NUITS DE PLEINE LUNE : Clive Turner, le Chuck Norris du Cinéma Fantastique

Publié le par Dr Devo

Jeunes Femmes, Messieurs,

 

 

 

Il est temps de découvrir cet artiste singulier qu'est Clive Turner. Et un seul site internet au monde est capable de consacrer une critique détaillée de son film "Nuits de Pleine Lune", et c'est MATIERE FOCALE.

 

Clive Turner est un drôle de bonhomme. Scénariste, metteur en scène, acteur, il a été aussi assistant de David Cronenberg sur son chef-d’œuvre "Crash". Enfin, à vrai dire, il était assistant du monteur des effets sonores. Mais, bon, c'est quand même pas mal. J'ai emprunté le dvd de "Nuits de Pleine Lune" à la médiathèque locale, parce que j'étais assez étonné de voir là ce film, qu'on trouve en général dans toutes les bonnes brocantes à 2 € neuf. Et puis, parce que je n'avais jamais entendu parler de ce film, dont la copie, pleine de promesse, est au format 4:3 plein écran, et en Vf obligatoire, tourné directement pour la vidéo. Il ne faut jamais rechigner à voir un film d'exploitation fantastique improbable. La simple vision de la jaquette m'a fait baver et tirer la langue. Le premier loup-garou du film, c'est moi. J'ai donc emprunté le film en même temps qu'un récent Zulawski! C'est gourmand.

 

[Lecteur, tu en trouveras pas beaucoup d’autres pour citer Zulawski et Clive Turner dans le même article]

 

Un peu de généalogie. La jaquette du DVD nous promet un film dans la lignée de "Peur Bleue" et "Hurlement", et c'est très perspicace parce qu'il s'agit effectivement d'un film de loup-garou, même si je suis un peu déçu que les distributeurs de cette belle galette n'aient pas eu la présence d'esprit de citer également sur la jaquette "Le Loup-Garou de Londres", le très beau film de John Landis. Mais Bon. "Nuit de Pleine Lune" s'appelle en VO "Howling: New Moon Rising". le film est connu aussi sous le titre "Howling VII: Mystery Woman", mais les producteurs ont eu le bon goût de cacher ce titre qui dévoilait qui était le loup-garou, ce qui est un peu embêtant car c'est un peu le sujet et le suspense du film. Cette série des "Howling"  a pour point de départ le beau film de Joe Dante, "Hurlement" en VF. La franchise a été rachetée, c'est bien normal, et donc suite, re-suite, re-re-suite, jusqu'à 7 et peut-être plus. Je crois que certains films de la série sont assez sympathiques, mais ne les ayant pas vus, je laisse à mon ami Le Marquis le soin de faire un commentaire sur cet article, il aiguillera le lecteur qui a envie d'explorer la série... Signalons que Turner joue aussi dans le film. Il l'a écrit, produit, monté. Un artiste complet.

 

Ça se passe au Texas. Ou en Arizona. Dans une zone désertique en tout cas. Et dans une minuscule ville qui s'appelle PioneerTown. Et je dirais même que ça se passe dans le bar de cette ville. Le bar s'appelle le Palace, et il est tenu par Harriet et Pappy Allen! Pappy Allen, j'adore ce nom.

 

[Message personnel à Woody : si ton dernier film est encore une bouse téléfilmique, je jure devant Dieu que Pappy Allen deviendra ton surnom officiel. On se revoit dans trois jours Woody.]

 

Bon, sinon, c'est un gars qui s'appelle Ted. Il débarque avec sa Harley dans le Palace de PioneerTown, à la recherche d'une bière fraîche et d'un travail. Une petite conversation sur George Jones (attends... t'énerve pas... J'y viens.) Plus tard, Ted a fait copain avec tout le monde. Ted est joué par Clive Turner lui-même. Et ce type-là, il a un sacré physique. Pas commun le bonhomme. Ou plutôt si : imaginez un type un peu plus grand que Corbier (cf. photo en tête de cet article), donc roux, mais avec une barbe bien taillée, pas comme celle de l'ex-beatnik du Club Dorothée (je suis obligé de nommer le club Dorothée, ça va faire échouer des gens sur le site via Google), et avec de grands cheveux qui descendent presque jusqu'en bas de son grand dos interminable. Un Stetson, la Harley, une chemise country, et vous avez le paysage. J'ai rarement vu un personnage aussi sympathique et affable que ce Ted. Sans rire. Il est marrant, il est gentil avec tout le monde, simple, toujours prêt à rendre service. Donc, Ted trouve du travail de le Palace de Pappy Allen. Parallèlement, on découvre en montage alterné (un peu pénible au début d'ailleurs, après ça a son petit charme), un vieux flic très improbable qui enquête sur une mort mystérieuse. Mystérieusement, il mène son enquête chez un mystérieux prêtre qui en fait cache un mystère. Il est spécialiste en loup-garou et pour lui, ça ne fait pas doute : l'assassin que le shérif recherche est un lycanthrope. "C'est étrange", se dit le shérif. Et pendant une heure, tu as droit, frère de films, au plus long métrage en montage alternée du monde, soit une heure, où l'action se partage entre Ted qui devient un mec apprécié au Palace et petit à petit fait sa place dans la communauté, et le prêtre qui explique comment les loups-garous fonctionnent, en long, en large et dans le détail au shérif, très pressé de rentrer chez lui. D’ailleurs la seule explication dure deux jours dans le temps de narration du film! De plus, fait notable dans l'histoire mondiale du montage alterné, les scènes concernant Ted et celles concernant le shérif et le prêtre ne se déroulent pas à la même vitesse. Je m'explique. Dans une première scène, par exemple, on voit le shérif mettre du sucre dans son café, café gentiment offert par le prêtre. Deuxième scène, on voit Ted, en train de nettoyer le comptoir du palace puis, sa moto puis aller se coucher, puis se réveiller le lendemain matin. Troisième scène : le shérif boit sa première gorgée de café. Vous comprenez? Relisez les trois scènes. Ça y est? Le temps de narration dans les deux lieux d'action est différent, ce qui rend ce montage alterné très bizarre et complètement inédit, en plus de sa longueur monstrueuse. Appelez le Guinness Book. 

 

Sinon, c'est bien? Ben mon gars, si tu veux, ici on aime prendre notre temps. Reprends une bière, je vais t'expliquer. Certes, on n'est pas volé sur la marchandise. C'est un film de loup-garou. Bien qu'on en voie très peu. Quelques uns bien sûr. Tous issus des autres films de la série! Sinon, il y a bien quelques plans en rouge et blanc, et en caméra subjective. Si, maintenant que tu me le dis, il y a un loup-garou dans la dernière scène. Un vrai, pas emprunté à un autre film. On le voit sur deux plans, dont un où se déroule un fondu enchainé-morphing "avant-après" la transformation. On peut dire donc sans être malhonnête qu'on ne voit pas la transformation.

La dernière demi-heure ne manque pas non plus de bizarreries. Elle se révèle être très complexe avec un suite de manipulations scénaristiques ardues, où il est assez difficile de démêler la vérité enfin dévoilée et pleine de faux semblants. C'est très étonnant car le film semblait jusque là d'une simplicité biblique. Il faut dire que dans ce dénouement, qui est la suite narrative du film qui a précédé, l'action ne se déroule pas au présent mais en flashback, oui, en flashback, à l'occasion d'une conversation entre deux personnages, le shériff et le prêtre. Ils s'attachent à nous parler de ce qui vient de se passer; une sorte de rétro-ellipse, pleine d'événements et de rebonbissements alors que jusqu'ici il ne s'était presque rien passé. On découvre alors un montage allégé plein de coups de théatre ou de retournements, mais qui ne nous sont montrés que de manière elliptique. En résumé en somme. Là encore, c'est très étrange et le dispositif est inédit. Là encore, c'est un cas d'école complétement incongru. Pourquoi cette mélasse finale qui semble dévoiler une multitude de scènes tournées à peine effleurées? 

Et ça vaut quoi au final? Ben, c'est pas mal, on ne s’ennuie pas. Ça se passe souvent dans le bar. On y joue de la Country tout le temps. D'ailleurs, les principaux personnages sont tous chanteurs de country et font le boeuf le soir (notamment Clive Turner; quand je l'ai vu avec sa sèche, je me suis demandé si Corbier n'avait pas fui notre beau pays). D'ailleurs, ce sont les acteurs qui ont composé la BO. Comme ça, c'est clair. A la ville comme à l'écran. En fait, c'est un film indépendant sur la vie d'un bar-concert dans le Texas. Un étranger arrive. Il s’adapte super bien. Super gentil. On le lynche de peu à la fin. On voit les gens dans le bar, leur humour, plutôt élégant et plein de répartie (à part une scène de pets quand même). Des gens simples. Un documentaire. C'est sûr, il faut mieux aimer la country. Faudrait bien même que George Jones soit ton chanteur préféré. Non, c'est bien. Vraiment bien.

 

Je suis un peu jaloux, c'est sûr. Il y a quelques jours, je disais dans un article que je réaliserais bien une comédie musicale qui soit aussi un film muet. Clive Turner, lui, en plus de tourner un film avec ses potes (tous ont l'air d'être très contents), il a réussi à faire un film de loup-garou, en utilisant deux plans de loup-garou. Chapeau bas. Et puis, c'est un type qui a tout fait sur son film. J'aime bien ça. C'est un bon docu-fiction.

 

A la Vôtre,

 

 

 

Dr Devo

 

(Chanson de la semaine: "Silence is Sexy" de Einstürzende Neubauten) 

 

 

 

PS : il y a une très drôle critique du film sur imdb.com

 

Le type, très drôle, assure que ce film est le plus beau représentant du mouvement Primitiviste Post-moderne au cinéma. Très drôle et très bien fichu. En anglais.

 

 

 

Publié dans Corpus Analogia

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Commenter cet article

Le Marquis 21/01/2005 15:10

Eeeeeeh non, je ne pourrai pas commenter la série des HURLEMENTS, car je n'ai malheureusement vu que le premier opus ! Je sais, je sais, c'est une lacune...