THE HUMAN TORNADO (L'HOMME CORIACE) de Cliff Roquemore (USA-1976) et KILLJOY de Craig Ross Jr (USA-2000) : Qu'est que les Romains ont fait pour nous, en fin de compte ?

Publié le par Dr Devo


[Photo : "Pétition pour l'Abolition de la Musique" par Dr Devo, d'après une idée du Dr Devo et de Mr Mort.]

 

Chers Focaliens,

C'est pratiquement en chaise roulante que je suis obligé de m'approcher de mon ordinateur, entre deux siestes forcées dues à l'injection de nesquick de mauvaise qualité, acheté sur le marché noir, pour abréger mes souffrances. Miel, thés d'importation rares et hors de prix, grogs, journal télévisé, rien n'y fait...

Continuons notre réflexion sur le cinéma minoritaire, si j'ose dire, et approchons-nous un peu du cinéma noir américain, et qui plus est de la blacksploitation dont nous n'avons pas encore beaucoup parlé sur ce site, malgré la vague immense de rééditions de dévédés ces dernières années. C'est une période très intéressante en fait, et qui est pour moi, né dans les années XX, particulièrement ludique. Les moins de vingt ans ne peuvent pas se rendre compte. Quand on était petits, il n'y avait que trois chaînes de télé. Les films récents diffusés sur le petit écran étaient assez rares hors production française, et les chaînes rediffusaient à tour de bras. Le mardi soir, c'était western, rendez vous compte ! Les feuilletons américains étaient donc très prisés : action, violence, cascades et l'Amérique de Joe ! Quand même! Ça faisait rêver ! Les années XX sont aussi celles de l'essor de la blacksploitation. Il est délicieux, de nos jours, de se poser la question de l'influence, à l'époque, de ces films qui n'étaient, comme leur nom l'indique, que des films d'exploitation ! Qui rapportaient beaucoup d'argent ! Est-ce un cinéma dont la communauté noire américaine s'est emparé sans vergogne pour le bizness ? Était-ce le lieu de toutes les revendications ? Était-ce simplement le lieu et le temps naturellement adéquats pour renouveler le movie bizenesse et alimenter le box-office en créant une niche ? Ou alors était-ce simplement une combinaison d'un peu tout ça ? L'eau a bien coulé sous les ponts depuis. Plus personne ne remet en cause, bien entendu, l'importance de la communauté noire US qui est, sur le papier, intégrée. En même temps, les choses évoluent lentement, et par exemple, il n'est pas encore né le réalisateur qui fera une comédie policière ayant pour héros un couple composé de Chris Rock et d’Angelina Jolie ! (Rock ne serait pas d'accord ! Ça se comprend ! Disons Nicole Kidman...). À part le désastreux Will Smith (acteur désastreux, choix de films épouvantable) et quelques vieux de la vieille (Denzel Washington, par exemple), pas de grosse star noire immense.

Bah, c'est comme ça, les temps évoluent vite et lentement. Quoi qu'il en soit, les choses concernant les années XX et la communauté noire sont assez flous vues de nos années 2000. Le génial Antonio Fargas (très bon comédien, notamment dans le beau LA PUTAIN de Ken Russell) et son rôle de Huggy "les bons tuyaux" dans la série STARSKY ET HUTCH était-il perçu à l'époque comme, enfin, un rôle marrant et sympa pour un personnage noir positif, ou était-ce au contraire considéré comme un énième strapontin ? Le boss des deux détectives était noir, mais était-ce à l'époque vu comme une avancée ou les gens voyaient-ils cela comme une façon d'éviter de faire de Starsky et Hutch un couple mixte noir/blanc ? Bah... laissons cela. On note seulement que oui, en tout cas, cette période des années XX a sans doute été un moment important pour la culture noire américaine. Un cap. Et une sacrée aventure commençait, car on découvrait que black is bankable, et rappelons-le, le cinéma, c'est le flouze qui l'intéresse.

[Le truc vraiment révolutionnaire serait bien sûr une comédie romantique entre Chris Rock et Gwyneth Paltrow, mais qui ne prenne pas en compte dans le scénario l'origine des deux acteurs. Et avec des scènes de sexe ! Ça par contre, j'en suis sûr, c'est pas pour demain !]

La cave du Marquis est excellentissime. Et on y trouve de tout. Par exemple ce HUMAN TORNADO, sorti sous le titre français d'époque de L'HOMME CORIACE (c'est moins bien, je trouve), avec Rudy Ray Moore qui incarne ici pour la deuxième fois le personnage de Dolemite, issu du film éponyme de D'Urville Martin, sorti l'année précédente. Dolemite et Moore n'en font d'ailleurs plus qu'un désormais, comme le prouve l'excellent bonus de quatre minutes sur le DVD, où un Moore de 70 ans divague dans les lieux de tournage du film en parlant de lui à la troisième personne et en finissant chacune de ses phrases par des "Dolemite Rules !". Une belle preuve de modestie (c'est lui qui a inventé le soleil, le système métrique, le calcul intégral et le coca-cola) servie par une réalisation sublimissime qui enfonce de très loin les essais vidéos de Tata Jeannette il y a quinze jours quand toute la famille s'est cotisée pour lui offrir un caméscope à 2000 euros pour filmer sa croisière aux Baléares. Le Cinéma se cache partout, comme l'Histoire !

L'Amérique. Du Nord. Années 70. La Soul vient de se faire étriper dans un terrain vague par la Disco. VGE pense déjà à Vulcania entre deux conseils des Ministres. Les babas cool lancent des gammes de vêtements absurdes. Le premier truc qui frappe chez Dolemite (Rudy Ray Moore, donc), c’est son incroyable esprit de coolisme. Dolemite est définitivement un mec à la cool, et pour le prouver, Cliff Roquemore, le réalisateur, lui concocte une intro sur mesure : des plans fixes sur un chemin de terre ou une carrière (un peu comme dans les feuilletons japonais du style SPECTREMAN ou X-OR), où l’on voit Dolemite dans différentes postures et dans une foultitude de costumes plus discos les uns que les autres. Notamment torse nu dans une cape de super-héros sur laquelle est inscrit en lettres de 10 kilomètres sur 10 : RUDY RAY MOORE, son nom d’acteur dans Florida Beach déserte... Belle modestie ! [En fait, on retrouve là l’idée de la petite bande démo de présentation du héros, qu’on retrouve dans les films de kung-fu chinois ou hong-kongais des années 70 ou 80... Je n’avais pas pensé à ça, je suis fier. D’autant plus que le kung-fu en général est un élément important de ce film.]

Maintenant que tout le monde est persuadé que Dolemite est un mec à la cool totalement génial, le film peut démarrer. Dolemite est un super-génial artiste, un grand toaster.
[Bon là j’explique. Le toast est une sorte de sketch au langage argotique, mais rimé et quasiment en vers. Les jeunes diraient presque "slammé". (Dieu merci, c’est moins laid que du slam !) C’est une fable ou une parabole souvent grossière et remplie de jeux de mots, parfois sociale, qui se rapproche du stand-up et qui est de transmission orale. Rudy Ray Moore pratiquait le toast avant d’être acteur, et a continué tout au long de sa carrière à sortir des disques de ses spectacles, disques qui ont formidablement  marché, semble-t-il. Les rappeurs par exemple célèbrent Moore pour ça autant que pour ses films. Allez jeter un œil dans les courts bonus du film. Vous verrez d’ailleurs un extrait de THE SIGNIFICANT MONKEY, un des toasts les plus populaires de Moore, et qui ressemble, vu de loin, à une version grossière et sous acide d’une fable de La Fontaine.]
[Lorsque vous critiquez un film dit "culte", arrangez-vous pour toujours placer l'expression "sous acide".]

Dolemite est un grand artiste de cabaret-spectacle, et dans la communauté noire, c’est un héros adulé qui fait se plier en deux la foule. Il est aussi un de ses grands philanthropes. D’ailleurs, regardez, il organise, là, dans sa villa majestueuse au-dessus de la ville, une réception à l’occasion de la création d’un orphelinat, création qui lui est due, grâce à sa générosité et son habileté à lever des fonds ! La fête se déroule correctement. Jusqu’à ce que le shérif, un blanc raciste, débarque en traitant toute l’assemblée de sales "nègres". Il surprend notamment Dolemite au lit, en train de faire l’amour à une plantureuse femme blanche. Car Dolemite est tellement bon amant et superbe que toutes les femmes, même les blanches, l’adorent et donneraient leur robot-mixer pour coucher avec lui ! À lui seul, Dolemite est un argument sexuel contre la guerre ! Le shérif débarque donc au milieu des ébats, alors que Dolemite maîtrise encore, largement même, par une technique exceptionnelle, sa légendaire endurance sexuelle. C’est le drame ! Le shérif s’aperçoit que la femme blanche dans le lit du héros noir, c’est sa femme ! Le monde est petit ! Le shérif hurle : "comment as-tu pu me faire ça ? Me prendre ma femme et l'obliger à te faire l'amour ?" Or, nous spectateur, on sait que c’est elle qui en voulait, car elle paye même Dolemite pour le remercier du plaisir orgasmique et multiple qu’il lui procure. [C’est ironique car Dolemite est évidemment pété de thunes, grâce à son talent de music-hall, et il n’a pas besoin de cet argent !] Une fusillade a lieu au cours de laquelle la femme du shérif est abattue, ainsi que l’adjoint du même shérif !
Dolemite doit fuir à oualpé avec ses copains. Direction la Californie où il doit se réfugier chez sa grande amie Queen Bee (jouée par Lady Reed) qui tient un cabaret-spectacle-boîte-de-nuit. [Qu’elle a sans doute rendu célèbre grâce aux merveilleux spectacles de Dolemite !] Malheureusement pour elle, elle est dans le pétrin, car un mafieux blanc local la fait travailler pour rien, elle et ses filles (elle est plus ou moins maquerelle !), et l’a obligée à fermer sa boîte. Dolemite, vite au courant, décide d’aider Queen Bee, mais ça ne sera pas facile, car le shérif est toujours à ses trousses et demande à la police (blanche) locale de le rechercher pour le meurtre de sa femme. Ce n’est pas gagné du tout !

Ce HUMAN TORNADO, quoique Tournedos Humain conviendrait mieux que le délicieux HOMME CORIACE de la VF (!), vous l’aurez compris, c’est un poème. Et de meilleur goût. Techniquement, tourné avec un budget ultra-modeste, le film est une série Z. Et dans la réalisation, c’est quasiment le cas aussi. En tout cas, c’est maximoume founqui attitioude. La musique est bien sur omniprésente, inspirée par la soul, certes, mais faisant déjà des grosses passes avec le Disco, cette musique qui souille tout (l’Art et les êtres humains). Donc ici, ne vous attendez pas à des Isaac Hayes, ou à la rigueur à l’à-peine tolérable Barry White ! Point de classieux Delfonics non plus. Non, ici c’est du disco qui tâche, préfigurant parfois l’immonde R’n B actuel, c’est de la sous-marque. Voilà qui promet un réveil avec une bonne gueule de bois, ce qui arrive souvent lorsqu’on fait la fête avec autre chose que du whisky 50 ans d’âge.
L’intrigue est bien sûr à la gloire complète de Rudy Ray Moore/Dolemite, héros d’un jour et héros de toujours, leader d’opinion, découvreur de talents et dont tout le monde admire le génie stupéfiant sans exception, personnages comme acteurs. Avec la maladresse du scénario, espèce de récit hard-boiled mal ficelé, imitant le plus maladroitement possible le serial ou le pulp, et avec la surexposition des enjeux déjà bien diaphanes, c’est l’aspect le plus zède et le plus rigolo, involontairement, du film. [Quoique quelquefois, Moore joue un peu du côté pauvrasse et squelettique du film en ajoutant de manière baroque des gags qui viennent encore souligner les faméliques ambitions du film, comme un des gags les plus drôles du métrage : le saut de carpe (à poil d’ailleurs, Mesdames !) de Dolemite lors de sa fuite de la villa et qui se gèle à l’image, alors que Rudy Ray Moore dit en voix-off, interrompant l’action en plein vol (je traduis) : "Vous, petits fous d’enculeurs de Mamans, vous ne pensez pas que j’ai fait tout seul, hein, vrai ?", et du coup un petit "R" s’affiche dans le coin supérieur de l’écran et on revoit l’action au ralenti qui d’ailleurs ne prouvera toujours pas que ce soit Moore qui ait fait la cascade grâce à un point de montage qui, pour une fois, est très bien placé (et très drôle, du coup) Donc, ça et là, Moore exagère le côté fauché de la chose dans un bel aveu baroque, disais-je, mais très vite noyé par l’incroyable répétition de l’information principale du film, qui transpire dans chaque intention, chaque couleur, chaque son, chaque photogramme du film : Moore/Dolemite est un type génial et cosmique !
Le reste n’est que dialogues supra-slangs, gags multiples, pourris blancs contre frères noirs opprimés, lignes de dialogues absurdes, personnages débilosses (l’espèce de sorcière dans la chambre des tortures qui ne choque pas plus ici que Benny Hill débarquant dans un film des Straub), et de la bagarre, souvent teintée de kung-fu pas piqué du hanneton. [Car rappelons que c’est la communauté noire qui à l’époque fit la fortune des films asiatiques de kung-fu en occident, genre alors très méprisé et qui ne passait que dans les salles les moins bien achalandées, c’est-à-dire les salles de quartiers. On est en pleine époque Bruce Lee.] Moore est d’ailleurs un combattant hors-pair et comique comme sa fameuse prise du "bain de bouche" (où il se lave les dents en faisant du karaté) le prouve. Les combats ont été chorégraphiés selon un plan écrit sur la nappe de papier crépon d’une pizzeria de province. C’est donc totalement craignosse et ringard, à tel point que souvent, pour ajouter du "punch" au film, le réalisateur accélère la vitesse de défilement, mariant pour l’éternité Bruce Lee, Benny Hill justement, et peut-être Max Pecas, soit trois des plus grands entertainers de tous les temps. [Je dis ça et en même temps, j’adore Benny Hill...]
Cadrages stupides, son drôle mais souvent désastreux, lumières inexistantes, scénario abracadabrantesque, message enfantin et brossant de manière honteuse la brosse à reluire à son public, immodestie remarquable, érotisme fané mais drôle, choix désastreux des repérages, et déclamations in vivo et si peu/tellement jouées des acteurs (ce ton dont le John Waters des débuts se moque si bien, c’est le ton des mauvais acteurs des films Bzzzz des années 50-60), garde-robe monstrueuse et surtout quel opportunisme : car finalement Rudy Ray Moore, quand même légèrement absent de son film (ça sent la cocaïne à 3000 kilomètres, non ?) ne fait qu’exploiter ici le fabuleux filon de la blacksploitation. SHAFT est déjà sorti depuis cinq ans, SUPER FLY depuis 4 ans, et FOXXY BROWN l’année précédente ! Et les sous continuent de rentrer. Ces films coûtant peu cher (et même de moins en moins, pourrait-on dire) et rapportant énormément, tout le monde essaye de s’engouffrer dans la brèche en produisant à la va-vite le plus de films possibles, et ce avec des fortunes diverses. Rudy Ray Moore, c’est l’exploitation de l’exploitation en quelque sorte. Les codes raciaux sont inversés puis exagérés, en jurant que tout le monde finira par manger dans la main des acteurs de la blacksploitation. Ce qui arrivera, ces films sortant largement de la communauté pour être plus largement exploités.
Ah, le commerce est un facteur d’émancipation et de réduction de la fracture sociale quelquefois !

Il reste qu’on passe un moment plutôt sympathique avec cette mini-bouse Z à la gloire de Rudy Ray Moore. D’un point de vue cinématographique, c’est très pauvre cependant, et on déconseillera le film aux focaliens qui attrapent facilement des conjonctivites. Pour les autres, la poilade est quasiment garantie et le voyage à ExoticLand, le pays des choses d’avant, est dépaysant...

...bien plus que KILLJOY, en tout cas, film d’horreur réalisé par Craig Ross Jr. directement pour le marché de la vidéo, 25 ans plus tard ! KILLJOY, c’est en quelque sorte la blacksploitation du XXIème siècle. Les médias, depuis les années 70, savent qu’il y a un marché pour les films mettant en scène la communauté noire. Le Cosby est passé là-dessus depuis déjà longtemps. Les séries et les films mis en scène, écrits et joués uniquement par des afro-américains sont légions, et surtout peuvent être vendus à tout le monde ou presque. Mais ce n’est pas avec KILLJOY que le genre va sortir de l’ornière de l’exploitation ou de la niche commerciale.
Imaginez un grand garçon dadais (un bon 25 ans quand même !) et timide binoclard même, rejeté par tous et impopulaire auprès des filles. D’ailleurs, il aimerait sortir la belle Vera Yell qui le trouve sympa mais faut pas exagérer non plus ! Elle a d’ailleurs un copain pas marrant du tout (avec qui elle a perdu sa virginité, nous expliquera-t-on avec un soin suspect... Bizarre...) qui, en plus d’être balèze et privé de tout humour, est quasiment un gang à lui tout seul. Voyant que sa belle discute avec le binoclard héros de ce film (je me rappelle plus de son nom.. Aucune importance... Ah si ! JAMAL !), il décide de lui casser la gueule, et même de faire semblant de l’exécuter avec un gros revolver comme il en pousse sur les arbres des ghettos. Et là c’est le drame : le simulacre se passe mal, et Binocle est vraiment tué. [Ce qui nous vaut le splendouillet : "C’est koa ça, Mec ? Tu m’avais dit qu’il était pas chargé, mec !"] C’est pas gagné...
D’autant plus que Jamal Binocle, quelques heures plus tôt, a invoqué dans un rituel pseudo-vaudou de mes douilles l’esprit de sa poupée Killjoy, qui apparaît sous la forme d’un... Tenez-vous bien... Et tenez-vous même mieux ! Sous la forme, dis-je, d’un clown monstrueux (monstrueusement ridicule surtout) à l’humour macabre et aux pouvoirs aussi démoniaques que sanglants. Killjoy se lance alors dans une vendetta sans précédent. Heureusement, un SDF extra-lucide prévient Vera Yell de la présence du monstre de cirque de l’Au-Delà, qui est aussi auteur de certaines des plus pathétiques vannes dialoguées que j’ai jamais entendues... Mon dieu !

On se sent très seul dans ce film, et au bout de 8 minutes, on commence à prier pour l’arrivée du générique ou des secours ! Quelle horreur... Joué par des acteurs de série B anonymes, KILLJOY se distingue certes par la modestie de son budget. Malgré tout, on n’est pas dans la misère non plus, et, avec le budget de ce film, on pourrait faire 1,5 fois HORROR CANNIBAL. Mais le problème n’est pas là. Le problème, c’est que Craig Ross Jr essaie de faire ce que 98,95% des réalisateurs veulent faire : être calife à la place des califes ! Être réalisateur de films qui marchent dans l’industrie du cinéma. Et pour cela, il fait de ce que 99,52% des réalisateurs font : copier et remettre au goût du jour ce qui a déjà été fait. Là où tous les (rares) artistes intègres savent que quand un trait dans le dessin commence à ressembler à un trait déjà tracé dans une œuvre précédente de l'Histoire de l'Art doit être effacé tout de suite, Ross fait ce que font tous les réalisateurs potaches à succès. Bien fait pour lui, dès lors, s’il accouche d’une bouse aussi pathétique que ce KILLJOY.

Le manque de moyens n’y change rien. Killjoy, mélange de Chucky et vague dérivé du très beau KILLER KLOWNS des frères Chiodo (USA-1988), envoie ses ennemis dans un monde parallèle où il est le Maître (merci Freddy !) et qui est en fait un hangar à deux pièces que le réalisateur ne se donne même pas la peine d’éclairer différemment ne serait-ce qu’une fois, afin de cacher la misère. Non... À la place, il préfère pomper toute la série B réalisée depuis les années 80 à travers des vannes et des punchlines tellement éculées qu’elles ont fait pleurer même mon chien ! Le Marquis lui-même n’en revenait pas. Ajoutez à cela des effets spéciaux que tout le monde peut faire en mieux sur le moindre PC, "le détournement de l’univers enfantin comme vecteur de l’horreur", cinq scènes qui se battent en duel sur 90 minutes (5 scènes sur 90 minutes ! Vous mesurez mieux notre malheur maintenant !), etc. Bien sûr aucune idée de ce qu’est une échelle de plans ni rien. Aucun sens du cadrage ou du découpage, montage sous prozac. Le seul truc qui fait du bien, hormis le générique de fin, c’est de voir comment la grenade de la médiocrité explose à la figure de Craig Ross Jr ! Cela faisait même longtemps que je ne m’étais pas ennuyé de la sorte devant un film aussi pathétique, et je plains douloureusement le Marquis qui a acheté le coffret ! Car c’est ça le plus incroyable dans l’histoire : KILLJOY a marché suffisamment pour qu’on en fasse un deuxième... On regarde ça si on a le courage, et on vous raconte, mais en attendant, je vais me coucher et reprendre une tisane à la morphine...


...ce qu’aurait du faire Craig Ross Jr.

Amicalement Vôtre,

Dr Devo.
 
PS : Par exemple, Killjoy vous fait pénétrer, enfin, sombrer plutôt, dans son fabuleux hangar parallèle, pardon, univers parallèle, en vous faisant entrer dans son camion de marchand de glaces ! Alors évidemment, les gros loulous gangsters des "quartiers sensibles", ils peuvent pas résister, ils les kiffent trop, les glaces ! Et en fait, c’est un piège... Chez moi, c’est les toilettes qui ouvrent sur un univers parallèle (Montage-Land ça s’appelle, un univers où les films ont du rythme), et chez le Marquis, c’est dans le bac à légumes de son frigo... Ma Tata Jeannette a cueilli une fois dans son jardin un univers parallèle de 60 centimètres et 23 kilos ! Ouest-France est venu le photographier.
Pendant le film, le Marquis remarque (grâce à la fabuleuse direction artistique) que le chef de gang (ils sont trois !) aime bien jouer au basket, comme venait le souligner avec une délicatesse tractopellique ce ballon de basket nonchalamment posé en plein milieu de son salon. [Car les chefs de gang vivent dans de grands appartements tout neufs.] Comme disait le Marquis : "Il manque plus que le saxophone !". Vous voyez, on est bien loin de la volonté d’émancipation des aînés...
Finalement, Rudy Ray Moore fait de l’Art. Je ne suis pas sûr que ce soit du cinéma, mais lui, au moins, est fabuleusement prétentieux, ce qui est quand même bien plus admirable. Dieu vomit les Tièdes, comme on dit...
Le Marquis, qui a failli pleurer pendant le film, faisait remarquer justement comment il singeait les décadrages et les filmages sur le vif, sur son lit  de montage cut rapide, là où le réalisateur serait incapable de faire un seul plan fixe qui soit décent. De ce point de vue, non seulement KILLJOY fait exactement l’erreur de beaucoup (97,86%) de gros films de série A qui sortent au cinéma, en étant encore plus ridicule tellement le film n’a même pas l’arrogance des moyens bien entendu, mais en plus, il imite là le "ton Spike Lee" sans s’en rendre compte. Et comme a rajouté alors le Marquis : "Si on lui filait assez de fric pour faire un film à costumes qui se passe au XIXème, il oserait jamais faire des petits zigouigouis avec la caméra, il ferait alors de longs travelling majestueux ! Pauvre Clown ! » C’est sur ce jeu de mot que je m’esclaffais. En plus de faire preuve d’un non-goût absolu et d’une absence totale de compétences artistiques (et donc techniques), Craig Ross Jr retourne à la case "Mawouame Scalett’" tout seul, comme un chien bien dressé. Et c’est là qu’on voit le paradoxe du cinéma noir : ils sont finalement peu, les réalisateurs noirs américains populaires qui ont compris et dépassé le stade de l’Exploitation. On a beau critiquer Spike Lee et le bouder comme c’était encore la mode il y a un an, avant la sortie de INSIDE MAN, quand on pense à lui, on pense d’abord à sa mise en scène. Bien avant ses éventuels gimmicks, ses éventuels messages (si jamais il y en a dans la deuxième partie de sa carrière), ses coups de tête, etc. C’est qui l’Artiste ? Et plus important, c’est qui l’Homme Libre ? Et si finalement le premier vrai personnage révolutionnaire noir américain dans le show-bizz, enfin, c’était lui, Lee : un noir artiste considéré naturellement comme un réalisateur. Point barre. Le reste c’est du marketing. Que les Spartacus du monde meurent en esclave si ça leur chante, après tout. Bisous Bisous.
Encore un mot avant de publier cet article alors que je suis à la recherche d’une photo, pour dire que, sur les critiques lues sur Internet, si tout le monde trouve les acteurs pathétiques dans KILLJOY, il y en a quand même beaucoup pour dire que la mise en scène est vraiment pas mal !

Après les articles à thèmes consacrés au cinéma noir américain et aux films de cannibales de Bruno Mattei, nous nous intéresserons la prochaine fois, si tout va bien, aux films de zombies...
 
Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés : cliquez ici ! !
 

Publié dans Corpus Analogia

Commenter cet article