BATMAN BEGINS, de Christopher Nolan (USA, 2005) : Le preux sous la braise

Publié le par Docteur Devo

 

(photo: "Pumping" par Dr Devo)

 

Chers Amis,
 
Triste semaine au cinéma que celle qui commence aujourd'hui. Bien échaudé par TRAVAUX, ON SAIT QUAND ÇA COMMENCE de Brigitte Roüan, on essaiera de ne pas se risquer à aller voir PAPA, film ex-comique. Par contre, bien plus alléchant est le retour de Batman, personnage qui ne nous a pas laissé que de mauvais souvenirs cinématographiques. Pour être honnête, je ne sais plus du tout à quel numéro nous en sommes. BATMAN 5 ? 12 ? Quelle importance ? On peut retenir ceci. Il y a trois excellents BATMAN (Batmen devrais-je dire !). Le premier, de Tim Burton, est sympa, sans plus. Mais ça se regarde. Le deuxième, toujours de Tim Burton, est vraiment très bon, et même assez étonnant, avec une bonne dose de sentimentalo-politique assez inattendue, et qui donnait à la chose une autre ampleur et une autre dimension que nos SPIDERMAN plus contemporains. Dans ce BATMAN RETURNS (BATMAN LE RETOUR en VF, mais c’est tellement moins bien), il y avait en plus Michael Keaton vraiment très bon, Michelle Pfeiffer à son top (la suite ne sera qu’une longue descente dans la maternité interposée et dans les films de série mineurs), De Vito bien aussi et moins attendu qu’on a pu le dire, et notre ami Christopher Walken était formidable en grand artisto poudré comme un Marquis (hi !hi !hi !). L’utilisation des décors, dont certains éléments se baladaient tout le long du film dans différents endroits de la ville (marrant) était extrêmement judicieuse. Bref, on peut ne pas aimer le fétichisme de la chose, sa musique etc., en tout cas, ça avait de la gueule… et du goût.
 
Après, ça se gâte complètement avec BATMAN FOREVER de l’apocalyptique Joel Schumacher, avec Val Kilmer (ben ouais !) dans le rôle de la tenniswoman ailée, et un Jim Carrey en roue libre, véritable plaidoyer à lui tout seul d’un grand mouvement de masse en faveur de l’euthanasie ! On passe. Ensuite, c’est encore mieux. Si ! si ! je vous assure ! Joel Schumacher est conservé à la réalisation.  Faut dire que c’était zuuuuublimeuh, BATMAN FOREVER. Alors on pousse le bouchon encore plus loin : plus de méchants, plus de héros, plus de couleurs fluos ! Et ça donne le splendouillet BATMAN ET ROBIN, film entièrement tourné en hangar (dont on voit le toit régulièrement), éclairé comme un show de Jean-Luc Lahaye, sur son lit d’acteurs zuuuublimeuh : George Clooney, très connu pour exprimer la nuance et le côté sombre de la force (sa nuance : un sourire qui lui vaudrait une paire de baffes dans un bar, assortie d'un "dégage, le poivrot !"), Arnold Schwarzenegger dans le rôle de Mister Freeze (le gros con friandise , comme dirait le Marquis), et géniale idée pour sauver le tout…. Chris O’Donnell en Robin ! Chris O’Donnell, mais si !!! Un acteur prometteur à l’époque. BEIGNETS DE TOMATES VERTES, vous vous rappelez ? Non ? Moi, j’ai vu ça en salles. Avec Mary Stuart Masterson, ça ne vous dit rien ? Elle aussi, c’était un super espoir ! BEIGNETS DE TOMATES VERTES, outre son titre, sans doute le plus splendouillet de l’histoire, c’était quand même un superbe mélo de Meryl Streep (période FROMAGE OU DESSERT, euh pardon…. Période LE CHOIX DE SOPHIE, période Niagara quoi !), mais sans Meryl Streep. Et j’ai vu ça !!!!  Je m’en souviens bien, ça se passe à la campagne, je crois. Bon, j’en étais où ? On va changer de paragraphe pour commencer.
 
Voilà, comme ça, c’est plus clair, et de suite ça argumente beaucoup plus. Le problème avec les blogs en général, c’est que la typographie est sous-estimée et placée dans un rôle annexe. C’est une erreur. La pertinence de votre article doit beaucoup à la typographie. Tiens là, je vais déjà aller à la ligne et faire un nouveau paragraphe. Ainsi, celui-là sera tellement court, qu’on va être persuadé qu’il doit être vachement important pour qu’on l’ait mis comme ça, en exergue. Tu m’étonnes, John, c’est celui où je parle de la typographie ! CQFD !
 
Je disais que Chris O’Donnell, c’était un super choix. C’était le mec qui avait fait son coming-soon dans le remake années 90 et états-unien de PARFUM DE FEMMES (SCENT OF A WOMAN) avec Al Pacino, et que j’ai vu en salles aussi, et en VO en plus, et deux mois avant sa sortie ! C’est un vrai étron ! Bah, comme ça, c’était clair, en même temps… Batman est gay, il va en boîte, il met des costumes fluo (le bat-costume à des tétons apparents ! Véridique ! Ça fiche la trouille !), il prend des douches avec Robin et il fait semblant de draguer les filles pour les rendre folles, à savoir, ici : Uma Thurman (assez mauvaise si je me souviens bien) et Alicia Silverstone qui, à l’époque, avait encore de la moustache (si, si, ça je m’en souviens parfaitement. Même que je m’étais dit que celle-là, elle n’irait pas loin. En fait, j’ai appris à apprécier Alicia Silverstone des années après, et c’est une grande pro). Et ces hangars décorés en zone de paint-ball. Et Schwarzie qui nous fait le remake de EDWARD AUX MAINS D’ARGENT (de Tim Burton, comme quoi, les exécutifs hollywoodiens ne vont pas chercher leurs idées très loin !). Oui, oui, Schwarzie qui nous fait le coup de Johnny Depp avec un canon à glace à la place des ciseaux. Un grand moment, définitivement.
Malheureusement, c’est trop avant-garde, et le public n’est pas prêt. Et il ne le sera jamais, d’ailleurs. BATMAN ET ROBIN est un échec financier. Dehors les clowns !
 
Question du petit Kevin de Saint-Quentin : « Oui, mais Dr Devo, tu disais qu’il y avait trois films de Batman visibles ? »
Tu as raison, Kevin, il en manque un, qu’on ignore parfois, à tort. Tu fais bien de le rappeler, c’est très pertinent. Par contre, ce qui n’est pas pertinent du tout, c’est que tu as déjà oublié qu’on en a parlé ici. Ca n’est pas bien Kévin, ça veut dire que tu ne lis pas tous les articles de ce blog !
Ceci dit, c’est vrai, un des meilleurs BATMAN au cinéma, c’est quand même celui adapté de la série télé des années 60 ! C’est très drôle, mais c’est fait exprès cette fois, c’est assez inventif, et le Marquis en avait déjà parlé admirablement. N’hésitez pas à rendre visite à cet article sur BATMAN, LE FILM !
 
Changement de décennie. Hollywood ne sait plus vraiment quoi faire. On remake plein de films (AMITYVILLE, LA MAISON DU DIABLE très bientôt, quelle drôle d’idée), on fait chauffer les cerveaux à la recherche de projet juteux qui soient, si possible, des franchises déjà installées. Après l’échec de CATWOMAN, gros naveton paraît-il (pas vu, pas pris), mis en chantier alors que Tim Burton voulait se réapproprier le personnage depuis des années (Hollywood a préféré  le français Pitof ! Etonnant, non ?), quelqu’un de sûrement brillant a proposé l’idée de reprendre Batman. Histoire de remettre la franchise sur de bons rails, les options fluos de Joel Schumacher sont proscrites, et on décide de faire du back to the roots, en replaçant le populaire super-héros sur des chemins plus sombres et plus adultes. Personne ne s’en plaindra. Et, histoire de légitimer le projet, on confie le film à quelqu’un qui n’est pas manchot (enfin pingouin !) : Christopher Nolan. Là aussi, c’est un bon point. Le monsieur avait éclaté au grand jour avec son beau et gonflé MEMENTO, lui-même précédé par FOLLOWING, film assez méconnu mais très bon qu’on trouve à des prix défiant toute concurrence sur le net, genre 2 euros sur cdiscount.com, avis aux amateurs de choses iconoclastes ! Son dernier film, INSOMNIA, plus classique, plus attendu, ne m’avait pas complètement convaincu, là où je crois le Marquis trouvait ça plutôt honnête et ce malgré son aversion viscérale pour Al Pacino (il confirmera ou infirmera en commentaires ! [Oui, bof, hein… NdC]). Donc, avec Nolan me dis-je, on n’est pas mal tombé. C’est déjà ça. Après moult hésitations (Jake Gyllenhaal, le sublime acteur de DONNIE DARKO notamment), c’est finalement Christian Bale qui récupère le rôle. Voilà un acteur tout à fait extra, très en forme dans le moment, et du coup, sans hésitation, on va voir le film, et sans se faire prier en plus.
 
Alors oui, c’est du back to the roots, ou au moins une nette volonté de faire du sérieux, et de replonger BATMAN dans un univers adulte. On essaie de se rapprocher du personnage torturé et sombre qu’incarnait à l’époque Michael Keaton. Christian Bale, fabuleux acteur de AMERICAN PSYCHO (très belle adaptation d’ailleurs) et du récent THE MACHINIST (un des grands films de cette année), permet ce rapprochement. Contrairement à Keaton, on peut le voir comme un personnage plus « terre à terre », moins aristocratique sans doute, et donc plus « plouc » (comprenez « plus près du sol », d’une manière non péjorative). Cette option, loin d’être « bourrine », est donc différente mais également payante. Pourquoi pas ?
On retrouve notre héros au stade de sa genèse, dans un lointain pays d’Asie (la Chine tibétaine ?), emprisonné dans des geôles qui sentent bon le camp d’internement politique à la Mao, avec ses vestes bleues matelassées. Le pauvre Bruce Wayne en prend plein la figure en tant que seul occidental de service. Il est repéré par Liam Neeson, qui voit tout de suite en lui les démons intérieurs et la grande dose d’auto-reproches. Toute cette belle énergie concentrée dans un mouvement autodestructeur et implosif, ce n’est pas sérieux. Qu’il rende cette énergie à la cause de la Justice, qu’il utilise cette colère, voilà ce que propose Neeson. Bale accepte, et la première partie commence, assez longue, où le jeune homme en colère apprend les techniques ninjas (ou « ninjozes » comme on dit dans certains épisodes de la série expérimentale SAN KU KAÏ) et la discipline menant au service de la Justice. Le dénouement de cette partie est surprenant, et je vous laisse le découvrir. Ensuite, retour à la mythique Gotham City, grande corrompue et ex-ville de cœur où Bale construira rapidement son personnage de Batman, et aura très vite fort à faire, plein de choses louches se tramant dans l’ombre.
Du canevas général, rien à dire, si ce n’est effectivement un arrêt définitif de la gaudriole façon Schumacher, et la tentative relativement sincère de s’approcher du cœur des ténèbres. Quelques « soupe-pelottes » (sous-intrigues en anglais), dont les retrouvailles avec l’amie d’enfance jouée par Katie Holmes, personnage incorruptible qui ne va pas mettre longtemps avant d’être pris dans le nœud du complot, si j’ose. Par contre, on remarque, notamment dans la partie tibétaine, l’utilisation encore une fois classique de chez classique, élimée et trouée de flash-back sur l’enfance, qui auraient quand même pu apparaître en ellipses, ou faire l’objet d’un pré-générique vite fait et baroque. Cela aurait été plus agréable que ces horribles épisodes de «Mon papa chéri que j’aime », le célèbre soap-opéra encore à inventer. Beurk, beurk, ça ne marche pas, malgré des passages eux aussi en flash-back où l’on voit le parcours qui amène Bruce Wayne dans les geôles jaunes. Passons.
 
[En fait, ces flash-back sont aussi une erreur de tonalité, tant ils « enniaisent » la tonalité générale que le film veut incarner. L’option elliptique, avec les mêmes éléments, aurait donné de bien meilleurs résultats, sans doute plus lyriques.]
 
On résume : première partie plus en demi-teinte, mais retour à Gotham (ville native de Batman au fait !) plus agréable. Autres remarques sur le scénario, et après on ouvre le moteur. D’abord, l’étrange initiation de Bale face au méchant asiatique, qui considère, exactement comme Grace (Nicole Kidman), le personnage principal du DOGVILLE de Lars Von Trier, que quand une branche est mauvaise et corrompue, il faut couper l’arbre et massacrer impitoyablement tous les habitants de la forêt ! Voilà qui est très sympathique et très intéressant, mais malheureusement, ce sera dit, certes, mais sans plus, ce qui permettra la naissance dès les premières heures d’un Batman balayé de ses doutes et droit dans ses bottes. Il aurait été de meilleur ton peut-être de rappeler cet enjeu dogvillien, ce qui aurait amené une noirceur formidable à l’ensemble et aurait pu révéler des contradictions jouissives chez notre héros au regard si doux. Bah, dommage mais pas grave. Plus grave est le fait que du coup, la part d’ombre de Batman se déplace sur la vie mondaine de Bruce Wayne, ce qui paraît bien plus artificiel peut-être, mais surtout bien moins intéressant. Du coup l’affrontement avec le grand méchant asiatique est gentiment classique, en forme de bouquet final.
Deuxième déception, peut-être structurellement moins handicapante, mais sur le plan du plaisir, elle est beaucoup plus grave : le principe de l’attaque finale qui pourrait transformer Gotham City en gigantesque asile de fous schizos ! Oh ! la belle idée… Une fois qu’on sent la chose venir, on attend ça de pied ferme, surtout qu’on sait que le bonhomme derrière la caméra n’est pas un idiot ! On se dit que c’est une très belle idée, et que le feu d’artifice va être sombre, délirant et sans doute anxiogène. Hélas, non. Le fantasme d’une ville entière transformée en asile de fous (alors que les vrais fous de l’asile sont mis en liberté, très belle idée) se résume au final à deux scènes très courtes. Une avec un fou justement qu’on impressionnera « en faisant les gros yeux » (je parle en langage codé pour vous laisser la surprise), soit un pauvre effet spécial bien en dessous de nos attentes après un début de scène (vaguement pédophile) assez calamiteux. La scène est très courte heureusement et / ou malheureusement. Puis, dans une deuxième scène, une apparition chevaleresque (vague réminiscence du SEIGNEUR DES ANNEAUX ?), toute en brouillard, fera office de super-délire schizoïde, ce qui est bien peu. Et puis, une fois ces deux scènes passées (deux plans en fait), presque plus rien, si l’on excepte ce qui était une très bonne idée, à savoir une allusion aux films de morts-vivants. Mais ce sera tout. Après cela, retour à l’action, retour à la possible destruction de la ville, et donc à l’action plus commune. Une bonne idée au départ mais sous-exploitée donc.
 
Si on regarde sous le capot, ça se gâte assez largement. D’abord, au moins un bon point. Batman n’est pas une créature de synthèse, ou du moins pas ouvertement. Toujours dans un esprit  de retour réaliste, Batman est un justicier mécanisé, avec câbles et gadgets technos. Du coup, moins de synthèse et plus d’effets en « réel ». C’est un très bon point, qui démarque le personnage de son collègue élastique Spiderman (le vrai « petit bonhomme en mousse » !), et ses gesticulations de petit clown numérique très laides et nous sortant immédiatement de l’action. Rien de pire en effet que ce Spiderman aux mouvements informes et disgracieux, et surtout non-conformes à leur interprète en chair et en os. Ici, Batman, c’est de l’incarné, c’est de la chair et du muscle, c’est de toute évidence Christian Bale. Du coup, on y croit. Bon point. Bon retour aux fondamentaux. Merci.
La photo est correcte. On n’échappe pas aux plans de la ville ultra-synthétique et supra-design, mais là aussi, au vu du cahier des charges, c’est relativement sobre, ou plutôt, c’est plus sobre que chez les concurrents ! Bueno again.
 
Par contre, là où le bât blesse et pas qu’un peu, c’est… tout le reste ! Les scènes de dialogues, ou plutôt de non-action, sont gentiment mises en scène comme à l’accoutumée, c'est-à-dire dans les canons des grosses productions actuelles. À savoir quasiment que des plans rapprochés, suivis d’énormément de gros plans, en veux-tu en voilà, jusqu’à plus soif !  Les seuls plans larges sont des plans de demi-ensemble pour présenter un nouveau décor, avec de temps en temps, par accident, un plan moyen, et là, ça donne presque envie d’ouvrir le champomy. Mouais. Et quasiment aucun plan américain. Heureusement que les acteurs sont sympathiques (voir plus bas) ! Il semble que ce type de filmage, avec échelle de plans réduite ou absence d’échelle de plans (comme chez Michael Bay ou dans les récents Oliver Stone (ALEXANDRE) ou Ridley Scott (KINGDOM OF HEAVEN) dont nous avions déjà parlé… Et, dans une certaine mesure, dans THE AVIATOR de Scorsese). Il semble que ce style, dis-je, soit devenu la norme du gros cinéma hollywoodien.
 
Et dans les scènes d’actions, alors là, ça ne va pas du tout, c’est la catastrophe. Nolan n’y va pas par le dos de la cuillère et se fait encore plus royaliste que le roi. Ce n’est que du gros plan (dans des scènes d’actions, faut oser) ou que du plan rapproché. Ajoutez à cela un montage complètement épileptique, où le but du jeu semble être de faire des plans inférieurs à 20 trames, et vous aurez la recette du gloubiboulga. Et là, patatra ! tous les efforts de « réalisme », tous les efforts de décorum, tombent par terre. À chaque scène d’action, rien n’est lisible. Evidemment, la spatialisation des combats n’a plus aucune importance (là aussi, un comble pour une scène d’action). Plus grave, par exemple dans le premier combat où Batman stoppe un trafic de drogue, il y a ce passage hallucinant où 7 gars essaient de faire la peau à Batman. Tout ça en plan rapproché. Résultat : on ne peut pas dire « tiens, voila Batman qui donne un coup de poing », ni même (niveau inférieur) « Tiens, voilà un bras qui se tend », mais « tiens, y a un machin qui bouge, ça doit être quelqu’un qui fait quelque chose à quelqu’un ! » (cruel rez-de-chaussée !). Ben oui, les scènes d’action sont tellement atomisées, au sens étymologique du terme, qu’il est strictement impossible de dire ce qui se passe. Heureusement, on entend des « Pif Paf Poof Wow » dans le son, parce qu'autrement, on aurait pu se demander de la même façon si tous ces mecs du plan précédent (avant le combat) sont maintenant en train de faire un beach-volley ou de jour à la pétanque !
Comme le reste est filmé sans fantaisie et de manière pas très personnelle, on se sent vite éjecté du film. Les lecteurs réguliers savent que je râle beaucoup sur les échelles de plans. C’est quasiment un leitmotiv ! Mais je crois qu’avec ce BATMAN BEGINS, on a atteint une sorte de limite où le spectateur se voit réduit à regarder des mouvements de couleurs sans pouvoir dire ce qui se passe. De ce point de vue, le film est réellement invisible, quasiment au sens propre. C’est pourquoi je me permets d’insister. Il aurait tout à fait pu être un excellent divertissement, mais ces scènes d’action empêchent tout, détruisent la volonté de direction « éditoriale » (si j’ose dire) et artistique. Et tous ces beaux efforts sont réduits à néant. Et c’est d’autant plus triste que Christopher Nolan nous a déjà prouvé par deux fois qu’il pouvait être un très honnête metteur en scène. Déjà que, sans cet écueil, le film serait anonyme, bien que correct (ce qui est déjà décevant pour Nolan), là, c’est carrément très triste, voire inconcevable.
 
Alors bien sûr, on se rattrape avec les acteurs. Bale est plutôt pas mal, et ce choix un peu étonnant est très sympathique. Ceux qui ont vu THE MACHINIST ou AMERICAN PSYCHO resteront peut-être un peu sur leur faim, mais bon, ne nous plaignons pas de voir un acteur concerné et assez sobre dans un gros film américain, c’est quand même assez rare. Katie Holmes est plutôt bonne, bien que son rôle, modeste, ne lui permette pas de faire des merveilles (on préférera la revoir dans le très beau thriller indépendant GO, avec également Sarah Polley, dont on finira sûrement un de ces quatre par parler ici). Elle mérite mieux, la demoiselle, surtout qu’elle a déjà prouvé, dans GO justement, qu’elle pouvait être très efficace. Michael Caine est très bon, et humanise largement la machine. Malgré son grand âge, le bonhomme est sacrément vert, et on le retrouve à chaque fois avec un immense plaisir. La grande classe, malgré un rôle très carré. Nolan a bien fait de miser sur lui. [Revoir la scène dans AUSTIN POWERS III : GOLDMEMBER,  pour vérifier la force du bonhomme, dans son fabuleux dialogue avec Mini-Me, très, très drôle !] Rien à dire sur Liam Neeson, ni en bien ni en mal. Il a fait mieux, très certainement, mais il a peut-être fait pire.
Morgan Freeman fait son boulot très bien, sans surprise dans un rôle cousu main et sans risque. Il y a trois bonnes surprises, cependant. Rutger Hauer, après SIN CITY, confirme sa très grande forme et un véritable retour aux affaires, tout en nuances, malgré un rôle trop carré !
Gary Oldman, en forme, sobre, et ENFIN dans un rôle positif et non-carricatural. Vieilli, un peu blasé, mais encore alerte, il est vraiment très bon, et ce choix à contre-pied fonctionne à merveille. Bravo !
Ensuite, en sidekick maléfique et malin, Nolan sort un sacré lapin de sa poche en  la personne de Cillian Murphy et sa drôle de gueule dérangeante d’ange cabossé. Il y va un peu à fond le tractopelle, mais ça passe drôlement bien, surtout que son personnage est vraiment intéressant. C’est le seul à faire peur (dommage que Nolan n’ait pas utilisé ce personnage pour nous terrifier jusqu’à l’os !). Quand le personnage passe « de l’autre côté du miroir »), c’est un peu too much, mais le reste fonctionne à merveille, et le personnage est relativement bien amené. On avait déjà vu l’animal dans 28 JOURS PLUS TARD, le très beau film de Danny Boyle. Je pense qu’il doit être ici très judicieusement maquillé, parce qu’il est terrifiant. Très bon choix !
 
On résume. Une ligne éditoriale judicieuse, qui resserre le sujet sur sa noirceur. Un casting pas trop mal, lumineux par endroit. Un scénario qui tente de suivre la ligne éditoriale, mais sans génie ni même extravagance,  bien en dessous de ce qu’on pouvait en espérer, même si on a vu pire dans ce type de productions. Moins de synthèse « apparente », et un personnage mécanisé. Bien. Mais, malheur de malheur, une mise en scène assez anonyme, une échelle de plans très réduite qui se transforme même en véritable peau de chagrin absurde et surréaliste dans les scènes d'action. Raté donc, assez largement, avec deux ou trois choses sympathiques, sans plus. Des acteurs positifs globalement. Mais l’action est trop mal fichue, et tellement absconse qu’on se demande ce qui a bien pu se passer au tournage et au montage pour aboutir à une telle catastrophe. Même si le film n’est pas complètement antipathique, on est très triste pour Christopher Nolan qui disparaît complètement sous le projet pour, curieusement, devenir un yes-man de plus. C’est toujours triste, même dans ce contexte de production. Il aura bien du mal à remonter la barre.
 
Subjectivement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Publié dans Corpus Filmi

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guillaume 31/12/2007 02:14

Je vous trouve vraiment injuste envers Nolan dont je suis fan. il prends une franchise, la reconstruit totalement, lui redonne son coté sombre et arrive à se sortir de l'engranage burtunien. Il ne faut pas dégouter les gens d'aller voir un film tout a fait correct ... y a des daubes bien pires ! c'est un des meilleurs batman, y a pas a réfléchir dessus (quand à dire que le 2 est mieux que le 1, j'ai des doutes et je ne suis pas le seul, tu occultes completement la prestation de Nicholson ! pour t'attarder sur Pfieffer ...). Le seul petit problème de ce Begins sera un detail du scénario : les micro-ondes vaporise également l'eau dans le corps des humains, cela aurai donné une autre tournure au film ...  sinon le reste est bon dsl , c'est du bon nolan comme d'hab.je te trouve bien difficileGuillaume

proctoman 01/07/2005 16:25

Bon ben moi je l'ai vu lors de la fête du cinéma. Vu le choix proposé par les salles obscures brestoises (assez ternes je dois dire...) "Batman begins" obtient tout juste la moyenne, c'est donc l'un des "meilleurs" films que j'ai vu. Ce qui m'a surtout énervé c'est le doublage VF car lorsque que Bruce devient Batman il faut dire qu'il chope un petit coup de froid l'animal! A croire que la chauve-souris a un chat dans la gorge. Qu'il prenne des pastilles VICKS et il retrouvera une tessiture de voix (française) moins ridicule! Et je ne reviens pas sur certaines répliques qui fleurent bon la frime.

systool 27/06/2005 17:36

merci pour ce comm très exhaustif comme d'hab!

Du coup ça me donne pas très envie de voir ce film, déjà que la motivation n'y était pas vraiment avant de lire cette chronique. Dommage, d'autant que j'aime bien le travail de Nolan et Bale...
Merci en tout cas

Le Marquis 21/06/2005 23:28

Merci!

Isaac Allendo 21/06/2005 23:25

Après les dernières bouses adaptant Batman sur la thématique "nicker une franchise" (très à la mode depuis plusieurs années), je ne peux être sévère avec un blockbuster de facture tout à fait potable. Certes, c'est plutôt sous-exploité mais il y a quand même de la matière. On est également très au-dessus de la soupe aux navets façon Catwoman et Electra. Donc moi ça me va, j'ai passé un bon moment surtout qu'il pleuvait dehors et que la salle était confortable.

Au fait, bonne critique et blog sympa. ^^