[Photo : "Soutien Scolastique #1 (le seul fauteuil d'académicien, c'est le vôtre)"

ou "Emmèfe stands for Woman" par Dr Devo, d'après une photo de la comédienne Adele Stephens.]

 

AVANT-PROPOS
Chers Amis, les réjouissances focaliennes s'organisent, les textes affluent (un peu..., et sont encore les bienvenues), et nous continuons ensemble l'anniversaire de Matière Focale ! Mesdames Messieurs, levons-nous et applaudissons Rub, vieux lecteur du site, assez discret, mais qui, vous allez le voir, quand il l'ouvre, a quelque chose à dire, et c'est de fort belle manière. Merci à lui pour ce texte magnifique qui vient combler une lacune focalienne : parler des livres sur le cinéma (qui en général sont quand même insignifiants, mais ici ça n'est pas le cas !). Merci encore à Rub, donc.
Je signale à tous ceux qui ont la gentillesse de m'envoyer quelque chose que je ne publie pas vos articles dans l'ordre. Rien n'est perdu, rassurez-vous, et il y aura, comme d'habitude, de la place pour tout le monde !
Dr Devo.
 
 
"Fragments are the only form I trust", (Donald Barthelme, Unspeakable Practices, 1968).

Non, je ne suis pas un érudit. Je suis tombé par hasard un jour sur cette sentence, qui me marqua vivement par la – me semble-t-il – vérité de son propos, en dehors même du contexte dans lequel elle était énoncée et qui n'avait rien à voir avec le cinéma. Je me suis depuis informé sur la provenance de cette phrase, pour toi lecteur, sans en savoir cependant plus sur ses conditions d'énonciation. Car cette phrase-là, pour moi, parle, et très bien, de cinéma, du cinéma. Ici, à Matière Focale (MF dirons-nous par la suite), on l'a assez dit : le cinéma, c'est avant tout du montage. Et si mon esprit embrumé ne se trompe pas trop, le montage et la fragmentation, c'est un peu du même tonneau. Toutes les valeurs défendues sur Emmèfe comme étant spécifiques au cinématographe peuvent être abordées en termes de fragmentation : fragmentation qu'est le cadre dans le vaste champ de la vision humaine, fragmentations que sont bien entendu le découpage et la multiplicité des points de vue, fragmentation de l'échelle de plans, fragmentation de la narration qu'est la non-linéarité, fragmentations que sont les incrustations dans le plan, les transparences, split-screen et autres délicieuseries surcadrantes, fragmentation qu'est le jeu sur les différentes pistes sonores et visuelles, etc. La fragmentation, c'est un des plus puissants moteurs de l'émotion esthétique potentielle du cinéma. Et la fragmentation, c'est, bien plus que ne le serait la captation documentaire, le moyen de faire jaillir le vrai du matériau brut qu'est la réalité filmée.

Et cela, beaucoup de "grands" l'avaient compris, de Pasolini et sa fameuse Observation sur le plan-séquence où il dit qu' "ayant l'intuition de la vérité – à partir des différents fragments. naturalistes, constitués par les différents petits films – il [le réalisateur] serait en mesure de la reconstituer. Comment ? En choisissant les moments vraiment significatifs des différents plans-séquence subjectifs et en trouvant par conséquent leur véritable enchaînement. Il s'agirait tout simplement d'un montage. À la suite d'un tel travail de sélection et de coordination, les différents angles de vue se dissoudraient, et la subjectivité, existentielle, céderait la place à l'objectivité." À Tarkovski affirmant dans LE TEMPS SCELLÉ : "Je pense qu'il est impossible de parvenir à l'authenticité, à la vérité intérieure, ne serait-ce même qu'à une véritable ressemblance extérieure, s'il n'y a pas un rapport organique entre les impressions subjectives de l'auteur et la représentation objective de la réalité. Sinon, une séquence peut être filmée comme un documentaire, les personnages habillés avec un soin naturaliste, la vie même reconstituée artificiellement, le film sera loin encore de la réalité : il paraîtra parfaitement conventionnel, donc sans ressemblance littérale avec la réalité, bien que l'auteur ait essayé justement de sortir d'une représentation trop conventionnelle. Il peut donc paraître étrange d'appeler conventionnelle en art une perception trop immédiate de la réalité. Pourtant, la vie a une organisation bien plus poétique que ne veulent nous le faire croire les partisans d'un naturalisme absolu. Nos émotions, nos pensées, ne sont-elles pas toujours comme des allusions inachevées ? Quand, dans certains films, est réussie la ressemblance avec la vie, l'approche documentaire n'est pas respectée. Elle est même remplacée par une vision très orientée." Voilà des thèses bien chères aux oreilles focaliennes ! [Je ne saurais en aucun cas couper dans ces textes, d'autant plus que sont abordés en filigrane des thèmes fondamentaux comme la poésie, la subjectivité, la (re)création artistique, etc.]

"Fragments are the only form I trust". Il faudrait donc briser le miroir pour pouvoir se voir en vérité dans les milliers de facettes ainsi créées ! Délicieuse perspective !

Le cinéma n'est pas question d'histoire, cela a déjà été dit. Les petits tracas freudiens des auteurs/personnages sont d'un intérêt tellement en deçà de ce que peut procurer une véritable émotion artistique qu'il en devient criminel de les mettre au premier plan de sa volonté monstratrice ou de sa thèse critique. Mettez votre pointeur devant un U et vous aurez un psy. Non, la vérité est ailleurs. Où, me direz-vous, petits chenapans que vous êtes ? Eh bien, une partie en tout cas, peut-être dans ce Temps scellé. Voilà en effet seulement quelques pages que je le lis, et j'ai déjà envie d'en noter comme citation/maxime/règle de vie/vérité universelle la moitié. La délectation que peut produire la lecture d'un tel ouvrage en rentrant désespéré de la séance d'un quelconque film (le choix est large en ce moment), les sublimes envolées théoriques et la profonde foi en l'art (sans majuscules vous le noterez, on est pas là pour frimer) du gars Andreï, tout ça me faisait me dire que, non, vraiment, il fallait en parler de ce bouquin. Alors quel plus sublime cadeau que de sacrifier sa pauvre prose (respectivement pensée) au service d'une autre ô combien plus enrichissante ? Comment mieux remercier le docteur, son équipe et toute l'idéologie focalienne qui me nourrirent au berceau, qu'en invitant tout un chacun à aller voir du côté de chez Tarkovski comment quelqu'un peut avoir une vision du cinéma d'une réelle beauté et d'une grandeur nécessaire, comme on les aime ici ? Quel plus flagrant et flamboyant témoignage de reconnaissance porter à cette institution, à ces personnes qui lui donnent vie ?

L'union de l'absurde et de l'absolu.

Bon anniversaire,
 
Le Père Noël, focalien lambda (alias Rub).
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Jeudi 28 décembre 2006 4 28 /12 /Déc /2006 11:27

Publié dans : Ethicus Universalis
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