MISERY de Rob Reiner (USA, 1990) : se faire fouetter oui, à coups de coussin, non merci !

Publié le par Le Marquis

(photo: "Pink Pussycat" par Le Marquis)

Un écrivain à succès, auteur d'une série de romans à l'eau de rose, vient de terminer son dernier manuscrit. Victime d'un grave accident de voiture près du chalet qu'il occupait en montagne, il est secouru par une ancienne infirmière vivant seule non loin de là. Bonne nouvelle : c'est la Fan n°1 de l'écrivain. Mauvaise nouvelle : il vient de donner la mort au personnage principal de sa série Harlequin-like.

De la part de Rob Reiner, qui avait su tirer le meilleur parti de la nouvelle «The Body» de Stephen King avec le beau STAND BY ME, MISERY constitue une indéniable déception. C’est un film correct, à l’interprétation relativement solide (Oscar pour Kathy Bates, formidable pour elle), mais qui échoue dans le développement d'une mise en scène adéquate au sentiment de claustrophobie qu’implique le sujet. De ce fait, MISERY est à la fois une piètre adaptation du roman de Stephen King, et un huis-clos bien trop confortable et mécanique. Comprenez-moi bien, je n'ai absolument rien contre Kathy Bates; mais j'accuse Rob Reiner de s'être appuyé de tout son poids sur les épaules de l'actrice en
attendant que le film se fasse tout seul.
On est bien dans la série A : tout est professionnel et soigné, de la photo de Barry Sonnenfeld aux décors de Norman Garwood, mais de ce bout à bout de savoir-faire ne surgit pas une once d'atmosphère. A l’efficacité hollywoodienne, on aurait de très loin préféré une réalisation plus inventive, nous plongeant plus avant dans le cauchemar du personnage interprété par James Caan : or, lorsqu’il est drogué (et il l’est fréquemment dans le récit de Stephen King), la perception est évacuée par une ellipse, un fondu… Nous ne sommes pas avec le personnage, nous ne partageons pas ses délires, sa lutte intérieure, encore moins son implication en tant qu’écrivain, Reiner échouant totalement dans le traitement de la partie créatrice de son sujet. Ces "montages" (en anglais dans le texte) de James Caan tapant sur sa machine pendant que Kathy Bates lui apporte une limonade (elle arrive, il lui sourit, elle tourne le dos, il tire la tronche) "disent" au spectateur que l'écrivain écrit, mais ces séquences ne parviennent jamais à faire autre chose que de faire gagner du temps sur le métrage. Dès lors, que le personnage captif soit écrivain ou présentateur météo
n'a plus la moindre importance.
En outre, le scénariste introduit des personnages extérieurs au huis-clos que le cinéaste nous montre s’agiter à la recherche de l’écrivain disparu (l'agent Lauren «Qu’est-ce-que-je-fous-là?» Bacall, le shérif Richard Farnsworth) : c’est une énorme erreur, qui, en plus de ne déboucher sur rien de valable sur un plan narratif, déstabilise constamment le métrage, et ne permet pas au huis-clos de distiller le sentiment de claustrophobie qu'il est supposé mettre en scène. Pour Rob Reiner, le spectateur avait «besoin» de s’échapper parfois de la chambre au cœur du récit, «besoin» de souffler, de trouver de la chaleur humaine : voilà un
cinéaste qui s’attaque à un récit d’angoisse extrêmement noir, mais qui ne veut pas déstabiliser son audience, et ne veut surtout pas la mettre mal à l’aise, choisissant par ailleurs de voir l’infirmière psychotique casser les jambes de son patient plutôt que de les lui amputer. Sous prétexte que nous en avions "besoin". Quand je vais voir un suspense de ce style, j'attends au contraire du réalisateur qu'il me fasse souffrir, qu'il mette à mal mes attentes et mes appréhensions.
Cet excès de timidité et de conformisme joue au final un bien mauvais tour à MISERY, un film en rien désagréable et qui se suit avec un certain plaisir, mais dont l'académisme et le manque d'entrain ne laissent pas l'ombre d'un souvenir.

Le Marquis.

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Publié dans Corpus Analogia

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Le Marquis 25/06/2005 01:55

Rrrrrrrrrrr...

Croquette 24/06/2005 22:05

Put on your white sombrero, caballero. Marquis, vos beaux chats me font mourir d'amour.