Liseuse, Liseur,

Qu'as-tu fait de tes vingt ans?

Le film de collège américain (collège au sens anglo-saxon et large du terme: collège, lycée, université, premier âge adulte), est sans doute perçu sur nos terres comme un sous-genre mineur, mais il n'en est rien. Il est temps de lui reconnaître son statut essentiel et créatif, au même titre que le thriller, la comédie (genre auquel, sur le papier, il appartient) ou le cinéma fantastique. En vérité je vous le dis, il ne faut jamais refuser de voir un film de collège. Point barre. Commençons l'entreprise de restauration et de défense de ce genre tout de suite. [Je m'aperçois en notant ces mots que, dans mon article  sur 10 mesures pour améliorer le cinéma mondial, j'aurais pu glisser l'obligation pour les réalisateurs européens de mettre en scène tous les quatre films, un film de collège]

 "American College" est une splendeur sans aucun doute. Il ne faut d'ailleurs jamais rater l'occasion de voir un John Landis, même si je ne suis pas très fan de son sympathique "Blues Brothers", un peu indigent aux encornures. Allez voir un de ses films, c'est toujours un peu d'intelligence pratique de gagnée. "American College", du Landis 1ère période, est dur à décrire.

Il s'agit, grosso modo, d'un étudiant dans une fac américaine dans les années 60 qui cherche une confrérie étudiante sans en trouver et qui finira par être accepté dans l'une d'elles, la maison Delta, parce que son frère y appartenait jadis et que le règlement intérieur de la confrérie exige dans ce cas qu'il soit automatiquement pris. La maison Delta est la pire de toutes les confréries. Mal entretenue, c'est un ramassis de joyeux drilles pas mal alcooliques et fainéants, mais dans un pur esprit rock n' roll. Ça fait des bêtises, c'est associal et rebelle. C'est l'esprit fraternel, sous une grossièreté apparente qui ne cache qu'à peine une générosité réelle. Une autre confrérie, plus aisée, plus impliquée dans la vie politique de la fac et donc proche du pouvoir, sont leurs grands ennemis. La guerre est déclarée lorsque le doyen décide qu'il faudra mettre les Deltas à la porte quoiqu'il en coûte...

Il est assez dur de rendre compte de ce film. C'est rempli de performances d'acteurs, tous très bons (avec mention spéciale à Donald Sutherland et Karen Allen, la copine d'Indiana Jones, grande actrice oubliée). Les gags sont impertinents, grossiers et drôles, frôlant toujours un non-sens de bon aloi. Quel portrait des USA de l'époque! Droits civiques proclamés dans les défilés mais noirs toujours en apartheid, gardes républicains  qui deviendront les futurs victime de la guerre du Vietnam, liberté sexuelle florissante, etc... Ici toute la contre-culture et l'esprit "camp" des années 60  sont décrits de la manière la plus précise et la plus exhaustive, sans qu'aucune fois une parole sociale soit prononcée tout le long du film (le mot Vietnam par exemple n'est prononcé qu'une minute avant le générique de fin). On boit de la bière, on fume des pétosses, on rote, on fait l'amour, on vole dans les magasins, et on reboit. On monte sur des échelles pour aller espionner la chambre des filles, le soir quand elles se déshabillent, comme si on avait 12 ans. Et jamais on ne se laisse briser par le conservatisme des institutions et des esprits.

France. Années 2000. Quoi de neuf à l'horizon? Rien. Les réalisateurs mettent en scène des films dit "sociaux" qui ne valent guère plus que ces téléfilms américains à thème (genre "dossiers de l'écran") que diffusait jadis M6 en après-midi: sans-papiers, port de la boukha en Afghanistan, adoption, misère du prolétariat, alcoolisme, confusion des sentiments et j'en passe... Le cinéma français se veut social et proche de la réalité du terrain. Privés d'audace narrative, nos réalisateurs pondent les films à thèse au kilomètre, arrivant à des conclusions édifiantes à la fin de leurs films: "C'est Con la Guerre", "C'est con la maladie", "C'est con la misère", "c'est con l'intolérance", "les histoires d'amour qui finissent mal, c'est triste", et "c'est con le racisme". Les scénarios ressemblent plus a des lettres d'enfants de 5 ans au Pére-Noel qu'à quoi que ce soit d'autre. La France est contre le cancer. C'est son seul programme et son seul vœu. Elle fait donc des films à l'avenant. Logique. Misérabiliste.

John Landis avec "American College" faisait dans les années 70 un film exclusivement sur des étudiants feignasses qui rotent et flatulent, en regardant sous la jupe des filles.  En cela, il réalisait un grand film social où TOUS les problèmes de cette période trouble sont abordés avec précision. Une photographie exacte et subjective de la société conservatrice de l'époque et de la lutte de la contre-culture ( cette lutte dont nous disons être issus). Le film de Landis est politique, social et humaniste, et va au plus profond de ces problèmes... sans jamais en parler ouvertement une seule seconde.

Lecteur, choisis ton camp. Tavernier, Ken Loach, Téchiné, Almodovar, Kusturica,Moretti et Josée Dayan d'un côté. John Landis, Todd Solondz, Axel Cox et le  John Waters de "Hairpsray" et "Cecil B Demented" de l'autre. Un de ces deux groupes fait des films sociaux. Un de ces deux groupes fait des films sur la vie des "vraies gens". Un de ces deux groupes fait des films hilarants. Un de ces deux groupes fait du Cinéma. Sauras-tu reconnaître lequel?   

"American College" est vendu en ce moment neuf pour la moitié du prix d'un dvd de "Harry Potter".

Véridiquement vôtre,

Dr Devo

(chanson de la semaine: "Example #22" de Laurie Anderson)

 

 

 

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Vendredi 31 décembre 2004 5 31 /12 /Déc /2004 00:00

Publié dans : Corpus Analogia
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Commentaires

Article terriblement juste, écrit en décembre 2004, pour un film tout à fait respectable. Quelques 4 années plus tard la constat que vous faites est toujours d'une grande actualité, et je crains que dans 10 ans rien n'ai vraiment changé... A moins d'une "dévolution" ?... Un grand merci à vous en tout cas !
Commentaire n°1 posté par MoulinEX le 27/03/2009 à 18h22

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