ZONE LIBRE, de Christophe Malavoy (France, 2007) : Vous avez demandé les Urgences, ne quittez pas...

Publié le par Dr Devo

[Photo : "Oral Risky Teenage Sex", par le Dr Devo]

Chères Focaliennes, Chers Focaliens,
 
Moi aussi, je le sens bien, je suis investi, j'ai senti l'Appel, je suis en mission commandée pour le Très-Haut. Des fois c'est beau, des fois c'est la souffrance et la solitude. Le cœur est un chasseur solitaire crucifié sur une croix électrifiée à la gégène qu'envoie à intervalles irréguliers un colonel sadique, comme ça, gratuitement pour le plaisir. Aujourd'hui, séance de rattrapage.
 
Je me souviens, il y a quelques jours, je voyais ZONE LIBRE en avant-première et en présence de Christophe Malavoy, son réalisateur. Pour les plus jeunes, Malavoy a été dans les années 80 un acteur très chic, comme Giraudeau (Ah.... BRAS DE FER, qui a vu BRAS DE FER ? Moi !!!!) ou comme Juliette Binoche ou Fanny Ardant. Et puis le revoilà donc avec ce film qui sortira dans quelques semaines, courant janvier.
C'est la seconde guerre mondiale, c'est la France, ça va mal. À ceux qui, langues de vipères sans pareilles, disent qu'un film qui s'appelle ZONE LIBRE et qui se passe à cette période est un très mauvais signe, je réponds qu'ils ont tout à fait raison. Passons.
Ça va mal. Paris occupé, Paris violenté, Paris encagé. Une famille juive (l'oncle et la tante, une autre tante jeune et enceinte, la grand-mère et le petit neveu orphelin) fuit Paris pour la zone libre. C'est bien foutu et superbement écrit. À ma droite, dans l'angle opposé, le grand-père fermier qui va cacher la famille dans la grange, avec l'aide de sa bru, futur ex-veuve de guerre. Le combat aura lieu en 3 actes selon les règles de WWAL (World Wide Aristotelician League).
Les dés étaient pipés, tout ça était réglé d'avance, il n'y avait que peu d'enjeux. Mouais. La grand-mère perdait la tête (Alzheimer mal détecté, ou trop précoce de 40 ans) et ne parlait que yiddish. C'est quand même embêtant en ce temps de barbarie nazie. La deuxième tante est enceinte ! Le petit neveu ne sait pas où sont ses parents ! Il faut le placer chez les jésuites ou le faire enfant de chœur (avec gag poétique en conclusion), c'est embêtant ! Et les collabos, on peut pas leur faire confiance. Comme dit l'héroïne de la splendouillette bande-annonce du dernier Verhoeven, THE BLACK BOOK, dans toutes les bonnes épiceries la semaine prochaine : "Ça ne cessera donc jamais !" Ben non, c'est la guerre, et surtout, c'est Hollywood ! Hollywood rules ! Ne venez pas vous plaindre... C'est le trimestre du film à thèse, c'est le trimestre DOSSIERS DE L'ÉCRAN, c'est la période des films pour faire un débat après la projection, avec micro HF et invités de marque. C'est le Trimestre de la Compassion-Commémoration et tout doit disparaître. Encore un dixième film à message. C'est enfin arrivé : le Ci-Ci ! Le Cinéma Citoyen ! Malraux l'avait bien dit (ça faisait longtemps, les anciens de Matière Focale vont avoir des souvenirs) : "Le XXIe siècle de l'Art et Essai sera Ci-CI ou ne sera pas." Et c'est le cas (attention, résolution du jeu de mots) : Ci-Ci Imperator !
Alors, ça y va les parties de cartes, ça y va les spectacles de Charlot dans la grange, ça y va les fuites impromptues pour éviter l'inspection de la grange par les autorités, et ça y va les séquences de flash-back (la rafle du petit à Paris), à fond les ballons les photos jaunies... La guerre, c'était pas facile tous les jours, c'est moi qui vous le dis. Malavoy rappelle en introduction de son film (il ne pouvait pas rester pour le débat après... Comme moi, dites-donc !) que sa famille était résistante, et que certains de ses proches se sont fait prendre, fusiller ou déporter. Bon. Avoir pondu ce film est donc encore plus incompréhensible, ou peut-être encore plus logique. Il ne se passe rien, on fait exactement un film des années 50 mais en couleurs et en digital 5.1, on ne fait rien en fait, on déroule du film, on enfile des clichetons, on gomme les points de vue. Deux axes de mise en scène (outre les sacro-saints plans rapprochés à tous les plans, et axe frontal obligatoire) : un plan en plongée depuis un arbre qui revient dès qu'un personnage va sur une route (avec une branche en premier plan qui vient couper l'image... Encore un truc original ! Arrêtez avec vos expérimentations ! Nous, on veut du film populaire d'action, pas des trucs abstraits comme ça ! On va au cinéma pour se détendre !), et aussi une photographie un poil ocre et sans point de vue, afin de simuler le passage des saisons, chose pas facile quand le film est tourné en automne en deux semaines. Pour la mise en scène, c'est tout. Sinon, décors uniques, acteurs pépères (et encore, ça aurait pu être bien pire, car ici on s'en sort discrètement, autant que faire se peut), petite musique triste... Amis réalisateurs, continuez comme ça et bientôt je n'aurai même plus besoin de faire des phrases pour faire une critique. Il suffira d'aligner quelques mots et quelques adjectifs, séparés par une virgule. Bref, mon petit lecteur, ma sublime lectrice, tu l'auras compris, ZONE LIBRE est une fabuleuse recette de cuisine, à moins que ça ne soit une bande-dessinée ou un objet (une cuillère ? une télé ?). Des dialogues, des acteurs, j'appuie sur REC, je crie "Moteur !", et hop c'est parti ! je fume une clope, je pelote la scripte qui fait semblant de râler en pouffant ("Ho vous, alors, Monsieur Malavoy...") et surtout, je n'oublie pas de crier "Coupez !". De temps en temps, je refais une prise. Le soir à l'hôtel, on boit un cognac en fin de repas et puis j'appelle ma femme. Le lendemain, un bon petit déjeuner et une bonne doudoune font l'affaire, et on repart pour une journée de tournage. Le cinoche, c'est pas compliqué. Ce qui est chiant finalement, ce sont les dialogues. Là, c'est pas compliqué, vu que j'adapte une pièce du "meilleur dramaturge actuel". Attendez, je regarde sur IMDB... Alors... C'est... Jean-Claude Grumberg ! Comme Olga Grumberg, qui joue le rôle féminin principal ! Si c'est Grumberg notre meilleur dramaturge, j'aimerais que soit on arrête de faire du théâtre en France, soit qu'on ne produise que des pièces de boulevard avec Micheline Dax (que j'adore) et George Beller. En tout cas, un film, c'est pas énormément de stress. J'avais déjà fait deux téléfilms pour Arte, et l'affaire était dans le sac. Ils ont dit oui tout de suite pour le long au cinéma. Après, la routine : CNC, avance sur recettes, aide à l'écriture, patati patata... Malavoy quand même ! Malavoy, merdre ! Ça a plus de gueule qu'un anonyme sorti du caniveau. Et puis, en ce moment coco, je te dis que le film de guerre, enfin qui se passe pendant la guerre, c'est ultra-tendance, c'est ça que les gens veulent, et moi je dis que répondre aux attentes du public, c'est pas sale, c'est pas vulgaire, c'est être généreux avec lui. Le public, je veux dire. Les couillons qui nous font des films pour trois personnes, même pas de payants ! Des entre guillemets critiques au "kaillés" (prononcer avec la voix de Fanny Ardant), ça va, on les connaît, les élitistes de merdre. Moi, je fais des films avec de la vie dedans, de la vie de tous les jours et des sujets d'actu, coco, des trucs qui leur parlent, des trucs qui z'en veulent. Pas de soucis, ça fera du festival, mon machin, après ça fera du collège au cinéma, et hop, on est dans nos frais, et la prochaine fois j'engage Gérard ou José, et on fait un truc avec Pathé ! Mais avant tout, je bosse pour le public, et d'ailleurs, mon Devo, tu devrais pas sniffer la coco comme ça, c'est pas du sucre candy. Et le champomy, c'est quand même de la Clicquot, alors vas-y mollo. Avec une caisse de bouteilles comme ça, on te paie des techniciens pour un court-métrage ! Gaspille pas n'importe comment. Je t'ai fait lire mon scénar' sur les sans-papiers ? Et au fait, tu sais qu'ils ont accepté mon piche sur les mères célibataires au CNC en plénière... Les doigts dans le cul même ! On est arrivé deuxièmes... Quoi ? Nan, déconne... Il a quand même fallu que je fasse une itw au figaro pour qu'Arte puisse pousser à la roue ! Ouais, devant Resnais ! Il a rien eu, ce con ! De toute façon, place aux jeunes ! Je les nique tous... Tiens, voilà la scripte, justement...
Bon, tout ceci c'est de la fiction... C'est pas comme ça que ça se passe en vrai. D'ailleurs, je déteste le champagne, j'ai horreur de ça. Alors je te pose une question, docteur : pourquoi tu nous ponds un article comme ça, si c'est pas vrai ?...
 
Écoute mon petit, viens sur mes genoux, prends un Werther's et écoute bien... Tu vois, quand les films ne font même pas l'effort de ressembler à un vrai film de vrai cinéma (tu vois, je ratisse large, je ne suis pas exigeant...), ben c'est fini, je fais plus l'article. C'est terminé. Ou alors je vais faire un article type, un générateur d'articles, ou je remplirai les trous selon le film (genre : je laisse un trou pour le titre !). Alors moi, je me déplace au cinéma, je mets du flouze dans la place, ou toi tu mets des sous dedans et pas qu'un peu (huit euros quand même), et là qu'est-ce que tu as ? Un truc qui n'est même pas du cinéma ! Ben moi, je vais te dire un truc, bonhomme (avec la voix de Gabin ou de Bébel, selon que vous soyez de bonne ou de mauvaise humeur) : "S'ils veulent une vraie critique honnête, les petits gars, qu'ils commencent par faire un film avec du cinéma dedans, et qu'ils arrêtent de construire des aspirateurs sans sac !"
 
La prochaine fois, nous parlerons du prix du baril. De lessive. Bien le bonsoir ! Caresses au chien !
 
Préventivement Vôtre,
 
Dr Devo.
 

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Publié dans Corpus Filmi

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Megalomanu 28/11/2006 13:29

Double message, désolé, mais je voulais juste vour inviter à aller voir le jury de ce prix de meilleur scénariste !Elsa Zylberstein présidente du jury, classe ! Ajoutez la directrice adjointe de M6 films (re-classe) et quelques autres ! Classe !Consolons nous en nous disant que ceux qui ont gagné les éditions précédentes ne sont pas tous restés dans les mémoires ...

Megalomanu 28/11/2006 13:23

Quels sont les gens qui peuvent avoir envie de voir ces films ? J'ai beau demander autour de moi, que ça soit à des proches baignant dans le cinéma ou à ma grand-mère fan de Fernandel, personne !!!Ca a l'air terriblement chiant. Il faut dire que lorsqu'on cherche à adapter la "vraie vie avec de vrais morceaux de réalisme dedans" il n'y a pas tellement de possibilités. Megalomanu.

Dr Devo 28/11/2006 09:16

cet texte de ménagère-critique est bougrement bien écrit et bien trop construit pour ne pas avoir été écrit par un focalien, fut-ce un focaline qui s'ignore! C'est très joli et ça résume en quatre lignes ce que j'essaie de dire depuis 10 jours!
Cher Repassant étiez-vous au Max Linder samedi?

Dr devo.

Le repassant 28/11/2006 08:55

Je sais pas trop à quel point c'est ironique le message de la dadame avec ses tatartes au quouaiquouitch, vu le site ouaib qu'elle référence, je crains que non, mais ce que je ne peux souffrir c'est ce type de phrase :
"Un bon film, c’est un bon moment, et c’est tout et c’est déjà génial !"
 
C'est presque criminel comme énoncé, on est, je veux pas forcer mais on est presque dans du Orwell light : contente toi de ces bons moments que l'amicale des copains du CNC t'offre.
 
Le génie du bon moment, Docteur vous aviez raison de parler de lessive. A+

Vierasouto 28/11/2006 01:37

On peut très bien faire impasse sur les films français, pour ma part, j'en vois de moins en moins (sauf le mercredi qq fois pour mon blog...) et en dvd, c'est pire, à part quelques films entre 50 et 70, je n'en achète quasiment jamais. Ce cinéma nombriliste à aspiration pseudo-littéraire avec les fils et les filles de, c'est d'un ennui mortel. A+PS. j'ai qd même un peu d'espoir pour "Black book" la semaine prochaine, pour revenir à la Résistance...