REQUIEM, de Hans-Christian Schmid (Allemagne, 2006) : Le Ballotin

Publié le par Mr Mort

[photo: "Pere-Noël (by night) par Dr Devo]

 

2006, heure du schlingo post-cuite (tea-time de 16h00), année de la Grenouille sur le calendrier chinois, et quinquennat du Pingouin dans les champignonnières qui servent de mûrissoire à cadavres pour les pellicules 35 mm déjà mortes, déjà vivantes. Douce morgue, cher pays de mon enfance, tu es dans mon cœur et je crie (il pleuvait sur Brest, quand même) ton nom : Cinémort... [En même temps que je l'écris sur les murs, souvenir de l'année du Gorille...]


Comme disait Malraux, "en plus d'être banane(s), le XXIème siècle sera Ramatuelle ou ne sera pas, enfin pas grand chose", tandis que, comme dirait le patron (toujours le remercier, j'écris son nom aussi), pendant ce temps, au même moment, dans la rédaction de FouFouFilm (ex- FouFouFilm/KinoSuper), flotte un instant de stupéfaction qui se lyophilise doucement dans l'air sec rendu électrique par un arc Xénon pourtant distant : la mort semble proche. Silence dans la salle de réaction. Puis gros éclats de rire en fait, c'est du cinéma, ouf ! À ce moment j'ai dit seulement : "Allemagne" jusqu'à créer le malaise. La rigolade n'aura pas duré longtemps, et au lieu d'attendre la mort dans la stupeur de son caractère inéluctable (tiens, je fais dans l'érotique maintenant ?!?), ils décidèrent tous au grand complet sauf un (j'appris, deux ans plus tard, que c'était un employé du service de nettoyage, en retard au second chantier sur UnoMag), de me jeter leur Canderelles à la figure (minicube par minicube, et non pas les boîtes, ce qui aurait pu être douloureux, ils ratèrent même ça me dis-je sur l'instant, vous savez, me dis-je aussi juste après, le boîte de Canderelle qu'ils ont tous près de leur mug respectif ("oui mais un mug différent chacun" auraient-ils voulu me dire s'ils avaient su que je savais : mug STAR WARS, mug MONDE DE NÉMO, mug MATRIX, Mug LA NUIT DES MORTS-VIVANTS dont le graphisme n'était pas sans me rappeler l'immense tatouage FREAKS sur la moitié du torse et sur le bras gauche du rédacteur en chef. [De l'autre côté, c'était NOSFERATU de Herzog, je crois... L'Allemagne !
 
[Cher Marquis, dans le "entre-crochets précédents", ne ferme pas "les" crochets justement. L’Allemagne détruit tout, et contamine tout. Tout s'efface, et s'envole au loin. Au moins ça de gagné : avec l'Allemagne, la fêlure n'est plus dissimulable...]

Je nouais mes bras avec mes mains, dans mon dos, offrant mon buste de San Sebastian occasionnel (en même temps...) à l'attaque de Canderelle, et je criais : "Apprenez-moi à nager maintenant." La vengeance ne leur servira à rien, je me disais, et je le pense toujours, car de toute façon, la fuite, c'est le chasseur qui la vit et la provoque, pas la proie. REQUIEM, film d'Allemagne, et non pas le film de l'autre Blaireau des Alpes (comme on disait de Bernard Hinault, mais ici avec le panache en moins). Tu la sens pas, la vague de synthés qui monte, ah non, car il n'y aura de musique que du rock 70, et encore, bien obligé, t'as déjà vu une salle du Vème arrondissement qui passe des films sans scènes de danse, toi ? Non, bien sûr.
Allemagne, je me souviens, les culottes de cuir, un peu chez nous la Suisse, l'ambassadeur du Lichtenstein qui s'approche et nous souhaite la bienvenue dans un anglais, bizarrement, dans un anglais impeccable avec force d'application si bien que la scène ne pouvait être, au fond, que touchante. Ils avaient mis du Nico sur une platine vinyle, croyant nous faire plaisir mais gâchant presque (et puis non, finalement, mais de justesse !) sa fête-party. Sa moustache impeccable, je la revois encore tandis qu'il mimait des baisemains impeccables à toutes les dames, ignorant même la pénurie de desserts cacaotés dans le deuxième salon (le deuxième, je répète, le deuxième...). Voilà qui me rappelait, la scène était quand même belle et touchante, cette phrase toujours étrange du catéchisme quand j'étais petit, osons le mot, môme : "Voudrait-on une deuxième fois la même chose, en vérité ?"

Allemagne seventies qui n'a jamais existé, et qui n'est que reconstitution hollywoodienne mais avec formica, je sais sans y être allé que tu ressemblais déjà aux années 80, dont le métrage ici, ne pouvait pas (et il le savait en quelque sorte) reconstituer la chose, car cela aurait rendu le financement du film lui-même impossible, ou au moins aurait hypothéqué quelque chose (mais quoi ?), chose absolument impossible, sinon en rêve, pour les hommes du Design et du Bizeness-Plan. On dirait que ce serait les années soixante-dix (Coude, coude ! Blink blink !), près de l'Italie ou de la Suisse, à peine hors de portée de radar ou plutôt d'écho du grand duché de L. (le peintre abstrait de la C.I.A. : mort au Réalisme !, et donc tout se recoupe, tu le sens la recoupe ?), et cette jeune fille se présente, quand bien même elle rappellerait notre part féminine, déjà hors-film, il pleut sur elle. Le réalisateur, profane complet mais qui joue le diacre, sait qu'elle est toute là, mais bon, il n'en fera rien. Comme s’il y pouvait quelque chose, après tout ? Pas grave, me dis-je, moi j'étais là, et j'ai bien vu ce qui se passait. [Anecdote : j'avais prévenu l'Ambassadrice mexico-suédoise que le spot SFR de la première partie venait par les pieds, dans une Médiavision pourtant montée la tête la première, et donc parfaitement, par un ouvrier-monteur payé au SMIC ! Tes pieds, bobo-homo, mais jamais jocko (merci Patron, merci Charlot), détail mineur (hi-hi, Stanley Donen à tiroir ! Moi, je suis jocko...) J'arrête là, c'est pas la six, chienne fidèle que je suis....]

Elle est donc impériale, si, si, quasiment moche dans le lointain suranné d'une campagne nulle et crasse, toujours humide et en dessous des 10 degrés, il faut qu'elle fuie, me disais-je, ce qu'elle fit, allant en ville et trouvant là un écrin meilleur, parfois même beau, mais bon, je me retournais vers moi-même, pendant la première bobine, quittant les yeux de l'écran, pour les tourner vers moi-même et me dire : "C'est encore loin, le Danemark ?", ce à quoi, après un moment d'hésitation, juste pour me/te faire un peu râler en silence, pour la forme quoi, je répondis : "Ben ouais... Écho radar sur Yankee Bravo". De nouveau moi-même sur le siège impair, je me dis, à peine pour rire, et l'œil gauche embué : "Ça irait quand même plus vite en missile".
Ça crevait, ça sentait la pharmacie me disais-je, ça puait l'envie de la plongée en campagne. Telle une Eve Angeli (Devo m'a obliger, ne corrige pas non plus cette faute petit Marquis) ou un Jean-Claude Van Damme déconnant du corps et de la bouche, mais dont l'œil, et même les deux, profondément brechtien (tout comme moi), criait le désespoir du lapin-rabbit cerné par les chiens, elle était coincée aussi ; et donc, moi, sans même me poser la question, je me consubstantiationnais à elle immédiatement. Elle sortit du film et je fus elle à sa place, transformant le film en mascarade de rien et de tout, en spectacle pornographique de l'âme, du sentiment et du cœur. Oui mais, au moment où nous échangions tranquillement nos places, comme si nous marchions l'un vers l'autre, dans cet instant assez proche de l'éternité (non c'est connoté ; plutôt "de la suspension"), nous nous vîmes, nous regardâmes, et mieux, acceptâmes de concert notre sort. Elle anonymat et liberté, moi la mort. À équidistance de ce qui allait devenir son siège et de ce qui allait devenir ma collure définitive, à ce moment précis, et là le terme n'est pas galvaudé, à cette "instant", nous avons su le Danemark. Neo. Logos.
(Ouais, ouais, mais jocko-homo en même temps, ça compte pas, c'est comme chez Blier, une espèce de pudeur... Hihihi....) Quoi qu'il en soit, son jean toucha le tissus ignifugé. Hors de portée du grand capital, ouf !

Je savais qu'ils allaient la re-balancer en Province, sans rien dire, sans rien faire sinon étirer le parcours de vulgarité fausse-danoise, lourde comme un ferrero-rocher, lourde comme la copine mi-satan-agent-des-ricains (c'est pour les alter, ça m'intéresse pas) mi-vraie-perdue mais rien n'allait au bout. À part moi, le spectateur, essentiellement membre de la rédaction de FouFouFilm,et en même temps pas du tout, (le monde des spectateurs et/ou le monde tout court doivent être contenus, d'une manière ou d'une autre, dans l'espace géographique de leur salle de rédaction, ce n'est pas possible sinon), avec ses autres copains spectateurs interchangeables de s'apprêter à souiller la belle, ne sachant pas que c'était moi, bien sûr. Avant que le premier (centimètre) cube ne m'atteigne, je savais que le petit bout de beauté ça et là de cet espace-temps voyageait déjà vers le passé, dans le cosmos en direction de la planète Xénon, et que bientôt, dans le futur et quelques dizaines d'années, des extra-terrestres entérineraient mon sacrifice sur leur gros télescope. La beauté était conservée, par mon œil d'abord, puis par l'échange des places. Allez-y, balancez la purée, et comme je l'avais pressenti au bruit du moteur qui repartait (moteur dans la petite chapelle, hi-hi !), je n’entendais plus, déjà en mode martyr franciscain, mais je savais ce qu'ils disaient : "Au nom de la Lutte contre le Grand Satan Américain, nous, européens de Pure Race, ordonnons au Jésus Véritable de crucifier ce spectateur, d'accepter cette offrande de sang, au nom du combat contre le grand satan américain [Ils le dirent sans majuscules la deuxième fois], contre lequel il faudra tout faire, et que nous combattrons, etc. Blah, blah… LE FEU PAR LE FEU!" Ça y est, nous y sommes. Le feu par le feu mais en smoking et en se contrôlant. C'est l'Ambassadeur qui avait raison, me dis-je une dernière fois (8, ça suffit), tandis que je mourais. L'arrêt des signes vitaux fut court mais terrible.

Il ne restera que nous, finalement, et cette jolie vallée. Tu courras sur un mètre et moi sur 2 mètres 35. Le groupe que nous aurons loué jouera toujours la même chanson. Il fera au moins 18 degrés, avec un tout petit peu de soleil. Et on sera bien. Nous serons un peu tristes pour ceux qui avaient choisi la moyenne, mais pas trop. Je tendrai le médium parce que je suis un peu facétieux, et là bas, au fond, un homme passera, décontracté, habillé, mais avec un slip sur la tête. Nous répéterons ce que je viens dire, car à nous deux, nous parlons déjà toute les langues, amènes.

Mr Mort.

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Publié dans Cinémort

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Le Marquis 13/12/2006 23:57

Ben... Je ne suis presque pas intervenu dans la page de commentaires en fait... Mais merci !

Guillaume Massart 13/12/2006 23:01

Ah merci! Bonne nouvelle :)

Dr Devo 13/12/2006 23:00

Voici le lien vers l'article sur L'EXORCISME D'EMILY ROSE sur son lit de merveilleuses polémiques splendouillettes que le Marquis a patiemment gérer de main de maître:
http://www.matierefocale.com/article-1399787-6.html#anchorComment
 
Dr Devo

Dr Devo 13/12/2006 22:53

Mmmmm... ca donne envie de le voir... "Les amateurs apprécieront" aurait dit TELE 7 JOURS. Apparement c'est tiré du fait divers dont les américains avaient fait le film L'EXORCISME D'EMILY ROSE que je vis et dont je fis un article. Salutations à Guillaume et Norman.
[Au fait Guillaume, je suis en traind e rattraper mon retard d'article, el eprro negro arrive à grand pas!]

Dr Devo.

Guillaume Massart 13/12/2006 22:39

Moi ça me fiche mal au crâne... Et puis c'est assez injuste pour le film de Schmid...