(photo: "Agent Marquis" par Dr Devo)

LES AVENTURIERS DE L'ARCHE PERDUE (1981) s'inscrit à mon sens dans la meilleure veine de Spielberg, et dans sa meilleure période - celle où il réalisait des films à grand spectacle (avec  le modeste mais très réussi DUEL, puis avec LES DENTS DE LA MER ou 1941) avec un enthousiasme assez communicatif, et sans des prétentions auteurisantes et une course à l'Oscar qui ont contribué à le décrédibiliser par la suite au cours d'une carrière extraordinairement inégale. Sans être un très grand film, LES AVENTURIERS DE L'ARCHE PERDUE se suit avec le plus grand plaisir, s'avère rythmé, distancié et fort agréable, d'autant plus que Karen Allen (STARMAN, AMERICAN COLLEGE... TERMINUS, c'est le cas de le dire), qui a disparu de la circulation, y livre une performance vraiment fameuse.


LE TEMPLE MAUDIT (1984), toujours construit sur le modèle du film d’aventures à l’ancienne, est peut-être, un des meilleurs films de Spielberg - en tout cas, il reste un de ceux que je mets sur le dessus de panier. Plus encore que le premier opus, ce film retrouve véritablement l’esprit des serials dont le personnage s’inspire, un esprit fantasque, excessif, marqué par la gratuité et par la générosité : le récit démarre en fanfare avec une séquence de comédie musicale hollywoodienne (mais interprétée en mandarin par Kate Capshaw), et ne va plus ralentir le rythme effréné des péripéties jusqu’à son dénouement. Plus typé que le précédent sur un plan esthétique (éclairages violemment contrastés, décors extravagants), le film ose également aller nettement plus loin dans la violence que son modèle. Les critiques et le public ont à l’époque beaucoup râlé contre la noirceur de certaines séquences, qui a pourtant l’intérêt indéniable de rendre le danger plus tangible, le récit plus imprévisible, moins James Bondesque. Spielberg, toujours trop à l’écoute de la vox populi, a totalement renié ce film prodigieusement distrayant.


Mais venons en à LA DERNIERE CROISADE... Après les critiques formulées à l’encontre du second film, trop violent pour les familles, Spielberg choisit d’adoucir la tonalité générale et de se rapprocher de l’original. Pour adoucir le récit, il introduit le personnage du papa d’Indiana Jones, interprété (si on veut) par le crispant Sean Connery. La pire des bonnes idées – c’est une connerie (ha ha).  Les relations père-fils parasitent énormément le récit, avec des séquences lénifiantes de disputes et de réconciliations – bouh, papa, tu ne t’es jamais intéressé à moi – mais si, je t’aime, fiston, je suis très, très fier de toi. Elles contribuent aussi à démystifier le personnage d’Indiana Jones en lui faisant au passage perdre beaucoup de l’intérêt relatif qu’on pouvait lui porter – tout bêtement parce que le ton du serial se marie très mal avec la comédie familiale : à la base, Indiana Jones, c'est l'aventurier de serial, une espèce de figure archétypale du Héros. Son passé n'intéresse personne, ce qui compte avant tout c'est son attitude, ses caractéristiques, son allure. D'une certaine façon, c'est un concept de personnage. On ne s'attend pas vraiment à ce qu'il nous raconte les veillées au coin du feu de son enfance : il est là pour agir, il est le moteur de l'action. Le voir régler ses problèmes relationnels avec son père, c'est un peu comme si on voyait le personnage de Charles Ingalls (LA PETITE MAISON DANS LA PRAIRIE) rattrapé par son passé de tueur à gages : on pourra toujours développer l'idée sur un film de près de deux heures pour la rendre plausible, elle n'en constituera pas moins un contresens sur la nature même du personnage. Or ici, Indiana, apprend-on,  était en réalité le nom du chien de la maison. S’il y en a que ça amuse, grand bien leur fasse, moi, ça m’énerve. Mais pour ce qui est de foutre en l’air son personnage, Spielberg n’attend même pas l’arrivée de papa Jones. La séquence d’introduction (célébrée par la critique à la sortie du film) nous présente un Indiana Jones junior dans sa première aventure, au cours de laquelle (dans l’espace de quelques heures donc, c’est très plausible et surtout très intéressant) le personnage va développer tous les traits qui le caractérisent : sa passion pour l’archéologie, sa cicatrice au menton, son chapeau mou, son fouet, sa phobie des serpents… Le film est totalement raté dans la mesure où l’on se désintéresse complètement du héros au bout de vingt minutes – Harrison Ford adoptant à partir de ce film une inertie faciale et un jeu pachydermique qui allaient devenir la marque de ses interprétations ultérieures. Pour le reste, effectivement, Spielberg retrouve l’esprit des AVENTURIERS DE L’ARCHE PERDUE, et pour cause : le scénario est rigoureusement le même (le graal remplaçant l’arche d’alliance) à ceci prêt qu’il est dépourvu de rythme, que les effets spéciaux ne sont que des redites en plus foireux – voir la décomposition du méchant nazi à la fin, et que les rares ajouts, en plus du vieux croûlant, sont d’un grotesque achevé : le chevalier immortel, gardien du graal (idée ridicule, mise en scène à peine digne d’un épisode de la série Highlander), ou le personnage féminin : machin-chose succède à Kate Capshaw et à l’excellente Karen Allen, une pauvre potiche blonde dénuée de saveur, malgré les tentatives de lui donner du relief – en en faisant une traître indécise à la solde des nazies, en la faisant mourir au grand dam d’Harrison Ford, qui joue la détresse de façon spectaculaire (genre : oooh, non, mes nouilles sont trop cuites). Le devenir du graal est au final l’objet d’une séquence désespérante de moralisme à deux balles, que Spielberg a l’air de trouver tellement forte et pertinente qu’il nous la propose deux fois d'affilée sans en changer une ligne, d’abord avec Miss Anonyme (qui meurt, trop attachée aux biens matériels) puis avec Junior Jones (qui survit, comprenant la valeur de l’humanité). Nos héros à la noix nous quittent dans une chevauchée mollassonne sur fond de soleil couchant dans un des pires plans filmés par SS (qui n’aime pas qu’on l’appelle comme ça). À l’époque, en salles, j’étais tellement consterné que j’avais oublié mon parapluie sur mon siège. À la revoyure, c’est encore pire. À dégager. C'est dire si j'attends de pied mou la 4e aventure du type au chapeau - rumeur persistante. Je vois d'ici le résultat : Indiana Jones Jr. sera papa à son tour, il y aura plein d'images de synthèse et des sacs à vomi seront distribués à l'entrée des salles.

 

Le Marquis

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Jeudi 16 juin 2005 4 16 /06 /Juin /2005 00:00

Publié dans : Corpus Analogia
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