SCOOP, de Woody Allen (USA-2006) : Bonne Fête à toutes les Scarlett !

Publié le par Dr Devo

[Photo: "Ça aurait quand même eu une autre gueule !" par Dr Devo

d'après une photo de l'actrice Colleen Galeazzi.]

 

 

Chers Focaliens,

Ce n'est pas le tout de faire le pitre à la radio, il faut assurer le service après-vente sur Matière Focale. Et commencer par ranger un peu le désordre. Ainsi, dans l'article précédent, je vous annonçais un superbe concours créatif pour gagner le non moins superbe hors-série de la REVUE DU CINÉMA 100% focalienne (c'est nous qui l'avons fait de A à Z, sauf la couv' et l'édito !). Pour ce faire, je vous expliquais qu'il y avait trois concours, et qu'il fallait pour tenter sa chance écrire un Aillequoux (micro-critique cinéma en forme de micro-poème japonais) ou jouer au jeu de la « brioche ». À la typo, les exemples de brioches, exemples hilarants et poétiques que l'on doit à Invisible, ont sauté de l'article. Un brave lecteur me l'a signalé, et ils ont été réintégrés fissa. Allez jeter un œil : c'est ici ! Et que le meilleur gagne...

[Du coup, personne n'a participé encore, à part Mr Orloff... Il y a encore des chances sérieuses de victoire pour n'importe quel participant ! Il y a trois revues à gagner, donc ça serait cool d'avoir au moins trois participants !]

Allez, ces précisions étant faites (on va quand même pas devoir mettre des photos de strip-teaseuses dessus pour vous faire jouer à un concours aussi rigolo !), continuons notre tour des salles.

Je me suis déjà expliqué de ça dans mon article sur MATCH POINT l'année dernière (article ici avec une très belle illustration, et aillequoux ici !) : moi et Woody Allen, on a un problème de synchronisation ! Et pas qu'un peu. Depuis quinze ou vingt ans, Papy Mougeot ne travaille plus avec la même régularité en tant qu'artiste, même s'il sort un film tous les dix mois. Et depuis quinze ans, à chaque fois que je vais en voir un au cinéma, je tombe sur un film médiocre. Par contre, quand il m'arrive d'en voir un deux ans après la bataille en DVD, et bien là, le film est superbe. C'est rageant. Donc, même si Woody Stakhanov a régulièrement l'air d'un vieux grincheux sénile, et bien il nous pond un truc comme ANYTHING ELSE, qui est quand même un film sublime qui nous fait bien regretter les années 70 ou 80, où le bonhomme soignait un peu plus ses métrages. ANYTHING ELSE, c'était classe comme tout : bien joué, ce qui est loin d'être toujours le cas (les acteurs étant souvent en pâmoison soumise et stérile devant Papy), superbement monté, cadré magnifiquement et avec une belle photo, un sujet bien écrit et subtil, bref, bien mieux qu'un MATCH POINT qui n'avait qu'un avantage : être juste moyen, sans être infamant, mais quand même bougrement scolaire. Pas gourmand quoi !

Si les fans jouent à chaque fois le jeu des "Woody mineurs" ou pas, je déserte la chose, car deux fois sur trois, je ne suis pas d'accord avec la vox dei... Bah.... Vu que ça faisait quand même trois semaines que je n'étais pas allé en salles, au grand désespoir de mon fan-club (trois suicides à Osaka quand même...), je vais voir ce SCOOP.

Woody Allen est un juif new-yorkais (on le savait en même temps !) qui vit à Londres pour des raisons professionnelles. Il est prestidigitateur, relativement doué, mais sa petite entreprise à l'ancienne (pas de machins à la Copperfield, c'est du old style) marche bien, merci. Scarlett Johansson joue dans le DAHLIA NOIR. Scarlett Johansson joue dans PRESTIGE dont je parlerai la semaine prochaine, et Scarlett Johansson est américaine, mais en même temps, on le savait aussi. Étudiante en journalisme, pas spécialement futée, la petite liftée (si si... allons, allons, soyons raisonnable...) passe quelques jours de quasi-vacances chez une amie londonienne assez nantie. Bon. Scarlett va voir un spectacle de Woody Allen qui, pour son numéro de femme qui disparaît dans une boîte (mouais...), a besoin d'une personne du public, et patatra, forcément c'est sur Scarlett que ça tombe. Alors qu'elle est dans la boîte, et donc cachée du public, Scarlett rencontre le fantôme d'un des meilleurs journalistes anglais, récemment décédé. Celui lui donne le scoop du siècle : le fameux Tueur aux Tarots que toute l'Angleterre recherche depuis des années est en fait le fils d'un célèbre lord ! Plein aux as évidemment ! Le fantôme, quoique bien renseigné, n'a pas le temps d'en dire plus à Scarlett, qui hésite à se lancer dans l'enquête. Elle finit par mettre Allen dans la confidence. N'ayant aucun indice, nos deux détectives amateurs se font passer pour le père et la fille d'une richissime famille américaine ayant fait fortune dans les hydrocarbures ! Ils arrivent bon gré mal gré à faire connaissance avec le fils du Lord. Mais malheureusement, si on peut dire, celui-ci, en plus d'être fort riche, cultivé et absolument courtois, est particulièrement beau-gosse. Ce n’est pas gagné pour la petite Scarlett, déjà qu'elle forme une belle équipe de bras cassé avec son vrai-faux papa...

Et voilà, c'est parti pour une heure et demie de film de folie ! Enfin, non, pas vraiment, en fait. Bon, on va quand même avouer que, même si mon abstinence cinématographique forcée fausse sans doute la donne (mais c'est le jeu), on va avouer, dis-je, qu'on se laissât prendre assez facilement à l'agréable entame du film. [Entame, entame, entame... ENTAME ! Voilà pour vous qui n'aimez pas mon emploi du terme "entame". Car figurez-vous, gentil lecteur, pertinente lectrice, que "certains", oui oui, dans l'équipe de Matière Focale, n'aiment pas mon emploi de ce mot. C'est plutôt joli pourtant, non ? [Ça me fait penser à du jambon… NdC] En tout cas, entame.] Oui, donc, ça commence gentiment. Un petit rythme sympathique entre l'air de rien et celui de ne pas y toucher. Deux avantages dans cette première bobine. Tout d'abord, l'histoire est très plaisante, et permet, on le sent très vite, pas mal de développements possibles et un petit suspense très humain mais de bon aloi. L'intrigue fantastique est plutôt bienvenue, et colle bien avec ce prestidigitateur mi-figue mi-raisin, à moitié excellent ou à moitié indigent (mais dont le public raffole, autoportrait ?). Un fantastique gentiment suranné, c'est agréable. L'autre surprise, bien moins attendue, est la petite révélation à petite foulée de la Scarlett. Bon, dans LOST IN TRANSLATION, ça passait bien, mais depuis, on ne peut pas dire que la petite nous laisse un souvenir mémorable. On oublie très largement au fur et à mesure tous ses rôles. Elle ne colle ni ne tâche jamais, à l'instar d'un Oncle Ben me diriez-vous, oui mais contrairement à un bon vieux Bordeaux de derrière les fagots aussi, serais-je tenté de vous répondre. La Johansson s'apprécie fade et tiède, sans même de chantilly. Et puis ici, enfin, un peu de laisser-aller, un peu de robe d'été et de parfums d'insouciance, et hop, elle s'enlève son lipstick de chez L'Oréal de là où je pense, en y allant consciencieusement dans le rôle de la cruche un peu casse-bonbon. Ce fut un moment très agréable, même bien, Scarlett et je ne l'oublierai jamais. Des nuances, de la drôlerie, un peu d'énergie... Que demande le peuple ? Bah, ce n’est pas du Ronsard, c'est de l'amerloquesse, ce n’est pas la révélation du siècle ni même de l'année, mais quand même, on ne va pas chipoter, c'était bien.
Malheureusement, et je demande au jury d'examiner la pièce à conviction N°69, ça se gâte ensuite. Pas de manière infamante, certes, mais ça se gâte. Enfin, façon de parler, puisque notre Scarlett nationale, ben elle redevient Cendrillon, comme d'habitude, alors que sous ses airs de petite souillon, elle était vraiment bonne ! Elle retourne dans un jeu habituel, pas infamant, pas grotesque de nullité, loin de là même, mais juste monocorde et inexpressif. Dommage ! On y avait cru... Et bien, figurez-vous que ça va poser problème !

Passons de l'autre côté, si vous le voulez bien. Côté coulisse, c'est du tranquille. C'est beaucoup plus tenu, soyons honnêtes, que ce soit le jeu d'acteurs (malgré les défauts que je vais énoncer) ou la mise en scène, ou la beauté générale du film, c'est beaucoup mieux bien sûr que l'infamissime, le dégoûtant, l'indigne et, osons la grosse métaphore qui fait mal, qui fait mal (comme disait la poète), le pisseux HOLLYWOOD ENDING, le pire je crois (dans ceux que j'ai vu), même pas digne d'un épisode de FORT BOYARD ou de JOSÉPHINE ANGE-GARDIEN. Bon, soyons honnêtes, il y a aussi peu de montage que dans MATCH POINT (c'est du même acabit, très narratif) à l'exception de la première scène du spectacle de Allen, qui semble interrompre le film par un plan fixe, et que Allen, l'acteur, le metteur en scène et le personnage semblent regretter tous les trois. Ça, c'est bien, mais c'est à peu près tout. Le rythme n'est même pas très soutenu, juste tranquille, avec une légère tendance à l'inertie dans la dernière demi-heure. Le cadre est moins beau que dans MATCH POINT. Et enfin, la photo est joliment soignée, en sifflotant, à la cool. Voilà, c'est ce dernier point ,je dois dire, qui habille joliment l'ensemble et fait un peu penser à du cinéma de salles de cinéma. Bref, c'est du pépère, mais avec un bon sujet et une Scarlett très chouette pendant 20 minutes.

Alors bien sûr, dès qu'elle arrête la mignonnette, ben on a un peu l'impression de s'engluer. Surtout qu'il ne faudra pas compter sur le gars Hugh Jackman, à ne pas confondre avec Hugo Délire, un des premiers acteurs virtuels en image de synthèse au monde, et bien plus sautillant (touche 8 du cadran téléphonique !). Jackman, qui fait des efforts en Rouflaquettes-Man, le terrible super-héros des X-MEN, est ici, enfin, dans un autre registre, totalement lisse comme une actrice que je connais et dont on voit la binette partout en ce moment. Qui se ressemble s'assemble, et bien évidemment les couples se forment sur le dance-floor. Donc, Jackman ne croquant pas grand chose, il va falloir se raccrocher à autre chose. Allen l'acteur, ça va. Mais par contre, dans ce SCOOP, c'est terminé les petits seconds rôles qui allaient bien (comme Brian Cox, au hasard, dans MATCH POINT, acteur grand !).

Bon, docteur, on s'ennuie ou bien on ne s’ennuie pas ? Ben oui,  on s'ennuie un peu... Il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent. C'est mieux réalisé qu'un film de Brigitte Rouan, donc ça va, on n’est pas agressé à la pupille, il y a du savoir-faire, et une envie sincère de faire joli, à défaut de magistralement beau. [Ce qui est toujours un péché, notez-le...]  Le problème principal, c'est lors de la longue résolution, là, ça coince. Parce que jusque là, ça se suit gentiment et même quand ça commence à ralentir, avec la désertion mentale de Scarlett, bah, on est là, on sourit, on imagine comment serait le film si on avait eu les ciseaux entre les mains, bref, on passe gentiment le temps. Dans la dernière partie c'est plus embêtant. Car si elle est probablement très fadasse et molle, plus que le reste (notamment le "mensonge londonnien" de Rouflaquettes-Boy) je veux dire, ben la dernière séquence fait mal, car elle n'est pas mal écrite. [Je parle de la dernière séquence de résolution, pas de la conclusion...). Là, on comprend ce qu'il a voulu faire, l'animal. Et il est très mal, le Allen, se trouve fort dépourvu au final. Car en fait, on comprend dans cette séquence que si Scarlett avait un peu mis le braquet supérieur, son personnage aurait été tout autre. La dernière séquence, en effet, nous suggère le trait de caractère principal du personnage féminin : c'est une chieuse, un peu idiote, qui croit tout fait au mieux, qui se croit plus smart que Woody, mais en fait, c'est elle qui provoque le désastre ! Et ça, on le sent venir. Ça effleure le film sans être dedans. On sent qu'il y avait là un enjeu de suspense ! Et on comprend ce qu'aurait dû être le film : un truc un peu méchant sans en avoir l'air, assez corrosif mais en sifflotant, et surtout une ode aux actes manqués, à l'échec bête, aux inversions complètes et modernes des notions de réussite/échec, intelligence/bêtise, légèreté/cruauté, etc. Voilà qui aurait pu faire une comédie dévolutionniste très sympathique et drôlement vive. Mais las, et même hélas, le personnage principal est bien mal défendu, même s'il n'y a pas faute grave, et aussi, le montage arrive, alors que ce n'était quand même pas le pic de la Mirandole de la rapidité et du rythme, à encore s'enliser un peu plus, surtout dans le début de la dernière demi-heure, qui est interminable. Ça se serait quand même mieux passé si, aux autres postes (au son, le grand perdant, cadrage, choix des repérages, etc.), il y avait eu un peu plus à manger quand même.

Dans un article très chic, une petite conclusion sarcastique et bien méprisante montrera votre total branchitude, et j'annonce : si vous êtes fortunés et que c'est dimanche soir, "vous pouvez y aller".

[J'ai horreur de cette expression...]

Coolement Vôtre,
 
Dr Devo.
 

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Publié dans Corpus Filmi

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Anderton 28/01/2007 20:01

Intéressant. Scarlett Johansson est la nouvelle Cendrillon de Disney : http://blogywoodland.blogspot.com/2007/01/scarlett-johansson-la-nouvelle.html

Dr Orlof 13/11/2006 20:12

J'avoue que j'ai pris beaucoup de plaisir à ce film mais je suis un fan absolu de Woody Allen! Il me semble que ton très bel article (bien qu'un brin sévère mais c'est là qu'entre le caractère subjectif de la critique) oublie quand même de dire que c'est très drôle (si on aime l'humour de Woody Allen).
Quand à Scarlett, j'ai aussi trouvé qu'elle "déclinait" à mesure que le film avance mais je l'explique par le fait qu'elle tombe amoureuse. Le film joue sur la question de la culpabilité ou non du lord et Allen montre de manière assez jolie que cette question n'intéresse plus la belle (tout est question de croyance dans ce film) quand elle succombe à son prince charmant. Du coup, elle n'existe plus vraiment et c'est Woody acteur qui prend les rênes du récit.
Mais tout cela n'est peut-être qu'une vue de mon esprit de "fan"...