LES GENS D'ÂME ET LES EXTRATERRESTRES : Matière Focale en exclusivité mondiale sur le tournage de LA CONSPIRATION DE L'ENERGIE BRÛLANTE de Jean-Christophe Sanchez, avec Jean-Claude Bourret...

Publié le par Dr Devo

Chers Focaliens,

Ça faisait partie des cadeaux ! C'était carrément dedans même, c'était un pack tout en un, et j'ai été gâté. Des éloges magnifiques, des articles à n'en plus finir, de la musique (grâce à Over-Fab, musique que je mets soigneusement de côté pour un prochain article audio), et tutti quanti... Le Marquis et moi-même (et à travers nous, tous les collaborateurs de Matière Focale) avons été drôlement gâtés et souvent subjugués par la belle semaine d'anniversaire que vous nous avez offerte, chers focaliens ! Merci encore...
La chose la plus étrange, cependant, est venue d'ailleurs, et m'a peut-être encore plus surpris !  Dès l'annonce des réjouissances focaliennes (le "Grand Bicéphale", comme dit Mr Mort), nous avons été contactés par un producteur, Serge Catoire de CHAYA FILMS, qui nous a lancé un invitation : venir sur le plateau de sa prochaine production pour faire un petit reportage... Nous voilà donc sur le tournage surréaliste du nouveau film de Jean-Christophe Sanchez, qui décidément ne fait rien comme les autres. Ça fait un petit moment que nous vous bassinons avec Sanchez. Il faut dire que l'année a été plutôt bonne pour l'animal !
Voilà quelques années que je le suis, et avant qu'on aille le voir sur son nouveau tournage, il me dit : "Vous savez, ce ne sera sans doute pas conventionnel. Ce que vous verrez sur mon plateau sera le contraire de ce qui se fait ailleurs. Ça ressemblera sans doute assez peu à un tournage classique. Je ne sais pas si vous en tirerez quelque chose..." [Malgré son jeune âge (18 ans selon la biographie officielle, mais le double ou quelque chose comme ça, en réalité !), Jean-Christophe Sanchez nous vouvoie, bizarrement, et vouvoie même son équipe sur le plateau, bien qu'il soit évident que tout le monde se connaisse très bien !] Conventionnel ou pas, j'ai fait le déplacement, et pas tout seul en plus.
2006 a donc été, enfin, une bonne année pour Sanchez. Celle de la réalisation du moyen-métrage THE RALLY 444 dont nous vous avions déjà longuement parlé ici, et dans le numéro hors-série "spécial renouveau du cinéma français" que nous avons publié entièrement avec nos petites mains il y a deux mois ! Mr Mort et moi-même avons placé le film dans notre top 10 des meilleurs films de 2006, on y reviendra. Le film a été projeté à l'Étrange Festival. C'est bien. Il était temps en quelque sorte. Ce qui est étonnant avec Sanchez, c'est son activisme forcené. Il n'arrête pas de tourner et de monter. Avec des fortunes diverses, si on peut dire, car il n'est pas facile de faire du cinéma atypique en France de nos jours. Ainsi, KILOMÈTRE (THE DISTANCE BETWEEN YOU AND IT), film superbe et sans concession qui raconte comment un agent mystérieux doit enquêter sur la disparition d'un autre agent du même réseau dont on n'a plus de nouvelles ; on sait juste qu'il a disparu, même pas s'il est mort ou vivant ! Autant dire, rien ! Supposons qu'il a pu disparaître dans une chambre d'hôtel. Lequel, on ne sait pas... L'agent chargé de l'enquête décide alors de louer une chambre. Dans le scénario, grâce à un étonnant jeu de probabilités, il faisait construire l'hôtel pour enquêter dedans. Un appareil qui peut capter les résidus des ondes sonores dans les pièces, ondes inaudibles sinon car minuscules, permet à notre enquêteur de reconstituer ce qui est arrivé à son collègue ! Malgré sa beauté plastique scotchante et sa cohérence superbe, le film n'a intéressé aucun distributeur, rien, nada. La surprise fut donc double pour moi : d'abord l'excellente nouvelle selon laquelle le tournage du nouveau long était sur rail, et deuxièmement l'invitation à la dernière journée de tournage !
 
Je n'ai pas le droit (moral s'entend) de vous révélez le contenu exact du film, bien sûr. Le film s'appelle LA CONSPIRATION DE L'ÉNERGIE BRÛLANTE. Ça commence très bien. Il s'agit d'une fiction étrange sur un phénomène un peu en voie de disparition : les OVNIS ! Il ne faut pas imaginer là un remake franchouille de E.T. ou de INDEPENDENCE DAY, comme on s'en doute ! Ce qui intéresse Sanchez, c'est "le rapport étrange qui existe entre les gens qui ont vu des OVNIS et leur expérience, le lien qui les unis avec la terre où ils vivent des années durant et qui devient l'objet d'un phénomène inexplicable, unique et proprement extraordinaire." Sanchez, pour ce faire, recrée une série de témoignages fictionnels ou non autour du phénomène, mais avec une constante : le rapport tellurique, quasiment, à la terre ! "La plupart des contact humains-OVNIS ont lieu en campagne. Le lien étrange avec ces lieux banals et cette chose improbable, voilà ce qui m'intéresse". Sanchez croit-il aux OVNIS ? "Absolument pas. Je ne suis ni pour ni contre, en quelque sorte ! Je constate que des gens disent en avoir vu ! Mais en tant qu'objet poétique, ces apparitions inexplicables me fascinent. Et ça, la poésie la plus improbable, ça, c'est vraiment ce qui m'intéresse. C’est le sujet de mon film. L'évocation poétique de phénomènes étranges qui s'ouvrent dans le banal comme la trappe du grenier s'ouvrirait sur un cosmos caché, presque parallèle. En même temps, c'est carrément autre chose ce film... (rires) Enfin, vous verrez !"
 
Je décide de ne pas partir seul mais avec Mek-Ouyes, un ami focalien, ce lui qui l’a poussé à faire des photos sur Matière Focale, enfin à les détourner (quasiment le seul photographe que je supporte, et fondateur du mouvement « photofiltriste » dont il faudra que je vous parle un de ces quatre dans un bel article). Je savais que Mek-Ouyes s’apprêtait à faire un blog, c’était l’occasion. Et puis, partir avec son photographe attitré, c’est quand même la classe !

[Les photos sont toutes de Mek-Ouyes et les commentaires de moi. Toute utilisation sur un autre support que ce site est interdite sans autorisation.]

 

[photo: Jean-Christophe Sanchez]

Nous nous retrouvons donc, Mek-Ouyes et moi-même, sur le plateau d'un discret studio de tournage en région parisienne. C'est le dernier jour, et après, tout le film sera "dans la boîte" (fausse expression de réalisateur, que je déteste à l'instar de "réal'" par exemple, ou "scripte" ; cette expression est un peu comme ces "réalisateurs" qui mettent les deux mains en rectangle pour mimer la caméra, c'est hautement suspect...). Ici, on voit bien que Sanchez est un vrai réalisateur et pas un figurant de chez Petrol-Hann. Il a vérifié son cadre, il fait bosser les grouillots, il met du scotch sur son pantalon pour faire style "je donne un coup de main aux machinos", et surtout il se concentre, et il se marre...

 



[photo: Denis Gaubert au premier plan, et caché tout là-haut William O'Callaghan...]

Ce dernier jour de tournage a lieu, comme cette formidable photo en noir et blanc le prouve, ou pas, sur fond bleu. C'est le matin et l'équipe assez réduite s'active dans tous les sens. Ça bosse vite. Au fur et à mesure pourtant, le plateau reste vide... Par contre, l'activité autour des rampes de lumière semble présager que c'est là que va se faire l'essentiel du travail... En quelques heures, effectivement, le plateau, mine de rien, est luxueusement éclairé, c'est impressionnant.


[Photo de gauche à droite : Julien Pacaud, cadreur et assistant réalisateur (à qui ont doit aussi

certains plans de THE RALLY 444) et Jean-Christophe Sanchez]

Deuxième surprise, les caméras ! Sanchez destine LA CONSPIRATION... au 35 mm, mais le tournage s'effectue aujourd'hui en vidéo, ce qui est assez habituel. Par contre, point de vidéo HD dernier cri, mais de simples et efficaces caméscopes ! Je suis bien sûr estomaqué, mais me souviens dans l'instant des merveilles qu'avaient donné ces choix multi-supports dans KILOMÈTRE. Je pose la question discrètement à Julien Pacaud, qui répond : "Mais tout dépend de la préparation, et des options d'éclairages par exemple. C'est un choix de mise en scène et ça sera superbe." Sanchez est-il un cousin lointain de Von Trier ? 

 

 


[Denis Gaubert, opérateur-caméra, cadreur hallucinant (sur SILENCIO de FJ Ossang, par exemple, dont nous parlerons bientôt) qui a travaillé avec la crème (FLANDRES de Bruno Dumont récemment) fait la doublure-lumière.]

Le tournage est décontracté et serein, finalement. On se gèle les doigts de pieds, le studio n'étant quasiment pas chauffé (!). Tout le monde aide tout le monde. Les suggestions fusent. Ce qui saute aux yeux : hiérarchie, écrasage des ego entre eux, menaces et pressions qui existent sur tous les tournages de longs comme de courts métrages (on devrait dire ça aux jeunes qui veulent s'engager : le cinéma est un milieu ignoblissime et détestable, et ce à tous les postes, en haut comme en bas de l'échelle) sont ici complètement absents, et les paroles échangées, assez nombreuses, sont soit de discrètes notes d'humour, soit des discutions de choix artistiques... Choisis ton camps, camarade... 

 

 


[Dernier réglage du son par Gurwal Coïc-Gallas,

et de la console lumières pour Willliam O' Callaghan., le directeur de la photo.]

 

Parmi les bonnes idées de cette journée de tournage, l'utilisation que fait William O'Callaghan de la lumière, qui sera variable lors de chaque prise, selon la performance de l'acteur, du texte et des déplacements. William O'Callaghan et Jean-Christophe Sanchez veulent ainsi que le tournage soit dynamique, intuitif, et que le dispositif original permette des jeux de coupes et de raccords des plus ludiques ! Ils font quelques essais qui, avant traitement et in vivo, sont déjà à tomber par terre, sur le combo ! Je suis bouche bée, et je vais alors prendre un café en retrait ! Mek-Ouyes vient me voir et dit : "Tu as l'air sur le cul, si j'ose dire...". Je réponds : "Oui, tu oses bien !". Le plus discret, c'est Gurwal Coïc-Gallas, qui prépare ses micros HF sans rien dire...

 

 

 


[photo: pose des micros et concentration quelques minutes avant le début des prises.]

 

Il est 14 heures lorsque le plateau, enfin prêt, accueille l'acteur principal du film, ou du moins de cette journée de tournage : Jean-Claude Bourret. Le premier contact est d'une grande courtoisie. Malgré l'évidente concentration déjà de Bourret, il serrera la main et aura  un mot pour chacun. Il s’écartera du groupe afin de nous serrer la main à Mek-Ouyes et à moi, pourtant visiblement à l'écart et simples témoins sur le plateau. 

 

 

 
[Direction, conseils, explication, propositions...

entre Jean-Christophe Sanchez et Jean-Claude Bourret, entre deux prises]

 

La tâche de Jean-Claude Bourret n'est pas facile. Il s'agit de lire/dire des textes techniques mais étranges, récits de témoignages de personnes ayant vu des OVNIS. Bourret a toujours voué une grande passion aux OVNIS, et il a accepté avec joie, semble-t-il, de participer aux divagations poétiques de Jean-Christophe Sanchez.
Le texte est plus que casse-gueule. Bourret, qui finalement n'a pas tellement changé depuis ses présentations des journaux télévisés de TF1, met ici à profit son expérience. Quel drôle de choix, me dis-je, alors que j'entends les premières phrases. Mais dès la deuxième prise, j'ai compris... C'est l'homme de passion et le professionnel que Sanchez a choisi. Le choix de Jean-Claude Bourret aurait pu paraître parodique, comme un clin d'œil (Bourret, notamment par sa participation à l'émission GROLAND, a déjà prouvé qu'il avait énormément d'humour), mais ce n'est pas ça. Pas du tout même. Entre Sanchez le "mécréant", en quelque sorte, et Bourret le spécialiste se déploie un espace étrange qui sera celui du film. Le phénomène OVNI est utilisé avec humour quelquefois peut-être, mais surtout avec poésie. C'est ça : un espace poétique est en train de se créer. Un trouble, une fissure dans le Réel. L'incroyable dispositif de tournage (et encore, seulement sur fond bleu et sans incrustation), notamment grâce au cadrage des trois caméras présentes, et grâce au jeu de lumière fantastique, confère une atmosphère fantastique et, osons le mot, presque émouvante aux prises.  
En tout cas, Jean-Claude Bourret est fabuleusement concentré et surtout efficace. Les trois premiers plans, pourtant longs, demanderont trois ou quatre prises différentes, mais dès la troisième série de textes, c'est précis comme de la chirurgie. Il lui faudra rarement plus d'une prise. C'est impeccable. Malgré la difficulté du texte, on l'écoute comme un roman. La voix est absolument hypnotique, remplie de nuances, le regard précis. Bourret est magnétique, sur un nuage, et je suis une fois de plus bouche bée. Les variations de lumières de William O'Callaghan finissent par m'achever, le spectacle est beau et merveilleux. Bien que ni moi ni Mek-Ouyes ne croyions aux OVNIS, nous buvons ce moment comme du petit lait, comme deux gamins. La trappe du grenier s'est effectivement ouverte sur le cosmos. La tartine interminable de texte est enregistrée en quelques prises et à la vitesse stupéfiante d’une heure et demi ! Mek-Ouyes détache enfin ses yeux du combo, réglé en noir et blanc et au format 2.35, et dit : "C'est superbe, à la limite, il n'y pas besoin d'utiliser d'incrustations ! Ça tient tout seul." Pour ma part, je ne peux plus rien dire. La dernière prise (une impro !) s'est terminée par un cadrage sublimissime, et pendant 90 minutes, moi qui n'ai pas quitté Bourret des yeux, je ne l'ai pas vu une seule fois regarder les marques au sol !
Il repart du studio après avoir salué tout le monde, et souhaité bonne chance à tous. La satisfaction du devoir accompli, sans doute...
Dr Devo.
PS: Merci encore à toute l'équipe de CHAYA FILMS pour sa disponibilité et sa gentillesse, ainsi qu'à Serge Catoire, encore une fois, pour nous avoir invités et avoir rendu ce petit reportage possible...

On retrouvera pendant toute la semaine, à partir de demain mercredi, les autres photos qu'a prises Mek-Ouyes sur le tournage de la CONSPIRATION... Pour voir son site : cliquez ici 

 

 

 

 

 

Publié dans Corpus Filmi

Commenter cet article

B. 12/05/2007 20:34

Notons aussi que vous pouvez voir RALLY 444 au ciné Le Métropole à Lille, là, ce week-end, par contre dans je ne sais trop quelle condition....

Isaac Allendo 12/05/2007 18:23

Rien que pour le plan de la tondeuse à gazon apperçu dans cette BA, j'ai envie.Avec du bol il sera peut-être distribué.

Tchoulkatourine 12/05/2007 14:10

Je viens de tomber sur la bande-annonce du film :http://www.youtube.com/watch?v=h4n1QvoEFGU (que l'on peut aussi voir sur le site du collectif auquel appartient le réalisateur : http://www.institutdrahomira.com/)Cela a l'air très beau (oui le 2.35 en DV cela rend assez bien) et l'on ne peut espérer que le film sera diffusé assez largement.

Vierasouto 10/01/2007 04:57

En tout cas l'émotion ressentie sur le plateau est parfaitement transmise dans ce récit très touchant de la journée + de bien belles photos. Il existe encore des moments d'émerveillement...