MOLIERE, de Laurent Tirard (France-2007) : Dix fois ne sont pas costumes...

Publié le par Dr Devo

[Photo : "Où Aller au Théâtre après l'Article ?" par Dr Devo.]

 

Chers Focaliens,

Ah, me voilà fort dépourvu dans la tempête qu'est devenu mon agenda cette semaine et qui m'a obligé à me tenir un peu loin de vous... C'est la vie, c'est un combat, il faut savoir réveiller le failleteur qui est en vous, etc., comme nous l'a rappelé récemment le retraité Stallone, italien en voie d'équarrissage (symbolique bien sûr), et comme doit le marteler je suppose, et j'avoue que j'ai un peu envie de vérifier par masochisme, À LA RECHERCHE DU BONHEUR, nouvel opus de Will Smith et de sa progéniture maudite, et film ouvertement madeliniste, inspiré d'une histoire vraie qui devrait mettre du baume au cœur de ceux qui souffrent par manque de travail ! Les imbéciles ! Qui veut, peut, pourtant, comme disaient nos amis allemands. Allez, bouge de là, comme on disait jadis, et n'oublie pas de te dire chaque matin "I got the power". Snappons, si vous le voulez bien...

Le mois de février va être cinématographiquement riche. La semaine prochaine : Lynch. Semaine suivante, Soderbergh, dont je n’attends rien, d'autant plus que Spiderman et le Président des USA jouent dedans. Semaine suivante : William Friedkin et la splendiforeuse Ashley Judd que je salue (c'est une amie). Puis, cerise sur le gâteau dans le dos de toute la profession, qui l'ignorait encore il y a cinq jours, le dernier mercredi de ce mois sort le dernier Lars Von Trier, en bâclé, à la va-vite, et en faisant le minimoume de pub afin que ça se plante avec autant de panache que le magnifique 5 OBSTRUCTIONS. Et pour couronner le tout, le distributeur a appelé le film LE DIREKTOR en faux scandinave dans le texte, oui parce que la Scandinavie, le Danemark et la Suède, tout ça, c'est pareil, et DIREKTOR (avec un O barré ! véridique !), c'est tellement fun... Moi, je propose que THE GOOD GERMAN de Soderbergh soit rebaptisé là, 15 jours avant sa sortie afin de bien le bousiller, je propose qu'on l'appelle ACH, AU BON BOCHE ou encore SCHLEUH MAIS SYMPA ! Donc vous êtes prévenus : février va être très agréable (avant la disette sans doute), et vous n'aurez qu'une semaine pour voir le Lars Von Trier, ce qui fut déjà le cas avec 5 OBSTRUCTONS et MANDERLAY. Passons...

Il était donc temps d'aller voir des films français cette semaine, parce qu'après le championnat minime, à partir de mercredi prochain, c'est la compétition adulte qui commence ! Ce que je fis...

MOLIÈRE de Laurent Tirard (France-2007) : Le poison et la maille...

Allez hop, c'est le XVIIe... À cette époque-là, je dis ça pour les plus jeunes focaliens (rappelons aux parents qu'un petit focalien se fabrique dès le CM2 !), les gens adoraient mettre des costumes, et c'est dans ce contexte que le jeune JB Molière accepte d'être sorti de prison, où il purge une peine pour dettes, par un des sbires de Mr Jourdain (Luchini). En échange, Luchini promet de ne réciter aucune fable de La Fontaine, et lui demande, restons sérieux, de le "coacher" pour une affaire bien spéciale que je m'en vais vous dire... Luchini est amoureux d'une belle et jeune veuve, la transhumaine Ludivine Sagnier, qui manie le verbe comme Jack le couteau, et dont le salon est fort couru pour cette raison. Il aimerait déclarer son amour à la veuve, et pour cela il a écrit une pièce en un acte qu'il voudrait jouer devant la belle... Molière doit donc l'aider à se préparer pour cette représentation ! Et cela, sans que Madame Jourdain (Laura Morante) ne s'en aperçoive, bien sûr. Molière se présente alors dans la maison Jourdain sous les traits de Mr Tartuffe, dévot (mais pas celui qu'on croit !), ce qui est plutôt croquignolet dans cette maison de penseurs assez libres ! Très vite, la situation s'envenime et se complique pour Molière (jeune à l'époque, et qui n'a pas encore écrit ses grandes pièces). Edouard Baer, gentilhomme, ami de Luchini, et qui doit l'introduire auprès de Sagnier, n'est qu'un coquin flatteur et ruiné qui cherche à profiter lui-même de la situation... La fille de Jourdain se voit prise dans le filet de sentiments amoureux qui la mèneront à la catastrophe... Et Molière tombe amoureux de Mme Jourdain ! Bonjour le sac de nœuds ! Ce n'est pas gagné !

Ach, le film à costumes ! Quelle fâcheuse habitude des cinémas dominants ! Rappelons, selon la Charte Devo pour l'Amélioration Qualitative et Définitive du Cinéma Mondial, qu'un pays aimant vraiment le cinéma interdirait le tournage des films à costumes, à moins qu'ils ne soient justement joués en bleus de travail (allez voir l'article, vous comprendrez comment c'est possible). Que ce soit le film dix-septième (le quartier ou le siècle), un film à l'époque du Christ ou encore une vie d'Edith Piaf (j'y vais dès que ça sort et j'ai fait la promesse de le voir avec des boules Quiès ! J'ai très hâte ! Voir un film musical sans le son est un de mes rêves...), le film à costumes, c'est mal. Le film à costumes tue. Le film à costume est dangereux pour la santé. Le film à costumes provoque l'impuissance, et nuit à vos spermatozoïdes. Mais bon, malgré la dangerosité de la chose (ne laissez pas vos enfants respirer du film à costumes), y'en a qui aiment. Il y en a qui aiment les gazons tondus au poil près, avec des ciseaux en or, forgés au Vatican. Il y en a qui adorent se rendre compte que oui, cette commode second empire est effectivement particulièrement à sa place dans ce salon d'angle art-déco. Il y en a qui adorent que la chemise à jabot du général De Gaulle, lors de sa dernière inspection des troupes avant le débarquement en Normandie, soit en dentelles d'Alençon et son calicot d'Aix. Car la vérité historique, c'est que De Gaulle adorait les vêtements en dentelle, comme le savent les spécialistes. Le film à costumes, c'est mal, vous conduira en enfer, à moins que vous ne soyez antiquaire ou que vous soyez abonnés à la collection "Les plus Beaux Services à Thé du XIXe Siècle", aux éditions Atlas.
Et puis, il y a les autres. Ceux qui s'intéressent plus à une ellipse dans la scénario, où à un plan moyen placé consciencieusement là où la bienséance dit de ne pas le placer, ceux qui, dès le début d'un plan qui brise la série d'axes d'une séquence, savent que quelque chose ne va pas et ont délicieusement peur dans leur petit siège de petit spectateur. Il y a ceux qui ronronnent de plaisir devant une coupe de son. Il y a ceux, en bref, qui considèrent que ce n'est pas le costume du chef d’orchestre ou du premier basson qui est important, mais les accords que joue l'orchestre ! Et là, pour eux, la vision du film à costumes, c'est mal, est toujours, à une poignée de films près (un peu de Ken Russell, du Bernard Rose...), un moment d'extrême souffrance !

Laurent Tirard, précédemment réalisateur du pas vu du tout (par moi) MENSONGES ET TRAHISONS, a décidé de faire du film à costumes un peu décalé ! Peut-être est-ce son éducation américaine (il fit ses études, tels Spike Lee et Julie Delpy (que je salue, c'est une amie) à l'université de NYC, et fut lecteur de scénarios pour la Warner !) qui le pousse. MOLIÈRE ravira ses producteurs, il remplit le cahier des charges. Négligeant totalement mes conseils pour l'Amélioration du Cinéma Mondial, Laurent Tirard réalise son film comme si Matière Focale n'avait jamais existé : personne ne porte le bleu de travail, on ne voit aucun poteau électrique, Molière est joué non pas par 13 acteurs et 8 actrices, mais par le seul Romain Duris, et personne n'a cherché à donner un des rôles principaux à Dolph Lundgren, qui pourtant, et je n'ai rien contre Laura Morante, aurait fait un(e) excellent(e) Mme Jourdain ! Bref, c'est encore un film à costumes classique, c'est mal, avec moult argent gaspillé dans de luxueux décors dont il a sûrement fallu camoufler avec une patience infinie les traits de modernitude. Quand un ancien noble prête son château, ça fait déjà belle lurette qu'il l'a modernisé pour accueillir les symposiums 5 étoiles des riches multinationales. Ainsi, le décorateur a perdu un temps précieux à ranger les i-pods minis de la pas très grande non plus Charlotte-Gonzague Jr (la cadette), tandis que son équipe (au décorateur, suivez un peu, bon sang !) faisait enlever les écrans 16/9e dans toutes les salles, puis reboucher les trous aux murs où des chevilles permettaient de sécuriser l'assise de ces mêmes écrans géants, trous qu'il faudra ensuite repercer pour tout replacer après le tournage ! Que c'est épuisant ! Que c'est coûteux ! Alors évidemment, quand on s'est donné tout ce mal, on a envie de les montrer, les décors et les costumes, et le Luchini ! Et là, c'est déjà un tiers de temps de perdu !

Malgré tout, Tirard essaye, je le disais, de dépoussiérer la chose. Il profite d'un trou dans la biographie de Molière, le vrai. En effet, on ne sait pas du tout de qu'il a fait en 1645. Hey hey ! Quelle aubaine ! À fond les ballons la fantaisie, rien ne nous retient ! On peut dire tout ce qu'on veut pendant le black-out, sans pourtant renverser la biographie de Molière le vrai et la faire tremper dans le bain odieux du mensonge. Mentir sur les biographies de gens célèbres, à l'instar du film à costumes : c'est mal ! Bon. Rien n'est faux et tout est permis. Molière, tel le Brian des Monty Python, enlevé par des extra-terrestres ? C'est possible. Molière qui trouve dans le comptoir d'un marchand revenu des Nouvelles Indes un petit ourson bizarre mais attention, il ne faut pas le nourrir, ni le mouiller après minuit, sinon... C'est possible. Molière qui décide d'échanger sa place pour les vacances avec le Roi de France, et chacun d'entre eux qui tombe amoureux d'un des proches de l'autre ? C'est possible. Molière qui pue, qui pète, fume de la drogue et sent la cigarette ? C'est possible ! Molière qui décide d'écrire un roman racontant comment un voyageur dans le temps s'aperçoit que les singes ont pris le pouvoir dans le futur ? C'est possible.
Mais Tirard, il aime bien la comédie à l'américaine, et après tout, Molière, c'est drôle ! Et puis c'est tragique aussi des fois ! Un peu comma la vie, quoi... Et un peu comme la comédie américaine... Il décide de faire de Molière le personnage d'une espèce de film de college entre le RUSHMORE de Wes Anderson et le AMERICAN COLLEGE de John Landis. Et puis, les producteurs kidnappent sa fille, lui envoient un doigt d'icelle, et un coffret des cinquante meilleures comédies américaines des années 50 ! Tirard est donc obligé de réécrire son scénario sous la menace. Il découvrira à son grand désarroi, après que le tournage soit commencé, que le doigt n'était pas celui de sa fille, mais un faux doigt ensanglanté, acheté dans une boutique de farces et satrapes !

MOLIÈRE est donc à la fois un biopic, un film à costumes (redondance !), et une comédie américaine classique avec Gary Grant. Trois intrigues, dont une principale mais chut !, qui vont se mêler encore et encore et se relayer dans un esprit sautillant de course effrénée et de quiproquos. On voit tout de suite que Molière est ici en observateur, et que petit à petit, la vie se transforme magiquement en théâtre de boulevard, avec mari caché sous la table, déclaration anonyme de passion effrénée, et jeune donzelle à l'amant caché, tandis que le mariage arrangé cache un complot ! Chacun sera amené une fois au moins à jouer un rôle qu'il n'est pas afin de pouvoir récupérer une situation à son avantage, et ce faisant, il deviendra lui-même ! La vie, c'est le théâtre, et le théâtre, c'est la vie ! Ma vie est une scène, et sur scène je joue ma vie ! Comme on peut le voir, le côté comédie classique US est mélangé ici avec le "film d'acteurs de théâtre" qu'on appelle aussi dans le jargon des critiques le "film de théâtre" ! De ESTHER KHAN, un des pires films de la création, à CABARET, en passant par LES GRANDS DUCS de Patrice Leconte (Mmmmmm....) ou son équivalent maniériste LE CAROSSE D’OR de Jean Renoir, 98,58% des films sur le théâtre ont tous la même métaphore et ne disent strictement qu’UNE chose : le théâtre, c'est ma vie, et ma vie se joue au théâtre ! Voilà pourquoi les films sur le théâtre ont un taux d'échec quasiment équivalent aux films à costumes ! Le film de théâtre nous rabâche toujours la même chose. HiHihi ! Un peu, si vous voulez, comme le film de maladie n'a en général rien à dire ni à faire d'autre que de pleurer en gros plan la tête dans la mains en criant le plus fort possible "Ça tue la maladie, et ça fait souffrir !". Joli scoop ! Mais maintenant, c'est bon, j'ai compris le message...

[Mr Mort ajouterait que c'est aussi parce que les gens de théâtre n'ont rien d'autre à faire qu'à ressasser sans cesse la mythologie à trois balles des saltimbanques que les pièces de théâtre sont nulles à 98,54% !]

Alors, comme ça, Tirard a réussi son pari de dépoussiérer un peu le Molière, mais attention, en respectant "l'essence" (cher lecteur, je dis ça pour rire !) du théâtre, et par là même de son jumeau maléfique le film à costumes (c'est mal !). Autant dire que le changement par rapport au film à costumes classique (c'est mal) est assez léger, coude coude, see what I mean, see what I mean ?
Côté réalisation, pas grand chose à dire. Le plan rapproché est roi. Entrecoupé ça et là par des choses plus larges mais à peine. Et puis du gros plan. Ici et là, la fantaisie du plat du jour consiste à faire des mises au point sur l'arrière-plan pour introduire la parole d'un second personnage. Puis ou "ou" le contraire, c'est-à-dire passer du second plan au premier. Cette micro-fantaisie a desservi le film lors de la projection à laquelle j'assistais, car dans cette salle, la mise au point était catastrophique et l'image grisouille. On me pardonnera donc de ne pas donner ici mon point de vue sur la photo, d'autant plus que mes indics m'ont signalé que dans d'autres copies, l'image n'était pas si grisâtre justement ! [Je me souviens qu'un jour, j'ai dit dans la Revue du Cinéma que le problème numéro un du cinéma en France, c'était la gestion du tirage des copies et la qualité de ces mêmes tirages, ce qui me valut, je m'en souviens, un rire de mépris de la part d'un Grand Manitou du Net, spécialiste des choses de la Littérature ! Mais je maintiens mes affirmations. Souvent, à peu près à 60% du temps, les copies sont infectes et trahissent la volonté des réalisateurs...]. Sinon donc, pas grand-chose. Le son notamment est le plus illustratif possible et sans fantaisie aucune. Ce qui est le cas de 99,63% des films européens, donc, pas de quoi s’affoler…
Pas énormément de mise en scène donc. On aime ici les acteurs de manière frontale. Par contre, il y a une scène (le baiser virtuel) qui est ostensiblement écrite et construite sur un effet de mise en scène, et même sur la destruction du champs/contrechamp puis de sa recomposition. La scène est longue, et donc on finit par ne plus faire attention et bing, là on se prend un petit changement d’échelle de plans tout à fait sympathique (qui change le sens de la scène, quand même !), suivi in fine d’un vrai-faux-vrai split-screen tout à fait rigolo. Ce n’est pas exceptionnellement beau, et pour ma part c’est un poil trop lent et on a largement trop le temps de réfléchir. À peine le système se déploie-t-il qu’on cherche déjà à anticiper le mouvement. Et je crois que le mouvement général n’est pas lent en fait, mais curieusement un peu monocorde C’est gentil et tout et tout, mais il n’empêche qu’au moins, MOLIÈRE rejoint les 3,65% de films français essayant de faire de la mise en scène dans au moins une scène. Dommage par contre que ce bel effort ne soit pas suivi par d’autres. Car on aurait bien aimé, nous les petits gars de la focale, avoir plusieurs scènes avec une écriture basée sur la mise en scène…

D’autre part, le rythme du film, comme de bien entendu, c’est le rythme des dialogues et des acteurs. C’est là que le film se joue. Et je dois avouer que c’est là que j’ai le plus de mal… Les dialogues sont en effet construits sur un effet de parlé-phrasé ou de phrasé-parlé (comme on dit parlé-chanté dans certaines pièces de musique contemporaine, chez Schoenberg par exemple), c'est-à-dire entre le dialogue commun et décontracté de tous les jours (au cinéma), et la déclamation précieuse du texte qui appuie sa construction chiadée et qui appuie la "richesse" du champs lexical qui en général se vautre dans la totale splendouille en faisant des "Grouiiiii Grouiiiii" de plaisir. Et le tout sur un clair ton de déclamation, théâtral là aussi, mais aussi commun quand il s’agit du film à costumes (c’est mal !). Ainsi, le style est ampoulé, et on se croirait au théâtre ce soir. Au bout de 20 minutes, je n’y tenais plus et je me suis penché vers mon voisin IronLegs (un proche du site Nadjalover que je salue au passage) pour lui dire ceci avec le ton approprié que ceux qui ont eu la télé dans les années 90 vont reconnaître : "Puisqu’on me mène vers l’échafaud, et qu’on me demande ici mes dernières volontés, je l’affirme bien haut, il n’y a que Maille qui m’aille !". Voilà ce qu’est MOLIÈRE. Tout le film est construit sur la déclamation presque en vers (mais non) sur un ton enjoué et appuyé. C’est tellement le ton Maille que dix minutes après le film, il est impossible de penser à autre chose qu’à la couleur jaune ou à la ville de Dijon. Comme le disait IronLegs à la fin du film : « Ça vous cuit un film, ça ! » [J’en profite d’ailleurs pour m’en excuser !]

Ainsi donc, le ton de jeu est remarquablement dijonnais et impossible à ne pas remarquer. On a l’impression d’être sous acide. [Comme quoi, le film à costumes (c’est mal !) n’a pas inventé la diction normale de dialogues sentis ou émouvants. Non, dans un tel film, il faut toujours que la moindre phrase devienne une gourmette ciselé en or de Tolède, du genre : « Vous permettrez, Madame, de me voir m’absenter, l’urgence de certaines affaires me conduisant à me priver de l’impression délicieuse dont vous irradiez tout le salon », lorsque le héros doit aller aux toilettes.
Dans ce contexte, c’est vite le jeu de massacre. Romain Duris, qui est, rappelons-le, selon la presse, le nouveau De Niro (Oh no !), et dont, il faut bien le dire, je suis loin d’être fan (il y est très bon paraît-il dans DANS PARIS que j’ai loupé !), cherche ici la sautillance cabrissime (c’est fini…) d’un Gérard Philippe, mais attention, un Gérard Philippe moderne, c'est-à-dire avec une chemise à jabot nonchalamment ouverte, un peu à la Prince. Gérant de sa Pataterie locale, Duris contrôle son petit bizenesse sur le mode la sonnerie bi-tonale : allumé/éteint en quelque sorte, et fous rires précieux qu’on cache dans le précieux plis de la chemise (voir scène dite du cheval). Mouais.
Laura Morante, toute passion classique dehors, est la plus agréable. Luchini, plutôt sur le mode du retrait, s’exécute sans doute avec bonne humeur, bien que l’extrême fatigance des dialogues ne puisse pas vraiment permettre d’apprécier quoi que ce soit. Mais en ce qui concerne Edouard Baer, c’est désolant. Baer m’est assez sympathique, et effectivement il fait très bien le Mondain escroc, mais c’est douze mille fois attendu. Ceci dit, c’est le seul qui arrive à rendre naturels les dialogues, un tant soit peu. La grosse erreur du film étant quand même Ludivine Sagnier en fiérotte-la-pou, mutine du verbe et du regard, dont l’ironie cassante est sans doute la plus prisée des salons mais qui dans le film rend le tout encore plus tartignole. Là oui, on est en pleine costumerité du film à costumes (c’est mal !).

On essaie de s’extraire du bourbier tant bien que mal. On ne sait pas s’il faut rire ou pleurer de certains dispositifs (notamment à travers les scènes de "déclamation tragique" qui posent la question difficile : comment jouer l’acteur qui joue mal quand le film lui-même est en mode bipolaire ?). Nous sommes en territoire archi-connu et balisé, et le dispositif de comédie américaine classique, qui n’est pas du tout en soi une mauvaise idée, se brise hélas, sans ambiguïté, sur le cahier des charges, et devient une nuance observable surtout au microscope ! Car ce qui compte, c’est de donner du costume, du maniéré-ampoulé dans le dialogue, et de perpétuer cette tradition mondiale de la dialectique dite du "théâtre de la vie, vie du théâtre". C’est surtout cette idéologie simplette, rebattue, et vraiment stupide, tellement si utile (si je veux) quand il s’agit de nous vendre les arts de la rue, qui plombe le métrage et le tire vers le bas. Jamais finalement le film ne deviendra l’ensemble foufou et échevelé qu’il aimerait. Mais on ne peut pas être partout, et ici, l’enjeu était de s’amuser, certes, mais dans des limites strictes, et avec les patins, sans rien changer du tout à la norme du genre. On se demande un peu alors ce qui peut pousser acteurs ou réalisateurs dans un projet qui se veut si original et qui n’a quasiment aucune chance d’être autre chose que fade. Si on peut apprécier que petit à petit les films français s’orientent vers une écriture à l’américaine, pour ainsi dire, il en faudra bien plus pour se sortir de sales habitudes. Et ici, encore une fois, on sent tellement le plan de production que ce MOLIÈRE, au fond, et le jeu Gérard Philippe aggrave ce sentiment, sent la taxidermie et la mort, loin de l’excentricité voulue. Entre le calcul de franchise et les narrations à risque, il faut choisir. MOLIÈRE est encore un film de production. C’est triste.


Gentiment Vôtre,


Dr Devo.
 

Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés : cliquez ici !

Publié dans Corpus Filmi

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Dr Devo 06/02/2007 19:46

Ha bah oui quand on détache phrase par phrase une critique d'ensemble on finit par avoir des arguments contre la critique! Ma critique est franche et je ne vois pas où elle est "attaquable". C'est ça qui m'énerve: qu'on doive m'opposer à d'autres et dire ce qui est recevable ou pas! Qu'ai-je dit dans cet article de si déguelasse? Et quels arguments sont recevables chez eux?
ceci dit, on est quand même mieux ici, sur Mat Foc, c'est plus cosy et chaleureux quand même, et personne n'est armé...
Dr Devo

Le Marquis 06/02/2007 19:17

Oui, c'est un peu drôle. Je ne vois pas grand-chose à leur répondre, ils sont à ce point déterminés à détruire qu'ils semblent être assis sur le cadavre de leur humour défunt, et s'auto-persuadent, quand le Docteur dit qu'il adore Jason Schwartzman, qu'il est forcément ironique, et qu'il l'est par pure méchanceté. Dommage qu'ils le fassent savoir sur la place publique, mais en même temps, le ridicule ne tue pas. Ce qui m'agace, c'est que s'il y a sur ce forum quelques arguments valables opposés à l'article, ils le sont sur ce sempiternel ton d'arrogance, fort antipathique, et sont de toute façon noyés dans la masse des projectiles dont ils bombardent aveuglément le site, et plus particulièrement son responsable - l'attaque personnelle, c'est toujours plus excitant, que voulez-vous. J'avoue ne pas être très consommateur de ce type de forums moi-même, le jeu de celui qui a la bite la plus longue ne m'amuse en général pas plus d'une fraction de seconde.

Norman Bates 06/02/2007 18:43

IL y a quand meme un fan de Jean Claude VanDamme qui reprend votre texte point par point pour démontrer, je cite, que vous êtes un connard. Ca doit être le plus drole.

Epikt =^..^= 06/02/2007 18:19

Marrant ce forum !Ca me rappelle pourquoi je mets quasiment plus les pieds sur ce genre de trucs...Je préfère 100 fois quelqu'un qui a ses positions affirmées et les défend de toute sa verve et toute sa mauvaise foi - même quand il a des goûts de merde (ce qui vous arrive parfois mon cher docteur) - qu'un ramassi de "cinéphiles" qui vont louer ce film parce qu'il respecte l'esprit de l'original et que pas touche à Sly p'tit con tu respectes pas le cinéma des anciens.(pour leur défense, on vous a connu plus en forme que lors de la rédaction de cette critique - celle de Rocky)=^..^=

Isaac Allendo 06/02/2007 17:32

Le plus rigolo je crois que c'est le type qui dit : "avec cette technique on peut démolir n'importe quel film".(Comme tu es trop gentil et qu'ils aiment bien le mot, je soulignerais aussi que c'est une bande de connards, suceurs de pneus et adeptes de la puériculture)