ROCKY BALBOA, de Sylvester Stallone (USA, 2006) : le vieil homme et l'amer.

Publié le par Dr Devo

[Photo : "Et Hop ! L'incident...", par Le Marquis]
Chers Focaliens,
 
Retour au cinéma, en vrai, dans une salle.
 
[C'était "L'intro à Coups de Samovars", épisode 2]
 
 
Philadelphie, 2006. C'est l'hiver, il fait froid, la neige va pas tarder à tomber. Rocky a 60 ans. Depuis longtemps retiré du monde de la boxe, l'ex-champion coule des jours tranquilles et réglés comme du papier à musique entre des visites sur la tombe de sa femme, morte entre deux épisodes, dites donc (et jouée par Talia Shire, qui a mis au monde le plus grand acteur de l'histoire de l'Humanité : Jason Schwartzman ! De là à dire que Jason est le fils de Stallone...), et la gestion à la cool d'un petit restaurant où les familles italiennes ou les anciens fans viennent écouter des petites anecdotes du temps où il était chanteur. Pépère, quoi ! C'est une vie assez solitaire. Son copain Burt Young, encore plus vieux que lui, travaille toujours et boit comme un trou. Son fils est un comptable anonyme dans une grosse boîte (ce qu'un journaliste de France Inter appelle, je cite, "un loser" ! Ah ben tu te rends compte, le fils à Rocky, il est même pas manager de groupe de rap, ou patron de PME, ou journaliste à France Inter : il est employé de bureau ! Baaaahhhh, la honte ! LOOOSER ! Outre le fait qu'il est toujours un peu trop courageux d'insulter son fond de commerce, voilà une remarque qui en dit plus sur la mentalité en vogue dans le monde des animateurs radio que sur le fils de Rocky !), et il ne vient jamais le voir. La vie, quoi !
Et puis, le jour de l'anniversaire de la mort de sa femme, Rocky passe dans un bistrot où il traînait jadis, et là il croise Marie, une irlandaise trentenaire qui tient le rade, lequel a bien perdu de son éclat après toutes ces années. Rocky a connu Marie quand elle était pissouze, et ça lui fait drôle de la voir. Il la raccompagne et décide de lui donner un coup de main dans la vie. En fait, Rocky, il s'emmerde ! Et dieu merci, la télé, jamais à court de dire ou de faire une connerie, met plus ou moins au défi Antonio Tarver (premier rôle). Tarver est un jeune boxer qui gagne tous ses matchs par K.O. et en quelques rounds. Aucun boxeur n'ose l'affronter, et sa carrière patine faute d'adversaire. Pire, toute la profession et les amateurs l'accusent d'avoir tué le business ! Un match d'exhibition entre Tarver et Stallone est organisé, et à 60 ans Papy remonte sur le ring ! En voiture Simone !
 
Tu m'étonnes, Cameron, tu m'étonnes qu'il va pas se faire prier l'animal ! On dira que c'est de bonne guerre. Ça fait peut-être marrer aujourd'hui, mais dans les années 80, Stallone était une star omniprésente, qui cartonnait sa mère à chacun de ses projets. C'était une sorte de super Brad Pitt, une sorte de vache à lait galactique. Les ROCKY cartonnaient aux USA, et débarquèrent en France juste à point pour le troisième opus, plein d'arrogance. Et là, boom, carton du siècle. ROCKY IV allait aussi engranger des milliards et des milliards sur le dos du travailleur, en allant mettre sur la gueule du sympathique Dolph Lundgren (un concurrent de Stallone et Van Damme de l'époque, mec tout à fait drôle et sympathique dont on peut revoir la première version du PUNISHER, truc assez bizarre dans mon souvenir), Lundgren qui ici jouait le salaud de russe de service ! Bah ouais, autre temps, autre mœurs, et à l'époque cette histoire de blocs, ça arrangeait assez bien le bizenesse.
Tout ça pour dire que le Stallone, il cartonnait ! Et quand RAMBO 2 est sorti, le tout Hollywood a enfin cru que Dieu allait les sauver et noyer le reste de l'Humanité. Un film avec Stallone et bingo, les millions tombaient de partout. Malin comme un singe, le petit gars s'exportait partout, ne négligeait rien (comme le marché asiatique par exemple). Les gens ont vu ensuite un déclin fatal, après les gros scores de ROCKY IV et RAMBO 2 ! Erreur de lecture ! Car après tout, les films qui ont suivi ou entouré ces deux succès étaient quand même des mines à dollars ! Et oui, ça fait marrer, mais à l'époque, les films de Stallone, même les plus débiles, cartonnaient tellement que n'importe quel acteur ou producteur de nos jours serait plus que jaloux ! Alors oui, ça valait le coup à l'époque de faire de la bonne daubasse débilosse du genre OVER THE TOP (drame familial dans le monde de la compète internachonole de bras de fer, ce qui ne serait pas sans déplaire à Christophe Malavoy !) ou encore HAUTE SECURITE, un des pires dans mon souvenir (drame psychologique et film-vérité sur les conditions inhumaines dans les prisons US, avec une scène de fusible débile mais très drôle et un Donald Sutherland au bord du suicide), COBRA que j'ai revu il y a un an et demi avec un plaisir immense (drame policier sur les limites de la justice et sur l'impunité des criminels les plus dangereux, un mélange entre la campagne présidentielle actuelle et un film de Charles Bronson, par le réalisateur de RAMBO 2 quand même !). Et puis, il y a tous ces chefs-d'œuvre auxquels j'ai échappé, notamment les sublimes TANGO ET CASH du réalisateur art et essai Andreï Konchalovski (réalisateur d'un très bon HOMER AND EDDIE (VOYAGEURS SANS PERMIS), road-movie avec Whoopi Goldberg et James Belushi, et du petit classique culte des années 80, et très bon film d'ailleurs, RUNAWAY TRAIN). Pas vu non plus ARRÊTE OU MA MÈRE VA TIRER ! Si, si si, ça existe ! [Lorsque qu'on prononce, même à voix basse, le titre de ce film, Le Marquis, qui est la classe et la distinction même, un type qu'on pourrait amener au repas d'anniversaire de la Reine d'Angleterre sans aucun problème, est pris du syndrome de Gilles de La Tourette et ne peut s'empêcher de hurler le plus fort possible, et je vous jure que c'est impressionnant : "ARRÊTE OU JE VAIS TIRER MA MÈRE !"). Pas vu non plus L’EMBROUILLE EST DANS LE SAC, le remake d’OSCAR par John Landis !
Bref, Stallone n'urinait pas, il pissait littéralement des lingots d'or ! Ça tombait comme des mouches. Et même s’il redescendait tranquillement, c'était pour mieux atterrir sur un gros matelas fait en billets de banque. Stallone dans le passé, malgré la débilité de beaucoup de ses films, c'était quelqu'un d'extrêmement sérieux et de terriblement bankable !
 
Alors voilà le topo. Stallone est tranquillement en train de revoir des films de John Wayne sur l’écran 16/9e de sa villa de Beverly Hills, quand un agent l'appelle. Il est très étonné ! Il pensait qu'on l'appelait pour faire la Star Ac' ou le Koh-Lanta des célébrités, mais non, c'est pour faire du cinéma ! Et pas de la série Z, du gros A ! Stallone fait semblant d'hésiter, et puis il dit oui du bout des lèvres, et dès le combiné raccroché, hurle dans sa maison de 3 hectares : "Ouais !!!!! J'ai niqué leur mère !". Il éclate de rire, va aux toilettes, se sert un pastis 51 pour fêter ça, sort des olives et regarde MARIÉS, DEUX ENFANTS pour se détendre ! Il sourit, il est content, car il sait que c'est le meilleur moment de sa vie : celui où l’on vient en faisant des courbettes te manger dans la main ! C'est cool !
 
C'est que, après la guerre, ça aurait un air presque classieux, cette belle affiche en noir et blanc, ce héros n'arrêtant plus de vieillir. Ça en deviendrait presque du vintage art et essai. Bon. C'est bien, mais ça vaut quoi ?
À vrai dire, pour peu qu'on soit porté sur l'humour noir, voire sur le cynisme, on passe un moment assez drolatique. Stallone sait où son film peut faire mouche, et en ça, l'animal est vraiment un malin. ROCKY, c'était un mélo, en plus d'un film de sport. C'était la réussite des petites gens, l'Amérique du mérite, le peuple qui s'élève, l'ascenseur social en marche, mais vu aussi du côté de l'effort et du micro(scopique). Donc, d'abord du mélo. Et là où Stallone est le plus franc mais aussi le plus calculateur, c'est quand il déploie l'élan nostalgique. Il y a dans ce ROCKY BALBOA (on remarquera dans cette même optique la volonté d'éviter l'appellation ROCKY !) une malice et un calcul plutôt finauds. Au lieu de la jouer "retour en force gagnant", Stallone se la joue "monde en crise, ultra modeste solitude". Alors on a l'impression dans le film comme dans la fabrication du film d'un gros élan de modestie, comme un grand parfum de ne pas y toucher. Une évocation tendre et pépère, légèrement douloureuse et percluse de nostalgie. Et quand je vois ça, je me dis que les Ricains (sans qui on parlerait tous allemand, comme disait le poète ! Nous, on a Sardou !), c'est un peu normal qu'ils raflent la mise, car ils savent y faire, c'est du huilé. Sylvestre fait un sacré coup de bonneteau dans la grande tradition Hollywood/Broadway. Car, si on réfléchit bien, même à la retraite, même gentiment ringard, Rocky 60 prolonge le mythe de jeunesse : en fait, il cherche encore la gloire, sans doute, mais enfin débarrassé de la lutte pour le fric (d'où l'utilité du personnage du boxeur rival au top de tout et au top de rien !), et surtout, à travers le deuil de sa femme (vraie trouvaille simple de scénario qui permet de se débarrasser d'un personnage difficilement gérable dans l'hypothèse d'un retour au ring, et qui permet par l'absurde et l'absence de garder intacte l'aura du seul personnage féminin des ROCKY). C'est là la véritable aubaine, car voilà qui permet à peu de frais de replacer Rocky dans la lutte, dans la souffrance et dans le combat. La Mort lui en fait baver, à Rocky. Même au repos, voilà qui fait de lui un failleteur. Alors Stallone en rajoute, jusqu'à dédoubler le personnage du fils (qui existe deux fois, et dont on remarque qu'ils ne se parlent même pas une fois pendant le film, jusqu'à donner l'impression qu'ils ne sauraient être dans le même plan ; ils se font concurrence et pour cause : ils sont le même !), personnage double malin là aussi car il permet d'augmenter la plaie du temps : Rocky, c'est un regard sur plusieurs générations. C'est doux, c'est dur, c'est le vieil homme et l'amer ! [Je rappelle que j'accepte toute les propositions pour travailler dans les grands journaux de cinéma à la rubrique "faiseur de super-titres". Tiens, au fait, ça me fait penser : vous avez entendu qu'ils vont supprimer le magazine Première ? Hihihihi, on va en reparler, car au-delà du fait et de ce que je pense du magazine, c'est drôlement intéressant !]. Donc, même dans la vie, c'est un combat, la thématique rockyenne est respectée !
 
Encore plus malin : la gestion de la franchise. Il fallait oser, et je crois que dans ces cas-là, c'est le culot qui paye, et ce deuxième aspect, allié au premier, est un coup de maître d'échec. Avant de lancer son film, Stallone le met sur pause, histoire de nous faire une petit introduction pépère sur le mode dont je viens de parler. Bien. Et puis, en bon entertainer, il appuie là où ça va marcher. Au lieu, comme je le disais, de nous balancer de la Stallone Attitude, Sylvestre nous fait le coup du siècle, à mi-chemin entre le bonus DVD, le making-of et le ROCKY 6 justement : la visite des lieux mythique qui ont fait la légende et les épisodes précédents. C’est là que j'ai rencontré ma femme. C’est là que j'ai fait du patin à glace avec elle la première fois. Là, quand je vois cette porte, je me souviens de sa timidité quand elle n’osait pas monter passer notre première nuit ensemble. C’est là que je l'ai emmenée au resto la première fois. C'est là que je m'entraînais dans la chambre froide. Là, c'était la salle d'entraînement ! Comme tu charges, bonhomme ! Et que c'est adroit ! Parce que mine de rien, on est exactement dans le faux documentaire et dans ce que les gens veulent voir ! Dans une suite, le public veut retrouver le frisson des premiers instants. Et là, Stallone dit : "Bah non, on va pas quand même refaire un ROCKY à mon âge..." Il se fait prier un peu, alors qu'il sait très bien qu'il n'attend que ça ! Et il donne aux fans ce qu'ils demandent ! La métaphore Rocky/Sylvestre et Boxe/Cinéma marche donc à fond. ROCKY BALBOA est aussi une espèce de reality show, ou de reportage, ou de bonus, mais fictionné, écrit (ce que devrait être tout documentaire d'ailleurs, mais passons), un espace de fantasmes, un no man's land entre Stallone et son public. Stallone fait ça en fait : il se construit un jardin pour lui et ses fans, et il les invite gentiment, calmement, avec un poil de fausse modestie quand même, enfin débarrassé de la pression de ceux qui ont quelque chose à prouver. Il sait qu'on est venu le chercher, il sait que le bizenesse est "en demande de merci" comme dirait Bernard RAPP. Ce remake qui ne se dit pas et qui n'en est pas un puisque justement le temps est passé là-dessus est parfait : c'est complètement dans le fantasme de retrouver le mythe intact (l'énergie des débuts), et en même temps, c'est un retour en force sans rien changer, paradoxalement, à la formule qui eut du succès à l'époque, et en même temps, ça a l'air d'une modestie inattaquable. Bravo !
 
D'ailleurs, ça réserve deux moments troublants, et deux ou trois perversités un peu surprenantes. Le film est globalement mis en scène sans aucune personnalité. C'est du champs/contrechamps à perte de vue, les combats sont brouillons, le cadre n'a aucune espèce d'intérêt, la photo fait son petit travail en visitant la ligne de partage entre les années 70 et 80. Stallone se fait plaisir et place ce qui a fait son style ou son absence de style : les longs monologues moralisateurs où le héros nous livre son credo de la vie, sa vision de combat de la vie ! Ça donne des tirades complètement anachroniques de trois-quatres minutes ! C'est totalement splendouillet ! Et c'est ça qui fait que toute la critique se pâme devant un film aussi anonyme : ROCKY BALBOA est un film des années 80. Pas besoin de douze mille décors. Pas besoin de sous-intrigues alambiquées et d'effets de productions ostensiblement 2000. Des petits mouvements introductifs en débuts de scènes, une photo d'époque, la patine du temps sur les décors, et hop ! L'affaire est dans le sac ! Pas besoin de foutre des effets spéciaux partout (sauf sur le ring !). Alors, oui, ça aussi c'est malin. J'ai vu le film avec deux focaliens plus jeunes, et c'est très logique, pour eux, ROCKY BALBOA a une patine old-school assez généreuse. Non pas que le film soit complètement un retour aux fondamentaux, à un cinéma qui avait plus de savoir faire et plus de soin et qui ne nous gribouillait pas des séquences à la va-vite comme de nos jours, sans soucis technique. Le film n'est pas spécialement virtuose ou pertinent. C’est juste qu'il emprunte un look années 80, et d'une, et que d'autres parts, il cesse un peu de frimer pour donner dans le champ/contrechamp brut de décoffrage, franc du collier. De fait, et par simple effet mécanique, même si ce n'est jamais beau, ça repose. Et ça peut séduire.
En tout cas, c'est bien amené. Parce que ce retour old-school est complètement au service du scénario et des thématiques décrites plus haut. En apparence du moins, on ne fait pas passer des vessies pour des lanternes, on ne dit pas qu'on fait du supra-génial, on se la joue artisan : c'est le scénario qui passe en premier. On perd en esbroufe flambeuse, et on gagne en "authenticité" !
Le premier moment où ça fonctionne à mort, c'est la rencontre avec le personnage de Marie. Stallone peut remercier l'actrice Geraldine Hugues, la girl next door qui aurait pu faire carrière effectivement il y a 20 ou 25 ans. Comme l'actrice n’est pas mauvaise (largement devant tous les autres), son arrivée dans le film fonctionne vraiment bien. Certes, ce n'est pas du Ronsard et on voit ça arriver à trois mille kilomètres à la ronde, mais il n'empêche. Cette fille est sans doute la dernière personne à qui on aurait pensé pour tenir un second rôle principal ! Et là aussi, ça marche à fond : en voyant l'attention portée sur ce visage qui n'est pas sorti de Beverly Hills (chose qui n'arrive plus jamais de nos jours, même dans le cas où les actrices sont de très bonnes comédiennes), par effet de surprise, ça fonctionne. Il fallait bien que les années 80 s'incarnent. C'est fait !
Autre chose rigolote, la façon de gérer le match. Tout d'abord, et là il y a fracture, la sacro-sainte séquence d'entraînement est expédiée en deux minutes, et en mettant, quelle vulgarité, c'est presque délicieux, la dolby à fond ! Puis Stallone choisit l'option de tout filmer comme à la télé ! Alors, hop, on filme tout en vidéo (en fait, il triche, mais bon !), et surtout l'image se garnit de logos, de banc-titres, etc. L'apothéose est durant le match : au coin de l'écran de cinéma, le chrono (offert par un sponsor !) défile en marquant les secondes restantes du round ! Chérie, pendant que t'es debout, apporte-moi une bière ! C'est vulgaire et d'une franchise exemplaire : j'aime beaucoup. Malheureusement, Stallone revient ensuite à un filmage plus classique, très mal découpé et où apparaissent de temps en temps des images en noir et blanc oniriques, dont on se dit qu'elles vont faire sombrer le film dans le baroque à la THE FOUNTAIN, ce qui aurait été génial (et qui aurait arrêté le match ! Ça, ça aurait été punk !). Malheureusement, ces micro-parenthèses maniéristes sont bien trop naïves et bébêtes pour qu'il se passe quelque chose, et de toute façon, elles ne servent que pour l'habillage redevenu branchouille le temps du bouquet final ! Le vernis finit quand même par craquer, et Stallone, toujours en mode faux modeste, tient la dragée haute au petit jeune avant de l'adouber ! La force tranquille, quoi ! Au moment de quitter le ring (sans attendre la décision des juges, normal, on est venu le chercher et il est donc gagnant bien sûr), Stallone en rajoute et la sortie de la piste n'en finit plus. J'ai presque cru que Stallone avait le cancer et qu'il faisait ses adieux à la piste, au propre comme au figuré (surtout avec cette main du peuple qui le tire vers le haut du champ !). Fin du film. Il ne s’est rien passé. C'est du gros mélo, malin, mais mélo, et donc c'est fait pour faire pleurer Margot ! Pas de quoi en faire un drame, un film de plus. ROCKY BALBOA est certes malin dans sa conception, mais c’est aussi un film de plus, anonyme au possible. C'est juste le côté anachronique qui lui donne des airs de ballade mélancolique dans l'album photo, ce qui marche toujours.
 
Par contre, c'est au générique que le film devient brièvement quelque chose d'assez beau. Aussi bien tout ça est hollywoodien à mort et, si je n'étais pas de bonne humeur, je t'aurais taxé ça d'opportuniste (ce que le film est à 100%), aussi bien cette séquence dans le générique m'a parue absolument drôle, potache, et très émouvante. Alors que le film est globalement un hymne "aux rêves qui sont en toi et que tu dois respecter pour te respecter toi-même", refrain libéral connu et manipulateur, cette scène en forme de bêtisier est curieusement le seul point d'humour du film, et le seul moment de cinéma. À se demander si c'est Stallone qui a eu cette idée assez géniale. On voit dans cette séquence des quidams refaire des parodies de la fameuse scène des escalier. C’est assez troublant. Le film perd son statut. Cela tient à la fois du making-of, du bêtisier, du reportage et de l'auto-congratulation, car c'est une façon de dire que tous les américains (et donc nous aussi, français car cela se passe "chez nous en Amérique"), que nous tous, on est TOUS des Rocky. Rocky, c'est nous. Nous, c'est Rocky, et réciproquement. Quand la parodie commence, je me dis que c'est drôlement prétentieux, et que Stallone utilise là aussi une technique libérale bien connue : être le meilleur du Peuple (celui en haut de la pyramide, über-peuple en quelque sorte) et être le Peuple ! L'Amérique, c'est moi, semble dire Stallone ! Sauf que... Au fur et à mesure, la séquence tourne au détournement : on grimpe avec un caniche puis avec un saint-bernard, on grimpe avec sa femme, on fait du french-cancan en haut des marches, etc. On fait n'importe quoi et surtout on finit par dévoiler des corps qui sont les vôtres et les miens, c'est-à-dire des corps de ploucs. Notre Amérique, celle de Rocky : c'est celle des ploucs que nous sommes. Et Stallone la monte sans fard : des gros, des moches, des pauvres mecs, des rappeurs du dimanche, des mecs qui se font chier, des chômeurs, etc. Je parie que ça a été tourné un dimanche après-midi ! [J'ai beaucoup aimé le type qui grimpe et brandit son vélo ! En fait, on s'en fout que ce soit de la boxe !] Ce dernier moment est très sympathique et même touchant. Car enfin, on est pris pour ce qu'on est : des ploucs. Des losers justement, pas des mecs de France Inter ! Et c'est assez touchant de voir Stallone dire que finalement, tout ça, c'est un peu du pipeau, c'est du vent, c'est du toc, et que dans la réalité, c'est juste un escalier, même pas un landau qui se casse la gueule. Ce n'est pas un repère de fans hardcore du film. Et si on ne leur avait pas demandé, ces gens ne seraient pas montés en haut des marches. Ils se seraient plutôt contentés de se balader dans le parc en bas. Stallone dit clairement que tout ça, c'est du gros pipeau, c'est même de la flûte de pan ! Du bizenesse. Et que finalement, on est tous des ploucs de Ploucville, et on s'emmerde le dimanche. Une conclusion, amenée avec tendresse et humour et bisou barbu (il traite quand même tout le monde de plouc !) qui s'ouvre "comme une fenêtre sur le Réel". On est des ploucs, on s'emmerde le dimanche. Et bizarrement, le film devient humain in fine, in extremis (onction, en attendant la mort), au moment où c'est le plus fabriqué ! Dans la parodie... Stallone le dit en fait tout haut : on est tous des Rocky, et surtout, il n'existe pas, et s'il existe de toute façon : c'est un LOSER ! Un gros LOOOSER ! De la même manière que les gros yuppie dans le film demandent des autographes à Rocky... Voilà un comportement de loser intégral. Une fois ce péché avoué, on peut attendre la Mort qui approche et qu'on entend déjà… en continuant à s'emmerder le dimanche !
 
Indulgemment Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Publié dans Corpus Filmi

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Guile21 06/03/2007 22:48

Maralisateur Rocky ?

Non sans rire, j'ai bien aimé le premier Rocky (même si je ne m'en souviens plus du tout). Il y a quelques nuits, ils ont passé ce premier episode sur "je ne sais plus quelle chaine", et, en tombant par hasard dessus, j'ai débarqué dans une scéquence qui m'a vraiment tué :

Rocky tombe sur une fille qui traine avec des ptits cons. Il décide de la ramener chez elle, tout en n'omettant pas de porter un jugement trés moralisateur sur la vie à priori dissolue de la punkette en herbe. Il ne faut pas réagir comme ça, parler comme un voyou et dire des gros mots. C'est pas bien pour une fille : tu peux devenir une pute à force. Et bla bla, et bla bla. La fille semble l'ecouter attentivement, voir changer de point de vue. Et, au moment de rentrer chez elle, elle dit d'une voix douce à notre heros : "Rocky ?". Notre Balboa se tourne : "Oui ?". Et là la fille lui assène un coup en traitre : "Va te faire foutre pauvre con !", doigt d'honneur à l'appui. Et Rocky de se dire à lui même en s'eloignant : "Ben ouais en même temps, t'es qui pour lui faire la morale ?"

C'était tellement plus beau que le reste de la franchise, que j'ai quitté le film à la fin de cette scéquence, préférant garder à l'esprit cette autoderision rafraichissante. La fin de votre article cher docteur m'a fais penser à celà.

Oh, et je n'ai pas l'intention de regarder Rocky 6. Mais sait-on jamais ?... Certains soirs, c'est plus les films qui nous choisissent.

Le Marquis 02/02/2007 19:37

C'est rectifié aussi, soyons précis !

Guillaume Massart 02/02/2007 09:22

Tant qu'on est au rayon fautes, c'est pas Haute tension, mais Haute Sécurité, il me semble...

Le Marquis 01/02/2007 18:50

J'abdique, j'ai corrigé de peur que quelqu'un ne perde la vue.

wanko 01/02/2007 11:33

non, loser c'est mieux avec un o, puisque ça s'orthographie comme çapersonnellement les fautes d'orthographe, ça me fait mal à l'oeil je pense que je ne suis pas le seulvive l'orthographeà bas l'illettrisme