L'Anniversaire MF : déjà deux ans de résistance aux marchands du temple...

Publié le par Vierasouto

(Photo : "Mama I Want You Now !" par Dr Devo)

 

 

AVANT-PROPOS
Comme je l'ai dit dans un commentaire caché quelque part, je suis parti précipitamment à la capitale pour suivre un bout de tournage sur le plateau d'un film long-métrage auquel j'ai été invité à l'occasion des deux ans de Matière Focale. J'ai fait des photos et je vous prépare un article aux petits oignons... Du coup, la fontaine à Champomy qui devait couler toute la semaine (comme le dit Overfab), n'a pas tenu toutes ses promesses. Rassurons-nous, les festivités continuent, décalées de quelques jours). Après le bel éloge de Norman Bates, voici un article par Vierasouto, qui avait déjà courageusement soulevé le défi focalien dans un article récent sur  A NIGHT TO DISMEMBER, le superbe film de Doris Wishman. Vierasouto qui a son propre site, revient donc une deuxième fois prendre la parole sur Matière Focale. Qu'elle en soit remerciée une deuxième fois !
Dr Devo.
 
Le 17 décembre 2006...

La première fois que je suis tombée sur MF, je suis tombée de haut… Il s’agissait de la Charte Critique avec les 69 Points Merveilleux dont on n’a jamais retrouvé les 26 derniers mais passons… Voilà un type qui me disait même où je devais m’asseoir au cinéma : au centre de la salle face à l’écran et pas bien tranquillement sur le côté pour ranger mon sac à main et ne pas être dérangée, voire bien au fond de la salle pour pouvoir sortir prendre un café… Un café ? Sortir de la projection ? Et pourquoi pas prendre des notes tant qu’on y était ? Et là, la mesure était dépassée : suppression du cahier de notes en projection… Comme qui dirait privation de la mémoire de secours, de l’assurance tous risques… Le risque, c’est bien de ça qu’il s’agissait : aller voir un film sans prendre de risques, ça donne des critiques frileuses, des émotions diluées dans les préjugés, des sensations aseptisées par le conditionnement promo, des jugements pervertis par la lecture de ceux des autres, une sorte de neutralité consensuelle, une « vie de seconde main », comme disait l’autre (*)…

Si j’ai bien compris le message MF, c’est retrouver l’instinct, s’immerger autant que faire se peut dans un univers fusionnel – moi, le film et rien d’autre – et, dans la mesure du possible, tenter d’arriver amnésique à une projection… Une sensation étrange de délivrance des idées reçues (passé le moment de peur de l’inconnu) que j’ai ressenti la première année où je suis allée en voyage au Brésil où je ne comprenais pas un mot de ce qu’on disait, et surtout, j’étais allégée du poids des informations intoxicantes notamment à la télé, délivrée du JT, des catastrophes, des attentats, des campagnes anti-tabac et tutti quanti… Dispensée de compatir, de m’inquiéter, de m’extasier … Pour la première fois depuis longtemps, j’étais autorisée à avoir quelques goûts personnels qui ne soient pas dictés par la tyrannie des marques ou les lieux à la mode puisque je n’en connaissais aucun… Je fanfaronne sur l’expérience exotique mais la comparaison me fait froid dans le dos… Je deviens quoi demain avec mon programme ciné criblé de pub si Télérama ne me dit pas que c’est le dernier de Palma qu’il faut détester et que Patrick Besson/VSD qui aime CAMPING me décourage aussitôt de m’y intéresser pour cause de cinéphilie élitiste (pléonasme ?) : manquerait plus que je sois obligée d’aller voir aussi FAUTEUILS D’ORCHESTRE, autant se mettre au bridge ou au Scrabble, ça sera moins déprimant…

Sur MF, le référentiel échappe au lecteur, impossible de prédire si le Docteur D va aimer tel ou tel film, ce n’est pas la peine de se casser les pieds à essayer d’anticiper dans le genre moi aussi j’aime les mêmes films, on est là entre blogueurs à se tenir chaud à kiffer la même chose, le jeu est ailleurs, à livrer des expériences intimes et à argumenter. Une sorte de strip-tease émotionnel plus impudique qu’il n’y paraît, un retour de voyage : alors, c’était comment moi et le film et la musique ? Action… Ici, on n’est pas découragé par Pierre Arditi et Sabine Azéma sur une affiche, on serait même encouragé par les séries Z et suspicieux devant le coup de cœur des Cahiers toujours exactement dans le même genre depuis 30 ans… Sur MF, ils essayent de casser les références : il n’y a pas de spectateurs frigides, il n’y a que des réalisateurs maladroits… Et même là, personne n’a l’immunité focalienne : il n’y a pas de génies, il y a des moments de génie, même Scorsese ou Ferrara peuvent se planter… OSS 117 et Maïwenn ont droit de cité… N’oubliez pas qu’ils prisent les films d’horreur et la SF. Ce qu’on aime ici, c’est la prise de risque, celle du réalisateur et celle du critique, c’est un peu en avoir ou pas…

Après un commentaire du Sir D passant par exception sur mon blog me dire que ma critique ou le dossier de presse même combat, du bla-bla, que je décrive plutôt ce que je vois sur l’écran, j’ai tenté de faire le deuil des dossiers de presse que, par dessus le marché, je ne possède pas sauf exception, c’est le comble… Je n’ai même plus besoin d’avoir le dossier de promo, je suis à ce point conditionnée que je le fais moi-même à l’identique comme un bon soldat, je cite, je mets en valeur, j’énumère, je commémore, je fais mousser le film en croyant faire cultivé et puis… rien, des marchandises et un marchand même pas payé pour ça…

Voyons les choses en face : l’unique petit problème… c’est que je suis objectivement déficiente en analyse filmique, je veux dire techniquement parlant, je me suis bien offert quelques petits manuels universitaires soporifiques mais quelquefois, même la terminologie m’échappe. Dur de jouer seule dans la cour de la fac… Je pourrais m’inscrire à la Sorbonne et revenir dans trois ans faire mes critiques. En Chine, il n’était pas rare que des artistes observent autrefois un paysage dix ans avant de prendre un pinceau… Sur MF c’est le culte du filmage = montage, donc, ce n’est pas demain la veille qu’ils viendront me demander mon avis… En attendant, moi, je vais lire le leur… Des fois qu’il leur viendrait à l’idée de publier la charte des plans, je pourrais techniciser un poil mes critiques avec la caution de l’expertise, patience… En attendant, j’essaye de raconter mon expérience filmique et plus trop celle des autres. Cette douche froide de la charte critique MF m’a réveillée en sursaut… Je ne suis pas toujours d’accord avec eux sur les films mais cette saine colère focalienne iconoclaste me donne de l’estomac pour m’exprimer et m’exposer aux commentaires conservateurs qui supportent mal qu’on déboulonne les notables du cinéma… Il ne faut pas hésiter à dire à MF qu’on n’est pas d’accord avec eux, je crois qu’ils aiment bien. Au fond, le consensus, ça les assomme…

Bon anniversaire ! ! !
Vierasouto.

(*)Krishnamurti:  "Se libérer du connu".

Publié dans Courrier des Lecteurs

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Dr Devo 10/01/2007 09:11

Vous êtes beaucoup trop sensible cher Guile! Trop de LOVE STORY ou de film avec Richard Gere etant petit, peut-être?
En tout cas merci!
Dr Devo.

Guile21 09/01/2007 23:47

L'espace d'une seconde, j'ai presque senti la larme couler sur ma joue. Tu ne parle pas que pour toi chère Vierasouto : tu parle au nom de bien des lecteurs Focaliens, et tu as exprimer ce que je ressent bien mieux que je n'aurai jamais pu le dire. Et si mes connaissances en montage et en echelle de plan sont honnêtes, il est vrai que je me sens assez souvent demuni face aux analyses pointues de nos chers redacteurs. C'est pour celà que je ne peux que te comprendre sur ce point.

Merci encore pour ce temoignage, ce fut beau.

Dr Devo 26/12/2006 08:11

Un bien bel hommage!
Dr Devo.

le_cheyenne 26/12/2006 00:13

bonjouradepte d'un certain style de cinéma, je suis dans l inconsolable obligation de crier à vous tous mon incommensurable (de lapin) malheur. Comment exprimer cette asseptisation cinetophile qu oblige mon morne cerveau a regarder maintenant. Certe, seldon tous les critiques, dont Harris, les fondations du cinéma de genre que j aime ont profondément mutés. Fini l amateurisme molasson d un réalisateur italien, achevé le reigne d'un reve colonialesque, ou quatre filles dans mon lit comme dit chelmi dousar attendait le clap d un début coupe de champagne à la main, suivi d un tirailleur sénégalais que rien n égalait... Arf, morfondons-nous cher focaliens devant ces images hamiltonniennement floutées d une créature irréelle a proprement parlée qui nous fait passer un tournedo pour une langue de veau !Je crie au scandale !Un genre de cinéma qui ne mange d aucune critique et qui parfois connait ses moments de gloire, de dérisions, de second degrés, d efleurement des enjeux modernes. Certes, l utilisation de certains champs/contrechamps peut parraitre désuets, mais dans notemment "Grodart contre les nymphos", ou un réalisateur animalier filme en super 8 une campagne d expedition dans la jungle amazonienne tombe nez-à-nez avec une dizaine de suedoises retournées à l état sauvage, j ai noté dans mon carnet personnel une dénonciation cinglante de la hausse du baril du petrol :  tremblez messieur les décideurs, le petit monde d un certain style de cinéma qui s affirme est sur vos trace et vous traqueront !En esperant faire boule de neige .....

Le repassant 22/12/2006 09:43

Si on commence à citer Krishnamurti sur ces pages, Docteur, méfiez vous, nous ne sommes pas rendus!