Chroniques de l’Abécédaire, épisode 11, seconde partie : les kamikazes de la lune de miel assistent à la 25e renaissance de la momie traquée.

Publié le par Le Marquis

[Photo : "Le Maléfique Lapin de la Toussaint", par le Marquis]

Les vacances sont trop courtes et le temps passe bien vite, surtout quand on s’amuse, et l’on s’amuse souvent en compagnie du Docteur, qui m’a fait l’honneur et le plaisir de me rendre une visite, laquelle a momentanément interrompu le visionnage de l’Abécédaire, qui reprendra ses droits dès ce soir. Avant qu’il ne me le demande par mail, je vous fais part ici même des films visionnés ces derniers jours ; quelques-uns ont déjà été évoqué cette semaine, d’autres seront peut-être l’objet d’un article, plusieurs d’entre eux resteront dans l’ombre, tandis que les quelques films piochés dans la programmation de l’Abécédaire seront tout de même évoqués à la lettre qui leur est impartie – ils ne seront bien sûr pas remplacés par un autre film, c’est rigoureusement interdit. Les films sélectionnés par le Docteur sont ici cités dans leur ordre alphabétique. AU SERVICE DE SATAN (excellent film du revenant Jeff Lieberman), BLOOD ANGELS (que j’ai trouvé amusant mais que le docteur n’a pas aimé), LE CONTINENT DES HOMMES POISSONS (classique agréable du cinéma bis signé Sergio Martino), DESPERATE LIVING, FANTÔMES (film d’horreur indien vraiment assommant), FLESH FOR THE BEAST, FRIGHTENING (David DeCoteau en petite forme), FUGITIVE MIND (Fred Olen Ray en petite forme itou, mais il y a Heather Langenkamp), HIGHWAYMEN (correct film de série B), LES INNOCENTS (le chef-d’œuvre de Jack Clayton), JAY ET SILENT BOB CONTRE-ATTAQUENT, KANNIBAL (que le docteur a trouvé amusant mais que je n’ai pas aimé, malgré Linnea Quigley), LA MAISON DU DIABLE (vous savez, le film de Robert Wise « où il ne se passe rien », cf commentaires sur l’article consacré au mauvais AMITYVILLE), THE MANSON FAMILY (film étrange et très intéressant), MASSACRE DANS LA VALLÉE DES DINOSAURES (tout un poème…), LE MONSTRE DU TRAIN (slasher classique et pas trop mal fichu avec Jamie Lee Curtis), MORT DE PEUR (CAMPFIRE TALES, petit film à sketches sympathique), 99 FEMMES de Jess Franco (les films de Franco sont toujours meilleurs quand je les regarde avec le docteur, c’est curieux), SACRIFICES (THE LAUGHING DEAD, série B totalement improbable issue des années 80), SPIRIT OF THE NIGHT (Zzzzz !), TEENAGE CAVEMAN, THE TOXIC AVENGER IV (hilarant), VENDREDI 13, CHAPITRE VIII (le seul que le docteur avait boudé jusqu’alors), programme complété par quelques épisodes de « South Park », des « Simpson » et de « K-2000 » (mieux vaut taire la demi-heure passée devant le mortifère « Muppets TV ») sans parler d’autres petites surprises. Joli programme visionné en compagnie d’une citrouille creusée et d’un amoncellement de cochonneries, une vieille habitude qui ne date pas de la tentative de transplant mercantile de ces dernières années, mais de l’époque lointaine où j’avais découvert le merveilleux film HALLOWEEN de Carpenter.
Fichtre, ça crée du lien cette introduction mine de rien. Et si on enchaînait sur la suite de l’opus 11 de l’Abécédaire ? C’est parti, avec un film en K comme...
 
LES KAMIKAZES DU KUNG-FU, de Yang Ching Chen (Taïwan, 1973)
Allez, un petit film de kung-fu pour entamer la dernière ligne droite de cet épisode 11. Et cette fois, le film en question, également distribué en salles dans les années 70, aux Etats-Unis sous le titre TO SUBDUE THE EVIL et en France sous le titre LES REQUINS DU KARATÉ (bravo !), ne nous est pas proposé par Bac Films et son ineffable collection « L’Odyssée du Kung-Fu », mais par les Éditions du Film Retrouvé, éditeur fauché au catalogue sympathique mais de piètre facture technique : bien évidemment, malgré une copie correcte, pas de version originale disponible, c’est une bonne vieille VF d’époque, dont la qualité n’a d’égal que le respect de l’œuvre distribuée. Dans les salles de quartier aujourd’hui disparues, ce type de productions pullulait il y a une trentaine d’années, souvent avec des titres parodiques (un de mes préférés : KARATÉ À MORT POUR UN BOL DE RIZ) et des doublages laissant clairement transparaître le mépris dans lequel était tenu le genre, et le repli des responsables de la distribution de produits à la chaîne vers un humour empreint de je-m’en-foutisme, particulièrement flagrant dans des dialogues parfois manifestement improvisés au micro. Ce qui fait, avec le recul, que la flopée de métrages aujourd’hui distribués à la pelle dans des éditions à deux balles, et dont certains titres, particulièrement obscurs, ne sont référencés nulle part ailleurs, ne peuvent être abordés que sous l’angle d’un 36e degré (de Shaolin ?) aussi réducteur que comique. Ce qui peut s’avérer extrêmement frustrant pour les passionnés du genre si le film ainsi maltraité était à la base, ne serait-ce qu’un honnête film de série.
Un honnête film de série, c’est ce qu’est en partie ce film de l’inconnu (du moins en ce qui me concerne) Yang Ching Chen, qui traite d’un sujet très quelconque de vengeance, celle d’un homme dont la famille a été massacrée à sa naissance, tragique événement au cours duquel s’est égaré son frère jumeau, qu’il croit mort et qui, vous vous en doutez bien, ne l’est pas. En partie. Beau cinémascope, bonne facture générale, et surtout quelques audaces de montage (la brièveté de ses inserts est étonnante), ou plus rarement de cadrage (spectaculaires plans basculés – les plans verticaux sont plus conceptuels !), aussi surprenantes qu’efficaces. Le ton général du métrage, qui souffre beaucoup de la banalité de son scénario, est celui du sérieux le plus concerté, tragédie et violence (les combats sont parfois assez gore), dilemmes cornéliens et mines confites dans le malheur et la bravoure désespérée. Dans les meilleurs moments du film, on retrouve certaines grandes qualité de ce cinéma, lorsque les personnages et les intrigues s’effacent pour laisser la place au mouvement pur, à la symbiose formelle, plus ou moins effective ici – on est très loin de King Hu et du rythme, de l’esthétique superbes et hypnotiques d’un RAINING IN THE MOUNTAIN – entre le montage et le cadrage, dans des raccords vertigineux : la caméra est mobile, montage nerveux, très belle échelle de plans…
Curieusement, le film flirte pourtant souvent avec un registre assez Z, renforcé par des chorégraphies et trucages hallucinants de ringardise – les cascades câblées sont à hurler de rire. Les combats finissent parfois par devenir quasi surréalistes à force ce maladresses techniques, comme ces accélérés à la Benny Hill douloureusement visibles, ces trampolines et ces filins apparents, ce son synchrone à ses heures, ces mannequins pas crédibles pour un yen. Le film s’engouffre aussi dans des épisodes grotesques : le héros intervient par exemple dans une dispute conjugale, empêchant le mari excédé de poignarder son épouse volage, quand il tombe soudain sur un des sbires inscrits sur sa liste noire : alors qu’il est en train de lui régler son compte, l’épouse du couple enfin réconcilié, effrayée par l’issue du combat, s’empale elle-même, accidentellement, sur le couteau que son étourdi de conjoint n’avait toujours pas lâché ! Tristesse et désespoir à l’écran, mais j’avoue que sur mon canapé, l’ambiance était plutôt souriante… Bien entendu, la VF en rajoute une couche dans les répliques frappées du bon sens, avec ses « coups mortels volants » et ses dialogues subtils du genre : « Qui êtes-vous ? » - « Je suis le fils de mon père ! ».
Un pied dans la gravité et l’artisanat appliqué, un autre dans les excès grotesques et les bourdes visuelles, LES KAMIKAZES DU KARATÉ ne trouve pas vraiment son équilibre entre le Z et la série B, mais il devrait faire sourire les amateurs de curiosités bis, à l’occasion.
 
L comme… LA LÉGENDE DE LA MOMIE, de Jeffrey Obrow (USA, 1997)
Aussi nul que soit le film dont je vais vous parler, je me permets quand même d’épingler l’éditeur, DVD Bonsaï, qui annonce sur sa jaquette du 16/9e et de la VOST pour un film recadré et en VF : vous n’avez pas le sentiment de chercher à voler l’argent de vos clients, de temps à autres ? Bien sûr, ce n’est qu’un film de Jeffrew Obrow, dont le seul titre de gloire est la série B THE KINDRED, passablement oubliée aujourd’hui ; mais d’autres films splendides en font eux-mêmes les frais sous le seul prétexte qu’ils ne bénéficient pas d’une grande popularité – voir le traitement scandaleux réservé au CERCLE INFERNAL de Richard Loncraine, dont l’édition lamentable parue en France est actuellement la seule disponible. Bref.
Revenons à cette LÉGENDE DE LA MOMIE, avancée sous le très vague prétexte d’une nouvelle de Bram Stoker, pour ce qu’il en reste à l’écran… Le film s’ouvre sur une tentative de vol d’un bijou dans une tombe égyptienne, qui se solde par une bonne cramante ; ailleurs, en Angleterre, un vieillard est agressé par une momie. Ce mystère est bien sibyllin, et entraîne donc une enquête à la Derrick, d’un ennui mortel. Que les amateurs de créatures à bandelettes en soient bien avertis : passée cette première agression, la momie en question est reléguée dans la cave, et n’agressera les différents personnages de la maison dans laquelle se déroule une intrigue bien nébuleuse que sous la forme d’une entité invisible – et croyez-moi, avec une mise en scène aussi peu inspirée, c’est encore moins impressionnant que ça n’en a l’air à le lire. On lève bien un sourcil lors d’une séquence où une petite momie agresse le héros et lui arrache les doigts un à un, mais tout cela n’est qu’un rêve, et le film replonge illico dans sa profonde et contagieuse léthargie. Fade, mou, terne, le film est également incohérent (la gouvernante de la maison est agressée par la redoutable momie invisible, avant de reprendre tranquillement son office, l’incident restant absolument sans conséquence sur le déroulement de l’intrigue, si floue qu’on se demande vraiment si le film a bien été terminé, et si Jeffrew Obrow disposait réellement d’un scénario défini. Passée une heure, on finit cela dit par s’en foutre royalement et par juste résister à la tentation de mettre un terme prématuré à un visionnage aussi pénible – je ne l’ai pas fait, j’ai vu s’inscrire le mot Fin, et je me dis juste que si Obrow souhaitait rendre hommage à la Hammer (Aubrey Morris reprend ici le personnage qu’il jouait en 1971 dans un médiocre film de momie de la firme, pourtant signé par le pas mauvais John Gilling), c’est totalement et irrémédiablement foiré. Le film n’en connaîtra pas moins une suite, succès des films de Stephen Sommers oblige, mais dans la mesure où il est cette fois dirigé par David DeCoteau, le résultat ne peut en être que diamétralement opposé : verdict une fois prochaine !
 
M comme… MAGIC WARRIORS, de Ronny Yu (USA / Chine, 1997)
Le niveau remonte tout doucement avec ce petit film d’aventures signé par Ronny Yu, co-production qui préparait le terrain à son débarquement aux Etats-Unis, amorcé brillamment avec LA FIANCÉE DE CHUCKY et prolongé de façon désastreuse avec le médiocre FREDDY CONTRE JASON.
Ça n’a pourtant pas l’air très appétissant, ce MAGIC WARRIORS qui ressemble fort à première vue à une version kangourou des TORTUES NINJA. Le film, parfois maladroit mais honnête et attachant, vaut mieux que ces allures moches et infantiles, même s’il est constamment sur la brèche et reste très, très inégal.
Pris en sandwich entre une introduction et une conclusion américaines qui constituent les parties les plus faiblardes du film (malgré la présence du sympathique Dennis Dun, via notamment une séquence en hommage au FESTIN CHINOIS de Tsui Hark), la plongée dans l’univers fantastique, peuplé de kangourous humains qu’on croirait échappés de l’amusant TANK GIRL, est aussi une plongée dans l’imaginaire chinois et dans une mise en scène plus originale et plus énergique, qui fonctionne dans l’ensemble et délivre du divertissement pur, pas trop mal mis en boîte malgré les différents problèmes que rencontre le métrage en chemin.
Les problèmes en question ? D’abord une direction artistique de qualité variable, globalement luxueuse et spectaculaire, mais qui fleure parfois le hangar décoré. Le scénario d’autre part, tiraillé entre l’énergie créatrice de la partie asiatique et les aspects bien prévisibles et conventionnels de la partie américaine (la conclusion du film est vraiment médiocre), forme un cocktail curieux et pas très convaincant, même si la balance penche insensiblement du bon côté grâce au soin porté à la mise en scène.
Mais le plus pénible dans ce film, c’est bien son casting calamiteux. Le héros, Mario Yedidia, est encore un de ces gosses dirigés comme des singes savants, et son assurance crâneuse se marie très mal avec les tics insupportables de son jeu formaté et purement mécanique. La belle Marley Shelton, dans un rôle double où il y avait pourtant de quoi faire, livre une performance désastreuse. Mais la palme revient sans conteste au grand méchant du récit, le démoniaque Komodo, campé par un certain Angus McFadyen. Alors lui, chapeau : pouvez-vous imaginer un acteur calamiteux qui ressemblerait à un mélange disharmonieux entre le Robert Smith de Cure et le Didier Bourdon des Inconnus ? J’ai rarement vu une prestation aussi grotesque. Inutile de préciser que le film, déjà bien fragile, en souffre énormément.
 
P comme… PINOCCHIO, de Steve Barron (USA / Angleterre / France / Allemagne / République Tchèque, 1996)
Très beau conte littéraire de Carlo Collodi, Pinocchio a régulièrement été porté à l’écran, pas toujours avec beaucoup de réussite. Si la version de Luigi Comencini en restitue assez bien l’esprit, celle de Disney, très bariolée, passe par le moule déformant et normatif de la firme, qui s’est toujours approprié les créations d’autrui plutôt que de faire elle-même preuve de créativité, si l’on excepte le versant anthropomorphique bêtifiant qui caractérise le décorum et les personnages de ces relectures simplificatrices – allez donc jeter un œil sur le personnage du criquet dans le texte de Collodi… et sur ce qu’il devient ! Autres adaptations récentes, que je n’ai pas eu le courage d’affronter : la version réalisée par Roberto Benigni, et celle, robotique, d’un métrage animé en images de synthèse qui m’a l’air d’une redoutable laideur. À choisir, je préfère encore voir le conte de Collodi développé en sous-main dans un projet plus ambitieux (LA VOCE DELLA LUNA de Fellini, où le personnage était déjà interprété par Benigni d’ailleurs, ou le A.I., qui aurait presque pu être un bon film sans la niaiserie patente de Spielberg, qui explose dans la spongieuse dernière partie du film). Des approches auxquelles on peut ajouter le rigolo LA REVANCHE DE PINOCCHIO, relecture horrifique d’une petite série B fauchée mais aimablement transgressive.
Réalisateur efficace mais totalement impersonnel, Steve Barron (ELECTRIC DREAMS, LES TORTUES NINJA, un esthète, quoi) se donne ici pour pari de revenir aux sources du conte, tout en lui conférant un aspect visuel attrayant et spectaculaire, dans un élan de respect de l’Auteur curieusement typique des années 90 – à ce CARLO COLLODI’S PINOCCHIO, on peut adjoindre le MARY SHELLEY’S FRANKENSTEIN de Kenneth Branagh ou le BRAM STOKER’S DRACULA de Coppola. Bien évidemment, cette fidélité professée a quelque chose d’assez hypocrite, et Steve Barron ne semble pas avoir eu l’idée de corriger le tir avec cette crevure de criquet bavard en costard, dont la conception découle hélas du Disney, et qui est l’objet d’effets spéciaux en images de synthèse moches, mal intégrés à l’image et parasitées par le sur-jeu pénible d’infographistes qu’on oublie trop souvent de tenir en laisse.
C’est dommage, car par ailleurs, le film de Barron s’avère d’assez bonne facture, et les altérations au récit original sont acceptables et relativement bien pensées : disparition de la Fée Bleue, remplacée par une voix-off pas trop envahissante et par un raccourci narratif en forme de miracle qui fait très bien l’affaire, évitant la dispersion dans un scénario déjà riche et long. Dans le même esprit, le personnage interprété par Udo Kier prend du galon par rapport au texte original, au point qu’il devient lui-même la baleine monstrueuse qui occupe la dernière partie du film : pourquoi pas, après tout…
Malgré les défauts évoqués, auxquelles on peut ajouter quelques passages chantés (rares heureusement, les compositions de Brian May et de Stevie Wonder sont vraiment mauvaises), la pilule passe étonnamment bien, et le film n’est pas mauvais. Très beaux effets spéciaux en ce qui concerne le pantin de bois ; les aspects plus sombres du récit original ne sont cette fois pas complètement évincés ; en somme, le film a à peu près les qualités et les défauts des productions Hallmark au sein desquelles Steve Barron allait ensuite réaliser une estimable adaptation des 1001 NUITS, et qui s’est spécialisée dans les adaptations friquées – et souvent très honorables – de contes et de littérature fantastique (dont une intéressante FERME DES ANIMAUX) : un penchant un peu sucré pour la joliesse picturale, quelques concessions mineures aux poncifs acquis par la faute de Walt, mais une envie manifeste, quel que soit le résultat, de rendre justice aux œuvres adaptées.
 
R comme… REBIRTH OF MOTHRA III, de Okihiro Yoneda (Japon, 1998)
Suite et fin de la trilogie des années 90 dont je vous avais parlé en évoquant le très improbable REBIRTH OF MOTHRA II, marquant donc le retour, que dis-je, la renaissance de Mothra la mite géante, chère au cœur des japonaises et des japonais.
Nous retrouvons donc, avec plaisir ou pas, à vous de voir, les trois sœurs lilliputiennes, deux gentilles accompagnées de leur mini-mite Fairy, et une méchante, Belvera, elle-même accompagnée d’un mini-dragon cyborg, ainsi bien sûr que la majestueuse Mothra. Après la déforestation du premier opus et la pollution industrielle du second, le danger vient cette fois du ciel : une météorite s’écrase dans la forêt, et peu de temps après, les deux jumelles découvrent, inquiètes, des « sécrétions de dinosaure » dans la forêt. Ça va mal : la météorite transportait le monstre King Ghidora, hydre à trois têtes qui entreprend d’enlever tous les enfants des alentours (grâce à d’affreux effets infographiques), non sans écrabouiller quelques maquettes qui n’avaient pourtant rien demandé à personne. Une seule solution : appeler Mothra, et pour ce faire, il n’y a pas d’autre alternative que de ré-écouter les deux jumelles dans leur interprétation vibrante et passionnée du tube qui a fait leur renommée : « Mossssurrraaaaaa… Ya ! Mosssurrraaaaa… » Mothra quitte donc son île lointaine et arrive à tire d’ailes chatoyantes de mille et unes couleurs et parfums de l’Asie authentique. Malheureusement, King Ghidora, qui revient sur Terre après avoir jadis exterminé les dinosaures (c’était lui), est bien trop fort pour elle. Une seule solution : remonter dans le temps et faire son affaire à un Ghidora plus jeune et plus faible au temps des diplodocus (ce qui impliquerait alors que les dinosaures ne seront pas exterminés, mais la question est soigneusement évitée). Le temps presse, car les enfants sont menacés, et en plus, une des deux jumelles est hypnotisée par Ghidora – et comme elle est devenue méchante, Belvera se voit contrainte de devenir gentille, comme quoi, elle a un bon fond si on cherche bien. Tout ça finira bien sous les « Yatta ! » (comme dans un fabuleux clip japonais que je vous recommande vivement) enthousiastes des enfants.
L’éditeur indécis propose cette fois la VOST (les deux précédents épisodes étaient en anglais sous-titré français), ce qui n’est pas plus mal. Quant au film, après les délires scatologiques du second film de la trilogie, le plus kitsch, qui reste mon préféré, il revient au relatif sérieux du premier métrage. Un peu plus ambitieux donc, le film n’en reste pas moins très enfantin et attaché aux règles du genre : autant dire que c’est un petit peu longuet et lénifiant, mais que ça reste sympathique et amusant.
 
S comme… STICKS AND STONES, de Neil Tolkin (USA, 1996)
À tout hasard, je passe ensuite à ce petit inédit dont le sujet (trois jeunes harcelés par une brute mettent la main sur une arme à feu) laisse vaguement espérer un drame de type STAND BY ME. Au lieu de quoi, mais c’était assez prévisible, on a droit à une espèce de BULLY version Disney, franchement télévisuel. Les acteurs font un bon travail, mais il est impossible de s’attacher à cet objet fade et sans surprise, où chaque étape du récit voit ses intentions douloureusement soulignées au marqueur par une musique atroce dont on pourrait presque deviner le titre de chaque morceau (Une petite ville américaine, Trois copains, Une maman trop absente, Le base-ball quel bonheur !, Une brute aux trousses…). Oh, quelle jolie histoire bien édifiante comme il faut ! Oh, quel téléfilm plat, sirupeux et démonstratif ! C’est vraiment tout ce que j’ai à en dire.
 
T comme… LES TRAQUÉS DE L'AN 2000, de Brian Trenchard-Smith (Australie, 1982)
J’appréhende toujours les films fantastiques australiens avec une certaine confiance et un indéniable appétit, même si les bons films s’y sont faits rares depuis la fin des années 80. On y retrouve très souvent une atmosphère singulière, renforcée par la beauté des décors naturels et par une photographie en général très soignée. C’est le cas ici d’ailleurs, même si l’on doit vite mettre un bémol sur la question de l’atmosphère, et la copie elle-même est assez belle – dommage que le DVD proposé par Mad Movies, comme c’est fréquemment le cas depuis quelques mois, ne propose pas de VO… (Je signale tout de même que le film proposé en octobre, AU SERVICE DE SATAN, est en VOST, et qu’il est succulent.)
Surtout remarqué pour le modeste petit scandale qui a accompagné sa sortie en Angleterre (ce TURKEY SHOOT y a également circulé sous le titre BLOOD CAMP THATCHER !), le film mêle des éléments de survival à un projet qui ressemble fort à un bon gros film de prison, avec quelques petites touches de bis flirtant avec le fantastique (on y trouve une espèce de loup-garou utilisé comme chien de chasse). Rien à voir donc avec un film comme PUNISHMENT PARK, et Brian Trenchard-Smith ne fait pas dans la dentelle. C’est peut-être une chance, d’ailleurs, car les aspects grotesques du métrage, principalement ses excès gore, sont sans doute ce qu’il a de plus intéressant.
Le résultat n’est pas fameux ceci dit : au-delà d’un très beau cinémascope, la mise en scène est sans ampleur, et le scénario, qui développe un sujet un peu sommaire, est vraiment maladroit. Ce récit de chasse à l’homme a beau être sommaire, voire simpliste (pourquoi une des femmes pourchassées prend-elle le temps de faire trempette dans une crique ???), le cinéaste choisit d’emblée de séparer les différentes proies ; le film s’éclate alors en un bout à bout de séquences pas très bien structurées, ce qui entraîne rapidement de gros problèmes de rythme, le tout débouchant sur une conclusion expéditive au triomphalisme un peu court. La musique n’arrange rien : une fois de plus, c’est Brian May qui s’y colle, et sa composition, pesante et sans finesse, reste enlisée dans une franche médiocrité.
Par contre, une fois n’est pas coutume, les suppléments proposés sur le DVD valent le détour, les intervenants n’ayant pas leur langue dans la poche : on ironise sur l’hystérie d’Olivia Hussey qui avait peur de tout, ou sur la « méthode » de Steve Raisback – lors d’une scène de torture, l’acteur avait exigé que le supplice ne soit pas simulé ; résultat : il souffrait tellement qu’il en oubliait son texte ! À quoi bon être acteur dans ce cas, comme on le souligne ici malicieusement. Quant à la comédienne Lynda Stoner (car il ne s’agit pas de Carmen Duncan, rédacteurs de Mad Movies), elle se dit pour sa part consternée par le film, qu’elle définit comme « un tas de merde putride et puéril ». Pas le genre d’anecdotes qu’on croiserait dans les bonus accompagnant un bon gros film de studio…
 
U comme… UNCLE SAM, de William Lustig (USA, 1997)
William Lustig réalise ici son dernier film (il s’est depuis tourné vers l’édition vidéo), et retrouve à l’occasion l’excellent scénariste – et cinéaste hélas sans grande envergure – Larry Cohen, avec qui il avait déjà collaboré à l’occasion de son sympathique MANIAC COP. Mais les talents de metteur en scène de William Lustig sont eux-mêmes très relatifs, et UNCLE SAM, tourné avec très peu de moyens, s’en ressent cruellement, restituant sur un mode mineur ce qui fait déjà les qualités et les défauts des films de Larry Cohen : une écriture subversive et bien plus intelligente qu’elle n’en donne l’air, associée à une réalisation médiocre qui tire le film vers le bas.
Dommage pour un sujet assez corrosif montrant un soldat américain, accidentellement tué par ses compatriotes lors du conflit au Koweït, revenir à la vie dans sa petite ville natale, non pas pour se venger des siens comme l’annonce la jaquette (bilingue, ce qui n’est pas très logique pour un film uniquement disponible en VF !), mais bien pour éliminer les citoyens qui semblent s’éloigner du modèle patriotique le plus rigoriste – non sans dissimuler son faciès de zombie sous un costume d’Oncle Sam, bien évidemment. Sur cette base très sommaire de slasher à thème, le scénario oppose intelligemment un gamin d’une droiture radicale et profondément intolérante, fasciné par l’armée et en adoration devant son oncle décédé, à des adultes cyniques, consuméristes et apathiques. Le film, qui s’ouvre sur un amusant générique compilant diverses images d’archives autour du personnage de l’Oncle Sam sur fond de drapeau américain, évite ainsi de foncer tête baissée dans une critique simpliste du militarisme ou des fanatiques de la Patrie, développant à travers une multitude de seconds rôles (un général compassé et obséquieux qui ne rêve que d’emballer la veuve et possiblement sa sœur, trois néo-nazies qui interprètent l’hymne nationale pour la cérémonie du 4 juillet, un professeur et ancien opposant à la guerre du Vietnam ressemblant diablement à George W. Bush, un ancien soldat handicapé et aigri…) des nuances riches s’exprimant sur un registre dénué de moralisme ou de retenue : c’est bien du film de genre, assumé, insolent et divertissant, qui a oublié d’être bête.
De ce point de vue, encore une fois, il est regrettable que la médiocrité de sa réalisation en atténue considérablement la portée et l’impact, d’autant plus que la VF et une copie vraiment hideuse n’arrangent rien. Difficile cependant de passer à côté d’un hommage inattendu et culotté à Lucio Fulci dans le plan final, qui duplique celui, opaque, gratuit et quasi abstrait, du célèbre FRAYEURS.
 
V comme… LA 25e HEURE, de Spike Lee (USA, 2002)
Spike Lee arrive à point nommé pour relever grandement le niveau de cette sélection un peu fade, dont LA 25e HEURE (circulant également en DVD sous le titre 24 HEURES AVANT LA NUIT) est à la fois, et de très loin, le meilleur titre, et l’un des plus beaux films du cinéaste. En nous racontant les dernières heures et la soirée d’adieu d’un Edward Norton sur le point de purger une peine d’emprisonnement de sept ans, Spike Lee développe un scénario d’une très belle maîtrise, qui alterne les portraits contrastés des membres de l’entourage de Norton (enseignant un peu coincé, boursicoteur cynique, père effondré, copine soupçonnée d’être celle qui l’a dénoncé à la police…) avant de faire converger, s’opposer, se rapprocher une brochette de personnages adroitement dépeints et souvent émouvants. Si la mise en scène très poseuse frôle par instants l’académisme, elle s’avère pourtant d’une étonnante finesse, roide, belle, rigoureuse, marquée par de superbes envolées – voir la très belle séquence du miroir, devant lequel Norton déverse sa haine et sa rancœur, une scène surprenante, rupture esthétique et narrative aux couleurs brûlées et saturées, une séquence musicale également (très belle composition de Terence Blanchard) qui évoque dans sa forme sonore certains des meilleurs passages de TAXI DRIVER.
Ici peu motivé par le versant polar de son sujet, Spike Lee assume avec intelligence le versant mélodramatique de son sujet, auquel il parvient à donner des résonances particulièrement sombres et intimistes ; intelligence donc, sensibilité, retenue, à l’image du parallèle audacieux avec le World Trade Center (magnifique générique d’ouverture, très belle scène autour du « ground zero »), idée en forme de peau de banane dont bien des réalisateurs n’auraient extrait qu’un plein bac de purin et de sensiblerie affectée, qui vient ici ponctuer l’action avec une véritable intensité, ces images étant utilisées moins pour ce qu’elles représentent ou symbolisent que pour la seule atmosphère de désolation qui s’en dégage. Si LA 25e HEURE est un film très social et symboliste, il reste avant tout incarné ; et s’il est très mélo, il reste tout aussi constamment juste, à l’image de sa conclusion, synthèse parfaite d’utopie et de profonde amertume. Passionnant.
 
Z comme… ZOMBIE HONEYMOON, de David Gebroe (USA, 2004)
Et voilà pour conclure un film qui avait tout pour me plaire. Aimable réputation, projet ambitieux souhaitant voir convoler la comédie, l’horreur et le drame avec un grand D, soutien tardif et non-crédité à la production de l’indescriptible Larry Fessenden (réalisateur de l’intéressant WENDIGO, et l’une des rares vraies personnalités apparues ces dernières années dans le cinéma de genre), et bien sûr des zombies.
Las, voilà surtout un nouveau titre à rajouter à la pile de ces films prétentieux et ratés distribués directement en vidéo et que la presse spécialisée tente de nous vendre comme d’inestimables révélations – comme le récemment chroniqué COLD AND DARK. Que le cinéaste David Gebroe se soit inspiré du drame vécu par sa sœur et du décès de son génial beau-frère, je m’en balance royalement – condoléances, ceci dit : la sincérité de la démarche, moi, je veux bien y croire. Mais à l’image, le récit de ce couple de jeunes mariés bouleversé par le passage de l’état de vie à celui de non-vie anthropophage de monsieur échoue sur tous les tableaux et dans toutes les directions avortées vers lesquelles le film semblait devoir s’orienter.
Le film s’ouvre sur une ambiance festive et hystérique très surfaite, c’est cool, c’est fun, mais ça me rappelle des séquences similaires dans le sinistre (ça n’engage que moi) QUATRE MARIAGES ET UN ENTERREMENT. S’ensuit un bout à bout de séquences inutiles et parfaitement dispensables qui ressemblent fort à du pur remplissage visant à atteindre la durée convenue d’un long-métrage. Peut-être Gebroe espérait-il que ces séquences de mamours, de shopping et de balades sur la plage allaient nous attacher à ses personnages, mais dans la mesure où les acteurs sont lamentables, tandis que le récit progresse sans la moindre originalité, c’est peine perdue. D’autant plus que la mise en scène est franchement médiocre et pétrie de fautes de goût, notamment dans le choix d’une bande-son truffée du début à la fin de chansons pop nullissimes (avec un grotesque « Stand by your man » en générique de fin), qui viennent à tout bout de champ annihiler l’atmosphère du film là où le réalisateur semblait vouloir l’enrichir.
La laideur des cadrages (caméra à l’épaule, abondance lassante de plans rapprochés hideux) et la grande maladresse du montage achèvent un métrage qui ne tente de se composer une réelle mise en scène que dans son dernier quart d’heure – c’est largement trop tard, et ça fleure bon l’influence de Fessenden après une heure de réalisation totalement indigente. Le scénario n’arrange rien avec ses lourdeurs (pourquoi tant insister sur un trajet vers le supermarché pour n’en faire absolument rien ?) et ses dérapages stupides (la bonne copine, pseudo-médium qui arnaque ses clients sur une ligne téléphonique, mais découvre la vérité en lisant les lignes de la main du jeune marié). La profonde médiocrité du film rend le basculement de la dernière partie vers une atmosphère plus sombre et plus dramatique passablement filandreux et peu convaincant – pour vous en faire une idée, représentez-vous un épisode des « Contes de la Crypte » en forme de remake de LA MOUCHE. Ce qui n’a pas empêché certains de comparer ZOMBIE HONEYMOON au film de Cronenberg (tant que ça n’engage qu’eux !). À vrai dire, c’est plus au beau MORT-VIVANT de Bob Clark que j’ai fréquemment pensé – en me disant qu’il m’aurait mieux valu le revoir une fois de plus que de devoir m’infliger cet insipide succédané de SHAUN OF THE DEAD.
 
Petite sélection de peu d’envergure, dont seul le Spike Lee m’aura vraiment enthousiasmé, le reste oscillant entre l’honorable et la franche médiocrité (même si L’ÉTALON ITALIEN vaut le détour, puisqu’il est le seul vrai nanar du lot). Sur ce, je vais soigneusement reconstituer la sélection du prochain Abécédaire, un peu éventrée par la doctorale prospection, non sans vous avoir souhaité un bon week-end.
[Photo : Le Marquis, d'après LA 25e HEURE]
 
LA 25e HEURE
ALICE N’EST PLUS ICI
THE HOURS
2 GARÇONS, 1 FILLE, 3 POSSIBILITÉS
JAY ET SILENT BOB CONTRE-ATTAQUENT
MAGIC WARRIORS
LE CLOWN DE L’HORREUR
PINOCCHIO
UNCLE SAM
BLIZZARD, LE RENNE MAGIQUE DU PÈRE NOËL
INVADER
LES TRAQUÉS DE L’AN 2000
LES KAMIKAZES DU KUNG-FU
L’ÉTALON ITALIEN
REBIRTH OF MOTHRA III
GLASS SHADOW
ZOMBIE HONEYMOON
FLYING VIRUS
STICKS AND STONES
LA LÉGENDE DE LA MOMIE
 
Bande-annonce de l’épisode 12 : cadavres disséqués, persistance d’un ancien culte égyptien, adolescent schizophrène, spéléologie, les jeunes années d’un exorciste, trampoline et poissons morts, clonage contre réincarnation, amitié homme singe, chasse au trésor, détectives existentiels, beau-père pervers, esclaves consentants, les chats à la rescousse, un homme sur le point d’épouser sa fille, la révolte d’une parvenue par alliance, un whodunit ensommeillé, un hybride entre l’homme et la moule zébra, une machine à masturber, un hypnotiseur qui se croit vampire, un sabbat montagnard.
 
Le Marquis
 
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[Photo : "De quoi faire du potache", par le Marquis]

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Le Marquis 06/11/2006 11:35

On se le demande... Cf Abécédaire épisode 9 seconde partie. Mais envoie-moi donc ta question par mail et je me ferai un plaisir de te répondre.

visiteur du matin 06/11/2006 10:25

quel est le sujet de la discussion ?

Le Marquis 06/11/2006 08:52

Mouih, celui-là, je vous le laisse, mais encore une fois, ne l'encouragez pas. Bonjour chaton, je te signale au passage que Matière Focale n'est pas le site du Marquis, et qu'il est assez paradoxal de m'attaquer sur un article signé par quelqu'un d'autre.
A part ça, ma foi, bébé fait tomber le jouet, papa ramasse, bébé est fasciné, bébé découvre qu'il détient du pouvoir sur papa, bébé est grisé, mais bébé ne sait pas quoi en faire. Alors bébé recommence, recommence, recommence, recommence...

papinavo 06/11/2006 01:28

vive terry, c'est vraiment le plus drôle !!!!! ça va devenir la mascotte, que dis-je la star du site ! votez terry, moi je l'adore !

Mr Mort 06/11/2006 01:23

Hihi! Complétement injurieux ce commentaire de Terry... Je serais le docteur ou le marquis, j'hésiterais à l'effacer!Ces chômeur qui n'en ont rien à pas aimer François Truffaut qui leur a quand même consacrer un film sur un enfant de la DDAS! Je te remettrais toutes ces feignasses au travail moi! Mais  au fait maintenant que j'y pense et au vu des nombreux commentaires que tu as laissé en moins de 24 heures, il doit surement etre au chomage l'ami Terry... Bah, c'est pas grave...