20 JOURS SANS GUERRE, d'Alekseï Guerman (1976-Russie) : Deux "tu l'auras" valent mieux qu'un train...

Publié le par Dr Devo

[photo : "L'important, c'est de tirer" de Dr Devo et Mr Mort

d'après une photo de la snipeuse russe Lyudmila Mikhailovna Pavlichenko (1916-1974)]

 

 Chers Focaliens,

On nous pose souvent la question lorsqu'on nous reconnaît dans la rue, sur le marché, le samedi et le dimanche : "Ça se passe comment, une bonne soirée vidéo chez le Marquis ?". Ce à quoi je réponds que, bah, finalement (avec la voix de Philippe Noiret !), ça se passe le plus naturellement du monde : le Marquis sélectionne une petite pile de 60/70 films qu'il sait que je n'ai jamais vus, je choisis un machin, et hop, on ouvre le tiroir du lecteur dévédé, et c'est parti pour un tour, c'est pas sorcier.

Une fois n'est pas coutume, c'est moi qui ai amené hier le premier film ! Il s'agissait d'un dévédé qui avait été offert à l'équipe de ce site il y a quelques semaines lors des célébrations du second anniversaire ! Nous étions très émus qu'on nous ait envoyé un film ! Saluons dès lors le responsable, notre ami le Repassant ! Il était normal que j'attende d'être en présence du Marquis pour regarder la galette, à savoir 20 JOURS SANS GUERRE d’Aleskeï Guerman, réalisateur russe à la carrière réputée mais assez dépouillée : 4 films depuis 1971 et un actuellement en préparation (un film de SF !). Il est assez dur de voir les films du réalisateur de KHROUSTALIOV, MA VOITURE, et on ne peut donc que saluer la sortie de la galette chez Bach Films.

Un homme d'une quarantaine d'année, interprété par Yuri Nikulin (ici à contre-emploi, puisque l'acteur était un des clowns les plus réputés du Cirque de Moscou) est soldat et journaliste pendant la seconde guerre mondiale. Il revient de Stalingrad où il a dû assister au terrible siège. Lessivé par les combats et les années de guerre, il se voit accorder une espèce de permission qu'il va passer dans une petite ville. Là, il revoit sa femme et règle son divorce. Cette dernière s'est remariée avec le patron du théâtre local. Il en profite aussi pour rendre les affaires d'un de ses camarades mort au front à sa veuve, opération qui tourne au fiasco. Et finalement, il finit par croiser une femme seule, costumière au théâtre justement, avec qui il passe quelques instants. Yuri a 20 jours de permission devant lui. Il découvre un pays marqué mais qui vit à un autre rythme que sur le front. À l'occasion de l'adaptation d'un de ses textes au cinéma, Yuri découvre que les gens ont une idée assez floue de cette guerre qui le hante, lui,  de manière lancinante. Yuri tente de profiter de cette permission tant bien que mal...

Et bien voilà un objet bien singulier que ce film qui, d'entrée de jeu, annonce son étrange couleur. Ça commence par une longue scène de plage, après une bataille (un flash-back en fait). Une action faite de plans longs ou alors très découpés au contraire, et un son tout à fait étonnant puisqu'il s'agit d'un film entièrement post-synchronisé, où l’on entend certains bruits annexes mais pas tous. Exemple dans cette scène de plage où l’on entend les voix des personnages bien sûr (mais post-synchronisées donc), des bruits de bombe pendant l'attaque aérienne, mais pas le bruit de la mer par exemple, alors qu'on a le nez dessus, ou pas de bruits de pas, ou pas de cliquetis de l'arme qui vient frotter contre le gros sac, etc. Ce dispositif de sonorisation partielle courra tout au long du film. Mais dans cette scène d'introduction, puis dans la séquence qui suit (le voyage en train), le dispositif est particulièrement impressionnant car en plus, il y a un jeu de présentation du système, avec notamment des lignes de dialogues qui commencent puis disparaissent en fondus alors que les personnages à l'écran parlent encore ! Ça et le choix de reprendre ou pas telle ou telle ambiance sonore, ça fait bizarre et c'est très efficace. Dans l'intro de la plage, il y a en plus un homme qui parle, et dont le dialogue finira par se désynchroniser de l'image (dans le même plan-séquence !) pour qu'enfin on s'aperçoive que ce n'est pas vraiment le personnage qui parle en "son-ON" mais que c'est le narrateur ! (Konstantin Simonov d'ailleurs, dont la nouvelle est ici adaptée !). Ce narrateur-personnage devient personnage ensuite d'ailleurs, mais inscrit le film dans la perspective du récit. On verra d'ailleurs que Guerman s'attachera beaucoup à "situer" la narration justement. Beau son en tout cas, utilisé et mis en scène ce qui est déjà un exploit, et de manière plutôt audacieuse et parfois (assez souvent même) assez belle. En tout cas, les dix premières minutes sont extrêmement dépaysantes.

Côté image, ce n'est pas non plus la misère loin de là, même si les choses sont moins constantes, en quelque sorte. Vu l'édition du DVD, on dirait que c'est un joli format 1.66. [Format que j'aime beaucoup et qui est largement en voie de disparition. Dans quelques années, on n’en parle plus.] La photo est due à Valeri Fedosov, et elle est assez belle, pouvant être tour à tour assez réaliste ou au contraire plus fantastique comme dans de nombreux plans intérieurs (séquences finales, arrivée au théâtre, arrêts en gare dans l'introduction, ou encore le départ des soldats dans la ville endormie en fin d'après-midi, ou aussi le plan où apparaissent les titres). Plus la photo est sombre, très souvent, plus elle est originale. Le cadre est très souvent beau, voire ça et là vraiment magnifique. Il représente d'ailleurs bien le film et son modus operandi : parfois très lyrique sans avoir l'air d'y toucher et quelquefois plus terre à terre. Bizarrement, si Guerman adore utiliser les lieux et les habitants qu'il croise lors du tournage, l'occasion faisant le larron en quelque sorte, c'est parfois dans ces moments que le film paraît le plus dépaysant et atypique. Mais pas tout le temps ! C'est aussi là que sont les plans largement plus banals. Puis, à environ 45-50 minutes du début (à la louche !), petit changement : certains plans apparaissent plus maladroits, voire quelques-uns vraiment pas beaux du tout. Voilà qui saute aux yeux dans un ensemble de fort belle qualité avec des pointes régulières vers des choses magnifiques, et quelquefois assez renversantes. C'est notamment aux alentours de l'après-midi que Yuri passe avec Lyudmila Gurchenko (ici dans le rôle de la costumière) que le cadrage, voire la photo, deviennent bizarrement bancals. Il y a notamment un tunnel de cinq minutes cadrées de manière systématique (personnages découpés 15cm en dessous des épaules en légère plongée, avec arrière plan très large et ciel au deux-tiers), cinq minutes vraiment pas belles du tout, presque indigentes, et indignes du reste du film (c'est le passage qui se situe à partir de la scène où Yuri et Lyudmila fument une cigarette, accroupis près du tas de fumier...). Ensuite, des plans plus faibles seront toujours présents mais jamais aussi maladroits et toujours entourés de choses très belles. Le tout donne, après 45 minutes de film donc, un ensemble un peu disparate, plutôt bizarre et inexplicable. Ceci dit, même à la fin du film on trouve encore des cadrages très lyriques (la scène au petit matin devant la maison de Lyudmila).

Curieusement, et malgré les percées vraiment étranges de certains plans, Guerman, et pourquoi pas d'ailleurs, ne choisit pas son camp. 20 JOURS SANS GUERRE est formellement (dans le sens, c'est une autre affaire, c'est plus compliqué), un travail de composition, et pas forcément de reconstitution. On est assez loin de la fresque historique : peu de scènes de guerre, et quand elles arrivent malgré quelquefois des moyens conséquents, les choses sont faites plutôt avec goût d'ailleurs, de manière très elliptique et subjective, donnant à certaines d'entre elles une force impressionnante à caractère quasiment fantastique, étrange ou absurde (très belle scène de la photographie suivie du bombardement). On est donc très loin des représentations classiques de la guerre. On imagine que cela a pu déranger l'U.R.S.S. de l'époque : un film de guerre sans guerre, plutôt lent, mais non plus dénué de sensations, voire de sensualité. Voilà qui devait être, j'imagine, assez étrange. Malgré tout cela, le film a un côté ouvertement "sur le vif", et donc reconstitution, mais pas à costumes, justement. On est dans les choses banales et non spectaculaires. Et on serait bien embêté de dater le film, ce qui est bon signe. Guerman s'attache notamment à filmer les visages russes, souvent amateurs, ou à reconstituer des images faisant partie du patrimoine vécu (le contrechamp dans le discours de l'usine qui est quasiment la reconstitution des photos d'époque !). 20 JOURS SANS GUERRE, vous le comprenez, est donc un film très étrange à décrire ! On est à la fois dans le terre à terre absolu, dans une certaine simplicité qui ne sombre jamais vraiment dans la sécheresse, et d'un autre côté on a des plans, des sons et des nuances de narration qui tirent le film vers une fabrication plus expressionniste, voire plus fantastique comme le montrent les plans en travelling sur les véhicules (train, charrette, etc.) souvent bizarres et marquants. Et la photo est belle très souvent. Et le son, encore plus, est très troublant ! On est donc devant un film aux charmes étranges.

De mon côté, plusieurs choses m'empêchent d'y adhérer complètement. La narration, pourtant élégamment amenée dans la première bobine du film par la voix narratrice notamment, me paraît bien balisée et bougrement linéaire, au moins en apparence (ceci dit, c'est le cas de quasiment tous les films à part un PERSONA et un FIRE WALK WITH ME de temps en temps ! On a vu largement pire et il faut placer ma remarque dans le contexte admirable que j'ai décrit précédemment). Pas de vertige subjectif, et sans doute une certaine méfiance plus ou moins consciente envers la puissance lyrique de la mise en scène dans la combinatoire de ses jeux d'effets (et non plus dans les éléments pris individuellement). On a l'impression que Guerman en a largement sous le pied. Même si on comprend qu'il ne veut pas faire de l'ultra-impressionnant et du baraqué qui déchire sa mère tout le temps (comme dans l'explosion du bâtiment, dans la scène de photographie), il est un peu timide quand même. Alors qu’au détour d'un plan plus intimiste (une fête, un repas, un plan dans une maison...) il peut révéler une expression également étrange et personnelle, on a quand même l'impression que le réalisateur en est tout à fait conscient et qu'il en a peur. C’est peut-être la peur d'emmener le film en territoires inconnus, dans des no man's land un peu plus étranges. Guerman côtoie ce territoire très régulièrement tout au long du film, mais refuse d'y pénétrer totalement et c'est bien dommage. Il préfère privilégier l'aspect "documentaire accidentel" et l'aspect banal de son dispositif, notamment sur le plan narratif. Il sait alors qu'il peut conserver un univers à plusieurs degrés de lecture grâce aux rappels nombreux qui nous sont faits sur la nature "récit" de la narration, "récit" et même "récitS" devrais-je dire. Le jeu pour Guerman c'est de multiplier les histoires, souvent séparées les unes des autres, souvent à des niveaux séparés de parole (récit rapporté, récit de mémoire, récit littéraire, récit de conte, récit amoureux, discours de propagande, reconstitution de la "réalité" dans le récit poétique (cf. le plateau de tournage), etc.). C’est le réseau de ces récits entre eux qui va créer la signification du film et son univers à travers une série de parallèles, de mises en abîme plus ou moins fabriquées, d'allusions, de jeux de métaphores ou de personnages qui se répondent, de répétitions de situations dont la valeur varie selon le contexte, de personnages jumeaux séparés dans la narration, de résonances, etc. C'est ça qui intéresse Guerman, c'est le Récit. Dans ce sens, le film, malgré les ÉNORMES partis-pris formels dont j'ai parlé plus haut (et qui placent le film largement au-dessus de la masse en général, et des films de l'Est en particulier ; c'est quand même du cinéma et pas du Nikita "Ivory" Mikhalkov), reste quand même un peu inféodé, à mon sens, à la littérature dont il est issu ! C’est dommage. Du coup, les véritables audaces formelles ont bien du mal à s'incarner à mes yeux dans le langage spécifique du film lui-même, et dans sa mise en scène globale. C'est un peu sage. Du coup, le film n'évite pas, tout d'abord, beaucoup de choses prévisibles ou attendues, bien moins iconoclastes que le reste : interprétation de certains morceaux de bravoure (très traditionnels comme le récit de l'homme dans le train, très souligné et très conventionnel, la réaction de la femme au moment de la signature des papiers du divorce carrément mélodramatique et à mon sens, un des rares points hors-sujet du film, etc. Le reste de l'interprétation est plutôt sobre et bonne, au contraire), slavité des âmes slaves et russité du regard russe qui russise (la maman russe et son grand bébé de fils, scène de fête, accordéons spleenesques à n'en plus finir, top maximoume nosthalgia du fado orientale, hystérie soudaine puis calmes plats, et les fameux plans séquences quelquefois magnifiques du point de vue formel, mais souvent largement prévisibles et même attendus, vus et revus, lignes de dialogues elliptiques visant à la perte systématique et artificielle du spectateur pour mieux lui faire passer les éléments bêtement informatifs (et souvent redondants) de narration, etc.). Bref, du coup, ce sont ces toutes petites choses attendues, classiques, et über-russes qui émaillent le film et, à mon avis, en émoussent largement les effets, ET le sens qui devient très banal, et curieusement souvent très en deçà du Mystère qu'on croyait voir venir. Ce sont des petits clichés de fiction qu'on retrouve souvent dans les films de l'Est, même récents... Bah... Le plus embêtant pour moi étant les plans-séquences trop nombreux et trop attendus (je n'en aurais gardé que quelques-uns uns, les plus fantastiques, notamment celui de la mule). Ils sont attendus très souvent, préparés en aval et en amont et sont quasiment des routines. Ce qui est d'autant plus dommage que Guerman peut découper excellemment (ex : scène d'ouverture là aussi). Par ailleurs, le film a un tic plus mineur mais plus systématique : conclure énormément de ses scènes par un visage amateur "russisant", portrait très stylisé et maladroit. Leur placement est  identique quelle que soit la structure de la scène et c'est un tic un peu surprenant et gênant. [Ceci dit, là aussi, c'est du détail ; aux USA et en Europe, on fait le contraire après tout : on finit et commence toutes nos scènes par un plan de demi-ensemble informatif ! C'est pareil...]
Pas de quoi crier au drame, mais voilà qui minore à mes yeux, et a même tendance à taxidermiser un film qui par ailleurs a des qualités, et encore plus des partis pris beaucoup plus intéressants, intrigants et louables. Dommage, d'autant plus que du coup, le sujet prend des allures plus classiques, plus banales, et bien attendues (le Soldat rencontre, au sens fort du terme, la Femme seule mais il faut retourner au front !). Guerman est sûrement quelqu'un avec un énorme talent dont on ne voit ici que la partie malheureusement immergée. Voilà qui donne envie de voir ses autres films, car il est évident que le bonhomme a sûrement fait encore mieux. Et il y a déjà dans ce 20 JOURS SANS GUERRE intrigant assez de cinéma pour qu'on aille cherche plus loin. En espérant que le réalisateur se soit par la suite affranchi de ses propres chaînes narratives et illustratives, et qu'il ait enfin repris ses sujets en main, d'une main de fer et en laissant libre cours à son vrai et potentiellement très grand talent de mise en scène, ainsi qu’à ses déjà présentes et magnifiques audaces formelles qui mériteraient d'être bien plus que ponctuelles.

Merci encore au Repassant de nous avoir offert ce film !


Applaudissement Vôtre,


Dr Devo


PS : Bah, j’ai dépassé ! Je voulais vous parler des deux autres films vus dans la soirée... Encore loupé ! Et puis la dernière fois, je vous avais promis du film de zombies... Encore loupé !
Un petit truc formidable sur le DVD : la présentation des droits (« ce film ne peut-être diffusé que dans le cadre privé et familial selon la loi... ») est sublime et drôle ! Il s’agit d’un montage d’extraits du catalogue BACH FILMS détournés par les sous-titres ! C’est très malin, poilant et dix mille fois mieux que tous les prêchi-prêcha officiels et autres spots gouvernementaux débiles avec lesquels on nous assomme à longueur de temps (tabac, sida, écologie, cancer, violences domestiques, etc.). La plupart du temps, les spots sont nullissimes et affligeants de bêtise (« taper sa femme, c’est mal !» ou encore « arrête de tuer des enfants : dis non à la cigarette ! »). Si les Ministères confiaient la prévention à des gens malins et qui connaissent leur métier (et non pas à des ingénieurs en communication), ça serait quand même plus efficace. la preuve ici avec un sujet beaucoup plus ambigu que les accidents de la route ! [Car, grosso modo, à part JG Ballard, on est quasiment tous contre la Mort, la Maladie et les accidents de la route.] Alors bravo, bravo et bravo à cette initiative de BACH FILMS. Je note d’ailleurs qu’il faut que ce soit un petit distributeur qui s’attaque à un spot pour que ça fonctionne... CQFD... Et si les communicants arrêtaient de se vautrer dans l’argent public et de le gaspiller ? Bravo, bravo, bravo BACH FILMS !
Il y a autre chose de très intéressant sur le DVD de 20 JOURS SANS GUERRE : le bonus qui consiste en une présentation du film par un critique ou historien qui s’appelle Richard Delmotte. Ça dure cinq minutes, et le Marquis et moi avons éclaté de rire en voyant l’entretien. C’est vraiment symptomatique de la façon dont on commente, défend et officialise le cinéma en France. Et encore plus, c’est symptomatique de l’approche universitaire et critique de ce noble art ! [Je conseille à tout cinéphile d’ailleurs la visite dangereuse d’un cours de fac en filmo ! Toujours un grand moment !] Bref... Ce type parle sans discontinuer pendant cinq minutes et qu’apprend-on ? Rien... Que des chose inutiles, des anecdotes people, du superficiel total ! Alors ça oui, tu vas apprendre les pitchs de tous les films de Guerman, tu vas tout savoir de son Papa qui serrait la main à Staline... Ensuite petite explication du pitch (C’est un film qui raconte ceci.. » ou plutôt « c’est un film remarquable car il raconte ceci.... », ce qui en dit long), et puis... Rien ! Le vide galactique... À quoi ressemble le film ? Quelle ambiance s’en dégage ? Comment il est construit ? Donner une vague idée de ce que à quoi ça ressemble ? Non ! Pour quoi faire ! Et pourtant, dieu sait qu’il y a tant de choses à dire sur la façon dont est mis en scène le film ! Et encore plus, 20 JOURS SANS GUERRE est quand même drôlement singulier ! Bon, si vous avez le dévédé dans les mains, regardez aussi ça, car c’est bon de rire parfois, et puis criez après moi : « SORTEZ LE CLOWN ».

Ce sera le mot de la fin.
 
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Publié dans Corpus Analogia

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Wino 13/11/2010 02:52



Je me souviens de ces 20 jours sans guerre, vu au cinéma dans le courant des années 80. J'ai conservé longtemps l'affiche à peu près minutieusement décollée d'un mur avec toute l'épaisseur d'une
petite histoire du cinéma en affiche. De mémoire, elle était bien plus belle que celle de ce disque-là : déjà plus grande (important, ça), et puis le paysage de ruines était plus visible, enfin
je crois. Je ne sais plus où est cette affiche.


Je ne reverrai pas 20 jours sans guerre ailleurs qu'au cinéma. A l'époque, dans les jours qui ont suivi, je me suis demandé si je pourrais tenir 20 jours sans 20 jours sans guerre.



Le repassant 23/01/2007 18:55

A la revoyure sur un petit écran mon appréciation est tombée d'un cran, et grosso modo il y a peu de choses que je retirerai de la critique du docteur. Moyennant quoi effectivement, je pense que c'est un film à voir sur grand écran, et pas à la télé. Le traitement des noirs, notamment, pose énormément de souci, et les plans sombres ont une richesse beaucoup plus grande et expressive en salle. La scène de l'homme dans le train tombe à plat complètement alors que de mémoire elle est très forte graphiquement au cinéma, l'interaction entre la parole et le visage grave marche, à la toloche non. Sans parler des effets sur le son, sur la distance du son, dont le docteur parle très bien, qui sont magnifiés. Un truc m'embête, toutefois, c'est lorsque l'on commence à juger un film en sortant des arguments tels que "uber-russe", visages super-russes, etc. Même si ce n'est qu'une petite partie de la critique, je trouve qu'elle est assez fausse et prête à confusion. Docteur, les russes sont tels qu'ils sont, ils ont des visages de russes - surprise, hein, ils écoutent de la musique pour russe - beaucoup d'accordéon, ok - c'est pas non plus une asphyxie, mais c'est comme ça, lorsque vous trouvez qu'il y en a un peu trop, de tout cela, je crois que vous choqueriez Guerman qui vous reprocherait une lecture depuis la France un peu étriqué. Pour lui, il n'y a rien de plus que des visages de gens qu'il croise tous les jours, et je pense pas qu'il installe un visage particulièrement russe en cloture de plan de manière délibérée - dans quel but en plus, je vois pas trop. C'était mon petit bémol à la critique très juste par ailleurs, il en fallait bien un. Pour ce qui est de la partie mal cadrée, en dessous du reste, c'est un peu plus complexe que cela me semble-t il. Elle est moins bien taillée que le reste, n'aller pas croire que vous êtes devant "dans Paris", non plus, hein. Je crois surtout que Guerman expérimentait, on va dire des cadres très relachés, très fluides, décentrés, sans point accrocheur apparent, et que cela ne marche pas - en tout cas dans cette partie de l'histoire. Il y a un autre endroit où il en tente un qui marche mieux, c'est lorsque Yuri rend visite à la veuve, lorsqu'elle s'écroule contre la porte, la caméra hésite, ne centre pas du tout, semble être complètement désordonné, mais aura en fait très bien suivi son sujet. Il y a là un point sur lequel le docteur n'insiste pas assez, mais "indépendamment" du cadre, Guerman a un placement de caméra très particulier, disons qu'elle va circuler entre le personnage principal, celui ou celle qu'il rencontre d'une manière très dynamique tout en étant trompeusement chaotique - la forme des films de guerman rappelle parfois Cassavetes, sauf que chez Guerman je sais toujours pourquoi il le fait, chez Cassavetes non! et que l'on évite la plupart du temps le champ-contrechamp. J'imagine que le jeu avec les affectation de son dans ce chaos apparent a aussi son importance. Une dernière chose, avec le recul, je considère 20 jours sans guerre comme une répétition pour 'Mon ami Ivan Lapshin", que Guerman fera en 1984, qui rempli précisément toutes les intuitions que le Docteur émet dans cet article : le monsieur en a sous le champignon. Effectivement, il y a encore trop de récit dans "20 jours sans guerre", même si dire que Guerman est inféodé à ce récit me parait exagéré, en tout cas le récit perdra sa linéarité dans "Mon ami Ivan Lapschin". Ce dernier film est disponible chez Film sans frontière pour une fortune (25 euros), ne l'achetez pas, les transferts de Mr Moraviov  sont une honte, d'autant que le film en question joue, comme "Le miroir", de multiples types de teinte de pellicule, sépia, couleur, NB, et que cela demanderait un transfert numérique de haute qualité.

Le repassant 23/01/2007 18:54

Avant tout, on dit merci au docteur, d'avoir publié une critique aussi vite après avoir vu le film. Speedy Devo, faudrait l'appeler. Merci de permettre un petit coup de projecteur sur Guerman qui n'a pas droit en France aux mêmes campagnes de pub que Woody Allen, auquel il est pourtant largement supérieur - ça n'engage que moi mais c'est mon avis. C'était aussi le but avoué de ce modeste cadeau - rappelons le, ce film est au modeste tarif de 5 euros 90 chez les discounters, quand vous cognez 30 euros pour un Visconti qui ne vaut pas grand chose, Les damnés par exemple. J'ai découvert Guerman à l'occasion de la sortie de Kroustaliov ma voiture, petit chef d'oeuvre des années 90, rare film sur une période très trouble de l'Union soviétique, la mort de Staline. Film aux partis pris encore plus radicaux que ceux de "20 jours", film aussi mémorable par le déroulement de la séance à laquelle j'avais pu le voir : la bonne bourgeoisie téléramanophile n'avait pas supporté l'atmosphère oppressante du film, et surtout pas la façon dont il montrait le viol d'un prisonnier politique dans l'URSS de 1950. Un survol sympathique de la période, oui, mais des viols montrés de manière crument poétique, non. La moitié de la salle (la panoramique de l'Arlequin) s'était évaporé assez impoliment, dévoilant son véritable mépris pour un style qu'elle a pas l'habitude de voir : le réalisme politique (donner une image d'une période politique) magnifié par des détours poétiques et stylistiques hors du commun. Elle veut bien du Chabrol -l'Ivresse du pouvoir, elle veut bien halluciner devant la fin de 2001, mais un mélange des deux l'indispose. Petite variation importante pour aller vers deux aspects de la critique du docteur, l'un implicite, l'autre explicite : - Alexei Guerman inscrit clairement son oeuvre dans l'histoire politique de l'URSS, son oeuvre est du cinéma s'attaquant à des questions politiques et les traitant de manière poétique, c'est avoué chez lui, il ne l'a jamais nié. Nulle tentation de refaire Le miroir, ou quelque chose de ce genre. On peut être d'accord ou pas, je sais assez bien de quel coté penche le docteur, il faut aussi mesurer que dans le cas de l'URSS, cette dimension est une dimension un peu différente de celle qui a cour ici ; on n'y faisait pas du cinéma politique pour le plaisir de courrir les salons en prétendant "traiter du réchauffement honteux de la planète", ou pour se retrouver tranquillement assis à coté de Bernadette Chirac pour plaindre les soldats indigènes. Traiter de questions politiques ou historiques par le biai des films était un moyen de contourner la censure, en tout cas l'oppression politique, c'était un engagement de la personne, même si dans le cas de Guerman, fils d'apparatchik, l'affaire est sans doute très ambigue. J'avais adoré 20 jours sans guerre la première fois que je l'ai vu, dans la petite salle de l'Arlequin. L'arlequin est l'ancien cinéma  "Le cosmos", qui était spécialisée dans les années 70 dans la programmation de film russes et soviétiques. Avec la perestroika, c'est plus nécessaire de passer ces films, mais ils culpabilisent un peu de temps à autre, alors ils en ressortent un des tiroirs. Je plaisante, la programmation parisienne des films de Sokurov, guerman, tarkovski - un peu moins, paradjanov etc est une honte. Passons.