[Photo : d'après Camilla Carr dans NE REFERMEZ PAS MA TOMBE, par Le Marquis]

S’achève enfin la longue parenthèse entre cet article et sa première partie, dû à la fois à la virulence de la reprise de mes activités professionnelles et, plus agréable, à la visite du Dr Devo qui a mis le visionnage alphabétique sur pause pendant une bonne semaine. Et il faut bien l’avouer, le Docteur a eu la main bien lourde dans ses choix : nous aurons rarement à ce point enchaîné les films de seconde ou de troisième zone ! Motif invoqué : « Je vois des bons films toute l’année » ! Hem… N’allez pas vous figurer que mon salon est l’Antre de la Consternation, il y avait dans la pré-sélection une palanquée de très bons films. Mais bon, ma foi, c’est l’appétit qui parle, et à toutes fins inutiles, voici la liste (alphabétique naturellement) des films visionnés en bonne compagnie : BASKET CASE, premier long-métrage du très sympathique Frank Henenlotter, BLOODY MURDER, nettement moins amusant que sa suite (mais cette suite avait pour avantage certain une VF québécoise hilarante), LE CERVEAU QUI NE VOULAIT PAS MOURIR, petit classique de SF des années 60 doté d’un certain charme à mes yeux, CULTUS, duplicata tout juste passable de LAKE PLACID, THE DARK DANCER, thriller érotique stupide, DEATH GAMES, plagiat tardif de RUNNING MAN produit par Roger Corman (avec une chanson qu’on qualifiera de mémorable en générique, « Mortal Challenge »), FREDDY CONTRE JASON, plutôt agréable à la revoyure sans être pour autant très réussi (j’ai tout de même été un peu sévère envers ce film à l’époque), GHOST WORLD de Terry Zwigoff, sans doute l’un des meilleurs films de la sélection (bien qu’il ne soit pas exempt de défauts), HORROR CANNIBAL 1 et 2, improbables métrages d’un Bruno Mattei qui bouge encore, THE HUMAN TORNADO, sommet incontournable de série Z offert par le Captain Pangolin (que je remercie vivement !), l’insupportable KILLJOY, et sa suite KILLJOY II qui a suscité une molle polémique (il est bien meilleur que le premier opus, ce qui n’était pas bien difficile, et m’a paru très relativement plaisant à la consternation du Dr Devo), LA LÉGENDE DE GATOR FACE, offert par mon invité et délicieusement tartempion, l’infect LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS II (il faudra un jour que je fasse un article sur le film original de Dan O’Bannon pour lui rendre justice), et ZOMBIE KING, avec KILLJOY le film le plus pénible et le plus antipathique de la sélection, ne vous laissez pas avoir par l’emballage « fun » d’un métrage en réalité d’un ennui mortel et d’une laideur totale. En complément de programme, la quasi intégralité de la saison 1 du Muppet Show en VOST est venu apporter une grande bouffée d’air frais, et je ne manque pas de signaler au passage une autre grande discussion sur KING KONG, Peter Jackson et le tout-infographique dont il restera probablement quelques traces lorsque j’aborderai le film de Jackson dans un prochain épisode.
Mais tout de suite, revenons-en à la suite et fin de l’épisode 13, et ouvrons le feu avec un film en M comme…
 
MALÉFICES, de Maurice Devereaux (Canada, 1998)
On retrouve ici le sympathique Maurice Devereaux de SLASHERS, avec son film précédent et second long-métrage après un BLOOD SYMBOL dont le cinéaste ne semble pas très fier (SLASHERS était donc le troisième, suivez donc un peu), toujours édité par Antartic, mais cette fois en VF et dans une copie recadrée, pour un métrage de surcroît nettement moins argenté. Le résultat est à vrai dire bien moins convaincant.
Le film développe une variation sur le thème de la Dame Blanche dans un fantastique très naïf et largement mâtiné d’érotisme. Le manque de moyens se fait cruellement ressentir, notamment dans un casting calamiteux, mais Devereaux met vraiment le paquet visuellement, chargeant son film de transparences parfois très gonflées, et livrant parfois quelques plans aquatiques assez jolis. Quelques belles trouvailles visuelles côtoient ainsi des emprunts à EVIL DEAD ainsi qu’une séquence volée au superbe (et totalement oublié) SISTER SISTER de Bill Condon. Ceci dit, le budget et le semi-amateurisme s’accompagnent aussi de maladresses grossières, renforcées par ce qu’on peut difficilement reprocher à son réalisateur, à savoir son excès d’ambition – voir les hilarantes séquences en flash-back avec les chevaliers. Cheap et pas d’un rythme très soutenu, le film a en tout cas le mérite de n’être vraiment pas sobre, même si je vous orienterais plutôt vers son troisième essai, le curieux SLASHERS donc, plus maîtrisé et au concept relativement original : de fil en aiguille, Devereaux, dont le nouveau film, END OF THE LINE, est achevé, acquiert doucement ses gallons de petit faiseur attachant dans un milieu où les personnalités un peu singulières se comptent sur les doigts d’une main.
 
N comme… NE REFERMEZ PAS MA TOMBE, de S.F. Brownrigg (USA, 1976)
Retour aux années 70 avec un métrage offert par le Dr Devo, film qui n’aurait d’ailleurs pas dépareillé s’il avait trouvé sa place dans le coffret « Chilling Classics » dont j’égrène peu à peu les premiers titres visionnés. Le film est édité en DVD par PVB, éditeur qui m’agace plutôt, dans la mesure où son catalogue, assez original, est le plus souvent gâché par l’exécrable qualité des copies et des DVD lancés sur le marché – c’est à eux qu’on doit notamment la sortie du seul DVD actuellement disponible dans le monde pour le magnifique LE CERCLE INFERNAL de Richard Loncraine, retitré « The Haunting of Julia » pour l’occasion (non, ce n’est pas le titre original) et surtout recadré, ce qui rend l’acquisition du produit hautement peu recommandable dans la mesure où Loncraine utilisait l’intégralité du format cinémascope pour composer cet univers sombre et mélancolique.
Même tarif pour NE REFERMEZ PAS MA TOMBE, étrange variation sur le thème de la folie meurtrière post-PSYCHOSE, présenté dans une copie infecte, et en VF. D’après ce que l’image nous permet de distinguer, le film semble assez maladroit et dans l’ensemble piètrement réalisé, sans compter un sens du rythme des plus discutables. Pourtant, le film se suit sans déplaisir, principalement grâce à la performance surprenante de son actrice principale, Camilla Carr, à la carrière assez maigre principalement illustrée par un rôle récurrent dans la série « Falcon Crest ». C’est un peu dommage, elle livre ici une interprétation indéniablement puissante, et en tout cas jusqu’au-boutiste, sans craindre le ridicule, sans jamais hésiter à forcer le trait. Et ça fonctionne. D’autant plus que quelques séquences isolées s’avèrent vraiment étonnantes : très belle utilisation des fondus enchaînés, intéressant montage alterné entre une prostituée qui se déshabille et une femme endossant les vêtements d’un homme. Mais je pense surtout à ces scènes où la caméra subjective fait du spectateur l’objet de la folie de Camilla, son frère, son amant puisqu’elle fait littéralement l’amour à la caméra lors du plus beau passage du film, rares instants de déraison dans un métrage un peu mou et convenu, suffisamment intenses pour le rendre au moins mémorable, ce qui n’est pas si mal.
 
O comme… OH! QUEL MERCREDI!, de Preston Sturges (USA, 1947)
Et maintenant, une petite excursion dans les années 40 pour évoquer un métrage malchanceux, maladroit, et en partie passionnant. En 1947, Preston Sturges a l’idée d’orchestrer le come-back de l’acteur Harold Lloyd, grande star du splastick aux temps du cinéma muet (j’aime assez ce que j’en ai vu) qui avait raté le coche du passage au parlant dans les années 30, et avait fini par mettre un terme à sa carrière. Le projet aboutit, mais le film, THE SIN OF HAROLD DIDDLEBOCK a explosé son budget et n’est pas apprécié par ses producteurs Harry Cohn et Howard Hughes, lesquels décident de le remonter et de le remodeler. Le second montage, intitulé MAD WEDNESDAY, est un flop retentissant, ce qui met un terme définitif à la carrière d’Harold Lloyd. Bon, ça, c’était la partie « fiche de Monsieur Cinéma ». Je précise juste que Bac Films nous propose en France le montage original, à savoir THE SIN OF HAROLD DIDDLEBOCK – ce que ne laisse pas supposer l’affiche du film sur la jaquette, qui est celle de MAD WEDNESDAY.
On peut cracher le morceau de suite : sans être une purge laborieuse comme l’était LA TERREUR DE L’ARMÉE avec Jerry Lewis, loin de là, et même s’il présente plus d’une belle qualité, le film de Preston Sturges, qui cherche parfois à retrouver la vigueur d’un film comme l’imparable IMPOSSIBLE MONSIEUR BÉBÉ auquel il emprunte d’ailleurs quelques gags, n’est pas une comédie particulièrement réussie. L’intrigue et les situations sont aimablement loufoques, correctement troussées, agréables, sans plus.
Pourtant, le film me semble assez incontournable, ne serait-ce que pour l’audace et l’originalité de sa première partie, déconcertante et vraiment intelligente, qui sait se jouer avec finesse et non sans un léger arrière-goût d’amertume de l’aura de has-been de sa vedette. Le film débute par un très large extrait de près d’un quart d’heure de THE FRESHMAN (1925), permettant à la fois au spectateur de se souvenir de ce qu’Harold Lloyd avait été dans les années 20 (juste l’égal d’un Buster Keaton), et de préparer le terrain à un étonnant tour de passe-passe cinématographique, une transition quasi invisible vers la fiction de 1947. Subtilement sonorisé puis dialogué, l’extrait de THE FRESHMAN laisse soudain la place au film de Preston Sturges, et Harold Lloyd semble toujours incarner dans le même mouvement le personnage qu’il y interprétait ; mais il a vieilli, naturellement, et le contraste est frappant dans ses brefs plans de l’acteur maquillé avant que ce maquillage ne soit balayé par un discret flash-forward au terme duquel nous retrouvons Harold… Lloyd ou Diddlebock ?
La question se pose, dans la mesure où la star sur le retour peut difficilement être perçue comme autre chose qu’elle-même, acteur défraîchi et employé de bureau sur le point d’être licencié par un patron qui a oublié le match glorieux de l’introduction muette, et a peut-être aussi oublié THE FRESHMAN et Harold Lloyd lui-même. Le film amorce ainsi avec talent un parallèle constant entre deux fictions et entre un avant et un après que le réalisateur ne cherche jamais à dissimuler ou à travestir : THE SIN OF HAROLD DIDDLEBOCK ne tente à aucun moment de singer les titres de gloire de Lloyd malgré de constantes références, et s’efforce d’inscrire le jeu de son acteur dans une écriture plus sophistiquée laissant derrière elle les ficelles propres aux grandes heures du cinéma muet. Démarche qu’Harold Lloyd assume d’ailleurs avec un certain talent, livrant une performance originale et irréprochable. Dommage que la seconde partie du film ne soit pas vraiment à la hauteur de cette superbe ouverture, et s’enlise quelque peu dans une comédie typique de l’époque, sans défauts rédhibitoires mais sans grande personnalité non plus. Reste que ceux qui se souviennent du binoclard suspendu à l’aiguille d’une horloge ne doivent pas rater le très bel hommage et la belle réflexion qu’induit cette ellipse de plus de vingt ans qui nous présente Harold Lloyd à l’apogée de son succès puis à deux doigts de l’oubli.
 
P comme… LA PLAGE, de Danny Boyle (USA / Angleterre, 2000)
Il me faut vraiment avoir énormément apprécié son 28 JOURS PLUS TARD (c’est le cas) pour trouver la motivation nécessaire à la découverte de ses films précédents, puisqu’à l’époque de la sortie de son meilleur film, et ô combien de loin, je n’en avais vu aucun. Je comprends mieux les réticences de certains en les découvrant à rebours, en me disant que Danny Boyle revenait de loin et que la réussite de 28 JOURS… était loin d’être dans la poche. Il faut dire qu’UNE VIE MOINS ORDINAIRE et PETITS MEURTRES ENTRE AMIS, malgré une volonté manifeste d’inventivité visuelle – qui débouchait sur de bons résultats à raison de quinze-vingt petites minutes sur la durée de chaque métrage, ne m’ont pas vraiment convaincu. Restent à découvrir, le fameux TRAINSPOTTING, que j’appréhende à vrai dire, et MILLIONS qui n’a pas rencontré le moindre succès et m’intrigue doucement. Danny Boyle vient d’achever le film SUNSHINE, mêlant science-fiction et film catastrophe avec un sujet à la ARMAGEDDON qui me laisse un rien perplexe : le petit roublard restera-t-il l’homme d’un seul film ?
Oui, parce que bon, au moment de visionner LA PLAGE, il m’en aura fallu du courage pour surmonter l’aversion a priori que suscitait la composition du casting, une sorte de galerie des horreurs cependant illuminée par la présence de la talentueuse Tilda Swinton, pour supporter un Leonardo Di Caprio (vu il y a peu dans CRITTERS III !) redoutable quand il n’est pas solidement tenu en laisse, la Virginie Ledoyen, et par dessus tout Guillaume Canet, dont chaque apparition me donne des envies de génocide. Le comble étant que les personnages incarnés par les deux derniers cités m’ont semblé d’un intérêt parfaitement dispensable.
Le film, malgré un sujet séduisant, m’a semblé franchement détestable dans ses grandes lignes, lourdement handicapé par des personnages sans intérêt, suscitant des dialogues pas fameux, énoncés par des acteurs pas fameux non plus – et je suis attentif au fait qu’il rentre là une bonne part d’épidermique, j’en suis bien conscient. Autre problème majeur, la bande originale, insupportable bout à bout de musique branchouille (citons pêle-mêle, et que les fans ne s’en formalisent pas, Moby, Blur, Chemical Brothers ou même un remix du « Yé Ké Yé Ké » de Mory Kanté !). Ces choix musicaux posent tout particulièrement problème, dans la mesure où ils m’ont semblé anéantir purement et simplement l’atmosphère recherchée du film autour de cette communauté loin du monde : comment ressentir une seule seconde la supposée violence du retour à la civilisation, inscrite en caractères gras dans le scénario mais pas du tout dans le son (le juke-box en off sur la plage est à peu près le même sur le continent !) ou dans la mise en scène (percluse de tics décoratifs agaçants quel que soit le contexte dans lequel les personnages évoluent) ? Et je ne parle pas de ses séquences pseudo-érotiques sur fond de musique à la Tahiti Douche. Les expérimentations de la dernière partie (notamment le passage en mode jeu vidéo), étranges mais tout autant ratées, arrivent à un stage où la vision du film m’est devenue tout simplement trop pénible pour que je sois en mesure d’y prêter la moindre attention. Aucun intérêt, à peu de choses près, essentiellement la brève apparition de Robert Carlyle et la performance intense de Tilda Swinton, que je préfère mille fois revoir dans ORLANDO ceci dit.
La vraie question est la suivante : où Danny Boyle est-il allé puiser l’intensité, la retenue, la cohérence, la spontanéité et l’intelligence quand il a mis en boîte 28 JOURS PLUS TARD ?
 
R comme… ROXANNE, de Fred Schepisi (USA, 1987)
On se calme et on boit frais avec cette innocente petite comédie issue des années 80 à jamais disparues, solidement campée par un duo autrement plus séduisant que Ledoyen/Canet, j’ai nommé Steve Martin et Darryl Hannah – ça a quand même une autre gueule, non ? Franchement. Le film reprend, en les transposant dans un contexte contemporain, les grandes lignes de « Cyrano de Bergerac », celles que connaissent tous ceux qui n’ont jamais lu une seule ligne du livre d’Edmond Rostand – j’en fais partie, pour tout dire. C’est mignon, propret, insignifiant et attachant, et je n’ai absolument rien d’autre à en dire.
 
S comme… SLACKERS, de Dewey Nicks (Canada / USA, 2002)
Le film a déjà été favorablement critiqué par le Dr Devo, je vous renvoie donc à son article, et si je ne partage pas totalement son point de vue, je peux moi-même pointer les quelques qualités du métrage. En tout premier lieu, l’interprétation de Jason Schwartzman, très populaire aux Etats-Unis et quasi inconnu en France – il faut dire que RUSHMORE de Wes Anderson (son meilleur film à mes yeux), dont l’acteur tenait la tête d’affiche, a connu en France une distribution des plus confidentielles. L’intérêt de SLACKERS réside tout particulièrement dans ce que le film peut avoir de profondément immoral, en plus de sa vulgarité tapageuse et de sa méchanceté gratuite. Le film s’inscrit dans le genre « college », sur un registre nettement porté sur la farce tendance AMERICAN PARTY (VAN WILDER PARTY LIAISON) ou AMERICAN PIE. Titres que j’apprécie très modérément, ne partageant pas trop l’enthousiasme du Dr Devo sur la question.
Et je m’en explique. Alors que j’apprécie ouvertement les films de college, une certaine frange d’entre eux me gêne vraiment, dont les titres cités à l’instant font partie. C’est le double effet Kiss Cool en somme : je suis dans un premier temps emballé par l’énergie quasi anarchique et l’insolence qui se dégagent de ces films qui détournent les codes d’un genre à la base assez nunuche et semblent prendre le chemin de la comédie noire percutante sur fond d’esthétique MTV (séquences clipées, sketches isolés, fantasmes visualisés, etc.), techniques faciles et pas bien originales, mais toujours un peu efficaces. Mais par la suite, je suis franchement atterré par la façon dont le cynisme porté en étendard durant trois quarts d’heure finit par déteindre sur le cours du scénario au point de le détremper totalement. Le vrai cynisme ? C’est quand des personnages héros aux comportements immoraux se rachètent soudain une conduite et rentrent dans le rang en se faisant plus intégrés et intègres que les plus mère Térésa des nerds moqués dans la première partie. Que cela plaise ou non, et ça ne me plaît pas, Jason Schwartzman n’est pas le héros de SLACKERS. Le héros de SLACKERS, c’est cette pomme de terre au four qu’est l’insipide Devon Sawa. Le film ne ménage pas la moindre empathie pour le personnage de marginal psychotique joué par Schwartzman, lequel n’a bien que son interprète pour développer une relative épaisseur – il est d’ailleurs le seul réel intérêt d’un film par ailleurs inepte et assez laid. Contrairement au docteur, je ne vois ni ne ressens aucune noirceur dans ce qu’il lui advient au terme du métrage, pas la moindre dimension tragique, le film (qui dans le cas contraire aurait effectivement été bien plus intéressant) ne laissant pas la place à ce genre de considérations dans la façon qu’il a d’enfermer ce rôle dans une sauce figée d’imbécillité, d’antipathie et de grotesque : il n’y a, dans le regard qui est porté sur lui, qu’un mépris rigolard qu’au fond je trouve assez glacial. Là où le Dr Devo trouvait entre deux lignes un sous-texte cruel sur son devenir, je n’ai en fait perçu que de l’humour potache bien plus soucieux de morale que de social. Et quelle morale ! Les pires héros sont bien ceux qui jettent à la corbeille leur personnalité et leurs comportements déviants à la première occasion pour mieux rentrer dans le rang et se faire exemples d’une version simpliste de récit d’apprentissage qui ne laisse pas l’ombre d’une chance à l’ambivalence.
 
T comme… TRACK OF THE MOON BEAST, de Richard Ashe (USA, 1976)
Sans se laisser décourager le moins du monde par le piètre BAKTERION, je reviens explorer de façon aléatoire les tréfonds du coffret « Chilling Classics », avec ce redoutable TRACK OF THE MOON BEAST qui parvient hélas à faire pire que son voisin de coffret italien. Dans un registre résolument Z, le film de Richard Ashe rencontre à peu de choses près les limites du TROU NOIR de Disney : c’est bien joli, mais c’est un film des années 50 malencontreusement réalisé dans les années 70 !
Après avoir brièvement fait connaissance avec un maigre troupeau de personnages dissertant aux alentours d’un désert, campé par un maigre troupeau d’acteurs au jeu totalement rétro et tout aussi peu concerné. Une pluie de météorites vient alors bouleverser mollement l’intrigue : notre malheureux héros reçoit dans la tête un petit éclat du caillou venu du ciel. Très logiquement, monsieur se met alors à souffrir d’une étrange forme de lycanthropie, puisqu’il se transforme en croquignolet homme-lézard meurtrier les soirs de pleine lune…
Bilan des courses, on s’ennuie gentiment même si l’aimable nullité ambiante en rend la vision un peu délassante. Ceci dit, le film devait déjà paraître bien désuet lors de sa sortie en salles en 1976, avec sa Créature du Lac Noir de pacotille, ses passages musicaux délicieusement ringards (ici une formation à la « Peter Paul & Marie » qui nous interprète dans un bistro un spectaculaire « California Lady »), ainsi qu’un premier meurtre hors-champ qui plagie avec une touchante maladresse une séquence célèbre de L’HOMME-LÉOPARD de Jacques Tourneur, tourné en 1943… Si je ne vous en ai pas dégoûtés, et si vous avez un faible pour les monstres avec fermeture éclair intégrée, vous pouvez télécharger en toute légalité ce petit film tombé dans le domaine public lorsqu’il s’est pris les pattes dans son encombrante queue d’iguane humanoïde !
 
U comme… U-TURN, d’Oliver Stone (USA / France, 1997)
Oliver Stone… Encore un cinéaste capable du meilleur comme du pire, et sans vouloir être vache, j’ai toujours eu le sentiment que la qualité de ses métrages reposait essentiellement sur le talent de l’équipe technique qui l’entoure. Alors que ses élans de patriotisme critique trempé dans l’académisme roublard (PLATOON, NÉ UN 4 JUILLET, NIXON, JFK, WORLD TRADE CENTER) m’ont toujours laissé totalement froid, j’ai par contre beaucoup apprécié les expérimentations de son intéressant TUEURS-NÉS, à vrai dire le seul de ses films qui ne m’ait pas laissé indifférent…
… Jusqu’à ce U-TURN visionné sur les conseils avisés du Dr Devo, film noir singulier, toujours très roublard mais vraiment plaisant. La narration du film fonctionne sur des bases classiques mais toujours efficaces : le film débute sans véritable sujet, lequel ne se dessine que progressivement, et c’est avant tout par le biais d’un décor mis en place avec humour et d’une galerie de personnages impossibles (casting surprenant où se croisent Julie Hagerty, Claire Danes, Billy Bob Thornton ou Jon Voight, et j’en passe). L’atmosphère iconoclaste et le recours à une bande originale décalée évoquent fortement le cinéma des frères Coen lorsqu’ils étaient encore en pleine forme. Bref, Oliver Stone construit un univers totalement irréaliste et semi-parodique, et le moins que l’on puisse dire est qu’il ne procède pas par petites touches impressionnistes.
C’est l’autre attrait du métrage, qui risque probablement de provoquer quelques rejets sommaires mais me semble valoir bien mieux que la tiédeur léthargique et démonstrative de la grande majorité des films du cinéaste : sa constante et radicale hyper-expressivité, qui ne va pas jusqu’à la furie psychotronique de TUEURS-NÉS mais s’inscrit indéniablement dans la même mouvance – cadres torturés, montage sonore acerbe, photographie criarde, splitscreens mobiles et cartoonesques, interprétation en roue libre… À défaut de bon goût, U-TURN compense par un étonnant cocktail d’érotisme, de violence, de comédie et de décrépitude, énergique et d’une artificialité pleinement assumée (voir le très gros plan, somme toute logique, sur l’œil de Jennifer Lopez, dans le reflet duquel on distingue très clairement l’équipe de tournage). Et dans ce flux d’images et de son qui tourne résolument le dos au réalisme et aux clichés du genre, on croise même quelques très belles choses, comme ces jump-cuts troublants sur la Lopez, technique de montage ici vraiment incarnée.
Difficile de discerner une réelle personnalité dans cet exercice de collage formaliste et d’une gratuité forcenée, esthétiquement très riche par la force des choses, peut-être un rien bourratif mais tellement plus captivant qu’une énième reconstitution historique aux vapeurs de verveine-camomille.
 
V comme… LE VOLEUR D'ARC-EN-CIEL, d’Alejandro Jodorowsky (Angleterre, 1990)
L’éditeur PVB fait ici une seconde percée après NE REFERMEZ PAS MA TOMBE, avec un titre inattendu que m’a offert le Dr Devo, qu’il en soit encore remercié. Toujours le même problème avec PVB, la richesse du catalogue (l’éditeur propose également LE CRI DU SORCIER de Jerzy Skolimowsky) est un peu gâchée par la médiocrité technique des DVD, et si le film de Jodorowsky est bien en version originale et au format respecté, la copie souvent verdâtre reste hélas de qualité assez médiocre. Tant pis, la rareté du film, à peine distribué en salles dans les années 90 après l’exploitation tardive et elle-même un peu confidentielle du superbe SANTA SANGRE, compense amplement la facture médiocre de l’édition.
Belle occasion en tout cas pour ouvrir une petite parenthèse sur la carrière de cinéaste de ce sympathique énergumène, dont je ne connais pas de très près les œuvres littéraires ou le travail dans la bande-dessinée. Peu productif, Jodorowsky, qui travaille actuellement sur un nouveau long-métrage intitulé KING SHOT (je crierai hourra quand j’aurais la copie ou le ticket entre les mains, ayant tout de même attendu seize ans avant de pouvoir voir LE VOLEUR D’ARC-EN-CIEL), n’a jamais fait les choses à moitié. Ses films, pour la plupart, méritent largement le terme de films-cultes. Un terme aujourd’hui totalement vidé de son sens, utilisé à tort et à travers par la critique et ouvertement monnayé par les distributeurs, je crois depuis que le mauvais THE CROW est sorti en salles flanqué du slogan « un film culte », et ce dès le jour de sa sortie : le terme « culte » ne désigne plus ces films fantômes insaisissables, pas toujours très bien distribués lors de leur première exploitation en salles, pas toujours très bien compris non plus, mais qui se sont lentement construit une solide réputation au fil des années, ne devenant célèbres et amplement diffusés que sur le tard. Et pas forcément avec une grande facilité – LA MONTAGNE SACRÉE et EL TOPO, diptyque étrange de Jodorowsky récemment ressorti en salles et qui connaîtra probablement une sortie DVD onéreuse dans les temps qui viennent, sont pendant des années restés invisibles pour de sombres histoires de droits ayant opposé le cinéaste à son producteur. En clair, des films comme THE CROW, LE GRAND BLEU (au secours) ou même RESERVOIR DOGS ne se sont vus taxés de films-cultes que parce que le terme fait très chic et que c’est un argument commercial comme un autre.
D’autres films de Jodorowsky sont par contre passés à peu près inaperçus – et je n’ai hélas pas encore eu la possibilité de les voir : FANDO AND LIS, TUSK, et jusqu’au dernier trimestre 2006, ce VOLEUR D’ARC-EN-CIEL, œuvre de commande tournée dans la foulée de SANTA SANGRE, le magnifique hommage de Jodorowsky au cinéma d’épouvante, œuvre profondément lyrique et symboliste, d’une puissance visuelle incomparable, dans l’ombre de laquelle est resté ce « petit film » interprété par Omar Sharif sans moustaches (c’est à peu de choses près tout ce que les médias ont jugé bon de faire remarquer en 1990), Peter O’Toole et Christopher Lee.
Sans égaler la fulgurance de SANTA SANGRE, LE VOLEUR D’ARC-EN-CIEL ne souffre pas des attentes générées par une curiosité d’aussi longue haleine, et s’est à vrai dire avéré bien plus riche et spectaculaire que ce à quoi je m’étais attendu. S’inscrivant sensiblement dans la même veine que SANTA SANGRE dans sa mise en scène (réalisation parfois très chorégraphiée et avare en séquences dialoguées, utilisation de la musique, soin porté à la direction artistique et à la photographie) et dans ses représentations (forains, putes, handicapés y forment une nouvelle variation, toujours très lyrique, sur la Cour des Miracles), le film n’est pourtant pas écrit par Jodorowsky lui-même, mais par Berta Dominguez D., laquelle s’approprie également l’interprétation de Tiger Lily, superbe personnage au centre d’une des séquences les plus émouvantes du film. Beau scénario d’ailleurs, auquel Jodoroswky apporte son inspiration visuelle, qui culmine dans la dernière partie du film avec un déluge noyant le monde dans lequel le cinéaste nous a faits évoluer, et auquel il apporte une qualité devenue bien rare de nos jours : la vie des décors. LE VOLEUR D’ARC-EN-CIEL est un conte où la cruauté et l’espoir s’entremêlent et se confrontent constamment. C’est aussi un très beau film, tout simplement.
 
W comme… WALLACE & GROMIT ET LE MYSTÈRE DU LAPIN-GAROU, de Nick Park & Steve Box (Angleterre, 2005)
Il n’est pas dit que Nick Park parviendra jamais à égaler la réussite de THE WRONG TROUSERS, seconde aventure de Wallace & Gromit, et de très loin la meilleure, en plus d’être sans doute le meilleur travail de l’animateur anglais Nick Park. Bien sûr, cela n’enlève pas le plaisir que procure ce type d’animation artisanale à l’heure où l’on ne jure plus que par l’animation infographique : il y a dans cette esthétique une réelle incarnation, une présence tangible des décors, des objets, et il faut bien reconnaître à Nick Park, qui sait tirer intelligemment profit de sa propre cinéphilie, une réelle mise en scène, certes très référentielle, qui gère le plus souvent avec talent une mise en image dotée d’un appréciable sens du rythme, et d’un vrai découpage – avec l’échelle de plans qui fait défaut à tant de films live.
Après le merveilleux hommage à Hitchcock qu’était le très réussi THE WRONG TROUSERS, LE MYSTÈRE DU LAPIN-GAROU s’oriente vers une relecture astucieuse et parfois très drôle du film d’horreur. Le film est visuellement séduisant et fourmille de bonnes idées, mais s’avère en fin de compte un peu décevant, la faute à une dernière partie maladroite et à une conclusion ratée. La réalisation de ce type de films s’étale sur plusieurs années, ce qui génère une attente et donc une certaine exigence, et peut par ailleurs nous amener à nous demander pourquoi le cinéaste, durant tout ce temps, ne s’est pas rendu compte de ce que le dénouement de son film avait d’insatisfaisant, et pourquoi il n’a pas cherché à corriger le tir en cours de route. Dommage donc que le film se termine sur une pirouette bâclée et peu cohérente. Le résultat reste plaisant et agréable, mais cède malheureusement à quelques facilités et à certaines redites (tous les films de Nick Park sont-ils voués à s’achever sur une course-poursuite motorisée ?) qui commencent à sentir le réchauffé et la panne d’inspiration. Le film est plus que visible ; mais il aurait dû casser la baraque !
 
Bon, c’est pas le toutou, mais la rédaction de l’épisode 14 ne va pas se faire toute seule, et il va me falloir m’activer : l’année 2006 comporte encore trois sélections complètes à chroniquer, et pendant ce temps-là, les visionnages se succèdent, la quatrième sélection, à cheval sur 2006/2007, étant particulièrement riche et intéressante. Au boulot !
 
Le Marquis
 
Et toujours, mais par ordre de préférence cette fois, de quoi vous suggérer certaines priorités :
 
[Photo : A HISTORY OF VIOLENCE, par Le Marquis]
A HISTORY OF VIOLENCE
LE VOLEUR D’ARC-EN-CIEL
LORD OF WAR
KEOMA
U-TURN
INSEMINOÏD
DEVDAS
WALLACE & GROMIT ET LE MYSTÈRE DU LAPIN-GAROU
ÉMILIE, L’ENFANT DES TÉNÈBRES
OH ! QUEL MERCREDI !
FAST FOOD, FAST WOMEN
L’HORRIBLE DOCTEUR ORLOF
CONSTANTINE
NE REFERMEZ PAS MA TOMBE
ROXANNE
SLACKERS
MALÉFICES
LA PLAGE
LES GUERRIERS DU BRONX II
BAKTERION
TRACK OF THE MOON BEAST
 
 
Bande-annonce de l’épisode 14 : Une recette novatrice d’éclair à la vanille inspire un vaudeville psychiatrique et bisexuel qui dégénère vite en une parodie de guerre des clans au cours de laquelle trois orphelins en péril perpétuel luttent contre un tueur de petites vendeuses de billets de loterie avec l’aide d’une adolescente enflammée. Non loin de là, une mamie homicide énonce un mensonge pour la bonne cause à l’encontre d’une mère névrosée qui a développé l’instinct d’un tueur, une momie gay en somme… Dans cette petite ville anthropophage, une liaison extraconjugale entre deux individus mariés l’un à l’autre les amène à cacher des légumes sous le matelas, tandis que des zombies nouvelle vague se livrent à des passes inquiétantes dans un hôtel, dans un hommage vibrant à Orson Welles. Un road-movie mou du genou certes puisqu’on ne s’y déplace pas, mais un vrai polar psychédélique. À ne pas manquer.
 
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[Photo : d'après NE REFERMEZ PAS MA TOMBE, par Le Marquis]

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Dimanche 28 janvier 2007 7 28 /01 /Jan /2007 17:43

Publié dans : Chroniques de l'Abécédaire
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