(photo: "Ivory" par Dr Devo d'après une photo du film "Vampire, vous avez dit Vampire?")


Charley Brewster mène une vie pépère d’étudiant américain dans une petite ville tranquille, une vie partagée entre sa mère divorcée, son ami faire-valoir, sa copine qui est pétrifiée à l’idée de « le faire » et sa passion pour les films d’épouvante. Particulièrement pour un show télévisé, « Fright Night », présenté par Peter Vincent, gloire (sur le déclin) du cinéma fantastique. Une existence insignifiante qui va être bousculée par l’apparition d’un nouveau voisin aux habitudes étranges et inquiétantes. Charlie en est convaincu, c’est un vampire. Devant le scepticisme de son entourage, il décide de faire appel à Peter Vincent, le « grand tueur de vampires ».

Années 80, bonjour. Voilà encore un petit classique des années 80 sur lequel il est extrêmement agréable de revenir. Joli succès en salles pour un film relativement modeste, FRIGHT NIGHT a tiré le meilleur parti d’une modernisation des clichés du genre. Mais attention : ici, modernisation n’implique en aucun cas une réinvention des règles, et de ce point de vue, il serait malvenu de le comparer à des films comme AUX FRONTIERES DE L’AUBE, LES PREDATEURS ou CRONOS. Tout au plus s’agit-il d’un dépoussiérage, qui tient avant tout au contexte : la maison du vampire Jerry Dandridge (interprété par l’excellent Chris Sarandon) a d’ailleurs des allures gothiques appuyées, mais qui naissent uniquement des effets, des décors et de la mise en scène – en soi, ce n’est qu’une maison de banlieue, semblable à toutes les autres, elle semble se transformer au fur et à mesure du métrage. Tous les clichés répondent donc présents (absence de reflets, pieu dans le cœur, canines, métamorphoses) mais sont introduits et utilisés avec une indéniable fraîcheur. Classique à la virgule près, le scénario n’a donc rien de révolutionnaire, mais aboutit à un résultat très séduisant. Contrairement à ce qu’implique le titre français (mémorable mais appuyé et un peu idiot), FRIGHT NIGHT, pas aussi potache qu’il en a l’air, malgré un humour à froid omniprésent, et ne relève pas de la parodie ou de la mise en boîte. Le soin apporté à l’écriture est payant, les personnages existent et s’avèrent parfois touchants, et, dans cette atmosphère ironique et convenue, les virages soudains vers des séquences inattendues, consistantes et parfois impressionnantes apportent au film une réelle personnalité. Une personnalité soutenue par un casting solide. Si l’acteur principal, William Ragsdale (Charley) est le plus souvent lamentable (ce qui n’est pas très gênant au fond, le côté crispant de son jeu collant bien à son personnage d’adolescent coincé), Roddy McDowall (Cornelius dans LA PLANETE DES SINGES – l’original), acteur souvent médiocre, s’avère ici quasiment parfait dans le rôle de Peter Vincent, vieille baderne orgueilleuse, lâche et aigrie. La petite amie de Charley, Amy (sa petite Amy alors ?) est interprétée par Amanda Bearse, qui s’en tire à merveille surtout si l’on considère qu’elle interprète le rôle d’une adolescente deux ans avant son rôle d’épouse nunuche, rigoriste et vaguement perverse dans le sitcom trash « Mariés, deux enfants ». Dans le rôle de l’ami de Charley, Stephen Geoffreys s’avère étonnant – et chanceux, car il est au centre de certaines des meilleures séquences du film – dont celle où il est littéralement séduit et contaminé par Chris Sarandon (scène très « gay » dans l’esprit, mais également assez pathétique et cruelle). Pour l’anecdote, Stephen Geoffreys essaiera par la suite de se faire un nom dans le cinéma fantastique avec des films comme MOON 44 ou 976-EVIL (tous les deux exécrables) avant de percer dans le porno gay, si vous me permettez l’expression. Puisqu’on y est, on peut ici souligner les aspects très sexuels du métrage (par une audace en soi puisqu’ils découlent du thème du vampirisme). Chris Sarandon interprète son rôle avec beaucoup de charisme, et semble exercer une forte attirance sur une bonne partie du casting. S’il emménage avec un autre homme, il est loin de laisser indifférents la mère de Charley… ou son meilleur ami. Mais il s’intéresse particulièrement à Amy pour sa ressemblance avec une femme aimée « il y a très, très longtemps » (on n’en saura jamais plus). Et celle-ci, alors qu’elle se refusait obstinément à William Ragsdale, alors qu’elle connaît la nature du voisin de ce dernier, s’offre à lui avec bien peu de résistances lors d’une hilarante séquence de séduction dans un night-club, puis lors de la scène délicate et assez touchante où elle se laisse mordre par le vampire – le parallèle avec la perte de la virginité ne pourrait être plus évident. C’est d’ailleurs sur les penchants voyeuristes de Charley, très intéressé par les call-girls débarquant chez son voisin pour ne plus jamais en ressortir, que démarre l’intrigue. FRIGHT NIGHT est une série B particulièrement attachante. C’est un film ancré dans son époque, aujourd’hui révolue, mais il vieillit fort bien (contrairement à des films comme VAMP ou GENERATION PERDUE), probablement grâce à la veine classique du récit, paradoxalement. Quelques séquences sont datées (dont la séquence du night-club, j’y reviens, avec ses chansons impayables, et la chorégraphie cocasse lorsqu’Amanda Bearse danse avec Chris Sarandon – il l’embrasse, et zou, elle est métamorphosée – littéralement, puisqu’elle présente soudain, dans le contrechamps, un brushing à paillettes à crever de rire) mais elles sont d’une telle drôlerie involontaire qu’elles contribuent pleinement à rendre le film irrésistible. Le budget très limité est exploité à merveille, notamment dans le soin porté aux décors et à la photographie, mais aussi dans la débauche d’effets spéciaux de la dernière partie du film : je radote, vous me direz, mais ces effets à l’ancienne n’ont pas pris une ride et leur souvenir donne envie de chialer quand on regarde VAN HELSING : le latex me manque à l’ère du digital. Tom Holland pratique un humour noir et signe un petit film plein de charme et de caractère, une réussite qu’il ne retrouvera pas par la suite (la comparaison avec son film suivant, le morne JEU D’ENFANT, me laisse vraiment perplexe). Et il soigne son récit, qu’il mène à bon port en ligne droite, réussissant quelques séquences brillantes et joliment interprétées, assez fortes en tout cas pour faire de son film un petit classique nostalgique, enthousiasmant et parfois même émouvant. Succès oblige, le film sera l’objet d’une suite réalisée par Tommy Lee Wallace (un proche de Carpenter qui semble s’être spécialisé dans les suites casse-gueule), dans laquelle la sœur de Jerry Dandrigde vient réclamer vengeance. Un bide, et pas vraiment un bon film dans mon souvenir – et pourtant, j’aimerais beaucoup le revoir, ne serait-ce que pour revoir Julie Carmen dans le rôle principal. Années 80, bonsoir.


Le Marquis

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Mercredi 29 juin 2005 3 29 /06 /Juin /2005 00:00

Publié dans : Corpus Analogia
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