Chroniques de l’Abécédaire, épisode 11, première partie : la possibilité d'un virus jette une ombre sur les heures magiques d'Alice et de son horrible étalon.

Publié le par Le Marquis

                                                       [Photo : "Papilles Oculaires", par Le Marquis]

Bonjour à tous et à toutes, et à toi aussi.

Bien calme, le site, depuis quelques jours… Que voulez-vous, le travail, le travail… Mais restons calmes, cette passade n’est en rien le signe d’un quelconque essoufflement, de mon côté, les visionnages se poursuivent avec entrain, avec la perspective de vacances prochaines illuminées par la visite attendue du Dr Devo en personne. Quels films ai-je vu depuis ma dernière intervention ? C’est un secret, petits curieux.

Mais avant de poursuivre, je peux juste préciser que les séries TV, interludes bien pratiques,  progressent de leur côté à vitesse réduite mais certaine. Curieux, cette frénésie récente pour les séries TV, vous ne trouvez pas ? Je n’y porte aucun jugement, d’autant plus que je passe à côté de la plupart d’entre elles, et n’y voyez  aucun mépris. Mais à la base, je ne suis jamais très attiré par la fidélisation sur la petite lucarne, TWIN PEAKS et CORKY ayant en leur temps fait exception – oui, CORKY, j’assume, que dis-je, je revendique. Ce n’est donc pas vers les modes du moment que mes papilles oculaires (?) me portent : après avoir achevé le visionnage (un tantinet laborieux) de la première saison d’AU-DELÀ DU RÉEL (1963, c’est dire si je suis à la page !), dont je tâcherai de vous parler un jour prochain, je viens de boucler celui de L’HÔPITAL ET SES FANTÔMES de Lars Von Trier, dans la plus grande des frustrations d’ailleurs, puisque cette merveille s’achève en queue de poisson pour cause de non-reconduction du programme et de décès d’un de ses acteurs principaux, Ernst-Hugo Jaregaard. Misère, je ne saurai jamais vers quel mystère cet ascenseur conduit la pauvre vieille Mme Drusse ! Tant pis, on fera travailler l’imagination… Reste que les deux saisons de cette série me semblent vraiment incontournables : c’est captivant, c’est inquiétant, c’est émouvant, c’est prodigieusement drôle. Le coffret sorti en début d’année, agrémenté d’un bon documentaire sur le cinéaste et d’un clip à hurler de rire, vaut très largement l’investissement : entre un PRISON BREAK et un LOST, si vous n’en avez jamais fait l’expérience, je vous recommande vivement de faire le détour. Mais nous avons un mouton sur la planche et nous y revenons de ce pas, avec un film en A comme…

 

 

 

 

 

ALICE N'EST PLUS ICI, de Martin Scorsese (USA, 1974)

Tiens, Scorsese… En voilà un dont je n’ai jamais vraiment su quoi penser. Sympathique, cultivé, du talent, un penchant pour les expérimentations relativement audacieuses dans le cadre du cinéma de studios (voir LES NERFS À VIF), un autre pour les films de mafieux (LES AFFRANCHIS), genre qui ne me passionne pas vraiment et ne me touche que dans des œuvres qui parviennent à aller au-delà de leur sujet (KING OF NEW YORK de Ferrara, LES FRÈRES KRAY de Peter Medak) ; et quelques réussites, petites (À TOMBEAU OUVERT, AFTER HOURS) ou grandes (TAXI DRIVER, porté par la superbe musique de Bernard Herrmann). Pourtant, et cela semble d’autant plus s’affirmer ces dernières années (THE AVIATOR), ce qui me frappe surtout, c’est le peu de cohérence et de constance d’une carrière en dents de scie à laquelle manque peut-être une unité, une véritable identité – quel fil se tisse entre MEAN STREETS, LA DERNIÈRE TENTATION DU CHRIST et CASINO, je n’ai jamais su le distinguer. Bref, Scorsese est un réalisateur que j’apprécie au coup par coup, un peu, beaucoup ou pas du tout, sans vraiment associer à son nom une image, une émotion spécifique, le résultat dépendant trop souvent de son inspiration personnelle, de son entourage artistique ou tout simplement de son scénariste. Et allons-y pour la formule, je pourrais presque l’évoquer comme le Renny Harlin intellectuel : pas d’univers, pas de réelle identité, juste une petite personnalité et un grand savoir-faire qui tape (parfois) dans le mille.

Avec ALICE N’EST PLUS ICI, nous revenons sur la première partie de sa carrière, et les premiers pas dans ce film s’avèrent séduisants et d’une indéniable puissance ; l’introduction de ce métrage réaliste et mélancolique est par contraste totalement irréaliste et visuellement splendide : hommage désuet au MAGICIEN D’OZ, aux tonalités ocres, instantané de l’enfance d’Alice, moment en suspension, onirique, brutalement balayé par un effet sonore déstabilisant qui nous plonge, des dizaines d’années plus tard, dans le quotidien de la même Alice, aspirante chanteuse dont la carrière n’a jamais existé, oubliée dans le mariage avec un ours mal léché. Le décès de son mari est pour elle l’occasion de tenter une dernière fois sa chance et de partir avec son fils pour réaliser son rêve : aussi fauchée soit-elle, elle s’entête à ne chercher que des emplois de chanteuse…

Le film bénéficie avant tout de la performance admirable d’Ellen Burstyn dans le rôle principal, et ne reviendra plus par la suite sur des audaces stylistiques comparables à sa superbe introduction – ce qui est sans doute ce qu’il y avait de mieux à faire : cette saillie présente une puissance évocatrice, oscillant entre l’émerveillement, la nostalgie et le malaise, dont le souvenir porte le film et rend parfaitement crédible l’entêtement d’Alice, la force obsessive de son ambition. Loin des boursouflures esthétiques auxquelles Scorsese nous a habitués, ALICE N’EST PLUS ICI trouve donc un équilibre dans un style un rien hésitant qui développe pourtant, par son montage nerveux, par ses cadrages dynamiques, une alternance particulièrement efficace de rythmes vifs, lents, lourds, emportés… Le scénario, qui ne sort jamais vraiment d’un registre aussi sensible que prévisible de chronique douce-amère, de road-movie mélancolique, est attachant et soigné, mais trouve principalement sa force dans la justesse de ses interprètes (dont Kris Kristofferson, Diane Ladd, Harvey Keitel et une toute jeune Jodie Foster dans un petit rôle de garçon manqué). Si vous n’êtes pas spécialement disposés à vous contenter d’une jolie histoire qui tire à la ligne, (vous avez raison, et) vous serez surtout sensibles à la finesse de cette mise en scène sobre qui parvient à tirer d’un récit potentiellement mélodramatique et lénifiant une atmosphère volontairement instable, déséquilibrée, chaotique et attachante. Bon film.

 

 

 

B comme… BLIZZARD, LE RENNE MAGIQUE DU PÈRE NOËL, de LeVar Burton (Canada / USA, 2003)

Ah ! Burton, quel cinéaste ! Et quel plaisir que de retrouver une fois de plus son univers si attachant, l’enfance, le rêve, les choristes, la neige, tout ça quoi ! Ah, euh, pardon, je vous parle de LeVar, pas de Tim, hein, nous sommes bien d’accord ?

Derrière ce titre redoutable se cache un film pour enfants effectivement en partie influencé par Burton (Tim), LeVar semblant avoir décidé d’assumer pleinement son patronyme pour œuvrer dans une voie similaire, bien qu’il s’efforce, soyons justes, de s’en distinguer un minimum, ne serait-ce que par son attachement aux normes classiques de l’imaginaire usuel – je doute fort que Tim B. se soit un jour intéressé à une reconstitution fidèle, conforme et dénuée d’ironie du village du Père Noël, du moins si j’en juge par la vision qu’il nous en offre dans L’ÉTRANGE NOËL DE MONSIEUR JACK de Henry Selick.

Allez, avouez, combien d’entre vous consacreraient du temps à la vision d’un film de ce type, sans parler dans faire l’acquisition, ne serait-ce que pour deux euros comme ce fut mon cas ? C’est toujours le même principe qui me guide, celui de varier les plaisirs et les déplaisirs, de ne pas écarter un film pour son sujet, son genre, sa provenance ou le public qu’il vise – même si, comme tout le monde, j’ai tout de même mes limites, je les espère aussi ténues et localisées que possible. Et comme la transposition du merveilleux au cinéma est un sujet auquel j’ai déjà travaillé par le passé, j’ai une raison de plus de m’intéresser à des films de ce type, bien que le concept du Père Noël, d’aussi loin que je m’en souvienne, est resté à mes yeux bien davantage représentatif d’une démarche mercantile s’infiltrant en sous-marin dans les ménages épris de pseudo-traditions culturelles que d’un quelconque sens du merveilleux. (Rappelons, et ce n’est qu’un exemple, que nous devons le concept de père noël tel que nous le visualisons aujourd’hui à une publicité de la firme Coca-Cola !).

L’histoire ? Oh, vous allez voir, elle est jolie, très jolie et avec des couettes. La petite Jessie est effondrée : un déménagement va la séparer de son meilleur ami, et la musique du film nous informe que c’est très triste. Inconsolable ? Faut voir… Sa tante (Brenda Blethyn) décide quand même de la dérider en lui racontant l’histoire (oh, elle est jolie, vous allez voir !) d’une amitié impossible entre Blizzard (voix de Whoopi Goldberg, qui fait décidément tout et n’importe quoi), renne magique du Père Noël © donc, doté de divers dons magiques (dont une fascinante « navigation empathique » !) et une fille passionnée de patinage artistique… Au début, Jessie n’en a rien à carrer de l’histoire de Blizzard, mais petit à petit, PRINCESS BRIDE, blablabla, etc., ad lib.

Allons, rangeons un instant le cynisme au placard, et mettons brièvement entre parenthèses notre détestation atavique du gros con distributeur de joujoux : mieux vaut ne pas être allergique au sirop. Dans le genre qui est le sien, BLIZZARD fonctionne gentiment par moments. C’est visuellement correct (LeVar Burton ne charge pas trop la mule, ha-ha), la photographie est très acceptable et la plupart des effets spéciaux sont de très bonne tenue, notamment les séquences de vol, parfois très belles. Totalement dénué d’originalité (sans mentionner, donc, un imaginaire fondé sur des bases bien pauvres), le moins qu’on puisse en dire, c’est que ce n’est pas du Jim Henson. L’avantage, c’est que ce n’est pas non plus SANTA CLAUS, l’atroce long-métrage de Jeannot Szwarc que tout le monde s’efforce d’oublier. Sans éclats, fonctionnel, le film fait son boulot sans trop faire mal aux yeux, et ne trouve au fond ses propres limites, radicales ceci dit, que dans ses élans (ha-ha) de sentimentalisme glaireux, un peu trop appuyés pour ne pas faire grimacer de douleur, notamment dans sa conclusion stupide et antipathique qui commet l’erreur impardonnable de confondre en fin de course la fiction avec l’histoire racontée dans la fiction. « Mais alors, cette petite fille, c’était toi Tata ? », vous voyez le genre. Ce genre de conclusions me semble toujours plus qu’imbécile : c’est une erreur fondamentale, à peu près aussi aberrante que de vouloir farcir une dinde avec sa propre fiente pour la rendre plus succulente à la cuisson.

 

 

 

C comme… LE CLOWN DE L'HORREUR, de Jean Pellerin (Canada, 1998)

Après le renne tendre et généreux, voici le clown meurtrier, autour duquel s’est construit un petit slasher méconnu doté d’un joli casting et d’une réputation flatteuse. Les clowns effrayants ne sont pourtant pas bien nouveaux au cinéma, même s’ils ont rarement fait l’objet de films très aboutis : on pense par exemple à OUT OF THE DARK, réalisé par Michael Schroeder, également à l’œuvre sur GLASS SHADOW dont il est question ci-dessous, un film pas très réussi qui vaut surtout le coup d’œil pour la présence dans un petit rôle de Divine dans son minuscule et tout dernier rôle ; à l’adaptation sous forme de mini-série de ÇA de Stephen King, mauvais téléfilm qui ratait constamment le coche et dans lequel Tim Curry, habituellement étincelant, était très décevant, la faute à une conception idiote et réductrice de son personnage ; au fond, en dehors de quelques silhouettes inquiétantes égarées dans des films dont ce n’est pas le sujet, le meilleur souvenir dans cette forme de sous-genre reste le KILLER KLOWNS FROM OUTER SPACE des frères Chiodo, épatante série B parodique et prodigieusement inventive.

Mais revenons donc à ce CLOWN DE L’HORREUR, présenté dans une assez belle copie en VOST et dans un format 1 :33 non recadré. Les conditions sont réunies pour apprécier à sa juste (et modeste) valeur un film soigneusement composé, bénéficiant d’une très belle photographie caractérisée par une utilisation judicieuse et parfois très efficace de la profondeur de champ. Une diva est assassinée par un clown dans la loge de l’opéra où elle vient de livrer sa dernière prestation. Quinze ans plus tard, sa fille (Sarah Lassez, violée dans THE BLACKOUT et dans NOWHERE) et ses camarades d’une classe d’art dramatique dirigée par Margot Kidder décident d’investir l’opéra désaffecté afin de le restaurer et de lui rendre son prestige passé, avec l’accord de son propriétaire Christopher Plummer. Bien entendu, le clown dément semble ne pas avoir quitté les lieux, et tout ce petit monde va vite en faire les frais.

Rien d’original donc, et passée une introduction assez belle, le métrage s’oriente vite vers le slasher classique – mais d’assez bonne qualité au demeurant. Le réalisateur Jean Pellerin semble avoir beaucoup apprécié le cinéma italien, puisqu’il place régulièrement des allusions au film OPERA de Dario Argento. Mais il n’a pas oublié non plus le BLOODY BIRD de Michele Soavi, ici très largement mis à contribution, un peu trop d’ailleurs (plagiat de la séquence des cadavres disposés sur scène et du magnétophone à bande). Mais d’une façon générale, le scénario n’est qu’un tissu d’emprunts de ce genre, auxquels on peut ajouter des titres moins connus comme POPCORN ou CURTAINS. C’est donc la forme qui prédomine, et c’est une chance qu’elle soit aussi attrayante. Dommage que l’adjonction totalement inutile d’un élément fantastique (les visions de Sarah Lassez), argument qui ne débouche strictement sur rien du reste si ce n’est une dernière partie un peu tirée par les cheveux, vienne déséquilibrer à la fois le récit et la mise en scène, très efficace, mais trop impersonnelle, le film ayant principalement l’attrait de ses propres références. Agréable, sans plus.

 

 

 

D comme… 2 GARÇONS, 1 FILLE, 3 POSSIBILITÉS, d’Andrew Fleming (USA, 1994)

Le sujet est inscrit dans le titre : lors d’une rentrée universitaire, trois étudiants sont amenés à partager un logement sur le campus – un macho fêtard (Stephen Baldwin), un jeune à l’homosexualité encore refoulée (Josh Charles) et une superbe jeune femme (Lara Flynn Boyle), qui va naturellement tomber amoureuse du gay, lequel est lui-même attiré par son colocataire qui pour sa part n’est pas indifférent aux charmes de, etc. On est donc, une fois de plus, face à un « film de college », genre fréquemment visité sur ce site (voir SLACKERS ou LES TRONCHES par exemple), et qui est loin de provoquer chez moi le même enthousiasme, ou du moins, pas systématiquement – contrairement au Dr Devo, je n’aime pas AMERICAN PIE, pour n’en citer qu’un. Ce qui ne m’empêche pas de reconnaître les caractéristiques et le potentiel d’un genre à part entière, bien qu’il soit typiquement américain, et donc assez peu reconnu dans nos contrées (malgré quelques tentatives d’imitation redoutables du type SEXY BOYS), et même d’avoir beaucoup de sympathie (COLLEGE ATTITUDE) ou parfois d’estime (LES LOIS DE L’ATTRACTION, ou le superbe RUSHMORE, à mes yeux le meilleur travail de Wes Anderson) pour une partie de ces films – mais une partie seulement : je reviendrai prochainement sur mes propres réserves à l’occasion de SLACKERS et d’AMERICAN PARTY (VAN WILDER, PARTY LIAISON), préférant glisser pour le moment sur ce point de vue.

Pourquoi ? Sans doute, tout simplement, parce que le film d’Andrew Fleming m’a semblé assez réussi – je n’aurais peut-être pas fait l’effort d’y jeter un œil si mes collègues ne m’avaient pas promis un très bon film, et j’avoue honnêtement que je n’en attendais pas grand-chose. D’autant plus que Fleming ne m’avait jusqu’alors pas impressionné par ses talents de cinéaste avec des films comme PANICS ou encore, avec toujours un pied dans le film de college, THE CRAFT (DANGEREUSE ALLIANCE), film médiocre qu’il faut tout de même faire l’effort de voir pour la très belle performance de la trop rare Fairuza Balk.

Attention : je ne suis pas en train de dire que 2 GARÇONS, 1 FILLE, 3 POSSIBILITÉS est une merveille de mise en scène, loin de là : la réalisation n’a d’autre qualité que celle d’être fonctionnelle dans un registre purement illustratif. Mais les comédiens font un excellent travail, et apportent beaucoup de spontanéité au récit. Plus encore, la sexualité, qui dans ce genre de film est toujours omniprésente mais dans une approche assez creuse et parodique, est ici abordée de façon frontale, non sans parfois une certaine gravité ; le film traite de l’érotisme, de la sensualité, avec un indéniable tact, qui parvient à rendre assez touchant un métrage qui ne dérape, à l’occasion, que dans quelques scènes de comédie plus maladroites, ou dans certains dialogues un peu téléphonés (dont une voix-off un rien lénifiante). La vraie limite du film, c’est surtout sa mise en scène conventionnelle (séquences-montages d’une insondable banalité, références appuyées à JULES ET JIM, qui est un film que je déteste), mais on sent un projet sincère, qui n’évacue pas certains aspects très cruels du récit (le trio humilie une fille un peu cruche dans une séquence drôle et méchante à la fois) et qui parvient à développer un ton relativement personnel et attachant dans le cadre d’un genre aux pentes bien savonneuses. Un peu fabriqué, certes, mais loin d’être inexistant.

 

 

 

E comme… L'ÉTALON ITALIEN, de Morton Lewis (USA, 1970)

Bon, la délicatesse se range dans le deuxième tiroir, là, à gauche. C’est bon ? Bien, alors on enchaîne.

Quand on est amateur de curiosités filmiques et de films de 3e zone, il y a des films qu’on se doit d’avoir vus, aussi nuls soient-ils. Je pense que la plupart d’entre vous ont déjà entendu parler de cet ÉTALON ITALIEN, petit porno soft qui n’existe que parce que le rôle principal en est tenu par Sylvester Stallone, une casserole que l’acteur aurait tant souhaité voir disparaître dans les limbes. Mais que voulez-vous ! C’est ça, la célébrité. Quand on se fait un nom, on s’expose à la curiosité d’une frange de la population toujours curieuse de voir des fesses de stars (c’était même, si je ne me trompe, l’objet d’une rubrique dans Première), et au bon sens mercantile des ayant-droit, toujours prompts à déterrer un bout de pellicule pour peu qu’un des protagonistes en soit arrivé au stade où il pourrait en avoir honte. En réalité, le film, réalisé en 1970 et alors intitulé « Party at Kitty & Stud’s », était tellement nul qu’il n’a jamais été distribué… du moins jusqu’en 1978, alors que Stallone venait d’être élevé au rang de vedette avec son ROCKY ; trop belle occasion de ressortir le film du chapeau en le re-titrant ITALIAN STALION, histoire de bien focaliser l’attention sur la présence au générique d’un Sylvestre dépité, qui croyait oublié ce petit tournage alimentaire effectué pour un cachet royal de 200 $. Aussi affriolant qu’une enclume rose, le film circule depuis en vidéo, et continue encore aujourd’hui à rapporter des espèces sonnantes et trébuchantes à ses producteurs.

Et d’ailleurs, le DVD (en VO non sous-titrée) a fatalement fini par atterrir sur mes étagères déjà encombrées d’items d’un goût sûr – chouette et piranha empaillés, cendrier monté sur un vieux fusil de chasse, portrait de Demis Roussos, et bien sûr DVD absurdes ; le meilleur, dans l’histoire, c’est que je n’ai même pas eu à affronter la honte de passer à la caisse avec un boîtier orné d’un sticker clamant fièrement « Le porno soft de Stallone ! », quelqu’un l’a fait à ma place, le Captain Pangolin en l’occurrence, focalien bien qu’il ne soit l’auteur que d’un seul et unique article (MADAGASCAR), qui m’avait appelé depuis ses contrées lointaines pour me faire part du contenu d’un bac de soldes et pour savoir si je souhaitais qu’il me fasse quelques courses – ça, c’est la classe, qu’il soit remercié pour sa bravoure et son sens kamikaze de l’initiative.

Bien, on rentre dans le détail ? Comme dirait Kitty : « Go ahead, Stud, gimme all the juice ! »

Premier plan : on aperçoit une jeune femme de l’autre côté d’un pont couvert, zoom avant, puis flou artistique. Mon dieu, et si c’était de l’Art ? Ah, non, le générique vient vite calmer les ardeurs de l’esthète avec sa chanson profondément débile et ses plans fixes vulgos, images volées au programme qui va suivre, mettant d’emblée les choses bien au clair : c’est bien du soft, du nudie inoffensif qui n’est effectivement mémorable que pour la présence, dans le rôle de Stud, d’un Sylvestre jeune, avec d’atroces rouflaquettes, très occupé dans sa première scène à courir dans un parc comme un chien qu’on aurait laissé là pour qu’il se défoule. S’ensuit un retour au domicile où l’attend sa compagne Kitty, et hop ! Petite scène de douche touche-pipi zoom avant / zoom arrière, commentée en voix-off par la voix morne et peu convaincue de l’actrice vantant les mérites de son amant. C’est d’ailleurs le son qui frappe avant tout dans ce métrage : la quasi totalité des séquences ont été tournées sans le son, ajouté en post-production et essentiellement composé de musiques d’ascenseur d’un pittoresque 70’s appuyé, et bien sûr de longs monologues de Kitty, qui se distinguent autant par l’absence de conviction de la comédienne (Henrietta Holm, qui elle n’est jamais devenue célèbre) et par la nullité abyssale de son texte, manifestement en grande partie improvisé. Échantillon : « Je vais méditer… C’est drôle ! Je suis toute excitée dès que je prends la position du lotus… Et si je dansais ? » Voilà, sur un plan sonore, toute la texture du métrage : voix-off crétine ad lib, aucun dialogue, juste cette voix-off qui débite au kilo des considérations stupides sur fond de sirop musical.

Kitty aime Stud, surtout quand il lui file des baffes, alors ils invitent des gens et font la fête. Le scénario est ici surtout affaire de remplissage, quitte à filmer pendant des plombes une ronde nudiste profondément grotesque. La réalisation est d’une réjouissante nullité, qui évoque par moments le film dans le film de John Landis, « See you next wednesday », softcore ridicule que regardent à l’occasion les personnages dans plusieurs de ses comédies. Mais le remplissage, ici, c’est la mise en scène, et la mise en scène est pur remplissage. Le « réalisateur » comble les vides avec des miroirs, et il adore ça. Stallone fait saillir ses muscles devant un miroir dans le reflet duquel on aperçoit deux filles derrière lui, en train de se pâmer sur un lit ; l’acteur caresse alors leur reflet dans l’espace vide face à lui, à destination de l’objectif, comme ça, pour faire joli. Et ça, c’est ce qu’on trouve de plus élaboré dans le film, car dès que Morton Lewis met la main sur un miroir déformant, vague réminiscence psychédélique, alors là, c’est parti pour un quart d’heure de filmage, d’une complaisance enfantine, des reflets déformés de son casting, qui ne sait plus à la fin dans quel sens tourner sa nudité et finit par évoquer une poignée d’asticots s’ébattant mollement au fond d’un pot sous un beau soleil d’été (moi aussi, je veux faire joli). Très vaguement SM – mais alors, très vaguement, hein ! – le film ébauche quelques pas dans cette direction sans la moindre conviction, à l’image des gifles qu’administre Stallone à la douce Henriette, sans même l’effleurer : l’un des deux acteurs, si ce n’est les deux, n’était pas du tout décidé à recevoir des coups pour 200 misérables dollars, et ces accès de violence sont à peu près aussi redoutables que ceux d’un nouveau-né contrarié. Petit faible pour une scène où Stud s’est blessé à la main : Kitty suce sa blessure, tandis que sa voix-off donne dans la suggestion raffinée (« I wish I was sucking his cock ! ») – ce qui n’empêche pas, curieusement, l’éditeur de biper le mot « fuck » à chaque fois qu’il est prononcé par Sylvestre – petits arrangements avec Rambo himself ?

Au final, ce sommet de laideur, d’un mauvais goût hallucinant, laborieux, totalement futile et affreusement daté, pourrait bien réjouir les plus cinéphiliquement pervers d’entre vous – peut-être en double programme avec HERCULE À NEW YORK, mais bon, ce n’est jamais qu’une suggestion, n’est-ce pas ?

 

 

 

F comme… FLYING VIRUS, de Jeff Hare (USA / Brésil, 2001)

On passe maintenant à une petite série B totalement insignifiante, sorte de mélange entre AIRPORT et GUÊPES ATTACK, qui brasse les clichés d’une catégorie annexe au film d’agression animale qui m’a toujours ennuyé (les films avec abeilles, guêpes et autres frelons, genre L’INÉVITABLE CATASTROPHE), sur fond de considérations écologiques bien d’actualité, le film se déroulant en Amazonie, avec naturellement un casting composé de has-been qui se défendent (Rutger Hauer, David Naughton) et d’une poignée de never-been (Gabrielle Anwar de BODY SNATCHERS, Craig Sheffer de CABAL).

Une mystérieuse tribu indigène (mais donnez-leur des sous quoi !) lutte vaillamment contre la déforestation, à l’aide d’un essaim d’abeilles tueuses. Malheureusement, un scientifique véreux parvient à s’emparer d’une ruche, placée dans la soute d’un avion en direction vers les Etats-Unis. Une journaliste mène l’enquête sur la tribu du « peuple de l’ombre », tandis que dans l’avion, son ex doit faire preuve d’héroïsme lorsque les abeilles tueuses envahissent l’appareil, d’autant plus que pendant ce temps-là, l’armée traque l’avion afin de l’abattre, vous suivez ?

Sans grande surprise, le spectacle est morne, passablement incohérent et redoutablement cheap : des personnages semblant échappés d’un soap luttent contre des nuées d’abeilles en images de synthèse pourries, jusqu’à une conclusion typique de film catastrophe où l’ex rejeté regagne le cœur de sa dulcinée – facile, vous me direz, le concurrent s’est avéré être le méchant de l’histoire, mais je vous répondrai que c’est quand même très logique, Gabrielle Anwar et Craig Sheffer étant en couple à la vie comme à l’écran, comme ils disent. Pour le reste, voilà bien un titre illustrant le degré zéro absolu de la création.

 

 

 

G comme… GLASS SHADOW, de Michael Schroeder (USA, 1993)

Ne croyez surtout pas que, parce que nous allons encore parler de cyborgs, il s’agit encore d’un film d’Albert Puyn (voir NEMESIS II ou KNIGHTS). Non, vraiment, ça n’a rien, mais alors rien à voir. Sauf que… Bon, en fait, il s’agit en fait ici de CYBORG II, suite du film de Puyn avec Jean-Claude Van Damme (que je n’ai jamais vu, contrairement aux apparences, je ne suis pas un spécialiste), Albert étant probablement occupé ailleurs à faire la même chose. Jean-Claude lui-même laisse la place à une autre comédienne d’envergure – de son envergure, je veux dire : la subtile et délicate Angelina Jolie, embarquée dans un récit préfigurant, toutes proportions gardées, le GHOST IN THE SHELL de Mamoru Oshii (notamment pour son générique d’ouverture) : elle y interprète Cash Reese, cyborg destinée à séduire de grands chefs d’entreprise pour mieux exploser pendant l’acte sexuel. Mais ses concepteurs ont peut-être trop bien fait leur boulot, car sa part humaine se dit que flûte, exploser en milles miettes avant l’orgasme et se farcir des hommes d’affaire adipeux qui bandent mou est une destinée moyennement excitante. Elle décide donc de se révolter et s’enfuit avec un technicien malencontreusement tombé amoureux d’elle (le bon Elias Koteas). Et comme elle n’a pas été conçue dans les usines Seb, le duo se retrouve vite avec des exterminateurs sur les talons.

Pourquoi pas, après tout ? C’est sommaire, mais ça peut bien faire l’affaire avec un petit savoir faire. Et de ce point de vue, le film s’avère visuellement assez soigné dans les limites de son budget de série B, avec ses maquettes juste assez cheap pour être plaisantes et sa photographie saturée à la HARDWARE.  Malheureusement, les maigres qualités du film s’arrêtent là : Angelina est totalement fade, et le film s’engouffre prestement dans une juxtaposition de scènes de poursuite et d’affrontements divers et variés, très mollement mis en scène – avec quelques couacs au montage et une musique affligeante, le tout étant saupoudré de romantisme cyber franchement tarte (voir la séquence érotique dans le lit à baldaquin, ou pire, la conclusion nunuche et sa voix-off sirupeuse). Malgré les efforts, le résultat est terne et très quelconque.

 

 

 

H comme… THE HOURS, de Stephen Daldry (USA, 2002)

 

 

THE HOURS bénéficie d’un projet autrement plus excitant que la love story robotique de Michael Schroeder : développer sur écran l’univers littéraire de Virginia Woolf, une expérience dont le remarquable ORLANDO de Sally Potter m’avait laissé un excellent souvenir, dans une approche juxtaposant la fiction romanesque et la narration cinématographique. De quoi générer bien des attentes après les essais de David Cronenberg (William Burroughs et LE FESTIN NU) ou de Steven Soderbergh (KAFKA).

Attentes vite déçues d’ailleurs, même si le film fonctionne gentiment. Il y a du travail, principalement dans l’écriture du scénario (signé David Hare, lui-même adapté d’un roman de Michael Cunningham), c’est indéniable. Mais le film manque singulièrement de personnalité. Après une introduction (le suicide de Virginia Woolf) un peu plaquée sur un style « à la Jane Campion » (PORTRAIT DE FEMME, LA LEÇON DE PIANO), Stephen Daldry tente une narration morcelée en trois personnages et trois époques distinctes, chacune contenue dans une seule journée : partie biographique consacrée à l’écrivain, interprétée par Nicole Kidman ; partie consacrée à une femme (Julianne Moore) sur le point de quitter son mari lorsqu’elle entame la lecture d’un roman de Virginia Woolf ; partie consacrée à une femme (Meryl Streep) dont le parcours évoque les grands thèmes des livres en question. Le récit alterne ces segments en accentuant son approche dans des raccords au montage plus ou moins habiles, hélas sans véritables audaces, qui trouve d’autant plus ses limites dans sa proximité à la structure narrative du film choral façon GRAND CANYON que les deux segments finissent par se rejoindre dans une dernière partie classique, certes émouvante, mais bougrement prévisible et téléphonée. Un système d’échos et de répétitions en somme, qui n’échappe pas par moments à une certaine lourdeur démonstrative. Cet aspect du film résulte cependant bien plus du travail du monteur Peter Boyle (INSTINCTS MEURTRIERS, INSEMINOÏD) que d’un véritable projet de mise en scène : au sein de chaque segment, ce sont les acteurs qui mènent la danse. Daldry leur laisse beaucoup de place, et ils font d’ailleurs tous un excellent travail ; c’est tant mieux, car leurs dialogues sont trop souvent platement filmés et pas merveilleusement bien cadrés.

Suicide, ambivalence sexuelle, culpabilité, souvenirs, connections, le tissu est potentiellement riche et assez beau, trempé dans une réelle amertume, mais la mise en scène ne lui rend pas vraiment justice, et si la sauce prend, c’est en grande partie grâce à la superbe musique composée par Philip Glass, qui porte le film, et paradoxalement le dessert – son lyrisme exacerbé « charge » souvent des images pas forcément à la hauteur. THE HOURS est pourtant un assez beau film ; mais c’est avant tout un film d’acteurs et un film de scénario, dont la réalisation, l’esthétique, ne dépassent jamais le stade un peu fade d’un drame un rien académique. C’est bien, mais ça aurait pu et dû être bien davantage.

 

 

 

I comme… INVADER, de Mark H. Baker (USA, 1996)

Un module envoyé sur Mars et perdu de vue en 1983 revient sur Terre avec à son bord un organisme extra-terrestre dangereux. Euh… Voilà ! Bon. Voici donc une nouvelle version, ici assez télévisuelle, d’un sujet bien galvaudé à la ALIEN, très proche de ce dont je vous avais parlé dernièrement en évoquant LA MUTANTE II, seul bon film de sa franchise.

Soit. Là encore : pourquoi pas ? C’est dans les vieilles marmites, etc. Et dans ce genre de films, l’intérêt réside rarement dans l’histoire racontée, et c’est la texture, le visuel qui font la différence, ou ne la font pas. INVADER (LIFEFORM en VO) ne sort jamais du lot, bien qu’il bénéficie grandement d’effets spéciaux agréables nourrissant un aimable petit suspense, aussi convenu qu’il est relaxant. La réalisation est par contre franchement plate, et le film souffre de quelques scories – ou en tire profit si vous prenez le parti d’en rire. La base militaro-scientifique dans laquelle se déroule l’action est relativement soignée par le directeur artistique, mais il est parfois bien difficile de prendre au sérieux les personnages qui y évoluent – comment ne pas ricaner devant le jeune Ryan Phillippe, absolument pas crédible en soldat (il faut le sauver !!!) avec son minois de gosse de quinze ans ? Le scénario se prend de temps à autres les pieds dans le tapis, notamment lorsqu’un soldat est contaminé par l’organisme : panique, auscultations, désespoir, quarantaine, mais une demi-heure de film plus tard, on réalise soudain que c’est juste une crise d’appendicite ! La VF n’arrange rien, et balance avec nonchalance quelques répliques délicieusement stupides (« On sait que cette créature pond des œufs, et s’il y en a d’autres, ils doivent être quelque part ! »), dotées parfois d’une syntaxe très personnelle (« À ce qui paraît que vous êtes en quarantaine ? »).

Bon, ceci dit, je n’ai pas non plus envie de faire mes griffes sur ce petit film de série, d’autant plus qu’il dispose, avant une conclusion plutôt nihiliste, d’une ou deux jolies séquences, comme celle montrant la créature prendre le temps d’observer et de palper le visage de l’homme qu’elle vient de tuer, ou sa fascination pour la lune lorsqu’elle parvient à s’évader de la base. À consommer sur place, sans plus.

 

 

 

J comme… JAY ET SILENT BOB CONTRE-ATTAQUENT, de Kevin Smith (USA, 2001)

Pour ceux qui seraient totalement passés à côté, je rappelle tout d’abord que Jay & Silent Bob sont deux personnages créés par Kevin Smith (interprétant lui-même Silent Bob), duo comique succédant aux Cheech & Chong et autres Bill & Ted des années 80, dont la popularité a toujours eu un peu de mal à traverser l’Atlantique, et qui a parasité les différents films du cinéaste, lequel affirme vouloir tourner la page et leur offrir, en guise de bouquet final, un cinquième et dernier long-métrage qui cette fois leur offre la vedette. C’est peut-être une bonne chose, dans la mesure où, à l’image du film – et de la carrière de Kevin Smith (excellent DOGMA, médiocre MALLRATS) – leurs prestations s’avèrent bien inégales. D’ailleurs, le début du film a quand même de quoi inquiéter : c’est lourd, gras et pas d’une très grande drôlerie.

Ça s’arrange un peu par la suite, au point même que le film devient parfois très, très drôle. Le sujet est assez savoureux : Jay & Silent Bob apprennent qu’un film les mettant en scène rentre en tournage à Hollywood, et, furieux, décident de se rendre sur place pour mettre un terme au projet. Et c’est aussi un sujet très prometteur, puisqu’en substance, l’objectif des deux personnages principaux de JAY ET SILENT BOB CONTRE-ATTAQUENT est tout simplement d’empêcher le film de se faire, ce qui (pour une fois, si j’ose dire) justifie pleinement la démultiplication des sketches, des apartés, des hors-sujet et des digressions qui caractérisent l’écriture de Kevin Smith – même une bonne grosse comédie comme celui-ci fait une durée tout de même conséquente, sans compter les 90 minutes de scènes coupées, habituelles chez le cinéaste, ce qui me laisse toujours assez perplexe : pourquoi les tourner quand il est évident que le film ne pourra jamais durer quatre heures ? Mais ici, c’est en partie un avantage, en lien avec le projet lui-même. En partie seulement, parce qu’encore une fois, les sketches en question oscillent entre le très bien vu et le consternant, mais aussi parce que la structure générale paraît bien fragile et parfois discutable, en comparaison avec un script aussi solide que celui de DOGMA, qui n’élude pourtant pas ce penchant pour la dispersion.

Pour peu qu’on se laisse porter, le film finit tout de même par taper dans le mille, tout en développant un petit charme pas négligeable, à grands renforts de parodies, bien évidemment : CHARLIE ET SES DRÔLES DE DAMES, LA PLANÈTE DES SINGES, SCREAM sont ainsi mis en boîte, même si ma préférence va plutôt pour WILL HUNTING II, dont les deux héros viennent perturber le tournage, belle occasion pour Matt Damon et Ben Affleck, habitués de l’univers du cinéaste, de s’auto-parodier avec une réjouissante férocité, et pour SCOOBY-DOO (en chemin vers Hollywood, le duo croise le Mystery Van dont les occupants poursuivent les mêmes objectifs : stopper l’adaptation cinéma de leurs aventures), revu et corrigé sur un registre psychotique et d’une vulgarité effarante.

Dommage cependant que Kevin Smith ne pousse pas à son terme la logique interne d’un projet a priori programmé pour l’auto-destruction. Au lieu de cela, il semble ne pas trop savoir sur quel pied danser en fin de course, et la dernière partie du film s’en ressent cruellement. Tantôt amusant, tantôt juste stupide ou pire, plat et poussif, tantôt hilarant, le résultat se suit somme toute agréablement, le défilé de guest-stars aidant, et vaut bien le coup d’œil, mais vous êtes avertis, il vous faudra probablement en laisser sur le bord de l’assiette !

 

 

 

K comme… KO, c’est ce que je suis dans l’instant, aussi vous faudra-t-il patienter quelques jours pour pouvoir découvrir la suite et fin de cette 11e sélection.

 

 

 

Le Marquis

 

 

 

Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés : cliquez ici !

[Photo : "Maintenant, Digestion", par Le Marquis]

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Norman bates 09/11/2006 18:48

Pour revenir sur Depalma, apres expertise, oui Femme Fatale est un grand film. Merci  de m'avoir donné envie de le voir.

Vierasouto 31/10/2006 01:21

J'ai vu l'autre jouer sur le satellite "Les insatisfaites poupées érotiques du Dr Hitchcock" et c'est assez drôle... Il y a même de grands moments comme une scène où une tête de pioche frappe celle d'une infirmière et on enchaîne aussitôt avec la tête d'une des nymphomanes pensionnaires qui apparaît entre deux feuilles vertes sur une pimpante sérénade à la guitare ; transie de désir pour le jardinier, traversant nue le jardin, la brune brûlante lui dit  un truc du genre : "prends-moi comme tes plantes!" PS. Vu aussi "Le Dalhia noir" et "The Departed"... Le premier est assez contemplatif mais il y a de bonnes choses, le second est très décevant, franchement commercial film de commande, si il n'y avait que le titre français qui cloche,ce ne serait rien...

Bernard RAPP 26/10/2006 01:53

Mademoiselle, oui veuillez m'excuser, non.... Non je n'ai pas commandé, pas encore. Aloooooors (songeur, ajustant ses demi-lunes collector, offerte par Pavot soi-même) en entrée "Murder à la Mod", un beignet de "Phantom of the Paradise"... comment?... oui bah on va en prendre un pour deux naturellement vous avez raison. Ensuite... Elle est comment la "Pulsions" ces temps-ci ? Ah oui ! Alors oui, absolument, euh... plutôt saignante. Après, le "Body Double", pas trop de sauce pour la scène de la chignole, ben non on est à table quand même. En fromage, je goûterai le "Raising Caïn" du Marquis, mais je vais prendre un assortiment d'"Impasse" quand même. Bon et puis le dessert, évidemment, un plein panier de "Femme Fatale". Je crois que je n'aurai plus très faim pour du Scorsese tout compte fait.

Le Marquis 25/10/2006 18:15

Eh bien, pour ma part, SISTERS, CARRIE, et L'ESPRIT DE CAÏN que j'avais dans un premier temps détesté et que j'ai re-découvert il y a quelques années avec grand bonheur. Je remarque que personne ne mentionne OBSESSION, dont je parlerai très prochainement...

Isaac Allendo 25/10/2006 15:34

Alors moi pour De Palma je prendrais une ration de "Phantom", une de "Sisters" et vous me mettrez un petit peu de "Blow Out" avec pourquoi pas un fond du trop peu cité "The Fury" que j'aime bien en arrière-bouche.Et entièrement d'accord sur "La valse des pantins" qui est très drôle en plus.