SAW III, de Darren Lynn Bousman (USA-2006) : Article à Lynn, pour qu'il revienne...

Publié le par Dr Devo

[Photo : "Omelette pour Scier" par Dr Devo]

 

 

Chers Gens,


En fait, ne le dites pas trop autour de vous, mais ça va mieux. La tactique adéquate, et je dirais même plus, le remède, était de combattre le feu par le feu. Notre ami le Sheriff (qui signe ici de beaux articles sur Koh-Lanta mais dont on ne voit malheureusement, par voie de conséquence, la plume qu'une fois l'an à la saison du soleil qui tue) sait comme tous ses amis ninjas et kung-fu que rien ne vaut une belle attaque du feu par le feu, non pas dans un but vengeur mais bien dans celui de s'opposer, puis de réduire à néant la Malédiction ou les attaques répétées et diffuses de ce qu'on appelle la vie...
 

L'autodestruction ludique est-elle une solution d'avenir pour l'Humanité ? Je vous laisse juges, mais en tout cas, il aurait été dommage, sans doute, de ne pas aller voir SAW 3 de Darren Lynn Bousman, pain béni comme on peut l'imaginer pour le journaliste en mal de sarcasmes et de jeux de mots, ce qui n'est pas mon cas, comme vous le savez. On finit par s'attacher. SAW, c'est en quelque sorte le fil rouge de Matière Focale. Le 16 mars 2005, soit quelques mois après la création du site (qui aura deux ans dans quelques jours), on découvre le premier SAW suivi de SAW 2 dans le courant de la même année. L'année prochaine, il y aura sans doute un SAW 4 et j'irai faire encore une fois mon petit martyre.
Beaucoup veulent devenir réalisateur. Un certain nombre (mais moins nombreux déjà) veulent faire des films. Bousman, lui, ne fait pas le même métier. Bousman, son truc, c'est de réaliser les SAW. Déjà deux à son actif avec celui-ci, soit, pour nos lecteurs mal-comprenants : SAW 2 et SAW 3 ! Réalisateur de Saw, métier d'avenir. École de réalisation de SAW. Professeur de narration SAW. Et un jour, producteur de films SAW, voire distributeur de films SAW. À lui tout seul, SAW c'est le cinéma, inutile de lutter. Voilà qui devrait plaire et faire rager le Mouvement Échantilloniste (que je salue au passage...). Quoiqu'il remplisse encore largement les salles (ce qui me fait pronostiquer qu'on peut encore compter sur deux sorties ciné et une direct-to-video, c'est-à-dire qu'on va aller jusqu'au SAW 6 qui ravira les journalistes en mal de sarcasmes et de jeux de mot, mais vous savez ce n'est pas mon cas, avec des titres d'articles tels que "Saw 6 de Merde" ou "Le Boudin à la Bousman !"), SAW 3 était tout à fait évitable. La presse commence un peu à se lasser, et même dans le public, ça commence à râler tellement que je me suis dit que j'allais enfin voir un gros nanar, et pas seulement un truc nul. Sauf pour Mad Movies, qui a largement défendu la série en ces termes.
"Si, comme nous, vous êtes vannés par tous ces thrillers "copy-cat" jamais remis du traumatisme post-SEVEN [là, ils sont gonflés quand même, car les films défendus par la rédaction comme étant la crème de la crème de ces dernières années sont à chaque fois soit des franchises, soit des pompages, soit des films très uniformes entre eux...] et que, comme tout bon fan de genre, vous piétinez d'impatience à l'idée de manger une bonne claque qui remue les tripes et excite votre imaginaire déviant, alors SAW est LE film qu'il vous faut." MMMMmmmm.... Matière Focale dit ça, pendant ce temps-là, sur le même film (dans la bouche du Marquis) : "Cerise sur l’étron, la mise en scène est d’une laideur soutenue. Plats tunnels de champs / contrechamps, gestion répétitive de l’espace dans la partie en huis clos, monocorde et pas claustrophobe pour un sou, travail sur le son quasi inexistant, cadrages souvent hideux, et pour parfaire le tableau, on essaie une fois de plus de faire style et de rompre avec la monotonie du story-board studieusement transposé à l’écran en agitant sa caméra à peu près n’importe comment (poursuite en voiture) ou surtout, puisque l’effet, ringard au possible, est répété jusqu’à plus soif, en accélérant l’image – encore une idée brillante pour mettre en valeur le compte à rebours auquel sont soumises les victimes des flash back, en les faisant se déplacer comme dans un sketch de Benny Hill. Une cuillérée d’adrénaline dans un bol de verveine, tu parles d’un style !"
À l'occasion de SAW 2, voici ce que dit Mad Movies, qui fait perdre, pour la forme, une étoile au film : "La barre est désormais placée bien haut pour l'inévitable troisième épisode...", ce à quoi je disais à propos du même film : "Ça frise donc souvent le n’importe quoi et la roue libre. Le scénario, ressassé à l’excès, ne vaut quasiment rien, et ne joue ni avec la poésie, ni avec le second degré, ni avec rien. Sérieux comme un pape, mais sans la sobriété du pontife. On essaie in fine de placer deux ou trois effets gore très grotesques (surtout dans cette perspective de montage), et emballé c’est pesé. Il paraît que le script du film n’est pas du tout celui d’une séquelle à SAW, mais celui d’un autre film que le réalisateur avait essayé de placer en vain, jusqu’à ce que SAW commence à faire du bruit à Sundance (ben oui, tout ça, c’est du cinéma "indépendant", ne l’oublions pas, merci Robert !). On a donc adapté la chose pour en faire la suite de la poule aux œufs d’or, et le tour est joué."
Pour SAW 3, Mad Movies dit ça : "SAW III est une bonne grosse claque, un métrage énervé et sacrément gore, qui se permet même de revigorer les thèmes de la saga et d'offrir des personnages intéressants."

En exclusivité mondiale, je vais dire ça...

"Sans conteste, SAW 3 est bien le meilleur de la série. Armé d'un bon microscope, un critique compétent pourra vérifier que la pénibilité du visionnage est largement moindre, notamment grâce à la présence d'une intrigue et d'une narration plus simples, sans flash-back de flash-back, ni de flash-back enchâssé au troisième degré, l'intrigue consistant cette fois-ci en un montage parallèle d'une heure trente minutes entrecoupées de quelques flash-back courts et non-constitutifs de l'intrigue elle-même, fort simple en fait. Voilà qui repose. Hasard ou coïncidence, comme disait le poète, la copie que nous vîmes fut nettement plus agréable, du point de la photographie, avec certes une reprise des teintes bleues-vertes des opus précédents (la photographie du cinéblabla moderne est avant tout une question de look ou de design, raison pour laquelle je n'ai jamais compris que Philippe Starck ne s'y soit jamais intéressé...), mais aussi dans l'utilisation de teintes plus maronnasses, plus ocres, ou d'éclairages pseudo-directs (l'intro à la pile notamment) beaucoup plus jolis, mais d'utilisation intermittente malheureusement. Ces belles couleurs sont, plutôt vers le début d'ailleurs, le vert de gris, la saturation et le grain reprenant leur droit. [De WOLF CREEK à THE DEVIL'S REJECTS, je me suis demandé si la mode pour les étalonnages dégueu ne venait pas du succès de SAW tout bêtement...] Sinon, c'est la routine. Le "jeu mortel" du gros méchant est plus franc, plus prévisible, et n'a jamais été aussi proche du jeu vidéo. C'est plus calme Plus que le nihilisme évoqué par le journal LE MONDE, on dira que SAW 3 ne s'affranchit pas de son modèle, qui consiste à dire tout et son contraire (ce qui est assez différent du nihilisme quand même, soyons sérieux ! Ils ne doivent pas voir beaucoup de films de genre à LE MONDE !) Sans apporter de point de vue autre que de mécanique scénaristique. Bref, c'est pareil mais en moins alambiqué, et au moins, ce SAW 3 a l'avantage d'une certaine simplicité, ce qui du coup donne l'impression d'une moindre esbroufe. Paradoxalement, les collègues et les spectateurs dénoncent dans ce 3e opus une gestion débilistique du flash-back. C'est absolument faux. Bien au contraire, les épisodes 1 et 2 sont bien plus calamiteux que ça de ce point de vue. En fait, il y a effectivement un flash-back très insistant et récapitulatif à la fin. On n'y apprend rien, certes, mais il n'y a aucun twist, contrairement aux deux autres. C'est déjà beaucoup par les temps qui courent ! De ce point de vue, le flash-back a plus un effet esthétique et plus du tout scénaristique. C'est donc le contraire des premiers épisodes qui est fait ici. Hypothèse confirmée par un autre court montage épileptique juste après, que là aussi les gens prennent pour un flash-back mais qui n'en est pas un (décidément, les gens, vous dites n'importe quoi...). Résumons : les gens dénoncent dans ce numéro 3 un défaut qui en est (presque) absent, mais qui était omniprésent dans les épisodes 2 et 3 sous des formes les plus caricaturales et ridicules ! Voilà pourquoi le cinéma est un monde merveilleux ! Pour descendre ou encenser un film, dites le contraire de ce qui est ! Je vais finir par rejoindre Mr Mort ! Les gens disent et pensent le contraire de ce qui est ! Et pour SAW 3, film médiocre au demeurant, je trouve cela injuste. Pourquoi ces mêmes personnes (journaleux et public, souvent des spécialistes du fantastique en plus !) n'ont pas appliqué ce critère sur les deux premiers épisodes qui péchaient de cette manière, beaucoup plus, et sans aucune mesure d'ailleurs ? Vaste question... Mystère... Mais puisqu'on est entre nous, je vais essayer de répondre.
 
Mon hypothèse est que les gens se forcent à aimer ça. Conscients de la vacuité de cette attitude, et sachant parfaitement pourquoi, en fait, ils n'aiment pas ces films, ils utilisent les arguments qui pourraient justifier un juste rejet (un rejet juste, plutôt) pour assassiner avec ces armes ces mêmes dérivés de films, car il est toujours bon et chic de brûler, si possible avec la meute, ce qu'on a défendu et adoooooré à l'époque... [Oui, c’est ce que Mad Movies a fait avec SCREAM. NdC] En tout cas, même si je trouve SAW 3 très mauvais, il faut admettre que ces arguments ne tiennent pas et sont injustes. Par contre, j'ai l'impression que depuis un mois, les arguments des commentateurs de cinéma sont de plus en plus surréalistes et malhonnêtes, et qu'une sorte de vitesse supérieure dans ce domaine a été enclenchée !

SAW 3 bénéficie donc, par intermittence, d'une photo un tout petit peu plus agréable (et encore, si on cherche la petite bête, et si on a une vue parfaite, et si on est de bonne humeur). Shawnee Smith m'a paru bien meilleure cette fois, curieusement, et ce pour des raisons que je ne comprends pas... L'actrice aurait-elle changé de doubleuse (pourtant la VF est ignoble...) ? Le grand méchant est toujours aussi splendouillet, et semble sortir de la galerie de mâles idiots de l'excellente émission anglaise SMACK THE PONEY... Pas sobre quoi ! Mais tout cela n'est rien sans le scénario débilosse et très drôle pour cette fois. L'intrigue repose en fait sur un personnage de plus en plus rare au cinéma : le papa du Petit Juju, ici joué par Angus MacFadyen (le Marquis vous a déjà parlé de sa désastreuse performance dans MAGIC WARRIORS), qui y va au tractopelle, mélange improbable de Powers Boothe et du pire Brando (c'est-à-dire Brando tout le temps ou presque), mais dans la nuance "film de genre", c'est-à-dire beaucoup plus wock-haine-hall que ces chochottes (j'allais dire "tapettes") d'adeptes de la Méthode ! Lui, dès qu'on le voit, on sait qu'on a un gagnant et que c'est lui qu'il fallait pour faire (mal, très mal) le sale boulot. Les plus pervers d'entre nous y perdront un plaisir masochiste certain et y gagneront plein de rires ! À lui tout seul, malgré un casting splendouillet et improbable, il fait tenir le film... Non, je plaisante, mais il captive à force, dirons-nous...
Côté mise en scène, c'est nul ou presque, et donc très banal. Bousman est bien le petit-fils de Tobe Hooper, mais pas celui de
MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE. Plutôt celui de DANCE OF THE DEAD. Bousman reprend ici les affreux effets d'accéléré qui ont fait la réputation kubrickienne de la série (entendez : "de film génial"), qu'il ressort toutes les trois secondes. Entre le maître et l'élève, aucune différence. Bravo, les p'tits gars, vous êtes arrivés à être aussi bons que ceux qui vous ont fait rêver quand vous étiez petit, oserais-je dire, vos maîtres. Il n'y a qu’une idée et demie de mise en scène en 90 minutes, et elles sont issues des films précédents. Ceci dit, le coup de l'annulation du contrechamps (ou plutôt du splitscreen) dans le plan dans le placard, avec la caméra vidéo, marche bien. Ça dure deux secondes, et c'est au début du film. Ensuite... Rien.

En fait, il se passe quelque chose qui ne tient qu'à moi. SAW 3, de manière perverse, commence à ressembler à chez moi, sentiment que j'aurai tout le temps de développer plus avant à l'occasion de ma critique de SAW 4 dans quelques mois ! La série perd de son intérêt aux yeux du public progressivement, c'est intéressant. Et j'ai déjà hâte d'entendre de quelle manière les fans inconditionnels de SAW vont abattre ce numéro 4, et de quelle façon ils vont pouvoir justifier des choses qu'ils détestent aujourd'hui alors qu’ils les trouvaient géniales la veille ! On va rire. D'ici là, un conseil sublime pour choisir vos films en ce moment : écoutez le buzzy (body physical) de la rumeur publique, imaginez le contraire, et vous avez une bonne idée de ce que valent les films. Inversez les arguments, et vous saurez à quoi vous attendre. Finalement on s'amuse bien dans ce monde complètement dévolutionniste, et finalement, encore et si je veux, notre avantage est qu'il nous reste l'humour et la poésie ! On ne s'ennuie jamais, ou presque. En conclusion : pour choisir tes films, écoute le buzz, man !"


Modestement Vôtre,


Dr Devo.

PS : Une autre bonne idée, maigre mais bonne. Le premier plan montre du noir et deux petits morceaux de carrelage, éclairés par une petite lampe-torche de rien du tout. Ça aurait fait un sacré film !

Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés : cliquez ici !

Publié dans Corpus Filmi

Commenter cet article

systool 28/05/2007 12:42

Vus les deux premiers... je crois que ça va suffire... merci les gars!SysT

Le Marquis 09/01/2007 20:05

Autre chose de bizarre : non, ce n'est pas que le Docteur n'ait pas complété lui-même l'index des articles (petit feignant !), mais, et je l'avais déjà remarqué ce week-end et le problème semble perdurer, la fonction "recherche" dans la colonne de droite ne fonctionne plus correctement.

Dr Devo 09/01/2007 14:46

Oui oui, on a parlé de hostel...

j'ai bien aimé...

Pour retrouvez la liste des films traités c'est ici:
http://www.matierefocale.com/article-2315132.html

Et pour l'article sur hostel c'est là:
http://www.matierefocale.com/article-2606004.html

[L'article n'était pas dans l'index... Bizarre...]

Et voilà!

Dr devo

plaf 09/01/2007 13:56

oui je ne suis pas spécialement porté sur le genre (même si j'aime bien de temps en temps) et donc je suis peut-être moins exigeant. Et Hostel tu as aimé ? je n'ai pas vu d'article à son sujet par ici

Le Marquis 03/01/2007 18:04

Oh, je pense que tu n'es pas le seul, loin de là, et le film a quand même connu un beau succès. En ce qui me concerne, et pourtant je suis très porté sur le cinéma de genre, SAW m'a semblé être un des pires films (sortis en salles) de ces dernières années, c'est dire à quel point il m'a déplu. Mais il n'y a pas d'offense, et merci à toi d'exprimer ton désaccord de façon aussi courtoise !