LE COURAGE D'AIMER, de Claude Lelouch (France, 2005) : Eloge de l'Amour et du Bisou Barbu

Publié le par Docteur Devo

(photo: "Un genre humain..." par Dr Devo)

Chères Sœurs, Chers Frères,
 
Avant toute chose, lisez cet article jusqu'au bout, convaincus ou pas.
 
C'est bon de se retrouver. Et vous allez voir, ça va être encore meilleur !
 
Drôle de destin que celui de la trilogie cinématographique LE GENRE HUMAIN... Ben quoi ? Vous permettez ?
 
Drôle de projet donc que la trilogie LE GENRE HUMAIN de Claude Lelouch ("Oh Non ! C'est pas vrai !!!!").
 
Bon, ça y est ? Tout le monde est indigné ? Je peux y aller ?
 
Merci.
 
Donc, drôle de destin que celui de la trilogie LE GENRE HUMAIN de Claude Lelouch. Il y a un an sortait le premier volet, LES PARISIENS, qui se solda par un échec cuisant au box-office et par une dérouillée critique. Ecœuré, Lelouch propose même d'offrir une séance gratuite, offerte aux spectateurs avec ses sous le vendredi de la sortie ! Fichtre ! Malgré tout, c'est la plantade, Lelouch crie au scandale et au lynchage médiatique, et comme à chaque fois que cela a lieu, tous les critiques le traitent d'imbécile. Patrice Leconte, Besson et bien d'autres ont déjà essayé, avec plus ou moins d'honnêteté d'ailleurs, mais s'attaquer aux critiques aussi ouvertement ne profite jamais malheureusement, et le réalisateur sort toujours perdant ! Fichtre.
 
Ceci dit, on n’est pas là pour en faire le procès. Lelouch a pris une déculottée. Le deuxième épisode de la trilogie était déjà en boîte, et Lelouch change son fusil d'épaule. Il fait une croix sur sa trilogie et décide de ne pas sortir le numéro 2 ! À la place, il nous propose LE COURAGE D'AIMER, qui est un montage, une sorte de mix entre LES PARISIENS et le désormais perdu épisode 2. Bon, voilà pour la généalogie. Passons aux choses sérieuses.
 
LE COURAGE D'AIMER raconte les destins croisés d'une poignée de personnages qui, d'une manière ou d'une autre, vont connaître la confrontation et l'échec. Maïwenn, apprentie chanteuse, rencontre Massimo Ranieri, chanteur de rue (déguisé en Père Noël !). Les deux s'entendent, et décident de faire la manche ensemble. Ils deviennent amants (hors champ d'ailleurs). Ils finissent par se faire repérer par un musicien de jazz qui joue dans une boîte (Un peuhhhh paaarti, un peuhhhhh naaaze...), et qui les fait monter sur scène. Tout va bien, jusqu'à ce qu'un producteur veuille faire chanter Maïwenn, mais seule. Rupture. Mathilde Seigner joue deux rôles : elle et sa jumelle. Une voyante lit dans leurs pupilles  (leurs yeux, quoi !) qu'elles vont vivre une sacrée histoire bouleversante et tragique ! Michel Leeb (Eh oui ! On se calme dans le fond !) joue un self-made man qui a fait fortune dans la pizza industrielle, et qui hésite à acheter un vieux château sublime. Quand la châtelaine vendeuse, Arielle Dombasle (vous n'allez pas râler dès que j'annonce quelqu'un quand même !), lui fait visiter l'endroit, il tombe amoureux du théâtre à l'italienne intégré au château... et un peu de la châtelaine aussi. Il décide d'entretenir les deux, lui, l'homme qui s'est fait tout seul, lui, l'homme sans culture ! Et puis, il y a cet étrange personnage Ticky Holgado (Ha non ! Ben si !)  qui se ballade parmi les clodos et qui dégage une aura toute fantastique... Et puis il y a Claude Lelouch qui prépare un nouveau film...
 
Comme diraient les admirateurs de Robert Altman et de Gérard Jugnot, voilà ce qu'on appelle un film choral. En janvier dernier, quelques semaines après la création de ce blog, je faisais (ici) une petit palmarès bien terne de l'année cinématographique 2004. Dans les commentaires de cet article, mon ami Bernard RAPP, qui à l'époque ne s'appelait pas encore comme ça, dressait sa petite liste de films préférés. Parmi eux, juste derrière les deux volumes de KILL BILL de Quentin Tarantino, figurait à la neuvième place du classement LES PARISIENS de Lelouch ! Voilà un choix iconoclaste qui m'avait bien fait regretter de ne pas être allé jeter un œil sur LES PARISIENS. Bernard RAPP, homme de goût, avait sûrement des raisons de mettre Lelouch dans le même classement que Tarantino, Greenaway, Guy Maddin ou Soukourov !  [Qui d'autre que lui oserait faire ça ? Quel homme précieux !]
 
Evidemment, on aime brûler ce qu'on a adoré, et c'est un peu le cas avec Claude Lelouch, qui a quand même cassé la baraque de nombreuses fois, notamment avec LA BELLE HISTOIRE  et ITINERAIRE D'UN ENFANT GÂTÉ (que, personnellement, je n'aime pas du tout, mais alors vraiment pas). Qu'on aime ou qu’on déteste le personnage, il faut bien admettre que Claude Lelouch "jouit" d'un fabuleux rapport de haine. Il n'est pas seul, certes. Mais la critique est quasiment unanime, et il de bon ton, depuis quelques années, de lui casser du sucre sur le dos à tire-larigot. Oubliez votre classe et votre impartialité, et défoulez-vous sur le bonhomme, puisque "tout le monde est d'accord" : c'est le cinéaste le plus nul du pays, le plus ringard, le plus obsolète. Alors c'est vrai, la chasse est ouverte, et la course au sobriquet ou à la phrase choc d'enterrement en grande pompe est quasiment un passage obligé lorsqu'on parle du cinéaste. C'est bien connu, tout le monde est d'accord, c'est un gros nul, alors défoulons-nous, on est tous d'accord, et 500 millions de fans d'Elvis ne peuvent avoir tort !
 
Ici, sur Matière Focale, on se méfie des loups rassemblés en meute, et on réfléchit à deux fois avant d'aller hurler avec eux. Et puis on fait son travail, on va en salles et on laisse les a priori, tant que faire se peut, au comptoir à pop-corn. Il fallait aller se frotter à la chose, et en tant que scientifique et dévoué docteur, j'ai accompli ma tâche avec professionnalisme !
 
Et bien les amis, malgré tout et en fin de compte, ce COURAGE D'AIMER, c'est plutôt pas mal ! Ben oui ! Alors évidemment, c'est bourré de marottes lelouchiennes auxquelles, on l'a vu plus haut, je ne suis pas vraiment sensible. Alors oui, ça parle de l'amour et du hasard. Oui, les acteurs sont souvent improbables (j'y reviens ci-dessous). Et enfin, plus rédhibitoire à mes yeux, c'est un film musical dans tous les sens du terme, et la musique est signée Francis Lai. Bon, quand on préfère la musique ‘indus', c'est un sacré challenge que d'assister à ce déluge de Francis Lai, compositeur dont, pour le coup, je n'aime pas du tout, mais alors vraiment pas, la musique. C'est clair et net. Et pourtant, malgré tout, ça fonctionne. Lelouch, "cinéaste le plus ringard et le plus stupide de France" selon la légende urbaine, n'est pas un manchot complet. LE COURAGE D'AIMER est tourné en vidéo haute définition (sur la même caméra que Michael Mann pour COLLATERAL me dit Bernard RAPP). Ce n'est pas un crime bien sûr. Et si jamais vous allez voir ce film et LES POUPEES RUSSES de Clapisch, vous verrez, de près comme de loin, il n'y a pas photo, si j'ose. LES POUPEES RUSSES est d'une laideur repoussante, et le Lelouch, et là c'est évident, est beaucoup plus composé et photographié, plutôt avec goût, ce qui fait toujours plaisir dans le cinéma français. Lelouch sait jouer avec le rendu "35mm" et le rendu ouvertement vidéo. Il en joue avec un certain charme, dévoilant quelquefois, je trouve, des choses assez splendides comme ce reflet bleu tout à fait anti-naturel mais très beau sur les dents et le micro de Maïwenn lors d'une scène de chanson dans la boîte de jazz. Premier bon point.
 
Le montage est plutôt alerte, et est conçu comme un parti-pris de mise en scène. On sait (c'est dit dans le film par Lelouch lui-même), que le Claude adore "les histoires". Il n'empêche. Son film se construit plus dans le montage des séquences que dans la continuité scénaristique, ce qui est tout à fait à son honneur et, une fois de plus, fait beaucoup de bien dans un paysage cinématographique français complètement fermé ou presque, où le scénario est roi (avec son cortège funeste : les "idées", presque toujours réservoirs à clichetons et à lieux communs), et où par conséquent les réalisateurs croient encore qu'un bon film, c'est d'abord un très bon scénario. Rien n'est plus faux bien sûr, mais le mythe a la dent dure (et voilà comment les réalisateurs français, trop souvent, oublient de faire de la mise en scène au profit de l'histoire !). Ici donc, rien de tout ça, le déroulé de l'histoire se fait par couches de rythmes et presque jamais par évolution narrative logique (un point A menant un point B, système proscrit ici). L'histoire, c'est le montage, et le montage est une question de rythme et de mise en scène. Le scénario s'écrit encore en salle de montage pour ainsi dire ! Ça fait du bien ! Et le contenu n'en est que plus valorisé, au final. Lelouch, bien sûr, charge la mule, n'y va pas avec le dos de la cuillère. D'aucun auront déjà trouvé son "histoire" chargée, mais l'aspect musical de la chose (la musique est quasiment omniprésente), l'étrangeté et finalement l'originalité de la narration forment un socle bizarre, étranger pour ainsi dire, mais diablement solide, qui donne au film une véritable sensualité et une originalité étonnante. Rien que pour ça, réussi ou pas, bravo !
 
Un sujet, une histoire, une narration, une précision et une lecture des sentiments qui se fait par le montage donc. Le cadrage est assez joli, mais un peu en dessous. Lelouch fait énormément de gros plans, encore et encore, jusqu'à plus soif et au-delà, comme un Jess Franco fait des zooms, avec un systématisme qui ne peut être que réfléchi, pour le meilleur et pour le pire, même si on pense souvent au pire ! Le rythme du film est si particulier que "ça passe" presque. Mais dès que Lelouch écarte le plan, dès qu'il place un plan ne serait-ce que rapproché, ça a tout de suite un autre souffle, et ça assure drôlement. C'est pour moi le gros défaut du film que ces gros plans. Lelouch sait cadrer, et c'est d'autant plus dommage. Son film aurait été sans doute magnifique si, en plus du jeu de montage et de narration, il avait introduit cette sacrée variable qu'est l'échelle de plans. [Une petite pause ici. On remarque que ces plans plus larges ne sont pas disposés n'importe où cependant. Il s'agit souvent des scènes les plus mélos, les scènes de cinéma (le film joue aussi sur la mise en abîme, puisque Lelouch joue dans le film son propre rôle, et on le voit en train de monter son projet de film ! Il n’y va pas par le dos du tractopelle, le malicieux !) C'est très curieux. S'il avait gardé ce principe pour disséminer des plans de cinéma dans la narration des parties "réelles", comme un jeu d'indices ou de chausse-trappes, voilà qui aurait été diablement intéressant !]
 
Pour le reste, il y a aussi de belles choses. Malgré mon aversion pour Francis Lai, désolé, l'omniprésence de la musique a joué pour moi un rôle de décalage et d'étrangeté supplémentaire. C'est vraiment pas mon truc, mes goûts musicaux sont carrément autre chose, voire même opposés. Malgré tout, tout cela est très mixé et certains passages sont assez fulgurants grâce au son, notamment ces bruits abstraits que Lelouch place sur les rares plans pas envahis par la musique (comme les passages avec Ticky Holgado). Ces bruits sont très beaux.
 
Reste le contenu et les acteurs. Là encore, et Lelouch peut le prendre comme un compliment, voilà un univers qui m'est complètement étranger ! Mon univers a plus d'affinité avec Sokourov, Von Trier ou Greenaway, et même Robbe-Grillet (le cinéaste !) que Lelouch, et de très loin. Bien souvent, ses propos sont pour moi proches de la bouillabaisse indigeste, et certaines marottes (comme ses histoires de réincarnation dans la BELLE HISTOIRE !) me semblent assez imbuvables ! Malgré tout, ici, et encore une fois malgré nos différences d'univers entre lui et moi  (raison pour laquelle ce paragraphe est un gros bisou et un compliment !), Lelouch avance plutôt franchement sur un terrain qui n'est pas dénué d'intérêt.  Très curieusement, je n'ai pas pu m'empêcher, pendant la séance, de rapprocher ce film de LA FIDELITE, un des chefs-d'œuvre de Zulawski. Toutes proportions gardées bien entendu, mais très certainement et sans aucun doute. LE COURAGE D'AIMER reprend un peu, et un peu seulement, cette thématique de la fidélité à la Princesse de Clèves, mais ici sur un versant plus lumineux, plus mineur et moins hystérique bien sûr. Les sujets se ressemblent malgré tout comme deux cousins éloignés de la même famille. On ne boxe sans doute pas dans la même catégorie, et pourtant... C'est la fidélité dont parlent les deux cinéastes. Et ce double-programme totalement incongru est assez passionnant. On pourra reprocher à Lelouch de nager dans une sorte de mélo un peu béat. Personnellement, je ne lui en ferai pas le reproche, même si je peux comprendre que, pour beaucoup, cela peut être irrémédiablement répulsif ! Lelouch, comme Zulawski dans une autre nuance, ne se cache pas et avance avec une belle franchise. Ce qui l'intéresse, c'est le mélo et le drame. Mélo avec un grand M, même ! C'est ça qui l'intrigue, c'est ça qui le fascine. Et le bonhomme n'est pas dupe. Il tend à nous faire prendre un drôle de chemin en nous préparant une fausse piste, celle du personnage de Massimo Ranieri, comme une espèce d'autoportrait de l'artiste (compagne artiste et jeune, succès / insuccès, etc.). C'est une fausse piste. Une sorte de théâtralisation. Le vrai autoportrait du film se trouve dans le personnage de Michel Leeb. Et c'est assez touchant. Lelouch se voit comme un marchand de pizza. Il ne fait pas dans la nourriture noble. Ce n'est pas du caviar. Il fait dans le commun et la nourriture de base. Bien conscient d'être un réalisateur populaire, c'est en effet dans le portrait de l'industriel Leeb qu'il faut voir le bel aveu de Lelouch. Il travaille sur un matériau populaire ! C'est assez beau. Et c'est là aussi qu'est la clé du film, notamment pour les gens qui, comme moi, sont très éloignés de l'univers du bonhomme !
 
Notons également que ce film n'est jamais un règlement de compte. Lelouch n'a pas attaqué, comme certains ont sûrement dû le penser, la critique ou l'industrie qui le fait vivre. Sans illusions, il a retenu la chose la plus importante, qui ne répond pas justement à cette polémique autour des PARISIENS (chose qu'il semble avoir dépassée) : le succès ET l'insuccès vous tombent toujours dessus pour de mauvaises raisons ! Règle N°1 qu'il est assez touchant de voir répétée ici. C'est classe. En tout cas, Lelouch comme fournisseur de pizzas, voilà un parti pris assez touchant. [On notera aussi la très belle scène comportant ce plan monstrueusement généreux sur la morve au nez de Maïwenn ! Ça, monsieur Lelouch, c'est sublime !]
 
Le film se déroule donc en loucedé, avec quelques chausse-trappes bienvenues. Notamment parce que Lelouch n'hésite pas à faire imploser son film. Il apparaît à brûle-pourpoint dans une histoire où il n'a rien à faire, et dévie ainsi son film (casse son jouet une première fois, en quelque sorte) de sa trajectoire semble-t-il programmée, en introduisant la fameuse mise en abîme. À ce moment là, on se dit, "mon petit père, je te vois venir avec tes gros sabots !" Là aussi, belle surprise, ce système complètement mélodramatique de mise en abîme comme facteur de déviation, Lelouch va le casser aussi ! C'est vraiment un insolent ! Et tant mieux.  Mettant en abîme la mise en abîme, il la brise avec un joli courage ! C'est assez gonflé. Au delà de cette mise en abîme cassée, le film devient autre. Prenant le risque de faire fuir son spectateur le plus convenu, il s'avance vers  une voie encore plus personnelle, toujours pour le meilleur et pour le pire, et met son propre film en péril. Du coup, le métrage  gagne en expressivité, et Lelouch se rapproche sans cesse plus de son propos, creusant encore et encore sa notion de fidélité. C'est assez beau et ça renforce complètement l'aspect subjectif, voire fantastique, de sa mise en scène. Et le voilà, le vrai défi de Lelouch 2005 : faire un plat populaire mais fantastique... et surtout baroque. On ne peut plus baroque ! Je te fais une histoire plus lelouchienne tu meurs, puis je te montre l'échafaudage, puis je le démonte. En cela, Lelouch se montre terriblement ambitieux, et sa prise de risque fait plaisir à voir. L’évidence est là : le bonhomme est un cinéaste généreux et plutôt aventureux, n'hésitant pas à faire prendre à son public des chemins de traverse, et à l'emmener sur un autre terrain, plus abstrait ! Je vais me répéter : vu le paysage cinématographique français, qui ne prend jamais aucun risque ou si peu, CHAPEAU BAS !
 
Les acteurs sont, euh.... lelouchiens ? C’est encore une fois un casting des plus improbables. Maïwenn (sœur d’Isild Le Besco) est complètement splendouillette et improbable, une espèce de monstre qui vous plonge dans un délicieux mouvement de fascination / répulsion. FREAKS à elle toute seule. Le mammouth passe dans le magasin de porcelaine, renversant quelques tractopelles au passage, mais très curieusement, et je ne sais par quel miracle, ne casse aucune porcelaine ! Bizarre, étrange et insupportable, elle est un plaisir masochiste dont Lelouch sait tirer parti. Pourquoi pas ? Mathilde Seigner, que j'ai pas mal esquintée ici, est vraiment formidable de bout en bout. Strange, dear, but true, dear, c'est ici, chez Lelouch, qu'elle nous rappelle la formidable actrice qu'elle peut être. On aimerait là voir plus souvent avec cette passion. Elle mérite mieux que TOUT POUR PLAIRE. Michel Leeb est vraiment impeccable. Quelques périodes de sur-jeu, mais très bien mis en valeur par Lelouch dans son montage. Le choix est d'autant plus pertinent que Leeb est placé en face d’Arielle Dombasle, dont il est souvent de bon ton de se moquer (malgré son excellent travail, quasiment chorégraphique, récemment chez Ruiz). Bon point pour elle aussi, qui se lâche avec entrain. Ticky Holgado, pour la première fois et donc la dernière, me paraît très bon, quasiment sobre. Dans les seconds rôles, il y a du bon et de l'improbable, et je m'en veux personnellement d'avoir loupé Richard Gotainer et Agnès Soral. Où se cachent-ils ?
 
Alors oui, il est de bon ton, dans les salons ou dans les usines, de se moquer de Lelouch. Il n'empêche que le cinéaste, loin d'être dupe, se revendiquant espèce d'Idiot (i majuscule), sait où il se trouve, prend des risques très beaux et se démarque complètement dans le paysage français. Il ne satisfera sans doute personne, ni parmi ses fans, ni parmi ses détracteurs, bien souvent stupides malheureusement, mais une chose est sûre : sans conteste, Lelouch trace un chemin personnel, et a complètement intégré la notion de grotesque qu'on lui reproche souvent (complètement à tort, donc). Il n'y en a quand même pas beaucoup en France qui prennent le risque de faire de la mise en scène, et qui plus est, des narrations personnelles : Ruiz, Blier, Zulawski, Haneke, Cavalier, les époux Straub... [NB : je ne compare pas ceux-là à Lelouch en termes de qualité ; je pense d'ailleurs qu'ils ne jouent pas dans la même division.] Y en a-t-il assez pour qu'on ne puisse pas les compter sur les doigts de la main ? Pour le meilleur (ici) ou pour le pire (LA BELLE HISTOIRE), il faut être sacrément vicieux dans ce contexte pour taper sur Lelouch simplement par principe et de manière systématique. On peut, bien sûr, ne pas aimer, mais le gars fait quand même de la mise en scène, place la barre haut et il est simplement malhonnête de ne pas le reconnaître. Pour ma part, je pense que le bonhomme en a encore largement sous le pied (notamment quand il fera moins de gros plans), et que les films suivants vont être passionnants à observer, maintenant que Lelouch se retrouve seul avec lui-même et son cinéma, maintenant que plus personne n'espère plus rien. Lelouch, sans peut-être le savoir lui-même, est un des cinéastes les plus libres de France. Il serait temps désormais de faire preuve d'un peu d'honnêteté à son égard.
 
Calculé et improvisé, sérieux et roublard, passionné et modeste, LE COURAGE D'AIMER n'est pas un film de plus. C'est tout ce qu'on lui demande.
Passionnément Vôtre,
Dr Devo.
PS : Je n'ai pas parlé de la scène de la voyante "par les yeux" ! Que c'est beau !
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Publié dans Corpus Filmi

Commenter cet article

Bernard RAPP 05/07/2005 12:43

Yeeeppeeeeeeeh, c'est repartiiii!

Le Marquis 05/07/2005 12:37

Peut-être, mais je ne sus pas !

Bernard RAPP 05/07/2005 10:29

La meute aura beau grogner, la caravane du docteur Devo passe. Tenez bon Dr. VOUS êtes dans le vrai de votre subjectivité et personne n'a de leçon à faire à personne sur ce point.

En sus, ce film de Claude Lelouch est assez formidable. (Et vlan, j'assène un nouvel argument d'autorité et c'est reparti pour un tour. Au fait où est Léon?)

Dr Devo 05/07/2005 08:13

Mon article est complétement sincère et c'est même pas de la pub! Bon je vais chercher un aspro et je vais me recoucher!

Dr Devo

mélaine 04/07/2005 16:32

pas du tout, ça à l'air fantastique com' méthode, génialissime. merci tournevis de m'avoir fait découvrir un auteur que je connaissais pas vraiment en fait.