Jeunes filles, jeunes garçons,

 

Comme je vous le disais dans mon article de ce matin sur le film "Long Time Dead", le petit voyage familial de Noël sur les terres de mon enfance s'accompagne toujours de visites chez mon ami le Marquis, homme discret qui n'en possède pas moins une impressionnante collections de DVDs, de tout genre, toutes époques et tout pays. Le meilleur du cinéma mondial est ainsi archivé avec un éclectisme qui impose le respect, de Alain Resnais à Sandra Bullock, en passant par des continents inconnus des plus cinéphiles d'entre nous (je pense à ce très beau coffret sur le grand réalisateur brésilien José Majica Marins). Une étape dans cet antre du film vous comble de choix à chaque passage. S'ensuivent souvent de vives discussions de haute volée qui ne font que rehausser l'intérêt des films.

 

Sur ce site, je vous livre pensées et réflexions sur les films que je vois. L'actualité de ces pages est donc dictée par flâneries de cinéphile. Pourtant, avec cet article, je vais faire une exception. Exception qui, comme chaque élément de ce blog, est extrêmement justifiée et complètement pertinente. (A ce sujet, le lecteur attentif remarquera que les premiers paragraphes de mon article sur "Long Time Dead" qui pourtant n'évoquent pas le film, parle déjà de l'impression que m'a faite le film, peut-être bien plus que la critique elle-même d'ailleurs... Chapeau l'artiste!) Il me faut donc revenir sur un film que j'ai découvert pour la première fois cette année, mais bien avant la naissance de ce blog. Il s'agit de "Vendredi 13", premier du nom. J'en vois déjà qui applaudissent, et d'autres qui s'arrachent les cheveux. Même si ce film a plus fait pour la calvitie que pour l'Art brut, n'allez pas trop vite en besogne. Fermez les yeux. Il était une fois...

 

 

 

Une colonie de vacances située près d’un lac ré-ouvre ses portes après quelques années d’inactivité. Les monos arrivent sur place et mettent la main aux derniers petits travaux avant que le camp n’ouvre de nouveau ses portes. Très vite, les événements qui ensanglantèrent l’endroit refont surface et les monos disparaissent les un après les autres. L'ombre de Jason, l'enfant-martyr,tué accidentellement quelques années auparavant par des monos en charge d'enfants sur les bords du même lac de Crytal Lake, plane, et la nuit n'a pas révélé tous ses mystères...

 

Voici les mythiques débuts d’une série qui reste l'une des plus longues de l’histoire récente du cinéma. Tout cela est bien carré et paraît quelque peu suranné. Le film surfe complètement sur le succès de « Halloween », le premier chef-d’œuvre de John Carpenter, réalisé l’année précédente. Mais là où ce dernier se servait d’un scénario mince pour explorer une mise en scène riche et un montage superbe, Vendredi 13 se contente  d’être un  petit film de série sans fantaisie ni trait de génie. Les acteurs qui, à force de sur-jeu et de drôlerie involontaire, rendent l’ensemble sympathique, s’escrimant à rendre palpitante une narration forcément réchauffée (voir plus haut) ; tâche à laquelle ils échouent bien sûr. Reste quand même la « performance » de Betsy Palmer qui semble, dans ce film, avoir franchi le Mur du çon depuis longtemps. Elle est carrément hystérique, se lâche complètement, sans qu’on puisse dire que ce soit pour le meilleur ou pour le pire. Elle est complètement « improbable » aussi bien dans son jeu que dans son physique, phénomène dur à décrire mais qui mérite à lui seul le détour. Disons qu’elle est artistiquement au-delà du Bien et du Mal ! Rien que pour elle, il faut jeter un œil sur ce film. Sinon, quelques plans sympathiques (sans plus) dans quelques meurtres, et une dernière bobine un peu plus inspirée où on trouvera même quelques images en fondu plutôt réussies et baroques. Un film qui n’arrive pas à la cheville de son inspirateur, très très loin de là, et qui ne vaut ni tellement plus, ni tellement moins que les nombreux succédanés qu’il a inspirés. 

 

Il est quand même notable de voir l'attachement coupable que ce film provoque chez votre serviteur. Le Marquis, chez qui le phénomène d'attirance/culpabilité est encore plus marqué que chez moi (mais c'est un sanguin, et de sang bleu, qui plus est! Là où je suis et reste un scientifique), ne peut, au final, que sombrer dans un plaisir sans fin. Du caleçon de bain bien étrangement rempli et à l'affût de Kevin Bacon (scène du plongeoir... Mesdemoiselles à vos cassettes!) aux bizarreries sans fin de la séquence finale, il faut admettre qu'il est difficile de ne pas prendre de plaisir. Ces bizarreries multiples, ces errements gauches jusqu'à l'incompréhensible ne font-ils pas, après tout, ce que le cinéma a de plus précieux, ce qui rend son utilisation et sa grammaire le plus spécifique? N'est-ce pas là, dans les interstices de ce qui doit ou non se faire dans une oeuvre cinématographique, que réside ce qui fait le Cinéma dans ce qu'il a de plus profond ? Bizarre paradoxe, ma chère, mais paradoxe véridique.

 

L'adage focalien et "devoiste" principal est ici pour la première fois, et pas pour la dernière fois, croyez-moi, exprimé : une oeuvre cinématographique digne de ce nom n'existe que si  elle détruit le cinéma. Robbe-Grillet, Duras, Straub ou Jarman l'avaient déjà bien compris en leur temps. "Vendredi 13" en apporte la preuve.

 

Vautrons-nous.

 

Sincèrement,

 

Dr Devo

 

(chanson de la semaine : "Example #22" de Laurie Anderson)

 

 

 

 

 

 

 

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Mardi 28 décembre 2004 2 28 /12 /Déc /2004 00:00

Publié dans : Corpus Analogia
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