VENDREDI 13 No3 (MEURTRES EN 3D) : l'alcatène du film de genre

Publié le par Dr Devo

Filles et Garçons,

 

 

La sublime descente aux enfers se poursuit, dans le salon du Marquis (voir articles précédents sur la série Vendredi 13, et les très justes commentaires du-dit Marquis). Les épisodes des multiples vies de Jason Voorhees se suivent, se ressemblent ou ne ressemblent pas. De plus en plus, le voyage documentaire, cinéphilique et journalistique dans les eaux sanglantes de Crystal Lake se transforme en voyage au cœur des ténèbres. Le marquis et moi regardons les plans qui se sont pris dans les filets de notre frêle embarcation. Au fur et à mesure de la pêche, nous observons en contre-bas les filets qui remontent, avec une anxiété grandissante. Voyage au cœur des ténèbres dans des eaux familières qu'à l'évidence il faut considérer chez nous. Chez Jason, c'est chez nous, de fait. Nous sommes des intrus autour du lac. Le vrai propriétaire masqué du lieu nous observe peut-être déjà à travers quelque branchage. Nous serons chassés? Possible, mais pas sûr. L'histoire de Crystal Lake est l'histoire réelle des USA (celle des indiens massacrés par le colon et qui reviennent se venger), l'histoire de la vie d'homme, homme chassé de l'enfance, l'histoire du Cinéma avec grand C, Puis l'histoire de notre cinéphilie et enfin Notre Histoire, que nul Alain Delon ou autres stars ne viendra polluer. Ici, dans le cœur de la plus noire Amérique (Amérique s'entend ici dans le sens de la chanson éponyme de Joe Dassin, c'est à dire dans le sens de "chez nous, en Amérique"; Amérique représente aussi ici le vrai territoire américain d'aujourd'hui et d'hier. Après tout Dassin Joe connaissait les USA, il sait de quoi il parle; on parle donc d'une Amérique réelle et intérieure dont, personnellement je place l'endroit réel dans le grand studio-piscine qui sert pour les scènes de natation nocturne dans le lac, véritable havre de repos, lieu de l'intimité et de l'acceptation de la mort. On se perd en forêt et on tombe dans les pièges de Jason. Le jour on se baigne pour rire dans le lac, sans arrières pensées (sauf le slip de Kevin Bacon) avec ses amis. Mais la nuit c'est différent. On ne s'y perd pas, on vient de son plein gré, seul, accepter la Mort et se recueillir. On se sacrifie.) Crystal Lake est un territoire sacré. Prévenus ou pas, ceux qui le foulent se soumettent ou meurent. Ici, c'est un chez nous mental où tout le monde est accepté, mais sous réserve d'anonymat social. Notre Histoire, oui. Sans un alain-delon, oui. Sans une nathalie-baye, oui. "Juste" des hommes et des femmes. Entrons ici, Jason Voorhees, avec notre cortège de fantômes. "Tu viens quand tu veux. Tu es ici chez toi". Parce qu'on a choisi de venir, nous sommes libres, et le cinéma, le vrai (et la vie la vraie), avec sa grammaire est ici. Il faut se débarrasser de tout pour comprendre le cinéma et nager dans l'onde camusienne de Crystal Lake. Crystal Lake, quel nom. Pas innocent une minute.

 Donc. "Vendredi 13 No3 (Meurtres en 3D). Drôle de film en vérité. Superbe expérience. Avec ce film, on constate une dégradation du scénario légère mais palpable, une diminution des qualités plastiques des jeunes acteurs. Et pourtant, on est en plein âge adulte de la saga.

 Le film a la bonne idée d'avoir été tourné en 3 dimensions. Chausse tes lunettes et tu verras Jason bondir sur toi, dans la salle de cinéma. Ça c'était les années 80. Le film a d'ailleurs  la réputation, sans doute  pas usurpée, d'être un des plus efficace dans ce procédé, et d'assez loin.

 La chose devient extraordinaire lorsqu'on découvre le film en dvd qui est édité en version plate, c'est à dire classiquement en 2D et sans lunettes à carreaux plastiques vert et rouge. Et c'est extraordinaire. Le film est en même temps, du coup, l'alcaténe de la série B et un film des plus expérimental. Grand public et expérience technique fondamentale su la grammaire du plan (son cadre et sa composition).

 Imaginez, si vous n'avez pas vu le film. Un film classique se passe en deux dimensions: la gauche et la droite. Ou plutôt en trois dimensions: gauche, droite et la profondeur de champs. Cette dernière est d'ailleurs très peu utilisée dans la majorité des films. Une honte. Mais ici, même en version plate, le film est en quatre dimensions : gauche, droite, profondeur de champs (fond de l'image) et... devant. L'image est faîte pour surgir vers le spectateur. Un personnage tend le bras ou vous avez l'impression qu'il essaie de vous attraper. Ça, c'est en salle. En dvd, c'est surréaliste. Privés de cette quatrième dimension, les personnages dans le plan font des choses que vous n'avez jamais vues au cinéma: ils s'avancent vers la caméra. Un nombre incalculable d'objets et de personnages dans ce film se penchent vers vous et se tournent vers la caméra, chose qui n'arrive  jamais dans les autres films. Du coup, tout est permis: une perche pour étendre le linge est tendue vers nous, un yo-yo en contre-plongée verticale nous arrive à la figure, un autre plan en plan douche sur du pop-corn en train d'éclore, etc... Et 1000 objets qui pendent au plafond dans la grange et la maison, et qui ont pour fonction de servir de repère, de référent entre la partie du décor en profondeur (fond du plan) et celle en avant du plan. C'est jouissif même si c'est très difficile à expliquer ici. Et complètement inattendu, car cela ne se fait jamais au cinéma. Ce procédé (filmer en 3d et éditer le film en plat en dvd) est unique et fait de ce film un chef-d’œuvre incontournable pour tout cinéphile qui se respecte.

 Un seul regret: on ne verra jamais la version 3D, la vraie, en relief. Il ne reste, parait-il, qu'une seule copie 35mm du film en version 3D, perdu quelque part à Toronto. What a shame.

 Dans le contenu, c'est du classique, de l'éprouvé, sauf qu'il n'y a pas de scène de plongeoir et qu'on voit très peu le lac. Jason commence à porter le masque de hockey qui l'a rendu célèbre. On compte quand même des Bikers (dont un noir, pour la première fois dans la série) et une jolie fin. L'héroïne survivante "tue" Jason qui s'écroule dans la grange (elle le tue après l'avoir pendu mais Jason a réussi à remonter la corde au-dessus de son cou!). Elle se dirige vers le lac où, comme dans le premier épisode, elle se glisse dans un canoë qu'elle laisse dériver et où elle s'endort (tu la sens la nuit du chasseur? Les victimes de Jason, ces grands ados, ne sont décidément pas complétement entrés dans l'âge adulte). Au petit jour, elle croit voir Jason à la fenêtre de la maison sur la rive. C'est bien lui. Il défonce la porte de la baraque. L'héroïne crie à qui mieux mieux. Quand, TOUT d'UN COUP, une femme extrêmement défigurée surgit de l'eau derrière le canoë et agresse la jeune fille. Reprise de la conclusion de Vendredi 13 No1. Oui, mais... On la reconnaît cette femme fantomatique c'est la mère de Jason (jouée par la "jextraoridinaire" Betsy Palmer, dois-je le rappeler?). Or pendant le film on a vu  bien que celle-ci ne peut pas être vivante: elle a été décapitée... Alors maladresse énorme? Rêve? réalité? Fondu au blanc, on ne le saura jamais sans doute.. Dernier plan, sur Crystal Lake. En plein midi. il n'y a personne. Il n'y a pas un bruit. Le spectateur attentif remarque une goutte d'eau qui tombe dans le lac, provoquant ainsi une onde. Générique. C'est sublime.

 

 

Expérimentalement Vôtre,

 Dr Devo

 

 

(chanson de la semaine : "Example #22" de Laurie Anderson.)

 

 

 

 

 

 

Publié dans Corpus Analogia

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Docteur Devo 30/12/2004 14:53

Marquis, je vous laisse le soin decrire quelque chose sur la musique. la redaction de cet article m'a epuisé réellement.
dr Devo.

Le Marquis 30/12/2004 14:36

A propos de la fin de V13 3D : on reprend juste la fin du premier en accumulant les effets à sursaut, le résultat est assez absurde et ne semble se justifier que par le fait qu'on nous suggère clairement que l'héroïne est devenue un peu folle...
Alors pas un mot sur la musique de n°3 ???

Le Marquis 30/12/2004 14:31

Concernant la 3-D : le film est montré une fois par an à Toronto dans le cinéma qui détient la copie du film. Il serait donc possible de tenter l'expérience en traversant l'Atlantique, avec la possibilité d'organiser un pélerinage...