DISJONCTE, de Ben Stiller (USA, 1996) : Vous venez de rater le coeur de la cible.

Publié le par Le Marquis

(photo: "I'm so jealous..." par Dr Devo et Le Marquis)

Pour s'être montré juste un peu trop cordial avec le technicien du câble venu régler son poste de télévision, un homme va devoir gérer l'amitié de ce dernier, une amitié totale, excessive, pesante et de plus en plus menaçante.


Ce second film réalisé par l’acteur Ben Stiller m’avait plutôt déplu au premier coup d’œil, principalement du fait de l’interprétation de Jim Carrey. Le plaisir pris à voir ce dernier dans des films comme MAN ON THE MOON ou FOU(S) D’IRENE m’a donné envie de donner une seconde chance à DISJONCTÉ, en format respecté et surtout en version originale. Verdict : raté mais attachant et singulier. Trois problèmes.


Le premier : la mise en scène de Ben Stiller, propre, un rien insipide et relativement fonctionnelle dans l’ensemble, connaît de sérieux travers en cours de métrage, accumulant notamment des erreurs de raccord champ/contrechamp donnant parfois l'impression d'un montage bâclé ou d'un tournage relâché.
Le second (peut-être lié en partie au troisième) : le scénario, qui traite d’un sujet curieux et prometteur, mais trop ébauché. La dernière partie (qui se situe après le cauchemar de Matthew Broderick) s’avère complètement décevante : la dénonciation de l’emprise télévisuelle devient soudain le noyau du propos, dans un revirement de script un peu dur à avaler, et un happy end conventionnel à l'arrière goût désagréable, qui ressemble fort à une pièce rapportée au script original, achève de nous laisser sur une impression d’inaboutissement.
Dernier problème : Jim Carrey. Mea culpa, même si l'acteur a surtout fait des progrès depuis, son jeu était néanmoins ravagé par la VF et trouve en version originale un réel intérêt. Pourtant, nous sommes face à une erreur de casting qui défigure le projet initial (potentiellement, DISJONCTÉ avait de quoi faire une œuvre noire et très émouvante, voir la très belle séquence du suicide de Jim Carrey, aussitôt gâchée par l'épilogue imbécile mentionné ci-dessus). Il faut savoir que, comme c'est trop souvent le cas avec les Grands Acteurs (Jack Nicholson pour BATMAN par exemple), la présence de Jim Carrey, starifié par le pénible THE MASK (un vrai calvaire, celui-là), a été imposée par la production, et qu’incidemment elle s’est bien sûr accompagnée d’une réécriture du scénario de façon à aménager des séquences conçues sur mesure pour coller à la nature, mais surtout à l'image de la vedette. Nous nous retrouvons alors face à un personnage de fiction totalement schizophrène : un personnage névrosé, solitaire, angoissé ; et un autre exubérant, loufoque et expansif. D’où un sentiment constant d’incohérence, d’inadéquation, sentiment d’autant plus frustrant qu’à plusieurs reprises, l’acteur fait preuve de finesse et de sensibilité, assumant totalement les aspects crypto-gays de son personnage et parvenant à rendre émouvant ce « Cable Guy » sacrifié par le scénariste mais repêché et relooké par des producteurs aux yeux rivés sur les recettes d’ACE VENTURA. Bref, un autre acteur aurait pu dépeindre un personnage plus trouble, moins démonstratif – et surtout, la présence d’un acteur n'avançant pas dans le milieu comme un rouleau-compresseur aurait peut-être permis au film de développer un malaise et une émotion qui ne sont présents dans DISJONCTÉ que par portions, à un stade larvaire. Dommage. Reste que le film gagne, donc, à être revu. Outre des guests-stars sympathiques (Janeane Garofalo, sous-exploitée, Charles Napier ou Owen Wilson), le film fourmille de séquences excellentes et d’idées un peu folles, avant de sombrer. Un grand film malade, comme on dit.

Le Marquis.

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Publié dans Corpus Analogia

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Philippe U 18/06/2005 11:27

Jim C ne fera jamais mieux que Man On The Moon. J'ai bien aimé Disjoncté, et notamment la reprise de Somebody to Love des J. Airplanes par Carrey qui a tout de même une sacré gueule.

Le Marquis 18/06/2005 00:21

J'aime beaucoup Dolph Lundgren.

Dolf L; 17/06/2005 18:42

Et si un jour vos muscles doivent lutter contre votre esprit, je demande à assister à ce combat.

Le Marquis 17/06/2005 17:59

Il y a aussi ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND paraît-il (je ne l'ai pas encore vu). En tout cas, le moins qu'on puisse dire, c'est que Jim C. revient de loin...

Idéa 17/06/2005 09:09

Moi je dis rien ne vaut Jim Carrey dasn The Truman Show. Peut être un de ses meilleurs rôles. Ce n'est bien evidemment qu'une question de goût.