(photo: "beautiful pigs" par Dr Devo)

Chers Petits Nenfants,
 
C'est reparti pour de nouvelles aventures, et pour les salles obscures, quelquefois trop désertées, surtout en cette période d'été où les sorties n'ont rien de réjouissant ni même de sexy. Il y a bien quelques films sur lesquels je serais bien aller jeter un œil (le nouveau Danny Boyle, par exemple), mais les horaires, dès la première semaine, sont réduits à peau de chagrin, ce qui ne facilite pas l'accès aux choses. Pour le reste, pas grand chose à se mettre sous la dent dans les prochaines semaines, à part peut-être SHAUN OF THE DEAD, et sûrement LE TERRITOIRE DES MORTS, nouvel opus de George Romero.

Parmi les cinéastes américains un peu originaux de ces dernières années, je ne sais pas ce que vous en pensez, mais pour la plupart d'entre eux, ce n’est pas la grande forme. Sam Raimi (petit faiseur quand même, moins prestigieux que les autres, même en forme) est perdu pour la science, noyé dans le succès et les images de synthèse. Soderbergh commence sérieusement à tourner à vide : OCEAN'S 11 et 12, SOLARIS, c'est quand même du médiocre, et surtout très nettement en-dessous de ses autres films. Les frères Coen s'obstinent à refaire plus ou moins le même film depuis O' BROTHER, là aussi ça tourne en roue libre, et sacré symptôme terriblement significatif : la direction des acteurs (qui jusque là ne ressemblait à rien et faisait énormément pour l'originalité de leurs films) est en train de se standardiser ! Holly Hunter et John Goodman, deux des plus grands acteurs américains, chouchous des frères Cohen, ont des rôles absolument attendus dans O' BROTHER. Par exemple... Scorsese, avec THE AVIATOR, nous a sorti un film indigne, de très loin son plus mauvais (avec l'ignoble KUNDUN, bien sûr). Allen et Coppola ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes, et ne font plus de cinéma depuis déjà pas mal de temps. Leur exemple est donc un peu hors sujet ici.

Dans le tas, celui qui s'est le plus débattu, c'est encore Tim Burton. Personnellement, et pour une fois, le Marquis est carrément, mais alors carrément pas d'accord avec moi, Burton, ça fait un moment qu'il se cherche. Je confesse un vrai attachement à MARS ATTACKS. Mais les films suivants... Comment dire.... Ça ne me passionne pas. SLEEPY HOLLOW est pour moi un film très intellectuel, un film sur la littérature sans doute. C'est beau, mais froid. Quant à LA PLANETE DES SINGES, malgré deux ou trois  belles séquences (et encore), c'est son moins bon film sans doute, même si ses producteurs sont sans doute plus responsables que Burton dans cet échec. Notre ami Tim a eu beaucoup de problèmes sur le tournage, énormément de pressions. Ceci explique cela. Quant à BIG FISH, je ne l'ai pas vu... (désolé !)

SLEEPY HOLLOW est plastiquement superbe, et il y a du boulot. C'est peut-être là la différence entre Burton et les autres cinéastes de sa génération qui sont en panne : Burton se bat et ne se rend pas. Aussi bien chez Soderbergh et les frères Coen, on a l'impression que ça frise l'indigence (OCEAN'S 12), voire la fainéantise désespérée, alors que chez Burton, non. Et ça, je m'en suis de nouveau aperçu en allant voir CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE. Laissons-là ces considérations, nous les retrouverons peut-être plus tard, dans un halo de lumière étonnement pertinente !

Ah ! Roald Dahl ! Si tu plantes celui-là, mon petit Tim, tu n'as plus aucune excuse, me disais-je. Dahl, c'est de la balle (MC Solaar, prends des notes !). Et c'est d'une noirceur étonnante. Dahl et Burton, même si le temps les sépare, sont quasiment deux âmes sœurs. Voilà qui est intéressant, approchons-nous...
 
Le petit Charlie vit dans une maison déglinguée où la neige traverse les trous du toit, avec ses parents et ses quatre grands-parents. Le papa (Noah Taylor, aperçu dans LA VIE AQUATIQUE, en ingénieur synthé je crois) travaille à la chaîne dans une usine de dentifrice pour un salaire de misère qui suffit à peine à faire de la soupe aux choux à tous les repas, et encore, sans trop forcer sur le chou. Charlie est un gamin absolument normal à part sa pauvreté, et plutôt sympathique. Dans la ville se trouve la plus grande usine de chocolat du monde, celle du magnat de la confiserie, Willie Wonka (Johnny Depp). Un des grands-pères de Charlie travaillait là une vingtaine d’années auparavant. Les inventions chocolatées géniales de Wonka lui assuraient une immense gloire et des parts de marché conséquentes qui attirèrent alors la convoitise des confiseurs concurrents. Et très vite, ces concurrents firent en sorte que des espions à leur solde se fassent embaucher dans la fameuse usine du génie chocolatier. Et ce qui devait arriver arriva : les concurrents, dès lors au courant des recettes secrètes de Wonka, le copièrent tant et si bien que Wonka décida de fermer l’usine. C’était il y a vingt ans, et tout le monde fut licencié, y compris le grand-père de Charlie. Or l’usine tourne toujours, et Wonka exporte encore des chocolats dans le monde entier. Sans ouvriers, comment diable tourne l’usine ? Charlie, qui voue une fascination certaine à cette usine, se le demande bien !
Willie Wonka va refaire parler de lui en organisant un concours. Parmi les millions de tablettes de chocolat produites par sa mystérieuse usine, il a glissé un ticket en or dans cinq d’entre elles. Les cinq enfants qui trouveront un ticket en or pourront visiter la fameuse chocolaterie où plus personne n’a mis les pieds depuis des années, et Willie Wonka sera leur guide ! Les médias s’emparent de l’affaire et les tablettes se vendent comme des petits pains.
Dans quelques jours, c’est l’anniversaire de Charlie. Comme chaque année, il recevra le même cadeau : une tablette de chocolat Wonka (le seul jour où il ne mangera pas de choux !). S’il a peu de chances de gagner, ce prix exceptionnel, en tout cas, le fait rêver…

Dès le générique, Burton attaque de front et prévient le spectateur d’une étrange manière. Le générique de début est en effet une séquence en images de synthèse, mais pas n’importe laquelle : un concentré de tous les « clichés » de l’univers de Burton. Chaîne de montage mécanisée jusqu’à l’absurde et musique de Danny Elfman à fond les ballons dans les demi-tons et les chœurs, jusqu’à plus soif !
Burton balance sa purée d’entrée, « voilà qui est bien étrange, Watson », me dis-je. Evidemment (et que celui qui en doute me rejoigne demain sur le pré à l’aube avec le témoin et les armes de son choix !), j’avais raison.

L’introduction rassure. Loin de tout folklorisme burtonnien… Je fais une pause pour être bien clair. TOUS les réalisateurs ont leur folklorisme. Ce n’est pas une critique !
Loin de tout folklorisme burtonnien, la première partie est surprenante à souhait : sobre, totalement conforme à l’esprit de Dahl (ça, ce n’est pas une surprise), très bien découpée, bien jouée, et sobre. Et surtout, incroyablement noire, déprimante et cruelle. Le petit Charlie a une vie atroce de A à Z. Tout cela est très bien présenté, sans fard, avec un sens très drôle de la narration. Bravo. C’est très soigné, mais très intuitif, et pas chichiteux pour un sou (ni mièvre) comme pourrait l’être une adaptation de Roald Dahl avec beaucoup d’argent. [Il faudrait que Disney nous en fasse un, qu’on rigole !]  Rigueur, esprit et un humour qui nous ferait bien rire si l’histoire n’était pas si dure ! Bien, bien. « Burton est de retour, Watson », me dis-je. Evidemment, ce n’était pas complètement ça !

Là où les choses prennent un tour bizarre, c’est une fois que le film s’est mis en branle. La présentation des gamins vainqueurs du concours Wonka nous mettait la puce à l’oreille, en faisant glisser progressivement le métrage vers un « autre chose » indéfinissable… Je n’allais pas être au bout de mes peines. La visite de l’usine commence, Johnny Depp arrive, et à ce moment-là je me dis :  «Cette fois, nous sommes partis, mon bon vieux Milou !».

En effet, CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE n’est pas tout à fait conforme à la très belle première partie de son histoire. Et si vous me permettez, attaquons tout de suite avec la mise en scène.

Dans l’exposition, couleurs grisâtres soignées  de la photographie, signée Philippe Rousselot (responsable aussi de la photo chez Blier). Bien, Bien. Cadre très sympathique, montage alerte, écriture drôle et serrée qui nous donne presque envie de pleurer (Dieu que c’est noir, même si c’est la troisième fois que je le dis).
Une fois dans l’usine… Comment dire ? Bon, on ne va pas y aller par quatre chemins, et qui m’aime me suive, après tout. La direction artistique du film change, en surface ET en profondeur. Tous les visages enfantins (et un peu Depp) sont souvent retouchés par ordinateur pour devenir quasiment pastels. La photographie est d’un kitsch multicolore hallucinant, d’une laideur repoussante, le cadre est souvent d’une grande indigence. Même moi qui suis à demi fâché avec Burton, j’étais excessivement surpris !!! C’est quoi cette horreur ? De la synthèse partout, partout, partout !!!!!!

Alors là, t’es sorti de la salle, êtes-vous en train de vous dire… Ben non ! Car si le montage, lui, faisait semblant d’être indigent, la narration était toujours aussi pointue, et surtout les acteurs très, très précis. Je remarquais une chose significative. Depp, en roue libre mais en forme, sortait SYSTEMATIQUEMENT du plan de manière complètement bizarre, juste avant le point de montage, soit en ayant l’air de réfléchir pour lui-même (c'est-à-dire que Depp lui-même semblait réfléchir, et non pas son personnage), soit en ayant également l’air de sortir de son rôle et de laisser tomber le masque (subtil pourtant), comme s’il allait sortir son petit carnet rhodia et son stylo pour barrer le numéro de la scène en disant : « Bon, ça, c’est fait… »
En effet, dans les interstices, dans les détails, on sent bien que Burton, le magnifique petit salopiaud que j’adore, joue un double jeu. Le rythme ne s’essoufflant pas, au contraire, jusqu’à devenir bourratif dans une overdose d’effets synthétiques tous plus vulgaires les un que les autres, l’histoire poursuivant son bonhomme de chemin (avec des personnages très intéressants et des acteurs souvent brillants), j’ai vite compris ce qui était en train de se passer…

Et ça ne va pas être facile de vous l’expliquer sans prendre d’exemples, car je ne voudrais pas vous gâcher des surprises, le film jouant et misant sur la surenchère.
Burton était en train de casser son jouet, ni plus ni moins. Il était en train de livrer le blockbuster le plus infâme, du plus mauvais goût, tout en faisant un de ses films les plus personnels. Tout ça, c’est du calcul, certes, et c’est de l’auto-analyse. Burton plus que de livrer un jouet sur mesure à la superstar Johnny Depp (qui lui est soumis d’une manière assez remarquable, avec une précision malade), peint ici un autoportrait des plus sévères ! Willie Wonka, c’est Burton, et pas qu’un peu.

Dès qu’on a compris ça, le film devient dix fois plus drôle et beaucoup plus émouvant que sa première partie (curieusement). Puisqu’il a perdu son mojo, les affaires Wonka vont mal. Burton s’allonge sur le fauteuil, littéralement. Je vais casser la machine, mais ça va être un sublime bordel, bien plus créatif qu’on ne pouvait l’espérer (en ce sens, la scène fondamentale de la première partie est bien sûr le manège qui prend feu de manière gore). Burton ne fait aucune concession à l’esthétique qu’il a choisie pour la visite de l'usine. Le but affiché est très clair : faire quelque chose avec des éléments esthétiques d'une rare vulgarité visuelle ! Du coup, pas de complexe, on mélange les couleurs les plus criardes, on « designe » les objets les plus horriblement kitsch, et on fout de la synthèse dès que c'est possible. [À cet égard, je me disais pendant la projection qu'à l'instar des BATMAN de Joel Schumacher, CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE était bel et bien un film de hangar, c'est-à-dire filmé dans un hangar, et ça se voit (ici, c'est même dit dans le plan final ! Petit salopiaud espiègle, Tim !). La différence, c'est que Schumacher faisait tout pour le cacher, de manière désespérée d'ailleurs, là où Burton intègre la chose à son projet esthétique.]
Donc, des images de synthèse, il y en a partout, jusqu'au ré-étalonnage des visages ! Et à chaque fois, ces effets numériques sont travaillés de la manière la plus feignasse possible, c'est-à-dire de façon à montrer leur laideur et leur artificialité le plus possible. Le summum étant les oompas-loompas, véritable armée de clones dont Tim Burton a voulu que leur captation d'après l'acteur (Deep Roy, excellent d'ailleurs) ne soit faite qu'en une seule prise ! Même dans les scènes chorégraphiées ! Au final, rien de plus mécanique et vulgaire, bien sûr. Les seuls moments où les oompas-loompas font des mouvements indépendants les uns des autres, c'est dans les plans où il n’a pas fallu faire de prise avec Deep Roy, c'est-à-dire les plans où les ommpas-loompas sont uniquement numériques, sans intervention humaine !
Evidemment, c'est dans ce matériau non noble que Tim Burton pose l'esthétique de son film. Il place des petits plans de coupe malicieux vers Johnny Depp, et même de temps en temps, un plan beau et étonnant qui n'aura que peu d'importance dans le montage et la progression de la scène ! Tout ça n'empêche pas le montage, même dans les moments les plus ingrats comme celui de la pirogue, où n'importe quel tâcheron aurait oublié les acteurs dans la barque pour lâcher les chiens numériques. Pas de ça ici.
Tout ça est ponctué de séquences musicales où, là aussi, le kitsch, telles les feuilles mortes, se ramasse au tractopelle. Durant ces scènes, c'est le pompon ! Les paroles de Dahl sont très drôles, les chorégraphies sont  le plus simplettes (et indigentes)  possible, et chacune de ces scènes replace la musique (et donc le cinéma) dans des perspectives parodiques et publicitaires, là aussi d'une vulgarité étonnante, mais absolument jubilatoire. La musique, toujours signée Danny Elfman, est complètement dans le style de Oingo Boingo, le groupe "rock" de Danny Elfman, ce qui convient à la perfection et ajoute beaucoup à l'humour sauvage du film. Ces séquences sont, pour ainsi dire, le clou du spectacle, les moments les plus jouissifs.
 
Faire du malin et du cinématographique avec le pire de Hollywood et de sa technique pour casser son jouet, voilà le pari étonnant de Tim Burton. Le résultat est scandaleusement édifiant : c'est très réussi, et sans doute CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE est à ranger parmi ses films les plus personnels. Comme le dit mon ami Bernard RAPP (dont vous pouvez retrouver les commentaires un peu partout sur ce site), il faut en tout cas résolument ranger ce film sur l'étagère des bizarreries et des grands films malades (et réussis). Je vous laisse découvrir les personnages de l'histoire tout seuls. C'est en tout cas très bien joué. Johnny Depp incarne un Wonka sur plusieurs registres, mais il est HALLUCINANT de voir qu'il peint son personnage comme une sorte de Michael Jackson (qu'il semble même imiter par moment). Une sorte de grande fofolle, complètement homosexuelle et ambiguë à souhait. C'est très étonnant, et ça fournit un bâton de dynamite supplémentaire à Burton. Une chose est sûre en tout cas : si un jour le Marquis réalise son rêve (mettre en scène un film sur Bambi [aka Michael Jackson, je précise ! NdC]), il faudra qu’il embauche Johnny Depp dans le rôle titre ! Les autres acteurs sont également très bons, notamment les enfants. On y retrouve, dans le rôle de Charlie, le petit Freddie Highmore déjà aperçu dans NEVERLAND en petit chouchou, déjà, de Johnny Depp, et qui confirme mes soupçons de l’époque : la VF de NEVERLAND était criminelle ! D’ailleurs ici, c’est pareil, c’est VO obligatoire. Dans un rôle étonnant, on retrouve aussi Missi Pyle [Rhaaaaaa ! Je l’adooooooore ! Whoops. Excusez-moi. NdC], actrice incroyable dont il faut guetter les moindres apparitions (vue dans JOSIE ET LES PUSSYCATS, BIG FISH, GALAXY QUEST et récemment DODGEBALL). Elle est en pleine forme et casse la baraque, en mère majorette et curieusement blonde.

On l’aura compris, en s’amusant à mettre le feu à la maison Hollywood et en mettant le feu à sa propre maison, Tim Burton nous revient en super-forme (comme on dit dans Première !), et, dans le paysage décevant des grands réalisateurs américains, il affiche même de nouvelles ambitions. Ce film pourrait bien être un tournant dans sa carrière. Quoi qu’il en soit, c’est un bien joli doigt, tendu très haut, que Burton tend à la face du Cinéma, du bon goût et de ses fans hardcore qui ne manqueront sans aucun doute pas d’être déçus, là où ils s’attendaient à se voir resservir les plats de la veille. L’univers de Roald Dahl fait le reste, comme on dit à Studio. CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE est, notamment dans sa sublimissime dernière demi-heure, complètement siphonné, le zizinoscope complètement dans le rouge qui révèle bien l’ambition du film : être un film d’horreur sur le cinéma et sur Burton l’Artiste. Vivement le prochain. Quant aux frères Coen, Soderbergh et les autres, ils feraient bien d’en prendre de la graine avant qu’il ne soit vraiment trop tard…

Loufoquement Vôtre,

Dr Devo.

PS: Si j'avais été honnête, j'aurais dû parler  de la dernière demi-heure... C'est quand même là le plus intéressant. À la fin du film, il y a un curieux carton. C'est après le générique. On peut lire PLAN B. Bizarre, bizarre... Si quelqu'un sait ce que c'est, qu'il ne se prive pas de nous instruire dans les commentaires !
 
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Lundi 18 juillet 2005 1 18 /07 /Juil /2005 00:00

Publié dans : Corpus Filmi
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