SEXE INTENTIONS de Roger Kumble : USA 2 - France 0

Publié le par Dr Devo

Chers Compatriotes,

 

 

 

Le bon docteur est de retour aux affaires. Il sait ce qui est bon pour vous.

 

Poursuivons notre étude des films de collège entamée avec "American College", le beau film de John Landis, avec "Sexe Intentions" de Roger Kumble. Vous remarquerez d'abord la délicatesse du titre, construit sur un franglicisme douteux, prompt, je le suppose, à attirer les foules, notamment de jeunes, aux yeux de distributeurs qui, décidément, ont du mal à faire leur travail. On préférera le délicat "Cruel intentions" de la V.O.

 

On se demandera aussi ce qui pousse votre bon docteur à opposer, quand il s'agit de ce beau sous-genre qu'est le film de collège, les USA à la France. Un fantasme sans doute, celui de voir des films de collège français, aussi absurde que cela puisse paraître. Car c'est bien là un des rares genres anglo-saxons à ne pas avoir été transposé ici. Différence culturelle? Sans doute. Mais après tout, la France est tout à fait capable d'adapter, par exemple, le film de voitures, genre "Fast and Furious", aux spécificités de la sociologie française. Certes, ça donne "Taxi". Les jeunes gens beaux et sympathiques des deux sexes deviennent par transposition Samy Nacéry et Frederic Diefensthal. Et cette espèce de gros racisme poujadiste (qui était, en ce qui concerne le Japon, un motif suffisant pour envahir la France!). Tout de suite, ça rend moins. Mais bon, on essaie. Les comédies, on sait faire. Les films fantastiques, on sait faire. Les films à grands spectacles, on sait faire (enfin ici on appelle ça "film à costumes"!). Les thrillers, on sait faire. Ce qui nous empêche de nous battre sur le terrain du film de collège, c'est sans doute l'aspect monolithique de nos comédies. La comédie est sans doute le genre "au-dessus" du sous-genre dit "de collège". Or, en France, la comédie est sinistrée. Et elle n'est pas du tout variée. Donc, pas de sous-genre et pas de films de collège. A part "Profs" avec Patrick Bruel et "Terminale", il n'y a pas grand chose. Ha si, "Quatre garçons dans le Vent", série Z tiens, avec un Patrick Sébastien en second rôle ravageur. C'est quand même pas grand chose. Et, si on réfléchit bien, quels acteurs pourrait-on choisir pour notre film de lycée (soyons exact!) hexagonal? C'est troublant, hein? Il est aussi peut-être là le problème. Nos acteurs jeunes sont bien fades et peu nombreux. Et autre problème : la France n'a pas d'acteurs qui arrivent à la cheville de Jason Schwartzman. Si vous ne connaissez pas ce Jason-là, arrêtez de lire cet article, et aller vous commander le dvd de "Rushmore" (film de collège) de Wes Anderson de toute urgence. Jason Schwartzman Vs Louis De Funes. Voilà le drame de notre pays.

 

[Une évidence a posteriori me vient. Les distributeurs français négligent complètement les films de collège. Il y a encore quelques années, ils n'en sortaient que pendant l'été,  ce qui enrichissait d'ailleurs beaucoup les films proposés durant cette saison. Ils massacrent les titres. Avez-vous envie d'investir 6€ dans un film qui s'appelle "Elle est trop bien"? Auriez-vous traduit, si vous aviez du investir beaucoup d'argent dans la sortie française de ce film, "Cruel Intentions" en "Sexe Intentions", avec en prime une superbe faute syntaxico-orthographique? Quels sagouins!] 

 

"Sexe Intentions", dont le bon mauvais goût exige que vous le prononciez à la française, est d'autant plus intéressant, du moins  pour cet article qu'il se bat sur le terrain français, par la bande certes, mais tout de même... Il s'agit ni plus ni moins d'une adaptation des "Liaisons Dangereuses" de notre Choderlos de Laclos. Oh, le camouflet double! C'est très excitant. Camouflet triple même. Songez. Un film de collège. Première lame. Sur nos propres plates-bandes. Deuxième lame. Et bien mieux que nos adaptations locales. Mon rasoir a donc trois lames, et encore ma bonté d'âme m'empêche de citer ici les films de Milos Forman et Stephen Frears qui, il me semble, étaient plutôt anglo-saxons également. [Ici, riez comme Tom Hulce (acteur de "American College; tu la sens la construction de l'article?) dans "Amadeus" du même Forman.]

 

Dois-je le faire? Je le fais. Soyons juste. Il y a l'adaptation des "Liaisons..." par Josée Dayan (Dayan citée également dans mon article sur American College; quel architecte ce Dr Devo). Adaptation télévisée certes, mais à gros budget. Catherine Deneuve. Feu Rupert Everett qui soit dit en passant s'éloigne de plus en plus des années Dellamorte Dellamore. Jetons un voile pudique sur cette grosse "bouse" (vous excuserez la vulgarité du terme, mais c'est le mot qui se rapproche le plus, n'est-il pas?). Ou alors mon rasoir aura 4 lames. La seule bonne adaptation française des "Liaisons Dangereuses", c'est celle des Nuls. 

 

Sexe Intentions vient donc chassé sur nos terres, en prenant bien sûr, la précaution, eux, d'adapter le film sur leur propre territoire, et même sur la plus petite parcelle de ce territoire: Manhattan, avec cette classe folle d'envoyer balader les costumes et les perruques blanches. VOILA! C'est ça qu'il faut faire! 

 

"Cruel Intentions" est donc une transposition fidèle, c'est à dire, qui sait adapter, voir trahir, le sujet pour mieux en retirer la substantifique moelle. Nous sommes donc à Manhattan, dans cette néo-noblesse qu'est la très haute société américaine. On ne verra pas l'ombre d'un roturier ici. Sebastian Valmont (Ryan Philippe, acteur principal de beaucoup de très bons films (encore une différence entre la France et les USA : les beaux mecs et les belles filles sont diablement plus intelligents et cultivés, ce qui se ressent dans leurs choix de films), et acteur également de "Memories", un de films visibles de l'année 2004), Valmont, dis-je, fait un pari avec sa demi-soeur sexy et manipulatrice Kathryn Merteuil (Sarah Michelle Gellar, encore elle!). L'enjeu est, pour Valmont de séduire une fille de leur âge, issue du même milieu, bien entendu, et qui a osé déclarer dans un magazine que garder sa virginité était un choix, et qu'il faut attendre de franchir le Rubicon quand on est sûre d'être amoureuse, et blablabla. L'enjeu du pari est à la hauteur. Si Kathryn gagne, elle repart avec la splendide voiture de sport de collection de Sebastian. Si elle perd, Sebastian pourra coucher avec elle. Ces deux-là sont des pervers et des manipulateurs. Comme il se doit, Sebastian collectionne les conquêtes et généralement les humilie avec doigté. C'est un cynique qui sait manipuler tous les réseaux pour arriver à ses fins. Socialement et humainement, c'est une sorte de vampire désespéré. Il approche la pure Annette, la jeune fille vierge, et il aura bien du mal à gagner son pari. Parce qu'elle a du caractère et du flair et parce que l'amour va débarquer de façon inattendue.

 

De A à Z, ce film respire l'intelligence. Les décors, peu nombreux et simples, si on les compare avec les versions de Frears et de Forman, sont drôlement bien étudiés. Jolie lumière. Joli cadre. C'est impeccable. L'écriture est nerveuse et complexe et ne sent jamais (ou presque, je vais y venir) le remplissage. La fable est d'une cruauté sans nom, en cela bien fidèle au livre. Avec précision et simplicité, Roger Kumble arrive haut la main à tenir le pari de son adaptation. En témoigne la scène la plus délicate, celle où l'amour surgit, qui a lieu dans la voiture de Sebastian, enjeu du pari je le rappelle, et qui passe comme une lettre à la poste sans démonstration et de la manière la plus simple. Pas un moment où Kumble ne soit pas fidèle à la violence du propos. Et à aucun moment non plus, il ne perd de vue de faire un film qui ait du coeur, et pas qu'un peu. Subtil paradoxe.

 

Et nom d'une pipe, quel casting! Là encore c'est un sans faute. Et bien mieux encore. Ils sont tous renversant. Gellar et Philippe, bien sûr, comme d'hab'. (Il faut revoir absolument "Igby" film sorti il y a peu et disponible en dvd, passé complètement inaperçu ou Philippe excellait). Swoozie Kurtz, une des mamans de la scène du restaurant (avec Faye Dunaway) dans ce chef-d'oeuvre galactique qu'était "Les lois de l'Attraction", autre film de collège, et que personne n'a vue dans un autre chef-d'oeuvre, "True Stories" de David Byrne (1984), un des plus beaux films du monde, dans lequel elle jouait "la femme la plus fainéante du monde" justement. Reese Whiterspoon dont on peut dire qu'il est bien rare qu'un film avec elle ne soit pas au minimum sympa. Elle est ici excellente. Et puis... SELMA BLAIR! Bon dieu, Selma Blair, fa-bu-leuse dans ce rôle d'idiote naïve. Cette fille est comédienne née. Faite pour le rire. Et pas seulement d'ailleurs si on se rappelle notamment son rôle dans "Storytelling" de Todd Solondz. Que tous ceux qui pensent que Louis De Funes est un acteur physique et génial aillent voir "Sexe Intentions". Selma Blair, comédienne et cascadeuse (sans blaguer, je me demande...) l'enfonce haut la main. 

 

Bref, c'est du cousu main. On regrettera sûrement un peu que les ellipses, plutôt malines, soient remplacées dans la dernière partie du film par de biens inutiles chansons. Et peut-être que la conclusion, où il y a des très bonnes choses, pousse un peu mamie dans les orties. Mais, ceci mis à part, c'est film très recommandable, et, encore une fois, c'est une réussite intelligente et populaire. "Taxi" ou "Sexe intentions"? La France ferait bien de choisir son camp. 2 à 0, en tout cas. Le match continue.

 

 

 

Drastiquement Vôtre,

 

Dr Devo

 

(chanson de la semaine: "Silence is Sexy" de Einstürzende Neubauten)

 

 

 

 

 

 

Publié dans Corpus Analogia

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Commenter cet article

Dr Devo 22/03/2006 07:58

C'est assez marrant car moi qui n'aime pas du tout la sarah Michelle, là je l'ai trouvé vraiment bien (même si je prefferre le Ryan Philippe ou encore plus la fabuleuse SELMA BLAIR!!!!).Ceci dit je te conseille le tes beau HARVARD STORY, thriller chaotique et gonflé dans laquelle la Gellar joue aussi et dans un rôle assez negatif egalement...Dr Devo.

Abie 22/03/2006 00:52

beuh...Perso je me suis un peu emmerdouillée, et j'ai trouvée Sarah M Gellar aussi peu crédible que possible. J'en suis ressortie avec la vague de gifler le premier bellatre  qui montrerait ses dentsdans une tentive de sourire  sulfureux...The Faculty, ça c'est bon! (et ca ne se prend pas au serieux....)

Dr Devo 26/12/2005 22:56

C'est un film qui a beaucoup de coeur et qui est tres bien interprété.Dr devo.

lena 26/12/2005 02:55

surprise qu'il n'y ai aucun commentaire ici... Pourtant ce film eu un bon petit succès si je me rappèle bien et toute une génération l'a vu... Il ne m'avait pas déplu, bien qu'il soit "gentil" tout de même, l'adaptation était si je me souviens bien très juste et simple, ce qui n'est pas déplaisant du tout...