[Photo : "L'Objective Gloire de l'Expérience Focalienne" par Dr Devo.]

 

 

Chers Focaliens,


Allez, si on se faisait une petite avant-première ? Voilà qui nous permettra de prendre encore du retard !

C'est la fin du XIXème ou quelque chose comme ça. Nous sommes dans la campagne italienne la plus reculée. Un tout petit peu d'herbe, de la montage, des cailloux, et c'est tout. Là-dessus vivent une poignée de pauvres gars. Salvatore, le chef de famille, deux grands gamins dont un sourd et muet, une grand-mère guérisseuse et quasiment shaman, et deux jeunes filles d'environ 17 ans. La vie est rude, baignée de cailloux et de soleil, et marquée par les rites superstitieux cherchant à gérer les esprits. C'est la grande pauvreté. Le frère, jumeau paraît-il, de Salvatore aurait émigré quelques années plus tôt aux USA. Malgré des revenus presque inexistants et une instruction frôlant le zéro, toute la bande décide de prendre le bateau. Commence alors un bien étrange voyage, qui s’ouvre par la rencontre avec une anglaise bourgeoise et perdue, Charlotte Gainsbourg, qui s'agglutine de force, sans qu'on sache vraiment pourquoi, à Salvatore et aux siens...

Emanuele Crialese a de la chance. Avec son deuxième film, RESPIRO, dont l’affreuse bande-annonce ne m’a pas inspiré à l’époque, il a acquis ses lettres de noblesse, au sens propre, pour un bon bout de temps. En effet, le succès de ce film a été plus que notable, et du jour au lendemain ou presque, Crialese est devenu la coqueluche de Dame Critique et de Dame Public (n’allez pas dire ce que je n’ai pas dit). Comme disait l’autre, ce ne fut pas vu et donc pas pris.
Si je vois ce GOLDEN DOOR, c’est un peu, il faut dire, pour des raisons professionnelles. Comme diraient Jean-Claude Brialy et David Niven, il se trouve que je vais dans quelques jours rencontrer le Monsieur. C’est donc un peu contraint et forcé, avec les images du film-annonce de RESPIRO dans la tête, que j’arrive en projection de presse (un endroit malfaisant où l’on entend des choses horribles et où l’on voit des choses ignobles, et je ne parle pas forcément du film, le spectacle étant aussi, très souvent, dans la salle) avec des boulets à chaque pied.

Pour ma peine, je me donnerai dix coups de fouet. Le film commence bizarrement, dans une certaine subtilité cinématographique puisque photographié par Agnès Godard (la copie dans laquelle j’ai vu le film était, ô miracle pour la province, tout à fait magnifique, même si le générique final m’a paru suspect !) qui rattrape ici quand même la photo décevante (à mon sens, et après tout c’est une question de goût) de BACKSTAGE, dont nous avions parlé ici. Plus encore, la chose commence étrangement. Certes, quelques plans d’ensemble et effets climatiques ostentatoires trahissent la volonté de Crialese de faire de la "jolie image art et essai qui en jette", d’accord. C’est vrai que dans un film art et essai populaire, à costumes et historique en plus, on essaie toujours de faire passer le décor naturel majestueux en avant, ça mange pas de pain et ça pardonne tout, comme l’indigence du cadrage ou du montage par exemple. Là, même si ces plans sont présents, on a un dispositif pas complètement emballant, mais curieux, de découpage en petits plans qui viennent un peu pulvériser ces fameux plans d’ensemble justement. Outre le ton scénaristique, à base de croyances "rétrogrades" et de superstitions "de bonnes femmes", la séquence, très longue et trop lente, donne le La : plutôt que de montrer son décor qu’il a évidemment sous la main, et qui est vraiment majestueux, Crialese va faire le contraire, c'est-à-dire filmer des petits bouts de terrain n’excédant pas le mètre carré. Que c’est étrange ! Ben oui, parce que du coup, avec ces petits plans un peu pourris et très restrictifs (et la longueur un peu pénible finit par jouer là-dessus en faveur du dispositif, paradoxalement), finissent par avoir un impact étrange : celui d’un dispositif synecdoquien (ou métonymique). Un bout de caillasse, trois brins d’herbe, une montée de la majestueuse montagne qui dure des plombes et qui est filmée de manière presque vulgaire, le plus près possible (et vous savez comme je n’aime pas ça !), et la voilà, l’Italie ! Plus qu’un grand discours, et plus qu’une simple captation, Crialese met les pieds dans le plat, et fait un vrai choix de mise en scène, fût-il un peu cracra (tout est relatif). Et je dis bravo ! Ben oui, parce qu’en fait, ce n’est pas si commun que ça. Et du coup, l’italien gagne sur tous les tableaux : il installe l’ambiance un peu étrange du film, dévie dès les premières images la course programmée du film à costumes et du film historique, place le film dans sa petite mythologie (le film est-il une métaphore fantastique ? est-ce qu’on raconte vraiment l’épopée des migrants aux USA, ou bien n’a-t-il rien à voir, mais alors rien du tout, avec ça ?). Encore plus, il se détache aussi de l’effet carte postale du paysage, que la plupart des réalisateurs auraient exploité même si l’histoire est axée sur un groupe de miséreux ! Et cet aspect carte postale, Crialese va en utiliser les nuances d'ailleurs, mais à d'autres endroits dans le film, dans des détails plus ambigus. C’est bien joué. Et puis, il met en pratique, de manière baroque et exagérée si j’ose dire, par rapport à ce réalisateur français, les leçons du Bresson théoricien du Cinématographe, et ça marche : en montrant trois détails et deux centimètres carrés de cailloux, Crialese réalise un portrait efficace de l’Italie. Il ne fait aucun doute que le hors-cadre existe dès lors, et qu’il a même un bel impact.
Au-delà de ça, et même si la méthode métonymique sera utilisée dans un tout autre contexte dans le reste du film, Crialese a décrit là clairement les règles du jeu, et en plein air s’il vous plaît. Ce qui est assez intéressant, car le film va progressivement s’enfermer dans le décor. D’abord par la majeure partie du voyage en bateau, qui est une sorte de no man‘s land assez malin entre le naturel et le décor fabriqué (en dur ou numériquement d’ailleurs), puis par la dernière partie, assez longue et qui, elle, semble entièrement fabriquée. Au total, il n’y aura que cette scène d’introduction qui paraisse naturelle (et encore !). Le reste sera une construction.

Et bien, même si je ne suis pas conquis et ému aux larmes par la maestria de cette séquence d’introduction (ce n’est pas du Nicolas Roeg ou du Hal Hartley non plus !), je ne sais pas comment c’est pour vous, mais moi, je me dis qu’au moins, film réussi ou pas, on n’est pas venu au cinéma pour rien !

[Arrêtons nous ici quelques instants, et notons ceci. Tout d’abord, le plan d’ensemble énorme et attendu (celui où l’on voit les deux mecs petits comme des fourmis, pierres parmi les pierres, avec son petit ensoleillement propice et mouvant grâce aux nuages. Sur le coup, je me suis dit que c’était très attendu, et que le plan était trop long, ça coupait le rythme, déjà fragile, et surtout ça transpirait l’intention. Beurk ! [On verra d’ailleurs qu’à d’autres endroits, notamment dans les moments très exagérés, gratuits et inexpliqués, que Crialese sait laisser de la liberté à son travail, bien au contraire.] Ceci dit, c’est tellement gros et vulgaire finalement, que je me suis presque dit qu’il avait rajouté l’effet en numérique ! En tout cas, par rapport au reste de la photographie de cette séquence, c’est tellement grossier et hors-cadre que ça finit, même là, même dans la séquence la plus "réaliste" du film, par donner un aspect complètement artificiel, fabriqué, quelque chose qui "jure" comme on dit ! C’est intéressant. Deuxième point : le rythme lent (et moins maîtrisé ici que dans l’exemple que je vais donner), le montage parallèle pendant de longues minutes, le cheminement, la pierre dans la bouche : on dirait une version art et essai classique, et "povera" (pas tant que ça en fait, on le verra) d’un film de Matthew Barney. Sauf que Barney a des décors majestueux et qu’ils montrent tout, alors qu’ici c’est le contraire. J’y ai pensé immédiatement pendant la projection, et ça m’a fait rire !]

Une fois le ton donné, on continue un peu sur ces principes. Le voyage en bateau, qui est le cœur du film, a sans doute nécessité un vrai bateau. Il n’empêche, il ne sera jamais montré comme tel, en entier. C’est la belle carte que Crialese privilégie : l’érotisme des décors en quelque sorte. Non pas que ce décor et la façon dont il est utilisé soient bons pour votre libido bien sûr, mais je dis érotisme par opposition à la pornographie qui est en général de mise. Là où des TITANIC et autre POSÉIDON (pour citer des films de bateaux, si j’ose dire, mais ce serait valable pour tous les types de films) montrent tout, sous tous les angles, et là où les réalisateurs art et essai ou commerciaux montrent leur décor avec autant de tact qu’un maquereau nous détaillerait sa nouvelle prostituée, Crialese joue le faux pauvre, ne dévoile que le minimum, évoque… et pendant ce temps-là, double yummy, double surprise, il fait de la mise en scène ! Finalement, il n’y aura que le pont avant du bateau qu’on verra convenablement, et encore, dans une seule scène véritablement, (la mère et le bébé), curieusement assez vide (ce qui rattrape un peu le jeu de l‘actrice qui joue la mère, trop ouvert pour mon petit goût !). Le reste, c’est de l’évocation ou du plan serré, en scope, mais serré quand même. Du coup, loin d’être un objet de captation, le décor devient un élément extrêmement malléable de mise en scène : on peut en jouer (la tempête, beau moment, hors film, et qui est d'ailleurs dû, et pas qu'un peu, à une focalienne !), ou presque l'ignorer (la traversée du pont sur son lit de jeux de regards, malheureusement gâché quelque peu par la musique en son-off). Du coup, le choix du cadre et de l’axe en est véritablement un, puisqu’en mettant "dedans", on organise aussi le "dehors ". Capiche ? Sur ce bateau, on trouve les plus belles choses. Notamment ce mélange d’artificialité et de naturel au plus fort (là où la dernière partie sera ouvertement studio (dommage, presque, que le dialogue lorsqu’ils regardent par la fenêtre soit si long ! On aurait pu croire qu’ils regardaient la construction de menuiserie qui charpente l’envers du décor du film dans lequel ils sont prisonniers… Et même là, Crialese évite quand même l’évocation de la Statue de la Liberté ! Ce n’est vraiment pas le sujet ! Bravo bravo bravo !). Sur le bateau, les effets de "pont" sont très beaux et discrets. Le ciel bouge et témoigne de l’avancée alors que la mer stagne, ou le contraire. Le bateau ne bouge pas, ce qui est un effet de mise en scène qui permet de garder une cartouche de côté (un peu de la même manière dont les effets de foule, importants dans le film, sont gérés pour pouvoir laisser passer des plans plus vides et moins peuplés par endroit). Un road movie statique en quelque sorte, qui pourrait très bien ne jamais finir et s'arrêter là.
 
[Tiens, ça me fait penser, en exagérant et par la bande, et sans comparer les deux, comme un court-circuit dans mon cerveau, à SAILOR ET LULA de David Lynch, faux-road movie complètement statique où les deux héros étaient prisonniers quasiment tout le film de la même petite portion de route, et au delà de ça du même plan ! Ça n'a aucun rapport, mais je le dis ! C'est dit, c'est fait, et maintenant, quelque chose de complètement différent...]

Globalement, donc, le film est assez construit, et ce qui intéresse Crialese, c’est vraiment la mise en scène, et donc le cinéma. Bon, personnellement, je suis moins fan de la partie "histoire" qui par endroits, dans ses recoins les plus mystérieux et les moins explicatifs, marche quand même très bien. Ceci dit, on évite la "reconstitution historique" exacte. Le film fonctionne bien plus au niveau métaphorique ou allégorique (mais alors allégorique très brouillé, pas clair du tout, ce qui est mieux). Voyage de la mort ? Triage pré-paradis, comme le suggère le titre ? Histoire de la Civilisation ? Crialese ne marque pas vraiment la chose, même si je le soupçonne de raconter vraiment l’immigration italienne vers les USA.

Le film, en scope, est donc élégant. Si les rouages grincent un peu, si le ton reste très poli finalement, et si beaucoup de scènes oniriques sont, plastiquement, en elles-mêmes, pas "ma tasse de thé" ai-je envie de dire, on ne tombe jamais, paradoxalement, dans un racolage mélo et dramatique et cinématographique à la Almodovar (Almodovar depuis 15/20 ans, en tout cas), ce que le film permettait. Tout cela reste digne, et surtout tout cela cherche à s’exprimer d’un point de vue strictement cinématographique en termes de montage, de cadrage et d’axes. Le format scope est plutôt bien utilisé. Si les plans serrés marchent quelquefois bien et se comprennent dans la mise en scène globale des séquences, je trouve qu’il y a encore beaucoup de choses trop serrées ou pas assez aérées. La photo est belle, mais me paraît beaucoup plus quelconque (c’est un choix, remarquez ; vous me direz ce que vous en pensez dans les commentaires) dans la dernière partie, après le bateau. Tiens, un exemple de plans serrés. Quand Salvatore et sa famille arrivent en ville, ce n’est que des petits plans pourris très serrés; puis on comprend que justement, il cherche à nous faire suffoquer. On se retrouve coincé dans le plan avec les escrocs du port ! C’est élégant, mais bing, là ils balancent in fine un plan large pour introduire le personnage qui va les guider. Si la rupture marche (un plan large qui vient interrompre une série de plans bizarrement serrés et pas beaux volontairement, trash presque), on est déçu que le plan large soit si banal. Voilà ce qui me gêne ici et là dans le film. Quelques plans plus larges pour conclure les scènes ou les séquences par exemple (ce que font tous les réalisateurs ou presque, c’est effarant… je me faisais la remarque qu’ils n’avaient qu'à faire clignoter dans un coin de l’écran "FIN DE LA SCÈNE". Je pense que c’est une façon pour les réalisateurs de permettre aux spectateurs d’aller mentalement aux toilettes ! Ce que fait par exemple de manière insupportable André Téchiné dans LES TÉMOINS). Donc, ici et là, pas mal de plans que je n’aime pas du tout, ou alors tout bêtement des choses plus attendues. La dernière partie, même si elle possède de très belles trouées (la douche, le plan d’effarement presque "orlandesque" de Charlotte Gainsbourg, plan gratuit, très important et dont on ne sait absolument pas ce qu’il signifie, ce qui est d’une grande classe, et aussi un peu vulgaire, et j'exprime là, dans ce mélange, un grand compliment), cette dernière partie, dis-je, me paraît plus proche de "l’histoire", de l’histoire d’immigration et moins dans la métaphore justement, moins dans le mystère. Elle est aussi peut-être plus dans le dialogue. Enfin, ce qui me gène le plus, c’est la musique, qui parfois fonctionne très bien (les fans de Lynch vont être contents), mais qui à d’autres endroits est vraiment convenue (le ralenti sur le pont encore une fois) ou prévisible et donc inutile (surtout dans les partis pris globaux du film) comme la scène des chanteurs de fond de cale, qu’on a l’impression d’avoir déjà vue mille fois et qui contredit l’aspect métonymique du film, à mon sens. Bref, il y a quand même là, chez Crialese, une volonté de bien présenter peut-être, ou au moins une certaine discrétion. C’est dommage. Parce qu’il y a quelque chose de fantastique et d’abstrait, et c’est ce qui fonctionne le mieux dans ce film. Et Crialese semble pécher par complexe d’infériorité peut-être. C’est timide. Alors qu’au contraire, à mes yeux, c’est la grande force du film. Crialese a largement de quoi tenir son film et son public. La gratuité et l’abstraction du film ne le rendent pas inaccessible : au contraire, c’est sa force.

Pour le reste, c’est assez élégant. Il y a même quelques très beaux plans. L’embarquement en plan douche fonctionne convenablement, mais le plan se termine par un son magnifiquement monté et déclenché par la disparition d'un personnage du plan, et on n’a pas le temps de soupirer un "oh ouiiiiiiiii !" de plaisir, car ça coupe, et là bing, le plan le plus beau. [Que je vous laisse découvrir, avec là aussi un très joli son, surtout la belle idée de la respiration qui couvre de justesse et sans effet de volume ostentatoire l’énorme vacarme lent des plaques de métal… De toute façon, le son m’a paru vraiment très beau pendant quasiment tout le film.] Autre aspect du film très réjouissant : la gratuité de certains plans. La révélation de la douche, et ce plan qui résume bien le film où Charlotte Gainsbourg a un moment de révélation et d’effarement, sans qu’on sache absolument pourquoi ! On ne le saura jamais. [Le plan n’est qu’à moitié truqué en plus, c’est vraiment un bel entre-deux.] Ces plans marchent mieux, par exemple, que la promenade sur le pont !
 
Et puis, dans le même ordre d’idées il y a autre chose, mais si vous n’avez pas vu le film arrêtez-vous là et passez au paragraphe suivant.
C’est bon vous êtes partis ? Bon. Je vous aurais prévenus. Ce que je vais dire risque de beaucoup trop orienter votre vision du film et va le gâcher si vous ne l'avez pas vu. Vous avez encore le temps de passer au paragraphe suivant. C’est bon ? [Là, je crois que je n’ai rien à me reprocher.] Maintenant que nous sommes entre initiés (je plaisante), je voudrais développer une sensation, une idée qui n’a pas cessé de me poursuivre pendant tout le film, mais qui n’est justement pas expliquée. C’est une métaphore presque irréelle, presque involontaire, qui fait justement exploser l’aspect "anecdotique" ou documentaire de GOLDEN DOOR. C’est comme l’effarement de Gainsbourg. Ce n’est pas justifié. C’est là. Mais dès l’Italie et dès les chaussures (peut-être il y a là, sur le plan du coffre à chaussures, un effet de montage que j’ai ressenti sans m’en rendre compte), j’ai su que le film était un film sur l’expérience concentrationnaire. Les chaussures en tas. Les déshabillages. La tempête. Le contrôle physique. Le marquage à la craie. Et la scène de la douche, bien évidemment. [Sur ce dernier point, ce plan serait très émouvant si on prenait le film comme une "approche finale" ( j'utilise là le titre d'un beau film des années 80), un parcours de l’après-vie et de la marche vers la Mort. La connotation de la douche serait alors détournée pour devenir, une fois sur le territoire de Dieu, un moment de révélation, et surtout de douceur et de paix !] Il y a d’autres détails qui m’ont fait penser à ça. Évidemment, Crialese ne traite pas des camps de concentration. Il ne justifie rien (exceptés le plans avec les juifs en prière). Il n’empêche, même si cette évocation est un peu désincarnée et sort de son contexte, historique notamment, elle est sublime : abstraite, non soulignée, et permettant d’ouvrir un nouvel espace. Ce n’est pas l’Europe de la seconde guerre mondiale dont il s'agit dans le film, et donc du coup, ce n’est pas non plus un film sur les immigrants de la fin du XIXème ! C’est un joli coup double, une vraie trouée poétique, sur laquelle on n’insiste pas. On peut passer à côté, ça n’a aucune espèce d’importance. Pour moi, la séance a été du coup assez bizarre et très belle : c’était un voile perturbateur (voir photo) mais qui a également organisé ma vision du film. Ce n’est pas rien. Là d’accord, on parle de cinéma ! En tout cas, j’interrogerai Crialese là-dessus dans quelques jours lorsque je le rencontrerai et je vous tiendrai au courant dans les commentaires de cet article. Mais enfin, vous voyez de quoi je veux parler. Et utiliser une évocation aussi forte pour la détourner ! Mazette ! Et pour ne pas la mettre en avant, comme métaphore importante, mais juste pour la laisser flotter, c’est quand même étonnant ! Et même si cette vision des choses n’appartient qu’à moi, je trouve que le film permet ça. Ce n’est pas rien. En tout cas, voilà qui permet d’alimenter mon intuition principale : le film ne raconte pas l’arrivée aux USA, mais la fin de la vie, l’arrivée dans la Mort.]


Bref. Malgré l’absence de rythme dans le montage (et encore, je le répète, ne confondons pas rythme et vitesse), bien qu’à mes yeux, mais qui suis-je (derrière mon loup, je fais ce qui me plaît, me plaît, comme le chantait jadis le poète), tout cela manque encore un peu de folie et d’assurance, même si GOLDEN DOOR nage largement au-dessus de la concurrence et dépoussière avec timidité mais élégance les procédures marketing et bureaucratiques en vogue chez les cinéastes art et essai, malgré tout cela et sans doute un montage qui ne fait pas encore assez saillie à mes yeux, Crialese n’a pas à rougir, et tout cela, une fois n’est pas costume (ha ha !), son film étant plutôt risqué, est une expérience qu’il était effectivement très légitime de tenter. Ceci dit, on devine à travers ce film ce que le réalisateur italien pourrait faire. Gageons que les prochains projets, après avoir détourné un projet classique, ressembleront plus à du hors-piste, et que Crialese lâchera les chiens dans des territoires moins balisés. En un mot, ce n’est pas forcément mon truc que ce GOLDEN DOOR, mais certains sons et certains plans ont quand même une force et un impact certains, et touchent mon cœur de cible ! Le projet global et ses partis-pris artificiels, en complète opposition avec les insupportables films de fictions politiques et/ou historiques du moment, mais aussi en opposition avec un Fellini par exemple, sont louables.

Signalons enfin que l’interprétation est plutôt convaincante, à quelques exceptions près. Charlotte Gainsbourg est bonne, comme d’habitude. [Je ne peux répéter qu’une fois de plus qu’il faut absolument avoir vu un des films européens très importants de ces 20 dernières années (allez hop ! carrément !) : le beau CEMENT GARDEN, avec Miss Gainsbourg donc, impeccable et déchirante, film réalisé par son (talentueux) oncle Andrew Birkin, qui est une merveille et qu’on trouve pour moins cher qu’un paquet de clopes sur Internet, neuf !] La grand-mère fait peur au début, mais ça passe. Le film joue sur les archétypes de toute manière. Signalons enfin que GOLDEN DOOR est le dernier film de Vincent Schiavelli, célèbre acteur américain auquel nous avions rendu, lors de sa disparition en décembre 2005, un hommage photographique.

Le film GOLDEN DOOR sort le 21 Mars prochain.

Étonnement Vôtre,

Dr Devo.
 
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Dimanche 11 mars 2007 7 11 /03 /Mars /2007 14:35

Publié dans : Corpus Filmi
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