HORROR CANNIBAL 2 (ou MONDO CANNIBALE ou CANNIBAL WORLD) de Vincent Dawn (Bruno Mattei), Italie (Philippines), 2003 : Cannibale, On Est Mal !

Publié le par Dr Devo


[Photo : "Vidéo de Rome" par Dr Devo, d'après une photo du film MONDO CANNIBALE issue

d'un des plus beaux plans du film, avec de gauche à droite :

Helena Wagner, un intermittent du spectacle philippin, Cindy Matic et Claudio Morales.]

 

Chers Focaliens,

Le cinéma finalement, c'est du sport ! Et même un sacerdoce construit sur l'idée d'auto-flagellation, si j'ose dire. Alors que mes petites narines brûlent comme la gomme d'un pneu sur l'asphalte brûlant d'une route anonyme du désert texan à force de les frotter contre des mouchoirs, je profite des quelques instants de lucidité qu'il me reste pour vous conter la suite de mes aventures cinématographiques.

Si on parlait un peu de Vincent Dawn ? Qui ça ? Vincent Dawn ! L'ineffable réalisateur de ROBOWAR, quasi-remake de PREDATOR et de RAMBO ! Un film avec un acteur avec un casque de moto dans le rôle du cyborg ? Non, vous ne voyez pas ? C'est un classique des vidéoclubs de jadis. Derrière ce sobriquet, comme je le disais hier, se cache un des nombreux alias de Bruno Mattei, célèbre zédiste italien qui fait un come-back remarquable à plus de 70 ans ! Jugez plutôt : 10 films réalisés ente 2001 et 2006 ! À ce niveau, Mattei n'a qu'un seul concurrent : Woody Allen !
Je vous parlais hier de HORROR CANNIBAL. [Il s'agit en fait de LAND OF DEATH... J'ai appris depuis que HORROR CANNIBAL était un titre opportuniste par lequel l'éditeur DVD du coffret a voulu se réapproprier "l'aura" d'un film éponyme de Ruggero Deodato, le "maître" du genre cannibale avec notamment son célébrissime CANNIBAL HOLOCAUST, que je n'ai pas vu d'ailleurs, mais dont le film de Mattei dont nous allons parler aujourd’hui pille largement et sans vergogne toutes les thématiques et les péripéties, si j’en crois l’analyse du Marquis !] Aujourd'hui, allons jeter un œil à HORROR CANNIBAL 2, c'est logique, qui dans la langue de Moretti s'appelle MONDO CANNIBALE, et en international s'appelle CANNIBAL WORLD. Vous savez tout, et je vous sens rassurés.

Helena Wagner, superbe nom d'actrice, mais peut-être moins beau que son nom de personnage dans Cinecitta déserte, à savoir Grace Forsyte (avec cette orthographe, s'il vous plaît), Grace Forsyte donc est une jeune productrice-présentatrice de télé. Elle bosse pour une chaîne de Hong-Kong en langue anglaise (c'est du moins ce qu'on comprend dans la VF obligatoire du DVD). Son émission, malheureusement, a quelques problèmes d'audiences. Rien de vraiment alarmant, mais assez pour que ses producteurs lui mettent la pression. La Wagner, c'est une femme qui joue pour la gagne, c'est une ouineuse, c'est une femme exécutive du bizenesse à qui on ne la fait pas, et malgré son âge elle a déjà beaucoup d'expérience. C’est qu'elle en a vu pour arriver là, c'est que ça lui a coûté du temps, du travail et des scrupules. En un mot, elle a tout donné à sa carrière, et franchement c'est une belle réussite. Helena Wagner est au top, même si on peut lui reprocher son ambition impitoyable et forcément un caractère qui ne jure que par l'efficacité. Elle ne fait pas de sentiment !
Elle propose à son producteur principal un nouveau concept d'émission pour rattraper la concurrence qui s'est spécialisée en masse dans la télé-réalité. Elle voudrait faire un show décapant et trash sur la forêt vierge amazonienne (les Philippines en fait, comme d'hab...), un show où l’on découvrirait la vie des tribus de sauvages qui, je cite, "n'ont jamais atteint ni dépassé l'âge de la pierre taillée" ! Pour ce faire, elle fait appel à Bob Manson (quel pseudo ! C'est parfait), soit l'acteur Claudio Morales, déjà présent dans HORROR CANNIBAL, mais dans un autre rôle. Morales est ici un journaliste cultivé "qui a bouleversé le monde du reportage de guerre" il y a quelques années, un humaniste, et surtout un spécialiste des tribus dites sauvages d'Amazonie ! Ça tombe bien. [On remarque que Claudio Morales semble spécialisé dans le rôle d'intellectuel-sexy-spécialiste-des-tribus-cannibales, un genre de rôle spécialisé au possible ! En même temps, à sa décharge, il n'a fait que deux films !] Morales, pour l'instant, végète en Amérique du Sud où il a à moitié sombré dans l'alcool et la pauvreté. Helena Wagner va le sortir de là et le voilà embarqué dans son concept, même s'il déteste l'idée. Mais il a besoin d'argent, vous comprenez ? Voilà donc une équipe de tournage constituée : Helena Wagner, Claudio Morales, un cameraman, un preneur de son (complètement débile, un régal) et aussi Cindy Matic, actrice dont je vantais les capacités dans l'article d'hier, et qui doit sa présence au fait que le producteur du film a dû se dire que "ça serait quand même bien d'avoir une héroïne brune et aussi une blonde". Wagner est brune ? Matic est blonde. Ça tombe bien. Elle jouera l'assistante de Morales. [On découvrira à la moitié du film qu'elle a une caméra dans son sac à dos, et donc qu'elle peut être considérée comme deuxième caméra(wo)man !] Ajoutez à cela un guide, qui n'est pas Brando Jr, mais l'acteur qui jouait hier dans HORROR CANNIBAL le cannibale captif-sherpa, et qui comme Brando Jr porte ici un jean troué de toute beauté, qui le rend absolument mignonne dans la luxuriante densité de la forêt amazonienne. Bref. La fine équipe se met à explorer la jungle et croise moult tribus sauvages, espérant tout de même parvenir à approcher la mythique tribu des Invisibles... En chemin, ils assistent à des rites primitifs atroces, comme, en guise de hors-d’œuvre, une dévoration anonyme, dans la forêt, à l'heure de l'apéro (scène déjà vue et montée telle quelle dans HORROR CANNIBAL ; c'est ça aussi, faire des économies et être compétitif !), puis la punition-mutilation d'une femme enceinte atteinte d'une maladie contagieuse et qui sera bien sûr éventrée et dévorée sur place (elle n’était pas contagieuse alors… ? "C'est une question de survie pour toute la tribu" conclura Wagner dans le commentaire de la séquence). Mais au fur et à mesure que l'équipe est témoin de scènes barbares et primitives venues d'un autre âge, les dissensions se font sentir entre la cruelle et ambitieuse Helena et l'humaniste Claudio qui ne supporte plus d'être témoin de tout ça ! Ils ne savent pas qu’ils ont déjà perdu le contrôle, et que la vraie nature de l'homme ne s'est pas encore dévoilée. Et quand ça sera le cas, ça va faire mal...

On serait tenté de dire que LAND OF DEATH (HORROR CANNIBAL) et CANNIBAL WORLD (HORROR CANNIBAL 2) ont été réalisés par Mattei la même année. C'est le Marquis qui, avant de lancer le DVD, trouvera la bonne formule : les deux films on été tournés LA MÊME SEMAINE ! Et c'est vrai que ce n'est pas faux ! On retrouve la scène de dévoration du générique de LAND OF DEATH, et visiblement le film a été tourné encore aux Philippines. Il faut voir dans ces deux films la volonté pour Mattei et ses producteurs de rentabiliser les billets d'avion en classe "voyageurs-debouts-tickets-pas-chers" de son équipe. Puisqu'on a été aussi loin, autant en profiter pour tourner deux films ! On retrouve ainsi le faux Wesley Snipes du LAND OF DEATH qui joue ici, dans le même costume que celui de soldat U.S du premier opus, un soldat philippin (et noir donc !) ou plutôt devrais-je dire un soldat brésilien de ce corps méconnu de l'O.N.U. qu'est la FUNAÏ ! L'épisode de la FUNAÏ tombe à pic, car il illustre parfaitement le film et donne le ton. Dans cette scène, notre équipe de télé-reporters est discrètement cachée derrière quelque fourré ou excroissance végétale lorsque soudain surgit tranquillement un groupe de sauvages en tenue de pagne F1. Helena Wagner hurle à son caméraman de faire tourner la caméra. Bon. Sur ce, un autre groupe, issu d'une autre tribu de sauvages, arrive au même endroit, voit le premier groupe, et les deux tribus commencent à se balancer des projectiles divers. Saluons là le professionnalisme de Helena Wagner qui a quand même eu le flair, dans une jungle immense et non-cartographiée, de s’installer au seul carrefour du sous-continent, là où toutes les tribus (deux ?) se croisent ! Lancers de projectiles à ma droite, répliques aériennes d'objets tranchants à gauche, les sauvages font mumuse et défendent leur territoire. Soudain, un G.I. black débarque ! Enfin, le fameux soldat de la FUNAÏ qui se met à tirer dans le tas et dans les deux camps, allègrement. Chaque tribu, amputée de la moitié de ses membres, fuit dans la jongle, effrayée par les coups de M16 ! Une affaire rondement menée et une dizaine de cannibales au tapis ! L'équipe télé sort de son buisson et  demande des explications devant cet acte de sauvagerie. C’est alors que le soldat de la FUNAÏ s'explique, délivrant ainsi toute la philosophie du film, et envoyant balader les hilarantes dialectiques des années 90 à propos du droit d'ingérence (encore une invention française qui a mal tourné, diront les mauvaises langues !).
La mission de la FUNAÏ, c'est de préserver les peuples de la forêt vierge dans leur habitat naturel, et surtout de les protéger du monde extérieur (exploitants forestiers ou immobiliers, touristes belges, équipes de télé, réalisateurs italiens...). Ainsi, le soldat explique qu'il doit notamment veiller à ce que les tribus qui étaient tout le temps en guerre depuis des temps ancestraux cessent de se foutre sur la tronche ! Maintenant qu'ils sont une espèce en danger, tout conflit armé, aussi ponctuel soit-il, est une menace de déséquilibre, et donc susceptible de détruire l'équilibre démographique et social fragile des peuplades de la Forêt ! Pour empêcher les tribus de se battre et de menacer, par ignorance, leur propre survie, il faut une force d'interposition militaire et paternaliste : c'est ça, la FUNAÏ ! [NB : ça se prononce "Foune-Aille".] Pas mal, non ? Vous l'avez compris, le film de Mattei développe, en guise de prémices amoureuses et scientifiques, trois points.
1) Les tribus sauvages sont des animaux qu'il faut conserver dans leur milieu naturel.
2) Le sort de leur habitat naturel et celui de leur propre existence sont liés !
3) Et enfin, pour aider les indigènes à se protéger et à survivre, il faut leur tirer dessus à la kalachnikov par rafales de 20 ! Si je te tire dessus, c'est pour ton bien.
Et ce n'est pas tout. En fait, ce que nous explique là le soldat de la FUNAÏ, ce n'est ni plus ni moins que le fantasme enfin réalisé d'une société, ici gérée par ingérence extérieure (la FUNAÏ), qui construit sa survie et son développement sur des bases 100% écologiques, puisque toute la société, faune, flore, infrastructure, système social et population humaine, est perçue comme un écosystème global ! Si vous êtes vraiment écologistes et si vous pensez qu'il faut intégrer l'écologie comme une, sinon la question politique prépondérante des années à venir, il faut absolument que vous voyiez ce MONDO CANNIBALE de toute urgence, et non pas la farce grotesque d’Al Gore (UNE VÉRITÉ QUI DÉRANGE). Et vous arriverez vous-même à une conclusion, à savoir que tirer à la mitraillette sur une tribu, c'est la préserver !
[Je plaisante, mais je pense que l'écologie comme système politique est bien sûr une dérive spécieuse du système qui place la cause et la fin au-dessus de tout autre principe, et par conséquent, l'écologie politique (c'est-à-dire en dehors de la société civile), est fondamentalement fasciste. C'est "ballardien" en quelque sorte. L'enjeu écologique ne saurait remplacer les buts politiques, et voilà une chose bien paradoxale, et bien compliquée à garder à l'esprit en temps d'urgence, c'est-à-dire à des périodes où les situations ne semblent plus offrir d'alternative ! D'ailleurs, le soldat de la FUNAÏ appuie justement son analyse sur le fait qu'il "n'y a pas d'alternative possible". [C'est ce que les Anglo-saxons appellent le syndrome TINA (There is no alternative), sobriquet tiré d'une célèbre phrase de Margaret Thatcher. L'Histoire et la Science montrent au contraire que, justement, il y a toujours une alternative, et que les situations quelles qu'elles soient, décrites comme étant sans alternative, sont toujours des situations de mensonges, des parodies de vérité et, n'ayons pas peur des mots, des simulacres d'analyses ! Quelqu'un qui dit "il n'y a pas d'alternative" est toujours en train de mentir ! Je vous laisse réfléchir là-dessus. C’était la leçon philosophique du jour. Je referme la première parenthèse.] Puis la deuxième.]


Il est impératif de voir MONDO CANNIBALE après LAND OF DEATH, tant le premier passe pour un sinistre film des Straub comparé à ce baroque deuxième opus. On est ici dans la totale extravagance. Le dispositif dont Mattei use sans vergogne et sans réflexion particulière utilise de manière désordonnée et joyeusement bordélique les prises de vue du film (à la troisième personne) et celles de l'émission de télé (le film dans le film en quelque sorte, soit les dispositifs intra et extra-diégétiques pourrait-on dire). Mattei n'étant pas schizophrène, LAND OF DEATH et ce CANNIBAL WORLD ayant été de toute évidence tournés sinon en même temps au moins à la suite, le réalisateur n'a pas eu le temps d'améliorer son style, et de temps en temps, on se demande si on regarde le film ou l'émission, ou plutôt on est persuadé qu'il y a un troisième support de lecture, étranger à notre compréhension... [Peut-être que dans la quatrième dimension je suis un personnage de film qui regarde MONDO CANNIBALE...]. La mise en scène est semblable. Le sujet est encore plus extravaguant que LAND OF DEATH, et par voie de conséquence, la mise en scène paraît un peu plus dynamique, voire fofolle par moments, même si la réalisation est toujours aussi cruche. La lumière est toujours ignoblissime, le montage, toujours signé Mattei, est archi-nul et foire toutes les entrées et les sorties, et le cadre toujours improbable (cf. la scène où l’on découvre qu'il y a deux caméras dans l'équipe de tournage, à cause d'un cadrage désastreux ! Bonjour la mise en abîme ! Je crois que j'ai pleuré de rire ; je vous laisse découvrir ça... Ceci dit, le plan où apparaît cette seconde caméra est intéressant : Cindy Matic, qui tient l'appareil, n'apparaît pas du tout dans le champ (c'est tellement mal cadré !), et on croit donc que la caméra est sui generis, qu'elle EST, tel le Verbe, qu'elle est apparue d'elle-même par nécessité... Par nécessité du film peut-être... La caméra est donc le Verbe (incarnant sur le plan mystique et cosmogonique le fameux concept de la caméra-stylo de la Nouvelle Vague comme horizon ultime et pour la première fois incarné, le concept cessant justement d'être une utopie grâce à Mattei). Elle est.
Muss es sein ? Es muss sein ! Le film a besoin de la deuxième caméra et donc elle existe. C'est beau...).

Bref, la réalisation est immonde. [Ce MONDO CANNIBALE serait donc l'aboutissement de la Nouvelle Vague ? Toute la Nouvelle Vague a peut-être existé pour permettre à ce film d'exister, justement... Je vous laisse méditer là-dessus ! Dans 20 ans, on lira ces lignes en saluant le génie prophétique des analyses dispensées sur ce site...]
 
J'en étais où ? Oui. MONDO CANNIBALE donne cependant une plus grande impression de dynamisme, et de film totalement foufou, notamment parce qu'on quitte régulièrement la jungle pour des apartés médiatiques, et pour découvrir avec horreur la réaction des dirigeants de la chaîne qui diffuse l'émission. [On se demande d'ailleurs comment notre équipe envoie les images à Hong-Kong... On voit une petite antenne parabolique à un moment mais elle sert à utiliser le téléphone portable !] Le film de cannibales est souvent claustro, et voilà qui fait donc des pauses appréciables, d'autant plus que les dialogues dans ces parties hong-kongaises (entièrement tournées aux Philippines là aussi !) sont d'une nature remarquablement débilosse ! Notamment grâce à une série de comédiens chauves absolument splendouillets jusqu'au bout des tétons...

Autre facteur de plus grand divertissement : la situation elle-même et son scénario beaucoup plus ludique que LAND OF DEATH. On croit être plongé dans l'horreur (ou dans la bêtise cosmique, c'est selon) d'entrée de jeu. En fait, ce n'est pas tout à fait ça. Le film se construit sur un parcours en forme de descente sur la piste savonneuse de l'échec ! Plus l'équipe de télé avance dans la confection de l'émission, plus la situation devient radicale. Et très vite, le sang leur monte à leur tête. Helena Wagner et Claudio Morales finiront par trouver les enjeux trop lisses, et se lanceront eux-mêmes dans le génocide des tribus qu'ils maquilleront en règlement de comptes local entre sauvages ! Ainsi, nos journalistes incendient un village, brûlent, frappent et mitraillent ses habitants, pour faire de belles images et ensuite déplorer la violence qui dévaste ces contrées. Ainsi, le principal prédateur et destructeur de ces civilisations dites sauvages, c'est l'homme blanc. CQFD. Double dialectique étonnante que celle du TOUT-OCCIDENTAL-CORRUPTEUR (qui implique qu'il faille envoyer une force occidentale d'interposition, la FUNAÏ, ce qui est quand même bien pervers !) opposée à la vision d'une Nature dure (ce sont quand même des cannibales dégoûtants, sauvages, rustres et violents !) mais dont l'avantage est d'être naturelle ! Ontologisme ? Oui, mais c'est logique en même temps. Et si les sauvages, finalement, c'était nous, les petits blancs ? [Là aussi, on voit la nature atomiquement destructrice de l'Écologie en tant que système politique : il mène à une pensée totale. La Nature est l'état recherché, et donc son intérêt passe avant celui de l'Homme.]
La thématique du film est, vous l'aurez compris : c'est qui le sauvage ? Le basané brésilio-philippin qui mange son voisin, éventre les femmes enceintes et fait des brochettes humaines, où le blanc avec son gros fusil, son tractopelle, son jerricane d'essence et ses dollars ? La nature est dure, certes, mais vaut-elle mieux que les dérives spécieuses d'une société de pensée moderne dont les objectifs sont tellement destructeurs que rien ne peut les arrêter ? Qu'en disent les candidats à la présidentielle ? (Mange Google, mange...)

[J’aime aussi beaucoup, encore une fois, la séquence de snuff-movie avec massacre d'un animal en direct et de manière non simulée ! Cette fois, il s'agit d'une espèce d'iguane qui sera égorgé puis dépecé sous nos yeux et sans trucage, fait censé illustrer la bêtise et la sauvagerie de la télé-réalité... et geste bien hypocrite de la part de Mattei, qui utilise là une technique qu'il a exécutée dans tous ses films de cannibales. Par le jeu de miroir de la télé-réalité, Mattei fait semblant de dénoncer le massacre devant la caméra d'animaux innocents pour pouvoir mieux s'y adonner ! La classe !
On note aussi que la scène d’amputation de LAND OF DEATH, visant à stopper la propagation du curare dans le sang, est également reprise ici point par point (mais pas avec les mêmes prises quand même !). Cette deuxième tentative échoue de la même manière, et l'amputé meurt sur le coup ! La médecine ne progresse pas bien vite !]

Le casting est absolument trois étoiles ! Complètement Palace même. Cindy Matic, d'abord cruchasse blonde comme dans LAND OF DEATH, finit par acquérir un joli côté pervers, notamment dans la scène du viol que je vous laisse découvrir ! Claudio Morales est encore une fois grandiose, et ici le dispositif de caméra dans le film permet de noter la puissance phénoménale de son jeu, qui consiste à acquiescer en regardant droit dans les yeux la caméra, et en évitant de rire. Quel sérieux ! Quelle fougue ! 20/20 ! Bravo, bravo, bravo. La révélation du film, c'est Helena Wagner dont c'est malheureusement le seul film ! Quel gâchis ! Elle surpasse pourtant tous les autres et se donne avec une énergie stupéfiante et un jeu précis, chirurgical même, de eye-brow acting tout à fait remarquable. On craint le pire la concernant en début de film, tant son personnage d'arriviste semble classique. Mais elle s'accapare la situation avec une puissance notable. C'est une grande. [Le fait qu'elle ressemble dans les dernières scènes à Ségolène Royal n'a rien à voir là-dedans !]

HORROR CANNIBAL 2 (MONDO CANNIBALE ou WORLD CANNIBAL) tient vraiment toutes ses promesses et franchit largement le mur du son et de l'image. Ce deuxième volet est bien plus drôle et impressionnant. Outre qu'il soit le plus bel hommage jamais rendu à François Truffaut, et accessoirement à Truffaut, le magasin de jardinerie, ce film, entièrement tourné dans le Center-Park de Manoï, ravira petits et grands. Il développe avec courage des thématiques audacieuses et parfois paradoxales concernant les idées de civilisations, de progrès et d'écologie, mais tout en prenant soin de ne pas prendre parti et de ne faire que poser les questions, par respect intellectuel de son spectateur. Voilà un film qui nous plonge dans une réflexion contemporaine sur le monde médiatique à l'heure de la mondialisation, mais qui n'est pas dénué d'un sens du spectacle étonnant. Cerise sur le gâteau, c'est l'occasion de découvrir la grande comédienne Helena Wagner, qui a failli recevoir le Golden (Philippine) Globe de la Meilleure Actrice pour ce rôle lors de la cérémonie de 2003 à Manoï. Grand film humaniste et populaire, MONDO CANNIBALE est aussi un hymne déchirant à notre humanité perdue et une fenêtre en forme de regard sur le monde. [Laurent Weil, in Le Journal Du Cinéma]

Les amateurs apprécieront...

Facilement Vôtre,

Dr Devo.

PS : La tradition des stocks-shots dont je parlais hier est plus discrète mais présente, concentrée dans la séquence d’ouverture qui montre des images d’un documentaire (le Marquis dit les avoir déjà vues) et de stock-shots issus du film VIRUS CANNIBALE du même Mattei, si on en croit le site Nanarland, dont les rédacteurs qui nous lisent parfois viendront sûrement et amicalement préciser les sources dans les commentaires de cet article.
 
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Publié dans Corpus Analogia

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Dr Devo 29/05/2007 00:32

Dire que mardi dernier je revoyais avec plaisir VIRUS CANNIBALE dont nous avions parlé ici... C'est triste comme de la tendresse qui s'en va...
Dr Devo.

Le Marquis 28/05/2007 22:34

MERDE ! (cri du coeur)

Isaac Allendo 28/05/2007 18:33

Bruno Mattei est décédé lundi dernier, je viens d'apprendre ça.

Le Marquis 18/01/2007 18:43

THE THING est sorti en DVD il y a déjà plusieurs années chez Universal, dans une fort belle édition d'ailleurs, que tu devrais pouvoir trouver sans grande difficulté et à très bon marché. La sortie la plus récente en France concerne pour ce mois de janvier (enfin !)l'excellent L'ANTRE DE LA FOLIE.

hors sujet 18/01/2007 17:06

est-ce que the thing de carpenter est sorti en dvd ?