CULTUS, de Paul Ziller (Canada, 2003) : Il n'est pas frais mon poisson ?

Publié le par Dr Devo


[Photo : "Big Tuna Beach (C'est dans la Boîte)" de Dr Devo d'après une photo de la comédienne Chelan Simmons]

 

 

Chers Focaliens,

Aujourd'hui, au delà du cadre de notre communauté (d'esprit ?), je vise l'International. Car au delà de quelques blogs ou sites ultra-spécialisés, qui vous parlera du film CULTUS de Paul Ziller ? Hein, qui ça ? Allez, en route...

[Mesadmes et Messieurs, applaudissez encore une fois l'Introduction la plus Courte du Monde !]

Cultus, sorte de Ploucville, CanadUSa. Une ville moyenne située au bord d'un sublime lac, avec de grandioses montagnes derrière. Des forêts à perte de vue. Sa place, ses commerces, marché le mercredi et le samedi, messe le dimanche à 10h30. Et il ne se passe quasiment rien ici, c'est cool. Et puis, ça dérape. Un vieux pêcheur meurt dans le lac, et son cadavre complètement mutilé pose une énigme : qu'est-ce qui a bien pu faire ça ? Bruce Boxleitner (j'y reviens), shérif d'une cinquantaine d'années élevant seul sa teenageuse, est très embêté. Le légiste lui annonce la couleur très vite : c'est sans doute un alligator ! Un alligator ici ? Au nord du pays ? Voyons, Doc, vous plaisantez ? Bah... J'en sais rien moi ! Pour en avoir le cœur net, on demande à l'État d'envoyer un responsable régional de la Faune et de la Flore. Et pendant que celle-ci, Carol Alt (habituée à la série C d'action et fantastique dans le genre qui nous occupe aujourd'hui), arrive à la ville, quelques autres personnes se font également boulotter par le truc qui mange des gens dans le lac. C’est notamment le cas du très splendouillet Ryan McDonell (vu dans le HOMECOMING de Joe Dante paraît-il, et sorte de sous-Josh Hartnett du pauvre) qui n'est autre, enfin n'était autre, paix à son âme, que le petit copain de la fille de Bruce Boxleitner, l'ineffable Chelan Simmons (un nom de star académiste ça ! voir photo ci-dessus), sorte de version tiers-mondiste de Tara Reid ! Voilà qui plonge tout le monde dans le drame, et qui met la pression. Carol Alt, la belle biologiste de 40/45 ans mais toujours superbe, est formelle : le "machin" qui boulotte les gens dans le lac, c'est un "snakehead" ! Bon là, il faut que je précise que les responsables de la VF (obligatoire sur ce DVD, bien sûr) n'ont pas traduit le nom du poisson. Si quelqu'un sait, qu'il nous poste un petit commentaire. Mon Dieu ! Un snakehead ! Voilà une bien mauvaise nouvelle pour les habitants de Cultus ! Car, en effet, il y a quelques années, le lac a été envahi de poissons snakeheads qui, du coup, ont complètement fichu en l'air l'écosystème du lac, ruinant notamment les pêcheurs locaux (et donc la modeste industrie locale). Et ça a été un vrai casse-tête pour en venir à bout, à tel point qu'il a fallu empoisonner les snakehead avec une substance spécifique. Et quand on habite Cultus, revoir le poisson qui a causé la chute économique du patelin et dont on a eu tellement de mal à se débarrasser, c'est une sacrée mauvaise nouvelle ! D'autant plus que la belle Carol est formelle : il ne s'agit pas d'un snakehead normal (de la taille d'un saumon, disons...) mais d'un snakehead qui doit faire une taille hallucinante ! C'est pas gagné pour Bruce qui veut du coup faire interdire l'accès au lac, contre l'avis du maire, toute ressemblance avec un poncif emprunté à une grosse série A à succès étant totalement fortuite !

CULTUS fait partie de ce genre qu'affectionne particulièrement le Marquis, et qui est le plus proche descendant direct d'un type de films aujourd’hui disparus : la petite série B pour le cinéma. Mais depuis les années 90, tout ça, c'est fini ! Le cinéma fantastique et d'horreur a connu une période à vide, puis s'est refait une santé au cinéma, souvent opportuniste et avec gonflement des moyens qui en font plus ce qu'on appelle  des "films indépendants" (c'est pudique !) que des petits machins de série B comme jadis. Et tous les autres (thriller du type Hollywood night, sous-Van Damme, etc.) s'est retrouvé à vivoter dans le direct-to-video, la division d'honneur. Et dans cette catégorie à laquelle appartient CULTUS, il y a les "films de monstres mutants" comme je les appelle. Grosso modo, c'est le genre de films dont se moque SNAKE ON A PLANE, avec pas mal d'opportunisme d'ailleurs. [Ce film avait de gros moyens et singeait les films comme CULTUS sans jamais abandonner les velléités de série A, et d'une, et sans jamais atteindre l'efficacité des bons films de monstres mutants !] Un film de monstres mutants, c'est un film avec un animal qui tue des gens : des abeilles, des crocodiles géants, des lombrics dégénérés, des piranhas, des araignées, des sangsues, etc. Citons quelques noms sympathiques : FRANKENFISH (très sympa), LAKE PLACID (fausse série B puisque pétée de thunes et remplie d'acteurs connus, mais très bien), DOGS, STRAYS ou LEECHES dont on vous avez déjà parlé ! [mais attention aux faux-amis : LEMMING par exemple !] Des fois, c'est très sympa et très efficace, et souvent inventif, et des fois c'est complètement tartignolle ! Mais un film de monstres mutants est toujours ultra-balisé. C’est un cinéma qui est strictement de variation. C'est ce qu'on appelait, jadis, de l'exploitation !
Si CULTUS (dont le titre en V.O. est quand même SNAKEHEAD TERROR) est très modeste dans ses moyens (sans être complètement fauché...), il faut bien avouer qu'il se déroule dans un très beau décor, et qu'il commence de manière assez étonnante, c'est-à-dire sans le flash-back introductif ! Et bien dites donc ! Quelle audace ! En fait, Paul Ziller, qui ne fait que du direct-to-video et qui est donc ici dans sa maison, profite du générique pour résumer en voix-off et en images la pollution du lac, des années auparavant, pendant que les noms des techniciens défilent. Bonne tactique de narration en ellipse, et en trois minutes, c'est réglé, l'affaire est dans le sac ! Deuxième surprise, l'édition DVD qui, loin de nous recadrer comme d'habitude le film en 4:3, respecte ici le format 1.85 ! Évidemment, ça change ! Du coup, c'est quand même un poil plus soigné que ce qu'on a l'habitude de voir dans le genre. [C'est comme les séries, si vous voulez... Regardez un SOPRANOS ou un PRISON BREAK en DVD, puis comparez avec la diffusion télé ! Ce qui peut faire dire à ceux qui ne s’intéressent pas à la série que c'est très moche, alors que c'est loin d'être le cas, en général !] Et puis, ce petit CULTUS démarre globalement de manière dynamique. Bruce Boxleitner, qu'on connaissait jadis grâce à la série LES DEUX FONT LA PAIRE (avec Kate Jackson, elle-même ex-DRÔLE DE DAME ça ne nous rajeunit pas !) fait un peu mal à regarder. Physiquement, ce grand gaillard a peu changé mais ça se voit : s'il a le courage d'afficher les cheveux blancs, il donne l'impression d'avoir beaucoup plus que ses 55 ans ! Et il faut un moment pour voir qu'il peut encore bouger d'une porte à une autre sans être essoufflé (ce qu'on appelle dans le métier le "Syndrome de Moore", que les gens qui ont vu le célèbre naveton de luxe OCTOPUSSY connaissent bien). Boxleitner, tranquille, sympathique, est relativement attentif, sympa comme tout. Il ne casse pas la baraque, mais il fait son boulot d'acteur de PME. Côté casting, c'est plus intéressant chez les jeunes. C’est même complètement bouleversifiant ! On a ici droit en effet à de la viande de deuxième qualité, et c'est un délice : sur-jeu obligatoire, physique complètement improbable (quelque chose à mi-chemin entre vous ou moi, d'un côté, soit la plouquerie intégrale et banale, et le nicolekidmanisme le plus berverly-hillsien, c'est-à-dire entre le banal et le smart du smart de l'autre côté ; là aussi, ça donne de beaux monstres mutants !) et timing d'huître pas mutante du tout, c'est un délice ! Quelle dommage de ne pas pouvoir apprécier ça en V.O, mais rien que ces jeunes acteurs, très inexpérimentés, et juste en-dessous, d'un chouïa, mais juste en-dessous du seuil de sélection hollywoodien, rien que ça permet de passer un moment agréable.
Surtout que, surprise, le film se tient. Dans la première moitié, c'est très soigné, même s'il faut parfois faire avec les moyens du bord. Le cadre est un peu feignant quand même, ce n’est pas du grand fignolage. Mais la photo est correcte, la spatialisation fonctionne, et Ziller aime faire des plans larges avec grand angle, ce qui fait quand même du bien. Il nous balance quelquefois des trucs bizarres quand même, dont un étonnant champ/contrechamp au grand angle justement, dont la distance entre la caméra et les acteurs ne cesse de changer à chaque retour (dans la scène de course à la nage) ! Bizarrerie formelle étrange qui pourrait donner de belles choses dans un contexte autre. Bref... Sinon, donc c'est du soigné. La narration est plutôt dynamique et sans chichi, même si on est en plein classicisme "mutant" avec ces scènes d'autopsie et de gentils autochtones déchiquetés, et avec sa jolie scientifique venue de la ville (ceci dit, ne trouve-t-on pas dans le film de serial killer absolument les mêmes balises, même quand c'est de la série A ?). C'est l'action qui est maligne. Les effets spéciaux, qui font la part belle, comme d'habitude, aux effets numériques, sont assez réussis quoique modestes, et surtout ils sont très bien amenés dans le plan. Paul Ziller, au lieu d'organiser les choses comme ses collègues et de bâtir sa réalisation autour des effets, fait le contraire, et dresse ses bidouillages numériques avec un fouet et d'une main ferme pour qu'ils rentrent docilement dans son découpage ! C’est la bomme option. Du coup, et là aussi contrairement à énormément de séries A, excusez-moi d'insister, la photo, par exemple, n'est pas détruite dès qu'un effet pointe le bout de son nez, et la mise en scène en général ne s'arrête pas pour laisser passer des troupeaux d'effets numériques ! Au contraire, tout cela s'intègre avec simplicité et savoir-faire dans le reste du film. C'est bien vu. Ce qui permet au film de réserver une ou deux séquences malignes dont celle où le pauvre journaliste fouille-merde se fait boulotter par les poissons dans sa voiture (si, si), scène qui nous montre qu'une fois de plus Ziller choisit une seconde bonne option : ne pas hésiter de temps en temps à faire des effets spéciaux en live sur le plateau (ici par marionnettes). Voilà qui paye.

On s'avance donc à un joli rythme, et très franchement on passe un moment très sympathique avec le Marquis. Et puis, sans prévenir, ça commence malheureusement à patiner sérieusement. Et pour une fois, c'est le scénario qui commence à marcher dans la choucroute. Ziller, également scénariste, préfère centrer son film sur une péripétie à l'extérieur de la ville (sur l'île). Du coup, il brise la routine et la cohérence narrative, poussant le film vers un poussif montage de séquencettes parallèles beaucoup moins altières que les trois premiers quarts d'heures. Ziller dévoile le pot aux roses assez vite, belle franchise et idée de scénario banale mais qui fonctionne, mais en détournant l'attention sur Chelan Simmons et ses copains teenagers, ça s'enlise, et petit à petit le film devient complètement mou-mou et rejoint la horde de séries C déjà existantes. On est alors plus proche du téléfilm en quelque sorte que du cinéma pour petite lucarne. L'invasion terrestre de l'île est poussive (l'aller-retour, pour rien, sur la plage) et sa résolution met des plombes à se mettre en place, en plus de l'arrivée de Boxleitner qui mettra, pour une fois et c'est vraiment pas le moment, trois heures à arriver sur les lieux de l'action ! Une fois là, on est déjà un peu lessivé, et on a déjà été chercher une bière au frigo. On reste donc vraiment sur sa fin, et tout ça à cause d'une bête histoire de scénario trop pantouflard qui vient faire exploser le sentiment de débrouillardise des 45 premières minutes. Le plus étonnant, c'est que malgré tout, Ziller arrive encore à caler une très bonne scène : celle où les poissons rampent dans la maison. Les deux filles les tuent mais avec difficulté et surtout lenteur. Ce n'est pas le poisson mutant en lui-même qui est difficile à tuer, c'est leur arrivée en nombre et sur un rythme lent mais régulier qui est dur à supporter. C’est un sentiment décourageant : plus on en tue, et plus il en arrive. On a l'impression de ne pas progresser. Belle idée de slowburn, en quelque sorte. Et malgré des plans pas très beaux ni très lyriques (étroitesse du décor où il n’y avait pas grand-chose à faire, hélas), Ziller arrive là à trousser peut-être la scène la plus originale de son film, et, petit miracle, à donner un vrai sentiment d'épuisement physique et de découragement absurde au spectateur. C’est une belle séquence qui arrive donc comme un cheveu, heureux, sur la soupe d'une deuxième partie un peu fadasse. Comme quoi le gars a de la ressource, et il pourrait nous livrer un petit film de monstres mutants tout à fait bien troussé et bondissant de A à Z !

En bref, CULTUS n'a pas particulièrement d'intérêt vital. J’aurais plutôt appelé ça SYMPATHICUS, moi… C'est juste un film plutôt agréable, voire même dynamique dans sa première partie. Peu de moyens certes, mais le décalage est intéressant, surtout si vous ne connaissez pas du tout ce type de production. Vous vous apercevrez alors que certaines n'ont rien à envier et sont même meilleures que moult scènes de série A, au regard des fondamentaux de la réalisation en tout cas. Les plus pervers se régaleront et se vautreront comme des petits porcinets en poussant de gros Grouiiiiiiiiii Grouiiiiiiiiiiii devant ces teenacteurs tartes absolument délicieux de n'importe quoi, ce qui offre là aussi un joli décalage avec les acteurs à succès du même âge. Vous verrez alors que la frontière est mince... mais désopilante. Pour celui ou celle qui veut découvrir les monstres de films mutants, vous avez là un film qui ne casse rien, voire à moitié raté, mais qui pourra vous donner une idée en douceur de ce que peut-être un film de ce genre quand il est inventif... Mieux vaut regarder un FRANKENFISH ou un LEECHES, certes, mais voilà déjà un formidable film-pantoufle qui permettra de passer une soirée insignifiante mais sympa, devant une bonne bière ou une bonne tisane. Quand à Paul Ziller, ça vaudrait le coup de jeter un œil à ses autres séries C, histoire de voir ce que ça donne quand c'est plus abouti et plus égal.

Tranquillement Vôtre,

Dr Devo.

PS : Bruce Boxleitner est marié en secondes noces à Laura Ingalls de la série LA PETITE MAISON DANS LA PRAIRIE, soit la jolie Melissa Gilbert, pourtant bien plus jeune que lui, vieux salaud ! Voici une information qui ne sert à rien mais qui devrait briser les espoirs enfantins de beaucoup de gens ! Bonne journée !
 
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Publié dans Corpus Analogia

Commenter cet article

Dr Devo 27/01/2007 00:18

Oui, ziller fait toujours plus ou moins dans le même registre effectivement. Les gras esprits se rencontrent en tout cas Cher Bourrado!
Salutation Viera!
 
Dr Devo

El Borrado 26/01/2007 21:26

Tiens, c'est marrant que tu parles d'un film pareil, je viens juste de voir Lake Placid. (qui n'est pas tout à fait une série B effectivement : Bill Pullman, Bridget Fonda en tête d'affiche, et aux effets spéciaux, Stan Winston, oui, y a bon la thune, et le croco est plutôt bien foutu d'ailleurs) et en lisant ta critique, j'ai eu l'impression qu'il s'agissait du même film. Vrai que c'est vachement balisé... En fait, il suffit de remplacer les snakeheads par un croco et le tour est joué.Petite info : après une tite recherche imdb, je découvre que Paul Ziller est à l'origine de la série TV Highlander et que, plus intéressant : son prochain film sera du même genre que Cultus (à première vue) et ça s'appelle Loch Ness...

Vierasouto 25/01/2007 19:04

Je subodore que le film est bp moins amusant à voir que l'article à lire... bien que je ne néglige pas la culture G même pour des films B/C... Rassurée, en tout cas, que Doc D soit ressuscité!