[Photo : "La Jeunesse Emmerde Diane Arbus (#2)" par Mek-Ouyes]

 

Chers Focaliens,

Quel dommage que ce début d'année soit la période où j'ai eu, et où j'ai encore, le moins de temps disponible. Car je suis en train de louper plein de petits machins tout à fait attractifs, ce qui est d'autant plus déplorable que nous sortons d'un long tunnel de films médiocres (grosso modo depuis la rentrée scolaire), éclairé ça et là par de brillants soleils, ou disons plutôt éclairé par des choses légèrement plus agréables, ça et là...

Bah... Une petite notule d'abord pour confirmer ce que je disais l'autre samedi sur Radio Campus (pour télécharger l'émission, mais uniquement jusqu'à samedi, cliquez ici). J'ai bien tenté de regarder BOBBY, film choral (je sais, je suis complètement masochiste, un grand malade) rempli de stars hollywoodiennes [il aurait pu quand même demander à De Niro (Oh no !) de jouer le rôle de la Dame Pipi quand même !] jusqu'à la gueule ! Rempli de stars démocrates hollywoodiennes, devrais-je dire ! Le film raconte la dernière journée de Bobby Kennedy. Bon. Et puis le générique commence. Et là c'est le drame. Voilà qu'il m'est arrivé quelque chose qui ne m'était jamais arrivé : je suis parti dès le premier plan. Le film commence par un carton où défile un texte qui nous dit que l'année 1968 a été terrible sur les plans politique et social pour les USA, traversés par les émeutes, déchirés par les conflits raciaux, etc. Le texte dit ensuite que c'est dans ce contexte que Bobby Kennedy se présente aux élections américaines, car lui seul pouvait sauver la démocratie et rassembler le pays autour d'un idéal de paix commun, et que lui seul incarnait la paix et la bonté, et que lui seul allait pouvoir faire sortir le pays de la guerre d'une manière digne (coude-coude, comme diraient les Monty Python, "see what I mean, see what I mean ?").
Alors oui, je suis sorti pendant le plan suivant : une image d'archive du discours où Kennedy annonce sa candidature.

Je vais vous dire une chose : j'ai horreur de la propagande, et j'ai horreur du lavage de cerveaux. J'ai horreur qu'on dise à la masse du peuple ce qu'il doit penser, et j'ai horreur de voir quelques individus anticiper sur le comportement du peuple. J’ai horreur qu'on lui force la main et qu'on le fasse faire ce qu'il n'aurait pas fait sinon. J'ai horreur des apôtres de la Vérité quels qu'ils soient. J’ai horreur des catéchistes en soutanes intégristes qui viennent dicter notre sens du devoir, de la mémoire et du bon goût, surtout lorsqu'ils sont laïcs. Je déteste les gens qui cherchent, en fouillant dans le passé, le présent et le futur, à vous prouver que les choses sont comme ça et pas autrement, et qui essaient de vous convaincre qu'il n'y a pas d'alternative ("There Is No Alternative" comme disent les anglais qui ont donné un nom à ça : le syndrome TINA !) et que les choses et la lecture des choses se résument à un fait univoque !

Je crois qu'il y a toujours une alternative. Et je crois que l'hagiographie est toujours source d'abus total, sinon totalitaire, quelle que soit la cause qu'elle sert. J'ai la chance de savoir ce que je pense, sans les catéchistes bien-pensants, qu'ils soient européens ou hollywoodiens. J’ai horreur du syndrome Tina car j'ai été attentif en cours d'Histoire ET de Philo, moi, contrairement, c'est très probable, aux 50 superstars qui jouent dans ce film, et je sais que dans l'histoire des Hommes et des Idées, à chaque fois qu'on disait au peuple "il n'y a pas d'alternative", on lui mentait bien sûr, mais de plus, on l'amenait vers des issues sanglantes et douloureuses. C'est une règle qui marche depuis plus de deux mille ans sans exception, et dans tous les domaines de la pensée humaine. Notez bien ce qui suit : le syndrome TINA est toujours source de violences et de mensonges (à grande échelle), quelle que soit la cause défendue.

Parce que je suis libre, je sais ce que je pense. Je sais ce que je comprends. Je sais ce que je ne sais pas. Et parce que je suis libre, je n'ai aucun, mais alors aucun besoin, ni aucune envie de vous convaincre de mes points de vue. Puisque je suis libre, ou que j'essaye de l'être, moi au moins, je peux discuter avec calme et sans m'énerver avec quiconque a envie de discuter, et ce quelles que soient ses opinions, même les plus opposées aux miennes, mêmes celles qui nient les miennes. Ce n'est pas un souci pour moi, et je considère qu'une conversation, si tant est, justement, que ni l'un ni l'autre des interlocuteurs n'essaie de faire preuve de prosélytisme, n'a jamais fait de mal à personne, et tenez-vous bien (tenez-vous mieux, comme disait Desproges), n'a jamais blessé personne. C’est même le contraire, c'est très bon pour la santé, quelquefois passionnant... et quasiment toujours très drôle !

En vertu de quoi, et par ces principes, dans un grand geste d'amour et de bisous barbus, je dis à tous ceux qui ont eu un rôle dans ce film (acteurs, réalisateur, scénaristes et producteurs, et pas bien sûr les petits grouillots de techniciens qui eux travaillent sur des films pour de vraies raisons de cinéma, dont une consiste à gagner sa vie par exemple), à vous tous, dis-je, je dis : vous êtes d'ignobles personnes absolument indignes de foi, et par le simple fait d'avoir osé vous engager de la sorte dans la conception de ce film, voilà qui fait de vous au mieux des imbéciles, et donc non responsables de vos actes, au pire des gens dangereux. Il est bien évident qu'en usant de telles méthodes, absolument ineptes et dangereuses, vous faites exactement le même travail que les propagandistes des pires époques de l'histoire contemporaine. C'est au nom de la Liberté et de la démocratie, bien sûr, que vous avez fait ce film, et ce faisant, ce sont ces deux idées que vous détruisez allègrement. Il est évident que vous défendez ici des intérêts et jamais des Idées ou des Concepts dans lesquels vous investissez la raison la plus noble, et en lesquels vous croyez pour faire avancer le bonheur de vos Prochains, car, si ce n'était pas le cas, vous refuseriez d'agir de la sorte, au nom des Principes énoncés au début de cet article.

Prétendre défendre la démocratie, défendre la liberté (notamment celle de penser, comme dirait le poète), en utilisant des méthodes de dictateur est très drôle, ou plutôt serait très drôle si on avait le temps, et plusieurs vies devant nous. La Vérité, le Respect de votre Prochain, la Dignité, la Morale et l'Éthique sont des questions de forme. Le moindre lycéen sait cela après son bac, en principe. En essayant de contredire vos propres principes, vous vous placez par ce fait au dessus des Lois de la Raison, et tout bêtement du bon sens, vous vous placez aussi au dessus de l'Histoire, ce qui est assez logique en fin de compte, car vous la ré-écrivez. Tout ceux qui ont fait cela, de l'Antiquité (relisez les grands classiques) à nos jours, se sont mangé l'Histoire et le retour de bâton, tôt ou tard, en pleine face. Tous ceux qui, par le passé, ont appliqué des méthodes similaires aux vôtres ont été, consciemment ou non, les "collaborateurs" de pouvoirs iniques, violents et dictatoriaux, pouvoirs déjà présents à l'époque des faits, ou pouvoirs à venir. En un mot : vos méthodes préparent ou entérinent le pire.

La Morale est une question de forme. À moins de présenter des excuses, vous apparaissez à mes yeux comme les personnages les plus immondes qui soient. Ou les plus bêtes, ce qui ne change pas grand chose à l'affaire. Les plus croyants d'entre vous devraient déjà commencer à prier pour le Repos de leurs âmes, parce qu'ils vont en baver dans un futur extrêmement proche, si j'en crois, une nouvelle fois, l'Histoire ! J'espère qu'il y aura une justice ou suffisamment de hasard à l'heure des comptes, et que les pauvres gens, dont nous-mêmes, dont vous avez voulu le bien en faisant ce "film", n'auront pas trop à souffrir de vos lacunes et de votre malhonnêteté. Je suis sincèrement désolé, pour moi-même bien sûr, de ne pas avoir eu l'endurance nécessaire pour voir plus de dix secondes de ce que vous appelez "votre film". Ma sensibilité et mon endurance ont quand même des limites, sous mes allures de personne forte (que j'essaye d’être). Comme on dit dans les films hollywoodiens que vous construisez de vos mains : "on est des êtres humains comme les autres". Dommage que vous ne pensiez pas la même chose.

Nous vous aimons beaucoup, ou nous sommes prêts à vous aimer, et c'est pour cela, pour cette noble raison, au nom de ce grand bisou barbu qui est le plus beau geste que vous recevrez jamais de la part d'un être humain, que nous vous jetons cet article à la figure.

Alors bisous bisous !

Dr Devo.
 
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Mercredi 31 janvier 2007 3 31 /01 /Jan /2007 11:49

Publié dans : Corpus Filmi
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