heure de la piqûre.

Voici pour commencer :

http://www.davidcronenberg.de/

Emma Darcy 06/06/2005 23:03

Mmmmmmm, quel parfum fraîcheur !!! Je ne sais pas qui a pensé à ouvrir la fenêtre pour aérer la chambre des garçons, mais c'est une idée divine !!!
Nous allons enfin pouvoir aborder la vraie question de fond sur Emprise, celle que tous ont esquivé depuis le début du débat (le débududéba, la danse de l'été - avec Orangina!): peut-on et doit-on communier avec de petits crucifix de métal ? Non je blague. Je me demandais juste qui est le plus mignon : Bill Paxton ou Matthew McConaughey ? Il est là, le vrai débat.

Le Marquis 06/06/2005 22:19

C'est dommage d'en arriver là - et totalement surprenant par ailleurs, mais c'est bien le dernier recours : docteur, je pense qu'on aura tout essayé : le rubik's cube ne reviendra jamais à la mode. Moralité : il faut toujours accepter le conseils avisés d'une future conceptrice de prothèses.

Dr Devo 06/06/2005 19:48

Léon,

NAZIS est une jolie insulte.

comme prévu, ça dégénére complétement. J'ai déjà rappeler qu'ici c'était pour tout le monde, tous les avis peuvent s'exprimer mais dans la limite du convenable, et (pour la quatrième fois) ENTRE GENTLEMEN!

Le restaurant aussi c'est un espace public. On ne chante pas la tyrolienne au milieu d'un repas, même si on a payé, parce que ça dérange les autres.

C'est triste, mais maintenant j'efface les commentaires insultants et les personnes (la, en l'occurence) qqui ne veulent pas respecter cette étiquette nourrie de bon sens.

A tous les autres, je vous remercie de votre fidélité et vous présente mes excuses pour ces dérangements, et ces insultes volant bas qui ne sont pas digne de ce site, et surtout de vous, amis lecteurs, vous qui animez les commentaires de ce site avec culture et tres souvent humour.

Merci à vous, donc.

Dr Devo.