COLOR OF NIGHT, de Richard Rush (USA - 1994) : Bruce Willis et Jane March nus sous la douche, sérieusement !

Publié le par Le Marquis

 

(photo dénichée par Le Marquis)


Une psychanalyse un peu musclée amène une femme à se suicider dans le cabinet du psy en question, lequel, traumatisé au point de perdre la perception de la couleur rouge, va chercher soutien et réconfort auprès d'un collègue. Mauvaise idée ! Responsable d'un groupe de thérapie, celui-ci est assassiné peu après l'arrivée du psy, lequel est alors contraint à reprendre au pied levé le pilotage d'un groupe au sein duquel se dissimule manifestement un tueur en série...

L’affiche n’a rien d’alléchant, le sujet est passablement débile, Bruce Willis tient la tête d'affiche dans le rôle du psychanalyste, bref, le produit n’a franchement rien d’engageant. Pourtant, pour des raisons diverses, COLOR OF NIGHT retient l’attention.
Sur la base d’un scénario de thriller alambiqué et truffé de clichés, le cinéaste Richard Rush livre une espèce d’ovni. Difficile souvent de faire la part des choses entre les trouvailles visuelles et narratives constantes et le mauvais goût anthologique, entre les accumulations de poncifs usés jusqu'à la corde et les vraies singularités de mise en scène, entre l’inspiration abstraite et le pompage affiché. COLOR OF NIGHT est un film que l'on pourrait balayer du revers de la main sans même y penser. Je l'ai d'ailleurs découvert purement par hasard, un soir, alors qu'il fallait absolument que je me couche tôt (ce qui veut dire 23h/minuit chez moi) : je m'apprêtais à éteindre le poste et suis resté scotché devant la première séquence de meurtre. Et malgré la durée du film (tout de même 2h15), je n'ai pas pu m'en décoller, ce qui m'arrive très rarement. Captivé par un bon gros film de Bruce Willis traquant le tueur psychopathe, avec un récit aux très grosses ficelles et un visuel tapageur et presque racoleur ? Bizarre...
Manifestement, Rush connaît l’œuvre de Brian de Palma sur le bout des doigts – de même qu’il s’inspire ouvertement de Dario Argento à plusieurs reprises (voir la mort de Scott Bakula, ou SUSPIRIA copule frénétiquement avec PHENOMENA, le tout s'achevant sur fond de soleil couchant avec un hélicoptère passant élégamment dans le plan, tant qu'à faire). Si De Palma a décliné l’œuvre d'Hitchcock dans un projet formaliste et baroque, il est assez étonnant de voir sa propre filmographie ainsi déstructurée, dans le cadre du film de studios chaussé de rangers, par un cinéaste qui a déjà, du reste, été tenté par le cinéma expérimental comme en témoigne son étrange THE STUNT MAN.
Et les images bizarres fusent, de même que les impolitesses : le jeu esthétique et artificiel sur la couleur rouge, les angles tordus, le lyrisme extravagant (tant sur un plan musical que visuel, avec photographie savonneuse à la David Hamilton à l’appui), un plan rien moins que subjectif sur le sexe décalotté de Bruce Willis (avis aux amateurs s’il en existe), les retournements de situation à la mord-moi la chose en question... C'est bien simple, ça n'arrête pas.
Le casting en roue libre avec grand écart à la clef est lui-même anthologique : parce que c’est quelque chose, le groupe de névrosés dont s’occupe Bruce Willis, avec cette brochette d’acteurs célèbres pour leur cabotinage (Brad Dourif, Kevin J.O’Connor, Lance Henriksen et Lesley Ann Warren), au sein de laquelle vient se greffer un personnage qui flaire bon le latex et le travestissement – hum, je me demande qui est l’assassin… Qu'en penses-tu, Scooby-Doo ? Le fin du fin, et c'est d'ailleurs ce qui justifie la longueur du métrage, c'est que Richard Rush va exploiter ce casting chargé sur un ton surprenant de parodie pince-sans-rire qui rend le film parfois totalement imprévisible.
Le cinéaste ne se préoccupe guère de préserver le mystère, mais se décarcasse pour mettre en scène des séquences complexes et totalement désarmantes de futilité (aaah ! les deux deltaplanes qui s’entremêlent dans l'encadrement de la fenêtre pendant que le couple vedette fait l’amour...). Selon le point de vue et la disposition d’esprit, COLOR OF NIGHT pourra passer pour le plus caricatural des navets hollywoodiens, ou pour un objet formel atypique et quasi-expérimental. C’est selon. Personnellement, j’assume entièrement la présence du film sur mes étagères, car quel que soit le point de vue dans lequel on s'inscrit, le film est perpétuellement déstabilisant, drôle, captivant, bizarre, chaotique et incontestablement décadent.

Le Marquis.

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Publié dans Corpus Analogia

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Le Marquis 07/03/2007 01:03

Tu as raison, je pense qu'il aurait parlé et chanté !

Gule21 06/03/2007 22:19

Je me rapelle d'un peit polar tirant l'essentiel de son originalité dans les scéquences de thérapie de groupe. J'était jeune et incnscient de l'importance de la mise-en-scène face au scénario. Je n'arrive pas à croire que j'ai pu le voir tant de fois (au moins 4) et ne pas me souvenir grand chose finalement (enfin rien d'important).

En tout cas, cette critique m'a donné envie de le regarder à nouveau, avec cette indulgence naturelle et purement nostalgique, pareille à celui que l'on ressent en revoyant un vieux dessin animé de son enfance.



Mais le penis de Bruce n'aurait pas donné pareil dans un Walt Disney...

Le Marquis 20/07/2005 17:06

Je ne suis pas du tout d'accord avec toi, mais je comprends ta réaction.

Copeau 20/07/2005 16:53

Remarquable chronique de ce navet interplanètaire ! Bravo cher Marquis pour nous remémorer ce film décadant, dérangeant de nullité et au comique involontaire même pas assumé ! une grande chronique pour un si petit film !

Le Marquis 20/07/2005 16:14

A ta décharge, si je puis dire, Anna Nicole Smith a une poitrine bien plus jolie.