Jeunes Femmes, Jeunes Hommes,

 

Déjà deux articles sur les films art et essai, ou supposés tels, en cette nouvelle année. La moulinette de l'éclectisme broie tout sur son passage, et après Mathieu Almaric et son (beau) cinéma de chambre (voir article d'avant-hier), voici David DeCoteau et son cinéma de piscine!

 

DeCoteau est bizarrement quelqu’un d'attachant. J'aime bien ça. Réalisateur de séries B assez fauchées, lorgnant parfois sur le Z, David DeCoteau est un réalisateur d'oeuvrettes "direct-to-video", c'est-à-dire pas de cinéma mais de vidéoclubs et de chaînes câblées. C'est de l'exploitation pure et simple, et il a  travaillé longtemps pour le producteur Charles Band, prolifique figure néo-roger-cormanienne, qui ne produit quasiment que des films fantastiques ou d'horreur qui suivent l'humeur des box-office de Ligue 1 : quand ce sont les dinosaures qui sont à la mode, on fait du dinosaure. Quand c'est les tueurs à grands couteaux, on fait du Scream. Peu importe si on en a ou pas les moyens, on suit, et on remanie à sa propre sauce.

 

DeCoteau est donc un des plus prolifiques réalisateurs d'horreur et d'exploitation. Je me souviens avec émotion, il y a quelques mois, avec le Marquis (voir articles sur Vendredi 13!), avions regardé, en dvd à 4.90€, un de ses films. Final Scream. Bien sûr, un réhabillage de Scream, matiné du très amusant "Week End de Terreur", classique des vidéo-clubs des années 80.  "Final Scream" était édité dans une édition fauchée et déplorable. Pas de VO, et surtout un recadrage terrible qui faisait de la vision du film une expérience assez surréaliste (un bon tiers des plans cadrait des choses absurdes! Beaucoup de choses floues aussi...). Donc, une très mauvaise copie qui aurait normalement dû nous mettre de très mauvaise humeur. Mais notre surprise est venue d'un dispositif inédit de mise en scène, que, personnellement, je n'avais jamais vu ailleurs, même dans mes rêves les plus fous ! Imaginez... La caméra tanguait lentement à droite puis à gauche, dans un langoureux mouvement très appliqué, pendant TOUT LE FILM!!!!! Et là, la copie médiocre, le jeu exécrable des acteurs, et le reste, on s'en fout, je vous assure. Pas un plan qui ne tangue pas de droite à gauche, et ce film devient une des expériences les plus étranges que l'on puisse voir. Pourquoi, David DeCoteau a choisi ce strict mais incongru principe de mise en scène? Impossible de le savoir. Mais, par cet extrémisme, il gagnait une place près de Warhol ou de moi au paradis des cinéastes! (Moi je serais dans ce paradis, pour avoir réalisé la première comédie musicale muette de l'histoire du cinéma!). En conclusion, suite à la vision de ce "Final Scream", le Marquis et moi-même étions bien d'accord: DeCoteau est une sorte de petit artisan du bis, aux méthodes parfois bizarrement et délicieusement surréalistes. Un sympathique tâcheron en somme.

 

Mais revenons à "Leeches!" Tout d'abord, oh surprise, le dvd acheté par le Marquis à 5 ou 6€ est plutôt luxueux pour un film de ce genre et pour un DeCoteau : version originale sous-titrée, et tenez-vous bien (tenez-vous mieux!) FORMAT RESPECTE! A nous le cinémascope! Voilà qui est de bon aloi, et nous brûlons, bien entendu de voir ces sangsues maléfiques boulotter tout le monde...

 

Et bien les amis, "Leeches!" est une nouvelle fois une expérience assez étonnante. Tout d'abord, de par la mise en scène. Loin du tacheronisme auquel DeCoteau nous avait habitués, nous découvrons un sublime cadrage en scope, avec moult changements d'objectifs, beaucoup de grand angle, utilisation intelligente des éléments graphiques du décor (dans les scènes de douche par exemple, l'utilisation des motifs sur le sol, et l'utilisation du très lent mouvement d'appareil). La photo semble très réussie, autant que le ripolinage habituel des couleurs qui sert d'étalonnage dans le monde du Dvd nous permette d'en juger. En tout cas, pour cette fois, et j'espère que ce ne sera pas la dernière, c'est du bel ouvrage, et le Marquis, dans sa grande sagesse, déclare: "Maintenant c'est sûr, DeCoteau quand on lui donnera un scénario vraiment original dans les mains, ce sera quelque chose de superbe et remarquable!". C'est l'évidence. Car "Leeches!", avec peu de moyen réussit, pour une fois dans ce genre de production, à rendre un produit qui ne semble pas le moins  du monde fauché (à part peut-être pour les sangsues mutantes, un peu maladroites mais très bien utilisées). Si DeCoteau passait à la série A, il est évident que les gros machins genre "HellBoy" ou "I, Robot" (grrr....) auraient une autre classe. Je passe.

 

"Leeches!" se passe sur le campus d'une université américaine. Nous suivons un groupe de jeunes hommes qui sont tous dans l'équipe de natation. Ils s'entraînent tous avec pour objectif d'être prêts pour les prochains jeux olympiques. Bref, ça ne rigole pas du tout. Un d'eux, le capitaine de l'équipe qui répond au ridicule nom de Steeve-O, très crispant pour le spectateur de bon goût que je suis, vend des stéroïdes à certains membres de l'équipe. Tout ce petit monde va se baigner entre les cours dans la rivière. L'histoire doit se passer quelque part dans le sud ou en Californie, je ne sais plus, et il fait beau toute l'année. Profitons-en! Un des jeunes dopés finit, lors de ces baignades entre amis, à se faire lécher par une sangsue. Il part à douche, sans s'en rendre compte. La sangsue mute immédiatement sous l'effet des stéroïdes, s'enfuit dans le tout à l'égout. D'autres nageurs de l'équipe, dopés jusqu'à la moelle, font exactement pareil. Les sangsues, à force d'avaler les produits toxiques, grossissent, deviennent très grosses et très méchantes. Le massacre peut commencer! Voilà, c'est tout, c'est carré. Si vous voulez savoir ce que je pense du film, relisez le paragraphe précédent. j'ajouterai seulement que le scénario se suit tranquillement, gentiment astucieux, pendant trois bon quarts d'heure. Après quoi, ça se relâche, on tombe dans le rebondissement facile, et ça devient très classique. Ce qui est un peu dommage, car on pouvait penser que ça donnerait quelque chose de globalement plus original, pour des raisons que je vais évoquer dans le paragraphe suivant!

 

Et oui, pour vous expliquer la belle originalité de ce film, outre ses indéniables qualités plastiques, il faut revenir sur la personnalité de son réalisateur. Il y a quelques années, DeCoteau fait son coming out. Il est gay et fier, ce qui lui vaut un joli divorce à la clé (d'ailleurs, depuis, quand le prolifique réalisateur (cinq films par an en moyenne!) fait un film dont il n'est pas content, il le signe du nom de son ex-femme! C'est tellement génial, que je suis sûr que rien que ça, ça devrait lui valoir le paradis sans problème!). Depuis que son homosexualité est connue, les films de DeCoteau ont pris une autre tournure. On pouvait déjà s'en apercevoir dans "Final Scream", le film qui tangue, que j'évoquais tout à l'heure, mais ici dans "Leeches!", c'est à la puissance dix. En effet, les personnages du film sont tous hétéros bien sûr, et tous les personnages secondaires, ce sont les petites amies des nageurs. Mais DeCoteau ne fait qu'une seule et unique chose : filmer le corps imberbes de ses acteurs. C'est flagrant dès la première scène où un des nageurs s'apprête à faire une longueur dans le grand bassin. Et que je panote, et que je travelling, et que je cadre et recadre ce beau corps d'athlète. (La scène est d'ailleurs très longue et par un petit maquillage bête comme chou à la fin, on s'aperçoit que c'est un cauchemar, ce qui est très efficace). Ça ne va pas arrêter pendant tout le film. Acteurs en boxer, acteurs sous la douche (le sujet s'y prête!), acteurs qui se changent ("Attends, je change d'habits et je te rejoins"), acteurs qui font la sieste après l'entraînement, langoureusement allongés sur leur lit, acteurs qui batifolent ensemble dans la rivière, etc... Ça ne s'arrête jamais. C'est évidement très incongru dans le contexte hétéro-normé hollywoodien. On a très vite une grande impression de surréalisme. Dans une oeuvrette de commande telle que celle-ci, on s'attend à ce que rien ne dépasse, rien n'émerge. C'est d'autant plus étonnant. DeCoteau est le seul réalisateur "grand public", si on peut dire, à filmer ainsi ses acteurs. Les actrices, elles, n'ont aucune scène sensuelle ou presque.  On peut même rajouter, je crois, que DeCoteau finit par filmer ces acteurs avec plus d'insistance et de sensualité (il faut le reconnaître) que s'il avait été un réalisateur hétéro filmant ses actrices. C'est vraiment très étonnant à l'écran, même si ça ne paie pas de mine de l'écrire! Le film devient donc très sensuel, sans être érotique. Les sangsues du scénario ne sont en aucun cas une métaphore de quoi que ce soit, et le film reste un film d'horreur. Mais, DeCoteau n'en raconte pas moins deux histoires. Celle des sangsues et celle qui raconte, avec insistance, la fascination du réalisateur devant la plastique parfaite de ses acteurs.

 

Etonnant, non? Malheureusement quand nous avons vu le film avec Le Marquis, aucune femme n’était à nos côtés et c'est bien dommage. Ils auraient été intéressant de voir comment elles voyaient un film si étrangement surréaliste, en inversant et accentuant une seule norme du cinéma pour teenagers.

 

 

 

Etonnement Vôtre,

 

 

 

Dr Devo

 

 

 

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Samedi 8 janvier 2005 6 08 /01 /Jan /2005 00:00

Publié dans : Corpus Analogia
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Commentaires

Bonne année, messieurs les policiers.

Je suis Dieu.

Commentaire n°1 posté par Le Marquis le 08/01/2005 à 15h44

Et moi je suis la doctoresse dévote.

Commentaire n°2 posté par Spn Excellence et (Sa) Modestie le 10/01/2005 à 22h41

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