SLACKERS, de Dewey Nicks (USA-2002) : Tous les corrigés du BAC philo gratuits !

Publié le par Docteur Devo

(photo: "HairDoll & New-Wave Boy ( at Devo awards party 2004)" par Dr Devo.

Chères Tomates, Chers Concombres,
 
Les entrées chutent et chutent encore, et nous sommes entre nous, à la fraîche. Fin de l'expansion de STAR WARS III : LA REVANCHE DES SITH. Hypothèse avancée par le Marquis : la plupart des bloggeurs et des lecteurs de blogs sont jeunes, et là, ils ont autre chose à faire, car ils passent le Bac. Dieu sait qu’à mon age avancé, on critique à fond les petits jeunes, et Dieu sait que maintenant je vous regrette tous !
 
Allez, trêve de plaisanterie, on attaque avec un film que j'ai sélectionné pour vous avec mes petites mains frêles, mais sans trembler. Un film rien que pour vous faire plaisir. Il s'agit de...
Où en étais-je, au fait ? Ah, oui...
USA 5 - France 0.
 
Voilà où on en est, avec SLACKERS de Dewey Nicks, film qui s'est vautré partout en beauté, mettant un terme définitif à la carrière du réalisateur débutant. Hollywood, cité cruelle ! Il faut bien dire qu'il en fallait, du courage, pour voir le film en France, sorti en catimini en plein mois d'août il y a trois ans ou à peu près. L'affiche française est d'une laideur absolue, et elle est surmontée du slogan suivant : "Glandeurs. Branleurs. Grugeurs. Ils ont tout pour réussir !" C'est sûr qu'annoncé comme ça, tu as très envie de le voir en VF, dans une petite salle de bord de mer, alors que la plage t'appelle et que de toute façon, le film ne passe qu'à 14h ! Bref, tout pour réussir. Le DVD aujourd'hui n'a pas changé de design (6 euros neuf, au fait ! Le film contient une VO avec sous-titres, malgré ce que laisse supposer la jaquette).
 
Ben moi, c'était avant le diplôme en Cinématraumatologie, je n'étais pas encore Docteur à l'époque, juste interne... Ben moi, disais-je, j'ai quand même vu le film car je le projetais dans les conditions sus-évoquées. Et donc en VF. SLACKERS avait pourtant un avantage en la présence du plus grand acteur du monde, Jason Schwartzman (voir ici), que j'avais découvert dans RUSHMORE de Wes Anderson. Quelle joie, me disais-je, un film de collège avec mon acteur préféré !
Je déchantais très vite. Le film était très moyen, laid et ennuyeux, essayant de trouver un équilibre entre le film de collège classique et la gaudriole d’AMERICAN PIE.
Sur les conseils de mon ami Bernard RAPP, on lui laisse une deuxième chance. J'ai bien fait. Dans cet article, on apprendra que l'ivresse ne peut pas être obtenue si le flacon est trop dégueulasse, et s'il n'a pas été nettoyé avant d'y injecter le précieux liquide.
 
De nos jours, chez nous en Amérique, sur le campus de l'Université de Holden (comme par hasard...). Les examens finaux approchent et le monde du travail nous tend les bras. Nos trois héros, bande inséparable, sont de joyeux lurons : branchouilles, beaux gosses (enfin je suppose), la tchatche, dragueurs, débrouillards, cool, futés, la classe attitude, les jolies fringues etc. Et ils ont beaucoup de secrets à partager. Depuis le lycée, ces trois-là se sont toujours arrangés pour tricher aux examens ! Et pas qu'un peu ! Quand le film démarre, ils s'apprêtent à détourner le fourgon de la Brink's qui apporte les sujets de l'examen final ! La tactique est maligne et tellement tordue que ça serait très dur à expliquer ici, mais croyez-moi sur parole, ils ont de l'imagination quand il s'agit de tricher. Comme d'habitude, tout se passe à merveille, sauf que... Devon Sawa, chef du trio, excellent tchatcheur, supposé belle gueule, entre en salle d'examen alors qu'il connaît déjà les sujets. Il s'installe près de Jaime King (dont on parlait avant-hier, car elle est dans SIN CITY), grande créature plantureuse (un peu gnangnan, la gentille fille-mannequin quoi !), en délogeant par la même occasion Jason Schwartzman qui s'était déjà assis à côté d'elle. Bref, l'examen commence, et Devon laisse son nom et son numéro de téléphone sur la copie de Jaime. Jason Schwartzman, une fois la session terminée, récupère la copie de Devon. Il n'en croit pas ses yeux : il a la preuve que le gars a triché ! Il décide d'aller voir notre trio de glandeurs-tricheurs et leur propose un marché : soit il les dénonce à l'administration et ils se font virer, soit ils s'arrangent pour qu'il sorte avec Jaime dont il est totalement amoureux. Contraints, nos héros acceptent la deuxième solution, mais l'amour va s'en mêler...
 
C'est très dur de décrire l'incroyable personnage que campe Schwartzman dans ce film ! C'est une sorte de gars monté sur ressors, chargé comme une pile électrique, un peu foufou et complètement solitaire. Trop bizarre, en quelque sorte.  Et en plus, pêché suprême, il n'est pas considéré comme quelqu'un de smart, de cool ou de futé ! Bref, pas tout à fait un freak, mais complètement hors du circuit de la popularité ou de la branchitude. Et de fait, c'est un solitaire déboussolé, mais attention, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds et qui peut être volontiers un peu agressif (j'adore quand il note ses ennemis sur son "petit livre noir" !).
Et le film pose un étrange prédicat (mot que j'utilise une fois par article en ce moment). Le trio de héros est classiquement un "bunch" de "smart guys", héros typiques d'un film de college. Branleurs, sexuellement très actifs, séducteurs, rois de la combine... Et Schwartzman devrait être le "méchant", l'asocial, l'agressif, le côté obscur, le puceau, le gaffeur, etc., choses qu'il est d'ailleurs dans le film. Mais les codes, en loucedé sont biaisés ! Et c'est tout l'intérêt du film. Sans en avoir l'air et sans le dire, le réalisateur fait de Schwarztman son héros, ce qui est très étonnant. En apparence, Dewey Nicks fait un portrait hagiographique de la cool attitude, et de l'incroyable malice des tricheurs. Ils sont sexy, ils sont malins et ils plaisent. De ce côté là, le contrat du film de college est rempli. Et en même temps (c'est ça qui est très fort, Nicks n'a pas inversé les codes, il a fait les deux choses en même temps !), il dénonce le système et introduit le ver dans la pomme.
Quand on connaît Schwartzman, on a vite la puce à l'oreille. Le réalisateur a choisi un acteur confirmé et beaucoup plus charismatique pour jouer l'outsider. Finalement, le film dit que les tricheurs sont récompensés. Leur avenir professionnel est tracé. Ils ont, eux, la chance de fréquenter les plus belles filles du campus, ils sont considérés, et au final, rien ne leur résiste. Bref, ils ont tout compris. Schwartzman pourrait être comme eux. Mais il doit travailler pour payer ses études, il ne triche pas, et la solitude (qui, au vu de son caractère asocial, doit durer depuis le début de sa scolarité) dans laquelle il se trouve le place dans l'autre catégorie, celle des loosers et des dangereux individus dont il faut absolument se débarrasser (ce que feront les trois héros !). Schwartzman n'aurait jamais eu une seule chance, ne serait-ce que de parler à Jaime qu'il aime en secret, s'il n'avait exercé un chantage sur les tricheurs. Les cartes sont pour lui distribuées à l'avance. En pleine jeunesse, il est dans l'impasse. Alors que les tricheurs, qui sont des imposteurs au final, réussissent tout ce qu'ils touchent !
C'est très cruel, et la satire sociale et sentimentale joue à fond. Sans mettre complètement le doigt dessus, sans en avoir l'air, le portrait social de cette Amérique est complètement vitriolé !  Les apparences sont trompeuses et finalement, les choses ne sont pas ce qu'elles paraissent être. Tout est en trompe l'œil.
La conclusion très classique du film fait d'ailleurs froid dans le dos. Pouvait-on reprocher à Jason Schwartzman de vouloir tenter sa chance ? En faisant chanter les trois héros, il fait absolument ce qu’eux auraient fait. Mais ça, le trio ne peut pas le pardonner, et Schwartzman doit être sévèrement puni. Il le sera au-delà de toute espérance (le dernier plan qui montre l'avenir professionnel de Jason est absolument glaçant de violence ! Une vraie fin de film d'horreur... sociale !). Quant au héros, Devon Sawa, il est obligé de se repentir s'il veut conquérir la belle. Il va enfin jouer franc jeu et dire la vérité à sa future girlfriend. Oui, mais... La conclusion du film vient contredire cela aussi. Finalement, le trio continuera la triche, ce qui ne dégoûtera pas outre mesure la belle Jaime King, qui pendant tout le film a été dégoûtée par ces magouilles (elle est très vertueuse), mais qui finalement les accepte hors champs ! Bravo la morale ! Schwartzman est détruit, les boys s'en sortent en re-trichant malgré leur promesse, et en plus, la belle reste dans le giron du chef-tricheur. Le début du film nous montrait que la triche permettait, et même facilitait, la réussite, et la fin nous montre qu'elle est indispensable pour emballer les filles ! Plus noir (et plus drôle !), tu meurs. Schwartzman n'a jamais été un tricheur. Il voulait juste parler à la fille de ses rêves, et rien d'autre (le but pour lui n'est pas de la sauter sauvagement, mais de s'enfermer avec elle dans une chambre pour qu'ils puissent parler !). Au final, il finit au bas de l'échelle sociale, et toujours aussi solitaire, rejoignant à jamais le clan des figurants sans importance ! Brrr...
 
Le DVD de SLACKERS permet de redécouvrir le film. Le cadre est soigné. Et la photo, contrairement à ce que laissait clairement deviner la copie que j'avais vue en salles, est très belle. [Décidément, combien de films ont l'air dégueulasses parce que les copies sont mal tirées ? Ça aussi, ça fait froid dans le dos.] Le montage est très alerte et fait passer le film à toute vitesse. Les dialogues sont bien écrits, et il est rare qu'on passe une minute sans rire de bon cœur !
Quelques scènes sont vraiment superbes, notamment les hilarantes séquences oniriques (surtout celle où Schwartzman roule des palots dégueux aux deux héroïnes du film). Les situations sont bien choisies (notamment l'ouverture du film, avec les sportives qui, elles, ne peuvent pas tricher lorsqu'elles passent un examen !). Bref, tout cela est très soigné et dépasse largement la moyenne des films de college classique. Bravo.
On est étonné aussi par les acteurs qui jouent sobrement et précisément, malgré un scénario plus que loufoque. Le trio de tête se comporte très bien. Jaime King est pas mal dans un rôle un peu bébête (volontairement), et elle remplit bien son rôle d'accessoire, à coté duquel on a placé une colocataire smart (Laura Prepon, très bonne, et là aussi, entre les filles, qui est la méchante ?). Les seconds rôles et les "figurants intelligents" sont très bien choisis et très sobres, ce qui change un peu du cahier des charges habituel du film de college et renforce l'impression de naturel et de véracité du film.
Et JASON SCHWARTZMAN est grandiose, grandiose, grandiose. Ce type est une bête de comédie, un géant ! [Il va jouer Louis XVI dans le prochain film de sa cousine Sofia Coppola ; espérons que le costume et la réalisatrice ne le brident pas trop). Ce type est l'avenir du cinéma, ce type est GENIAL ! Vous jugerez sur pièce, et bientôt vous me remercierez à genoux de vous avoir apporté tant de bonheur par ces conseils. [Je pense même que certains iront jusqu'à m'offrir des chocolats à Noël !] Bref, nous, public français, ne faisons pas avec Schwartzman ce que nous avons fait avec Bill Murray, et n'attendons pas qu'il ait 50 ans pour dire que c'est un génie !
 
Ma scène préférée du film : quand Schwartzman chante sa chanson (c'est lui qui a composé les chansons du film) "New-Wave Boy" sous la fenêtre de sa dulcinée ! Rien qu'avec ça, vous remboursez facilement l'achat du DVD.
Exigez absolument auprès de votre médiathèque qu'ils achètent ce film !
 
[La scène la plus splendouillette, assez troublante car complètement niaise et assez belle : la reprise de I SAW THE SIGN, la célèbre chanson pop, par une chorale du campus (avec un batteur qui défie les lois de l'entendement), avec son petit travelling à la Spike Lee, mais en extérieur ce qui est fort étrange !]
 
Voilà, avec ça, on ne va peut-être pas récupérer la perte d'audience de ce site, mais en tout cas, j'ai le sentiment du travail bien fait et utile, et je me réjouis d'avance en vous imaginant le sourire plein d'extase et de bonheur à la fin du film ! On n’est pas bien là ?
 
Forcément Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Publié dans Corpus Analogia

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Tchoulkatourine 26/12/2007 23:29

Tout à fait d'accord avec vous Docteur, ce film ne mérite absolument pas la disgrâce dans laquelle il est tombé. C'est tout à fait honorable avec des montées en régime assez remarquables pour quelques scènes. Sur la forme, au niveau de la photographie, les éclairages sont très beaux. Concernant le cadre, j'aurai tendance à être plus réservé avec des compositions souvent fort convenues (à l'image de la mise en scène). Mais bon, le genre du College Movie, ne possède t-il pas ses conventions et ses canons ? (c'est assez drôle, on se croirait dans ce jeu sublime Canis Canem Edit dans l'établissement de l'inventaire des "signes" du college).

La musique est effectivement remarquable. La reprise de Ace of Base est fabuleuse tout comme celle de Baba O'Riley, au début, qui donne envie de hurler façon karaoké "Teenage wasteland".

Pour ce qui est de l'histoire, justement, j'ai par contre du mal à voir des côtés positifs dans le personnage joué par Schwartzman. Au fond, il se met en position de compétiteur social et sexuel. Il se bat, il perd : il connaissait les règles et avait accepté le jeu de la libre concurrence. Comme le disait une poétesse de la fin du siècle dernier : "fallait pas commencer".

Je trouve à ce titre que ce type de conflit dans l'accession au statut de dominance (indépendance ou liberté sembleraient un peu fort à la vue de la situation de départ) est traité avec beaucoup plus de finesse dans La Folle Journée de Ferris Bueller (dont vous faîte admirablement l'écho dans ces pages ) avec l'apprentissage de ces même règles du jeu par la soeur de Ferris. Dans Slackers, celui qui semble peut-être le mieux "résister" à cet état de fait est le personnage de Jeff qui, comme par hasard, se fait traiter de fou quand il pose comme principe premier le fait qu'il faille s'extraire de ce système et donc du film ! (c'est assez drôle du reste, le collège tel que filmé ici fait penser un peu au village du Prisonnier).

Dr Devo 13/06/2006 17:52

Hélène,

Je suis désolé mais je ne peux pas te dire si tu as le bac, malgré mes grands talents divinatoires!
Ceci dit, tu n'as pas tout perdu car dans ce film, on apprend plein de trucs pour les examens, et en plus c'est un film formidable. tu n'as donc pas perdu ton temps!
ceci dit, bon courage pour tes épreuves.

Dr Devo.

helene 13/06/2006 17:41

bon ba jme retrouve la alors.. ca relevera surement ton audience mais ca me dit pas si jaurais mon bac ca..

Le Marquis 11/06/2005 13:10

Camomille Claudel, c'est la meilleure.

Dr Devo 10/06/2005 21:51

c'est le petit conservatoire du cinema ici.
Qui veut faire Mireille? (mais en en moins méchante que la vraie parce que la vraie elle me fait peur!)

Dr Devo.