Chroniques de l’Abécédaire, épisode 12, deuxième partie : "Rien ne sert d'adorer", soupire Lolita, déchirée à minuit sans l'ombre d'un frisson sous la montagne des obsessions royales.

Publié le par Le Marquis

[Photo : "Un jour tu me briseras le coeur", Valérie Lemercier, par Le Marquis]

Suite et fin de l’épisode 12 pour conclure votre week-end et attaquer une nouvelle semaine avec entrain, en luttant pour faire abstraction de la préparation toujours plus précoce des fêtes de Noël et son cortège d’incunables (la rediffusion des AVENTURES DE RABBI JACOB ne fait qu’ouvrir la voie à toutes les autres – et je crois bien qu’une fois encore, je ne le regarderai pas). Une période que je n’apprécie pas des masses en somme, mais il me suffit de me tenir à l’écart des grandes surfaces, d’éviter le centre-ville au cas où la mairie persisterait dans l’idée de mettre des hauts-parleurs partout et de passer du Tino Rossi en boucle (ce qu’ils font presque tous les ans, quelle horreur), et de garder mon poste de télévision soigneusement éteint lorsque je ne regarde pas un film de ma collection, ce qui ne m’est jamais très difficile. Mais reprenons.
 
J comme… J'ADORE HUCKABEES, de David O. Russell (USA / Allemagne, 2004)
Curieusement, car ce n’est pas un calcul, la suite de cette programmation comporte plusieurs titres déjà abordés sur le site par le Dr Devo, ce qui s’explique très simplement par le fait que je ne vais pas si souvent voir les films en salles, je les découvre donc en vidéo et avec un peu de retard. Le lien vous renvoie donc à l’article déjà paru, et me permet, à moins que mon avis ne diffère beaucoup, de ne pas trop approfondir un métrage déjà analysé. Je m’en tiendrai donc ici à quelques considérations annexes, en vous orientant sur l’article initial pour découvrir la critique complète.
Excellent film mêlant psychanalyse, new age et sens aigu de l’absurde, interprètes merveilleux – dont Jason Schwartzman, choix d’autant plus logique que le film de Russell ressemble énormément, c’est vrai, à ceux de Wes Anderson (au point que certains ont crié au plagiat). Aux références citées par le Dr Devo, je pourrais ajouter Hal Hartley, pour son humour à froid, d’une noirceur polie et réservée.
 
L comme… LOLITA, de Stanley Kubrick (Angleterre / USA, 1962)
Ah ! Kubrick… J’ai toujours eu un problème avec ce cinéaste, une réserve, une retenue, tout en lui reconnaissant, bien plus qu’un savoir-faire, un réel talent, indéniable, éclatant, sans qu’aucun de ses films ne m’ait vraiment, pleinement séduit. J’ai personnellement une préférence marquée pour son travail dans les années 60/70 – je n’ai encore jamais vu BARRY LYNDON ceci dit, période au cours de laquelle ses films m’ont semblé bénéficier d’un humour très particulier, d’un ton plus vif, moins cérébral que ce qu’il allait proposer à partir des années 80 avec ses trois derniers longs-métrages, passionnants, mais qui m’ont tenu à distance d’une certaine façon, tant leur froideur, leur calcul m’a semblé en étouffer le potentiel, les réduisant au niveau certes valeureux de théorèmes de cristal, d’intentions vitrifiées et un rien rigides. Quoi qu’on en pense, et même s’il n’a jamais fait l’unanimité, Kubrick a toujours su préserver un véritable point de vue de metteur en scène, même si ses œuvres, notamment ses adaptations littéraires, me semblent discutables. On connaît la polémique autour de SHINING, film brillant mais adaptation sommaire – qui l’emporte pourtant haut la main si l’on doit la comparer à la version télévisée réalisée par Mick Garris en 1997, certes fidèle à la lettre, mais piètrement mise en scène. La volonté de Kubrick de simplifier à l’extrême le récit imaginé par Stephen King, au risque d’en perdre les enjeux humains et l’ambiguïté, ne lui enlève en rien sa puissance visuelle par instants soufflante (présente même dans l’admirable bande-annonce du film), tout juste atténuée par un perfectionnisme poussé jusqu’à la maniaquerie, qui prive la plupart des films du cinéaste d’une spontanéité, d’un jeu sur l’accident qui m’ont toujours paru lui faire défaut et expliquent sans doute mes réserves.
Reste que je suis toujours prêt à voir (ou à revoir) ses films avec intérêt, comme c’est ici le cas avec un LOLITA qui m’avait une première fois déçu, pour la simple raison (notez que je ne complète pas en la disant bonne) que je venais alors de lire le roman de Vladimir Nabokov, extraordinaire (je vous le recommande vivement) : le film de Kubrick me semblait très bon, mais très largement en dessous du potentiel (y compris visuel) du livre de Nabokov, pourtant signataire du scénario. Au passage, la version d’Adrian Lyne, encore un exemple de cette grande mode des années 90 (évoquée récemment à propos du PINOCCHIO de Steve Baron) visant à livrer des « adaptations fidèles » des grands textes littéraires, sans même parler de mise en scène, n’était guère plus convaincante, trop engoncée dans un registre mélo un peu simplet et très limitatif.
À la revoyure, pour tout dire, LOLITA vue par Kubrick me semble toujours être assez faible sur le seul plan de l’adaptation littéraire, mais le thème abordé dans le roman explique aisément les problèmes que rencontre le métrage, à défaut de vraiment les justifier. Rappelons-le, la bande-annonce du film de Kubrick reposait sur une question posée à juste titre : « Comment ont-ils pu faire un film d’après LOLITA ? ». La réponse en est au fond assez simple : en vieillissant un peu le personnage (de douze ans dans le roman, elle passe à quatorze ans dans le film) ; en le faisant interpréter (fort correctement du reste) par une Sue Lyon alors âgée de seize ans ; et en restant extrêmement prudent dans la façon de porter à l’image la perversité d’Humbert Humbert, solidement campé par James Mason. Et même avec ces précautions, le casting de ce « héros » très dérangeant semble avoir été bien difficile, le rôle ayant successivement été refusé, plus ou moins poliment, par Cary Grant, David Niven (mon dieu !), Laurence Olivier, et j’en passe. Les réserves d’alors, il ne faut pas se leurrer, seraient exactement les mêmes aujourd’hui – voir les attaques auxquelles a dû faire front le pourtant très pur INNOCENCE de Lucile Hadzihalilovic. Le livre de Nabokov est pourtant irréprochable, ne glissant à aucun moment vers la pornographie, et jouant habilement de la suggestion et de l’ellipse. Mais ce qui est considéré comme un grand classique littéraire se regarde soudainement d’un sale œil dès lors qu’une transposition à l’écran est envisagée, quand bien même l’interprète du rôle titre ne serait pas soumise au moindre attouchement sur le plateau, quand bien même tout serait contenu et inscrit dans un jeu sur le montage, le cadre, la subjectivité surtout. Le film de Kubrick n’est guère démonstratif, le livre de Nabokov non plus d’ailleurs, c’est bien le regard du spectateur (et plus encore son appréhension – comme le souligne régulièrement le Dr Devo ces jours-ci, le public est le plus souvent considéré, avec une condescendance qui s’ignore, comme incapable de distance, de compréhension ou de réflexion hors du cadre rassurant d’une narration bien simpliste comme il faut) qui guette, le couteau entre les dents, et contraint cette adaptation (et toutes les autres) à altérer le récit, à le dénaturer de façon sensible, en faisant de la « Nymphe » de Nabokov une adolescente délurée, plus tard une fille-mère, bref, un cliché social au fond assez commun, bien loin de l’innocence du personnage originel. La profonde monstruosité d’Humbert Humbert, narrateur et point de focalisation du récit, qui ne se dégage donc que progressivement (mais avec quel impact !) en est à mon sens elle-même dénaturée, un peu réduite à un comportement déplacé, « sulfureux », criminel, oh ! ça oui, mais monstrueux ?
Alors même qu’il s’était lui-même considérablement écarté de son propre roman pour les besoins de l’adaptation, le scénario de Nabokov reste quant à lui, au final, quasiment inexploité par Kubrick, jamais très enclin à adopter les points de vue lorsqu’ils ne sont pas les siens, et qui a réécrit la grande majorité du script sans être crédité au générique – contrarié, Nabokov publiera par la suite son scénario. Il crée notamment de toutes pièces un personnage absent du roman, ici interprété par Peter Sellers, fort bien interprété mais un peu « chargé de sens », d’une façon très maladroite à mes yeux, même si elle justifie une superbe séquence d’ouverture. LOLITA, en soi, est un très bon film, qui parvient au moins à retrouver une partie de l’humour acerbe du roman, et bénéficie énormément d’un casting impeccable au sein duquel chaque acteur sur-joue et y va « à fond les ballons » - Shelley Winters est excellente en dindon de la farce. Kubrick tente de restituer le trouble du récit original en s’appuyant efficacement sur des fondus au noir répétés, placés à point nommé, juste un peu trop longs pour ne pas être inconfortables, et réussit une séquence d’une admirable justesse en créant artificiellement un triangle amoureux autour du couple Winters/Mason et de la photo de Lolita sur la table de chevet. Je reste par contre sur ma faim en ce qui concerne la mise en scène, solide sur un plan formel (très belle photographie, belles initiatives au montage), mais l’ensemble, par ailleurs un peu trop long, reste étonnamment sage et classique de la part de Kubrick, sans grande inventivité ; le jeu sur la subjectivité, qui était tout l’enjeu du roman et appelait une mise en scène autrement plus vigoureuse et ambiguë, est ici réduit à sa plus simple expression.
Le film parfait reste à faire, donc, et franchement, si je devais m’y atteler, je choisirais sans doute de ne jamais montrer Lolita à l’écran : plus de soucis avec les Défenseurs de la Morale, castrateurs et foutrement hypocrites, mais enfin la possibilité de voir s’étaler à l’écran ce qui fait le cœur de cette histoire, la profonde subjectivité, la voix, celle qui appelle l’identification, l’empathie, mais finit par la perdre en chemin. La peinture, à la première personne, d’une conscience trop encline à travestir son indescriptible perversité dans le mensonge, l’euphémisme, l’illusion, l’auto-persuasion. Tout ce qui m’a passionné chez Nabokov et me semble chez Kubrick être absent, ou presque : LOLITA est, encore une fois, un très bon film, que je n’hésite pas à vous conseiller, mais c’est vers le livre que je vous oriente, en tout premier lieu.
 
M comme… MANDERLAY, de Lars Von Trier (Danemark / Suède / Pays-Bas / France / Allemagne / Angleterre, 2005)
Le Dr est particulièrement porté sur le travail de Lars Von Trier, je n’apprends rien aux lecteurs réguliers du site, et m’a d’ailleurs offert il y a quelques mois le coffret de la trilogie Europe, dont il sera prochainement question dans l’Abécédaire. D’où, dans le cas de MANDERLAY un lien vers deux articles différents, le premier consacré à une analyse du film découvert en avant-première à l’Étrange Festival (cliquer sur le titre ci-dessus) ; un autre article est plus orienté sur l’accueil réservé au film à sa sortie (cliquer ici pour y accéder). Raison de plus pour ne pas trop m’étendre sur un film déjà largement traité en ces pages. J’ajoute juste ceci.
Petite surprise agréable cachée au sein du casting pour les amateurs d’ABSOLUTELY FABULOUS, l’excellente série de Jennifer Saunders (et non pas la purge imbécile signée Gabriel Aghion) : j’étais très content en effet de retrouver à Manderlay la comédienne Llewella Gideon (Victoria), qui apparaît parfois dans la série TV dans le rôle d’une infirmière pour le moins caustique. Sa présence s’explique aisément par le fait que Lars Von Trier a eu bien du mal à mettre la main sur les acteurs noirs américains prêts à s’engager dans le tournage de ce film, et a dû rassembler une bonne partie de son casting en Angleterre.
Pour rester sur le sujet des acteurs, les modifications dans le casting des rôles principaux, découlant du désistement de Nicole Kidman, qui a amené le cinéaste à adopter l’idée d’une interprète différente pour le même rôle dans chacun des trois films de la série, n’est pas sans incidences. Le personnage de Grace évolue et se déplace sur un registre sensiblement différent. Excellente performance de Bryce Dallas Howard, qui ne cherche à aucun moment à singer l’interprétation de Nicole K. et s’approprie véritablement le personnage en le poussant vers des tonalités plus douces, plus lisses – moins d’aspérités dans son interprétation, mais son approche est plus opaque, obscure.
Pour le reste, Lars Von Trier poursuit ici une carrière d’une audace et d’une inventivité qui n’appartiennent qu’à lui-même. Encensé, détesté, ignoré, incompris ou sur-analysé, que cela plaise ou non, il est évident que son travail s’imposera avec le temps, là où quelqu’un comme Ken Loach risque fort de sombrer dans l’oubli. On entre dans MANDERLAY avec circonspection, ne serait-ce que parce que l’effet de surprise ne joue plus ce rôle de voile déchiré qui rendait l’expérience de DOGVILLE si intense. On connaît le dispositif de mise en scène, et on s’attend surtout au pire – ou bien au meilleur, en fonction du regard du spectateur, et même si voir dans la démarche du réalisateur un simple cynisme oiseux et provocateur (ou un discours anti-américain primaire) me paraît témoigner d’une cruelle absence d’humour, d’esprit et de distanciation. Cette trilogie dont on attend encore le dernier volet est probablement la meilleure réponse possible à cette prolifération de films à caractère informatif et pédagogique souvent évoquée ces derniers temps par le Dr Devo. La « vérité » n’est pas inscrite dans le script, elle ne peut être synthétisée sous la forme d’une maxime accrochée sur une affiche ou collée en sticker sur le DVD : hors de question pour le cinéaste de voir ses spectateurs confortablement assis dans leur fauteuil, la bouche grande ouverte, attendant qu’on leur donne du message fricassé à la sauce humaniste à la cuillère. Les codes de lecture classiques et pontifiants sont totalement brouillés, le film mêlant sans clairement les distinguer le drame, le mélo, le film historique (éreinté avec un plaisir communicatif) et la farce. Et lorsque les cartes nous sont aimablement distribuées, lorsqu’on est en train de se dire que cette allégorie est bien démonstrative Madame la Duchesse qu’en dites-vous, c’est toujours pour mieux nous tirer le tapis sous le pied, avec intelligence, insolence et humour. Certains n’y retrouvent plus leur chaton et hurlent à la manipulation et au sacrilège du discours tendancieux ? Tant mieux ! À la fois parce qu’il est agréable de voir en pleine déconfiture ceux qui défendent INDIGÈNES juste pour des questions de principe, et parce qu’il est précieux d’être confronté à quelqu’un capable de s’adresser à son public en le considérant comme un adulte sevré et capable de réfléchir, ça devient de plus en plus rare.
 
N comme… LA NUIT DÉCHIRÉE, de Mick Garris (USA, 1992)
On peut dire de Mick Garris qu’il a tout de même beaucoup de chance : malgré son manque de talent patent, sa carrière dans le fantastique est restée très productive, et il sait manifestement bien s’entourer. Véritablement lancé par CRITTERS II (ouf, ça ne nous rajeunit pas, ça), le réalisateur semble avoir été adopté par Stephen King suite au tournage de cette NUIT DÉCHIRÉE, l’écrivain lui ayant par la suite confié la réalisation d’une série de téléfilms inspirés de ses écrits (dont LE FLÉAU, et SHINING donc, dont je vous parlais ci-dessus), aussi fidèles qu’ils sont visuellement plats. Plus récemment, c’est aussi à Mick Garris que l’on doit le développement de la série des MASTERS OF HORROR. Je suppose que c’est quelqu’un d’adorable à côtoyer.
Pour LA NUIT DÉCHIRÉE, Stephen King rédige pour la première fois un scénario original, vaguement dérivé du remake de LA FÉLINE par Paul Schrader : l’histoire de deux hybrides entre l’homme et le chat, couple incestueux mère-fils auquel va être confrontée la douce Mädchen Amick, vierge, naïve et donc victime toute désignée. Un film mouvementé mais par moments assez idiot (l’idée d’équiper notre duo surnaturel d’une voiture invisible à couleur variable m’a laissé pour le moins perplexe), qui s’appuie malencontreusement sur des effets de morphing à l’époque novateurs et très en vogue, mais qui étaient déjà complètement laids à la sortie du film. L’idée de montrer ces créatures constamment traquées par les chats m’a assez plu par contre, même si la mise en scène de ces agressions reste très maladroite. Seul véritable atout de ce film déjà très daté, quoique assez relaxant, c’est bien sûr Alice Krige, actrice beaucoup trop rare et fort talentueuse (vue récemment dans SILENT HILL), qui parvient à conférer au rôle de la mère incestueuse une présence et parfois une émotion intenses. Pour elle seule, le film vaut le détour – mais j’aimerais la voir plus souvent dans de bien meilleurs films, comme L’INSTITUT BENJAMENTA par exemple.
 
O comme… OBSESSION, de Brian De Palma (USA, 1975)
Ce très beau film de Brian De Palma est un peu resté dans l’ombre de ses autres classiques des années 70. C’est sans doute son film le plus hitchcockien, si ce n’est le seul qui le soit véritablement. Ce remake étrange de SUEURS FROIDES – encore un film tournant autour de l’inceste d’ailleurs – repose en grande partie sur les épaules de Geneviève Bujold dans un double rôle acrobatique qui prend le risque impensable de frôler le ridicule (séquence finale) sans jamais y sombrer. Superbe performance. Face à elle, Cliff Robertson fait à mes yeux très pâle figure, et je trouve que son interprétation, franchement fade, ne rend pas service au film. Mais puisque j’en suis à pointer ce qui ne m’a pas beaucoup plu, j’avoue ne pas être très emballé par la photographie de Vilmos Zsigmond sur ce film : vouloir renforcer l’onirisme, l’irréalité du récit par ces images savonneuses me paraît facile et un peu douteux ; le film en paraît daté, un peu désuet et pas toujours très beau.
La musique de Bernard Herrmann apporte un contrepoint salvateur à ces quelques défauts, et le compositeur s’en sort à merveille dans une relecture baroque et presque discordante de son travail pour Hitchcock. La mise en scène fonctionne quant à elle sur un registre plus timoré et plus classique, ou, encore une fois, De Palma semble chercher à dupliquer la technique d’Alfred H., le soin de la composition des cadres et de complexes travellings, une rigueur qui ne laisse ici pas la place aux split-screens et autres expérimentations auxquelles le cinéaste nous a habitués. Mais ce choix de la rigueur et de la sobriété me semble être le bon : d’une part, De Palma cherche à préserver l’ambivalence d’un concept narratif pour le moins audacieux, et il se ménage d’autre part une réappropriation de son propre style en fin de course, dans un final éblouissant ou l’on retrouve son utilisation très particulière du ralenti, et bien sûr d’un travelling circulaire vertigineux qui reste pour moi, alors qu’OBSESSION est peut-être un peu en retrait par comparaison à d’autres films du cinéaste, le plus signifiant, le plus saisissant et le plus troublant de sa carrière.
 
P comme… PALAIS ROYAL !, de Valérie Lemercier (France, 2005)
Je n’aime pas les comiques. Ils ne me font jamais rire. Surtout pas les comiques français. Je n’aime pas les comédies françaises, à quelques exceptions ponctuelles près. Et les plus populaires sont souvent les pires à mes yeux ; devant l’écrasante majorité des gens qui trouvent ça sympa, je m’incline et je garde pour moi ma propre consternation devant des classiques comme LES BRONZÉS, TANGUY ou autres VISITEURS : ne me lynchez pas, ne me traitez pas de chômeur (mon insulte préférée cette année), vous faites ce que vous voulez, moi, je n’aime pas ça.
Mais j’aime Valérie Lemercier. Elle fait figure d’exception. J’aime la façon dont elle a su se démarquer du carcan dans lequel elle a bien failli être enfermée à ses débuts pour tracer son propre chemin. J’aime la façon dont elle a envoyé paître Poiré, Réno & Clavier. J’aime son album « Valérie Lemercier chante », et son duo avec Divine Comedy. Je la trouve extraordinaire dans le très beau VENDREDI SOIR de Claire Denis. J’aime son humour très particulier et pas si évident, jamais porté sur les jeux de mots, les voix de canard et les roulements d’yeux complices glissés vers le public.
Et Valérie Lemercier cinéaste ? Pourquoi pas… OK, on est bien d’accord, sa mise en scène n’a absolument rien de renversant, même si, en trois films, elle s’est à chaque fois sensiblement améliorée. Mais franchement, vous avez jeté un œil sur la mise en scène dans les comédies multi-diffusées qui assiègent nos écrans chaque semaine ? Les films de Valérie Lemercier ont pour eux un atout solide : ils ont de la personnalité. QUADRILLE s’en sort tout juste avec sa réalisation façon théâtre filmé, mais il faut dire que je n’apprécie pas Sacha Guitry. LE DERRIÈRE est maladroit, mais vraiment attachant, et mine de rien assez singulier. PALAIS ROYAL ! m’a par contre vraiment convaincu – c’est de loin son meilleur film.
Je remarque qu’autour de moi, les personnes qui ont vu le film en sont sorties un peu mal à l’aise, n’ayant pas trouvé le film très drôle, ou très loin en tout cas de ce à quoi ils s’attendaient, notamment après avoir vu une bande-annonce assez maladroite. Ce qui m’a frappé quand j’ai enfin pu jeter y un œil, et j’ai d’autant mieux compris le malentendu autour de ce film, c’est qu’à proprement parler, PALAIS ROYAL ! n’est pas vraiment une comédie, au sens classique ou du moins « français » du terme. Ceux qui s’attendaient à une avalanche de gags et à des quiproquos loufoques en seront pour leurs frais. S’ouvrant sur l’enterrement de son personnage principal, le film s’installe à pas feutrés dans une approche surprenante de la comédie, souterraine, où l’humour, très décalé, vient toujours se glisser entre les lignes : ce n’est pas le film des éclats de rire, c’est celui des sourires rentrés, sourires jaunes parfois car le film effleure avec légèreté une certaine forme de noirceur. Au diable la polémique à trois sous sur la critique de la Royauté (mais qui est-ce que ça peut bien chatouiller ?), au diable le parallèle avec Lady Diana, manifeste mais au fond assez secondaire, au diable le fait indéniable que Valérie Lemercier n’est pas Billy Wilder, le parcours éclair de la Princesse Armelle (formidable interprétation de Valérie L. dans un jeu relativement peu dialogué et très physique) d’une gaucherie effacée vers une éclatante liberté, sa révolte tranquille, de l’intérieur, offrent à ce film à la mise en scène surtout fonctionnelle et à l’écriture brillante une personnalité unique, en totale rupture avec la soupe habituelle, et franchement, ça fait plaisir à voir.
 
R comme… RIEN NE SERT DE CRIER, de John Laing (USA, 2001)
S’ouvrant tranquillement sur une séquence plagiant l’ouverture de L’OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL avec son tueur aux mains gantées psalmodiant dans une chambre noire, ce film très télévisuel qui confronte une Kelly TOP GUN McGillis vieillissante à un assassin et à un mystérieux auto-stoppeur avec « fausse piste » tatoué sur le front oscille entre le slasher mou et le whodunit téléphoné. Idéal pour remplir les grilles de programme de fin de soirée en somme, ce petit machin insignifiant ne présente pas une once d’intérêt. Le shérif a beau insister (« pas de panique, ne cédons pas à la suspicion »), je n’ai vraiment que ça à faire, soupçonner, et l’apathie du métrage ne risque pas de me voir céder à la moindre panique : je dirais que le coupable est certainement celui qui semble être le plus inoffensif du lot. Bingo ! À la rigueur, RIEN NE SERT DE CRIER (ou de voir ce film) pourra permettre à mamie de lutter contre son Alzheimer en exerçant sur cette intrigue prévisible sa perspicacité érodée.
 
S comme… SHADOW CREATURE, de James Gribbins (USA, 1995)
Après un interlude aussi insipide, le laisser-aller ce cette petite série Z décomplexée fait un bien fou. Le film s’ouvre généreusement sur un générique hautement improbable et très rigolo où les lettrages sanguinolents sont au moins aussi chargés que le jeu des acteurs en roue libre ou la musique du film, un de ses points forts : une composition semi-parodique où les poncifs sont revus et corrigés de façon hilarante par le Dave Kane’s Them Jazzbeards.
C’est pas très sérieux donc, tout ça. Le film, dédié à un sac de moules mortes retrouvées sur le plateau et « inspiré d’une histoire vraie » (Flesh Eating Cannibal Creature From Cleveland), nous raconte comment des moules zébra, mises en contact avec un mélange de lotion capillaire expérimentale et de bière, fusionnent avec un pauvre hère métamorphosé en homme-moule meurtrier. Malin, James Gribbins ne fonce pas tête baissée dans la parodie, et garde dans ses grandes lignes un semblant de sérieux, tout en assumant pleinement son modeste statut, sans chercher à imiter les classiques ; l’ambiance rigolarde sur le plateau est palpable et assez communicative à l’écran. Monstre hilarant, musique excentrique et atmosphère ironique sans en rajouter inutilement dans le second degré, le métrage, qui ne dépareillerait pas dans le catalogue de Troma, est plutôt idiot, sympathique et réjouissant.
 
T comme… THX 1138, de George Lucas (USA, 1971)
Retour sur un film déjà évoqué lors de sa ressortie en salles par Tournevis, ressortie bien entendu motivée par les retouches infographiques souhaitées par George Lucas – eh oui, maintenant, les films, c’est comme les ordinateurs, il faut les « up-grader » régulièrement pour leur permettre de rester visibles. Qu’est-ce que ça m’agace… Évidemment, cette nouvelle version remplace et annule la précédente qui, comme c’est déjà le cas pour L’EXORCISTE de Friedkin, risque fort de devenir introuvable. Tant mieux pour les améliorations… et tant pis pour tout le reste ! On se consolera de cet état de fait avec la présence dans l’édition DVD du court-métrage à l’origine du long, vierge de toute retouche numérique, un essai intéressant mais un rien rigide, figé.
Le long-métrage, co-écrit avec le brillant Walter Murch, développe cet univers blafard et totalitaire, inscrit pleinement dans la mode typique de la Science-Fiction des années 70 : l’anticipation alarmiste sur le devenir de l’Humanité, objet à l’époque d’une avalanche de métrages de qualités diverses – SOLEIL VERT, LE SURVIVANT, ROLLERBALL, ZARDOZ, SILENT RUNNING, etc. Après une scène d’ouverture présentant un extrait du vieux serial « Buck Rogers » (une façon un peu naïve de manifester une rupture avec la SF de papa, je trouve), le récit de THX 1138, dérivé de 1984 (avec cette liaison amoureuse prohibée observée par les autorités), ne fait pas vraiment preuve d’une grande originalité, mais c’est dans sa forme que le film se distingue, principalement par ses décors souvent uniformément blancs – ce qui est loin d’être une facilité au regard des difficultés que cela a dû poser au directeur de la photographie – mais aussi par quelques créations originales comme ces androïdes au visage-miroir, ces confessionnaux automatiques où un écran projette, curieusement, non pas une image de Jésus mais un autoportrait de Dürer, ou cette machine à masturber (Noël approche !) qui fait partie des ajouts de cette version 2.0 du film.
Les ajouts, parlons-en. Comme toujours, et c’est d’autant plus irritant de voir la version originale mise au placard comme un rebut dépassé, le bon côtoie le moins bon, ou le carrément exécrable. La majeure partie des séquences tournées et réintégrées dans le nouveau montage sont très intéressantes, mais le film ne voit pas pour autant son rythme, un peu trop monocorde et lassant, s’améliorer. En rajoutant derrière les fenêtres de ce complexe souterrain hautement claustrophobe des effets spéciaux numériques montrant la circulation d’engins façon CINQUIÈME ÉLÉMENT (mais en beaucoup moins laid, les effets en eux-mêmes sont soignés), Lucas altère un peu à mon sens le sentiment d’enfermement qui caractérisait si bien le film. Ce qui m’a sans doute le plus déplu, sans même mentionner les allusions ajoutées à l’univers de STAR WARS (histoire de concocter un semblant de cohérence thématique totalement fabriqué), ce sont ces effets numériques hideux lors de la poursuite en voiture dans les tunnels, avec ces cascadeurs infographiques parfaitement décelables, occasion de rajouter quelques plans bien spectaculaires comme il faut, absolument pas crédibles et franchement laids. Mais bon, il fait ce qu’il veut hein, c’est son film après tout. Pour le reste, je laisse aux spécialistes le soin de faire une comparaison exhaustive entre les deux versions, n’ayant moi-même vu l’original qu’une seule fois il y a déjà plusieurs années. Un film intéressant et assez ambitieux, quoi qu’il en soit.
 
U comme… UN FRISSON DANS LA NUIT, de Clint Eastwood (USA, 1971)
Restons aux USA, et tant qu'à faire, restons aussi en 1971. Bon, je marche sur des œufs, voici un nouveau film de Clint Eastwood abordé sur Matière Focale après la polémique à rallonge de MILLION DOLLAR BABY (un titre, deux liens, quel talent), et j’ai bien peur de ne pas avoir du bien à en dire…
C’est le premier long-métrage de Clint Eastwood, développé avec l’appui du cinéaste Don Siegel, célèbre pour son INVASION DES PROFANATEURS DE SÉPULTURES, et dont je vous recommande tout particulièrement le splendide LES PROIES, interprété par Eastwood et également réalisé en 1971. L’histoire est dans ses grandes lignes la même que celle de LIAISON FATALE (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle John Carpenter en a refusé la réalisation), jusqu’à la référence à l’opéra « Madame Butterfly » - même si le piètre film d’Adrian Lyne en restituait puissance 10 le propos moraliste : Clint Eastwood s’octroie le rôle principal, celui d’un animateur radio empêtré dans une relation avec une femme déséquilibrée et de plus en plus menaçante. Hormis l’interprétation en roue libre de Jessica Walter, vocalement très impressionnante, le film est d’une grande médiocrité.
Visuellement, musicalement aussi du reste, le film est affreusement daté, et très mal réalisé – les cadrages sont vraiment mauvais. Eastwood ne maîtrise pas le rythme de son film, et patine dans des séquences répétitives (les lassantes et nombrilistes virées en voiture de Clint), quand il ne s’enlise pas complètement dans une séquence atrocement longue et d’une effarante inutilité (séquence du festival de Jazz, une pause injustifiée filmée comme un documentaire, avec un son occasionnellement synchrone), avant un dénouement expédié à la hâte et un rien ridicule. Le film est dans l’ensemble franchement assommant. Le son, d’une façon générale, est assez catastrophique, et je mettrais ma main à couper qu’une majeure partie des prises est post-synchronisée. Mais au fond, ce qui me gêne le plus dans ce film qui nous parle de sexualité et de passion psychotique, c’est la cruelle absence d’érotisme, de désir. La seule séquence tournant autour de la sensualité est une calamiteuse scène chantée où Clint fait l’amour avec la vraie femme de sa vie au bord d’une cascade. Fichtre. Très mauvais film.
 
V comme… VAMPIRE AT MIDNIGHT, de Gregory McClatchy (USA, 1988)
Retour à la série B issue des années 80 : des femmes sont tuées, et semblent être les victimes d’un vampire. On apprendra par la suite qu’en fait de vampire, nous avons affaire à un hypnotiseur illuminé usant de ses talents pour commettre quelques méfaits de bon vieux serial-killer des familles – son interprète est nul, plus tout jeune et pas charismatique pour un sou. Une ou deux séquences amusantes surnagent : la scène d’ouverture, où un rendez-vous amoureux, le meurtre qui s’ensuit et l’abandon du corps se font dans une atmosphère uniforme, tranquille, soutenue par un morceau de jazz ; et une autre séquence dans un cabaret, au cours de laquelle un comique est assassiné sur scène après avoir été victime d’hallucinations, sous les applaudissements des spectateurs. D’autres passages se distinguent surtout par leur kitsch redoutable – dont les hilarants cours de danse auxquels participe l’héroïne. Ceci dit, le film peut s’éviter. Le rythme est pénible, comme le sont les fréquentes tentatives d’onirisme cheap, et l’ensemble s’oublie dans un claquement de doigt. Clac !
 
W comme… WITCHES' MOUNTAIN, de Raul Artigot (Espagne, 1972)
Sonnez tambours et trompettes, voici maintenant le tout premier film pioché dans le coffret de 50 films rares dont j’ai fait l’acquisition en juillet. Copies laminées issues de vieilles VHS, VO non sous-titrée et packaging sommaire (12 DVD à deux faces, 2 à 3 films par face !), mais un prix dérisoire et une majorité de films inédits ou totalement oubliés, la plupart étant d’ailleurs libres de droits. Vous pouvez donc télécharger WITCHES’ MOUNTAIN en toute légalité sur publicdomaintorrents.com, en cliquant ici. Je ne manquerai pas de vous mettre le lien sur les films concernés dans les prochains articles, la programmation de ce coffret étant disséminée dans les sélections à venir. Au passage, je suis tout de même surpris de voir que LES FRISSONS DE L’ANGOISSE, en double programme avec WITCHES’ MOUNTAIN sur le DVD, fait partie du lot des films libres de droits – mais attention, la copie proposée en téléchargement est épouvantable, remontée et recadrée (c’est celle où la révélation du hors-champ imaginée par Argento reste hors-champ !), mieux vaut l’éviter.
Le film s’ouvre sur une séquence assez folle, à peu près totalement détachée du reste du récit : une fillette crispante cherche son serpent partout, accuse le chat de l’avoir tué, et sa mère la surprend en train de trucider le malheureux félin : contrariée, maman immole sa progéniture par le feu, purement et simplement. Fichtre. On retrouve cette femme après le générique alors que son amant, notre héros, journaliste photographe, est en train de l’éconduire : elle est furieuse et promet une vengeance terrible – vu les punitions qu’elle administre à sa fille, je la crois sur parole ! Mais nous la laissons pourtant derrière nous pour suivre les pas de notre photographe, parti faire un reportage sur une montagne réputée hantée, et qui se lève en chemin une nouvelle petite amie en bikini. Dès leur arrivée dans une sinistre auberge au pied de la montagne aux sorcières, des phénomènes étranges se produisent…
La copie recadrée, par ailleurs doublée en anglais, gâche un peu de très beaux décors naturels, mais le film, que beaucoup trouveront sans doute très ennuyeux, m’a semblé distiller un certain charme, une belle atmosphère. Ellipses étranges qui entretiennent un climat bizarre imprégnant un récit nébuleux, longs silences brutalement interrompus par une musique tonitruante, fin pessimiste et expéditive qui explicite très vaguement l’introduction décalée du film. Et quelques idées assez belles (un chat devient soudain une femme à la langue coupée), notamment une très belle séquence au cours de laquelle le photographe visite les ruines d’un village sur la montagne : à chaque photo qu’il prend des ruines, le montage insère brièvement de vieilles photos jaunies des lieux photographiés, peuplées de sinistres villageois, une scène accompagnée par une chanson totalement improbable et assez impressionnante. Bref, une première visite séduisante dans ce coffret, avec l’impression pas déplaisante de découvrir une relique poussiéreuse qui sent très fort le grenier.
 
Le sentiment de faire des découvertes, en somme, ce que j’essaie toujours de préserver à travers les sélections successives de l’Abécédaire.
 
Le Marquis
 
 [Photo : "Strange fruit...", MANDERLAY, par Le Marquis]
MANDERLAY
OBSESSION
J’ADORE HUCKABEES
FEMALE TROUBLE
PALAIS ROYAL !
THE DESCENT
LOLITA
THX 1138
L’ÎLE AUX PIRATES
LA NUIT DÉCHIRÉE
HANUMAN
WITCHES’ MOUNTAIN
L’EXORCISTE : AU COMMENCEMENT
SHADOW CREATURE
LE CŒUR DU GUERRIER
GODSEND
BLOOD FEAST
UN FRISSON DANS LA NUIT
AUTOPSY
VAMPIRE AT MIDNIGHT
RIEN NE SERT DE CRIER
 
Bande-annonce de l’épisode 13 : la vie secrète d’un bon père de famille, un scientifique mutant, l’ange Gabriel tombe le masque, des larmes parfumées au patchouli, une petite rouquine possédée par le mal, une serveuse qui cherche l’amour, l’extermination comme solution au problème des gangs, un voleur de visages, un parasite extra-terrestre, un cow-boy indien revanchard, un trafiquant d’armes, une dame du lac, une psychose incestueuse, un cirque encombrant, une communauté new age, un nez trop long, quelques tricheurs, un fragment de météorite dans la tête, un type qui déteste les chats, un clochard sans moustache, et une avalanche de lapins sur vos têtes !
 
Pour accéder à la première partie de cet article, cliquez ici.
 

Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés : cliquez ici !

[Photo : "13 est le prochain", par Le Marquis]

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Le Marquis 15/09/2015 00:47

Cole, tu avais dit: "Je t'envoie la réponse complète dans 10 jours tu comprendras mieux." Ding dong !! Les 10 jours sont passés !!! :)

Le Marquis 10/09/2015 11:32

Euh... Non. Tu affirmes qu'il est co-scénariste de LOLITA, mais de mon côté je n'ai trouvé aucune trace, nulle part, de l'existence d'un scénariste (ou de qui que ce soit en lien avec le cinéma) nommé Joseph Gimlis. Donc, qui est-ce? (Sinon, ça a autant de poids que si j'affirmais que CITIZEN KANE a en réalité été réalisé par Gertrude Domaine Jackson.)

Cole 10/09/2015 02:07

J'ai déjà dit qui est Gilmis ;)

Le Marquis 10/09/2015 02:02

La fameuse "esthétique publicitaire" est un réflexe qu'on a trouvé principalement dans la presse française (Télérama, Première et autres), comme je le disais il y a quelques jours, et ce sont surtout, à tort ou à raison, des cinéastes comme Beineix, Carax, Blier, Jeunet ou Besson qui en ont fait les frais. D'où une méfiance un peu hautaine (et aujourd'hui assez dépassée) pour des cinéastes issus de ce milieu, mais je pense qu'elle s'explique aussi parce que les critiques élevés à la Nouvelle Vague et dressés à aduler Truffaut ne savaient pas appréhender un cinéma plus visuel, plus sensitif, ni discerner énergie visuelle et clinquant décoratif.

Quant à Alan Parker, tu es très affirmatif, pourrais-tu s'il te plaît me citer un article précis critiquant son passé de publicitaire? Parce que si en France il y a eu cette tendance (assez irritante) à une époque, Alan Parker n'en a jamais tellement été la cible, et encore moins dans les pays anglo-saxons.
Quant au rapport entre la critique et la distribution en salles... je ne vois pas.

Sinon, à lire ta peinture en noir de la carrière (plutôt riche et cosy, Michael Cimino aurait pleuré pour avoir la même) de Ridley Scott, on en viendrait presque à oublier qu'initialement, il était question de ton affirmation concernant "une majorité de cinéastes (issus de la pub) tombés dans un oubli" dont Ridley Scott serait un des rares à "s'être sorti". C'est à cette affirmation que je répondais, et j'avoue que je ne vois pas le rapport avec la question des remontages de BLADE RUNNER et LEGEND, ou même l'échec de 1492, un peu mérité quand même, c'était un film assez mauvais (doux euphémisme).
Mais je ne peux pas m'empêcher de remarquer que tu généralise la carrière sur territoire américain de films qui ont ailleurs très bien marché (et dans des montages différents): c'est marrant, ça m'a beaucoup fait penser à l'article sur Ridley Scott sur Wikipedia, qui justement n'est qu'une traduction du même article publié aux USA, lequel ne prend aucune considération de la carrière de BLADE RUNNER ou de LEGEND en France, en Angleterre, en Italie, au Japon, etc. Et je peux t'assurer que BLADE RUNNER n'a jamais été une oeuvre confidentielle découverte sur le tard à la télé ou en VHS. Mais peut-être que tu es américain, je ne sais pas.
Petite précision au passage, aucun de ces deux films n'a été modifié pour la TV suite à un insuccès en salles (... aux USA), il ont été remontés aux USA avant même d'être distribués sur grand écran, et c'est bien plus que la seule fin qui a été altérée - mais ça, et les différences entre montage européen et américain, a été largement abordé ailleurs et de façon plus complète, sans compter que tous les montages sont aujourd'hui disponibles - même s'il faut passer par l'import pour LEGEND.

Entre adaptation(s) de LOLITA, censure, publicité, questions de distribution ou de conflits de production, ça fuse un peu dans tous les sens, j'avoue quand même que j'ai un peu de mal à voir où tu veux en venir. Et encore, on a glissé sur certaines remarques bien mystérieuses (je cherche encore pourquoi il faudrait étudier des films anglais des années 80 pour mieux comprendre un film réalisé en 1962), et j'attends toujours de savoir qui est Joseph Gimlis!!!

Cole 08/09/2015 19:33

reprochée par qui? les critiques cinématographiques américains et européens. Un film peut être très bien vendus et être une grosse daube (Harry potter, les profs). Un film peut être très mal vendu, très mal reçu et être par la suite adulé (Blade runner).
Ridley Scott a eu deux films catastrophiques qui ont par la suite été remaniés à leur publication à la TV, et dont les fins ont été modifiées: Blade Runner et Legend. Traquée et Black rain ont été très mitigés. La mise en scène de Scott fut fort critiquée car on trouvait que ses films ressemblaient à des versions longues de publicités télévisée. 1492 : Christophe Colomb fut quant à lui déconsidéré (ce fut un échec cinématographique) et cela l'a éloigné des plateaux de tournage pendant quatre ans.