Un sommet de l'art lyrique, le must du 45t.

Skotlettville est en pleine ébullition alors que se prépare le Festival de la Tarte à la Vache. Mais les festivités vont être perturbées par le retour de James Bataille, un cascadeur amoureux de la fille du maire qui vient de s’évader de prison… puis par une invasion de créatures venues d’une autre dimension.

La France et le cinéma fantastique. Le cinéma fantastique et la France. Tout un chapitre… Le genre n’a longtemps semblé exister en France qu’à travers la tradition du « réalisme poétique », une aubaine pour les fiches-cinéma de Pierre Tchernia, mais un héritage assez poussiéreux à quelques rares réussites près. Quelques petites perles isolées (LES YEUX SANS VISAGE, ALICE OU LA DERNIERE FUGUE), la carrière souvent passionnante du persévérant Jean Rollin (enfermé dans une réputation de cinéaste Z avérée par les budgets mais largement démentie par la cohérence et la poésie de son approche), quelques tentatives d’épouvante à la française oscillant entre le très estimable (LA NUIT DE LA MORT de Raphaël Delpard), le piètre (LE DEMON DANS L’ÎLE) et le gros Z qui tâche (les productions Eurociné, ou des oeuvrettes hilarantes comme LA REVANCHE DES MORTES-VIVANTES). A la fin des années 80, on a vu émerger une nouvelle génération de cinéastes tentés par le genre, et l’on oublie parfois à quel point certains ont tapé dans le mille avant de disparaître dans les limbes (Alain Robak et son honorable BABY BLOOD, Jérôme Boivin et ses excellents BAXTER et CONFESSIONS D’UN BARJO d’après Philip K.Dick, voire même le semi-raté mais appréciable 3615 CODE PERE NOËL de René Manzor). Ces dernières années, les tentatives visant à développer le film de genre fantastique à la française, soutenues par les travaux plus « officiels » de Jeunet & Caro, Jan Kounen, Christophe Gans ou Enki Bilal, se sont multipliées (BROCELIANDE, PROMENONS NOUS DANS LES BOIS, BLOODY MALLORY) avec des résultats excédant rarement la modeste petite réussite (SAINT-ANGE, le curieux LES 1000 MERVEILLES DE L’UNIVERS et paraît-il MALEFIQUE que je n’ai pas encore vu). Les jeunes réalisateurs semblent se casser les dents les uns après les autres à vouloir tout donner dès leur premier long-métrage (d’où des films, qu’ils soient aboutis ou pas, qui sont toujours ultra-démonstratifs), et surtout à essayer d’aborder le genre en courant après le modèle anglo-saxon dans un pays ou ni l’infrastructure, ni la culture ne favorisent la réussite et l’implantation de ce cinéma, d’autant plus que les œuvres issues de ce courant tablent sur la technicité mais manquent cruellement de personnalité et de spontanéité. La greffe semble avoir bien du mal à prendre, comme c’est d’ailleurs le cas pour la tentative parallèle de développer des sitcoms ou des soap sur le modèle américain : difficile d’égaler un modèle fondé sur des traditions d’écriture et de mise en scène totalement étrangères à notre mode de production, car de la volonté de  singer un modèle ne résultent que des films américains dans l’âme (LE 5e ELEMENT, UN AMOUR DE SORCIERE, au secours) ou de pâles copies sans âme (JEUX D’ENFANTS). Pourtant, par principe, l’effort est louable, d’autant plus qu’il débouche parfois sur de très belles réussites.
Je n’essaierai pas de vous faire croire ici que ATOMIK CIRCUS est une très belle réussite. Mais il me semble que ce film a une âme, qu’il y a une vraie tentative d’appropriation des canons du genre fantastique dans un projet certes influencé par le cinéma américain (mais quelles références existe-t-il en France ? LES GENDARMES ET LES EXTRA-TERRESTRES ? GAVIN ?) mais qui parvient à trouver un ton original et assez encourageant pour la suite, s’il y en a une.
Dommage que le film se traîne quelques boulets qui l’empêchent de prendre son essor. Les frères Poiraud se sont engagés sur la pente savonneuse de l’humour non-sensique et du cinéma de l’absurde ; il est assez difficile d’entrer dans l’univers dépeint par ATOMIK CIRCUS, mais passées les 20 premières minutes, le film fonctionne correctement. Malheureusement, un dénouement bien mystérieux dissimule mal une panne d’inspiration dans la dernière partie du film, qui se termine un peu en queue de poisson, comme si les réalisateurs n’avaient pas su où mener leur engin après avoir laborieusement réussi à le mettre en branle, ce qui confère au film un arrière-goût insatisfaisant. Mais le plus gros problème réside, est-ce une surprise, dans le casting. Si Jason Flemyng (BRUISER) s’en sort avec les honneurs, Vanessa Paradis ne fait pas vraiment d’étincelles, d’autant plus qu’elle incarne une chanteuse – les passages musicaux ayant parfois tendance à phagocyter le projet, surtout si l’on est pas très sensible à son petit filet de voix. Même reproche pour Benoît Poelvoorde : il n’est pas mauvais, au contraire, mais sa forte personnalité l’amène à écraser le métrage à chacune de ses apparitions, et reste figée dans un jeu qui reste décidément immuable de film en film. Je l’aime bien, il est assez drôle, mais j’en viens petit à petit à ne plus le supporter du fait qu’on l’utilise toujours sur le même registre – qu’il s’appelle M. Chiasse (comme c’est le cas ici !) ou M. Manhattan, le résultat est le même et tend le plus souvent à paralyser le récit. Pourquoi faut-il toujours laisser autant de place et de marge de manœuvre aux interprètes en France ??? Pourquoi des acteurs très capables (Depardieu en est un très bon exemple – je précise qu’il ne joue pas dans le film des frères Poiraud, ceci dit) finissent par devenir des espèces de trous noirs ambulants qui réduisent à néant les films dans lesquels ils évoluent ??? C’est là le principal défaut d’ATOMIK CIRCUS, qui se prend régulièrement les pieds dans ses acteurs en leur laissant trop de champ libre, les performances ne servant parfois en rien le récit – quand elles ne le mettent pas complètement en pointillés. Le meilleur exemple de ce problème ? Une séquence interminable montrant Poelvoorde au volant de sa voiture, draguant lourdement l’assistante à ses côtés : la « contamination » du personnage est l’objectif narratif de la séquence, mais cet objectif n’est atteint (en deux minutes) qu’au terme d’une scène longue, inutile et qui ne donne à voir que l’acteur en train de faire son show (show, du reste, qu’il nous ressert en boucle depuis des années, avec talent, mais pour quoi faire ?). Pendant ce temps, le film n’existe plus, et c’est d’autant plus dommage : il est déjà si difficile de rentrer dans son atmosphère atypique, fallait-il vraiment nous en sortir si régulièrement pour laisser le casting en roue libre et justifier ainsi des noms accrochés sur l’affiche ? La question est mine de rien assez délicate, d’autant plus que sans noms, le film n’aurait probablement pas été produit dans les mêmes conditions (pour peu qu’un film aussi étrange trouve des financements sans vedettes rattachées au projet, ce dont je doute), et qu’en France, ces noms renvoient à des acteurs habitués à ce qu’un film se construise autour de leur numéro et non l’inverse, hélas.
Mais attention, le film comporte aussi de véritables qualités. Une atmosphère étrange et agréablement bordélique quand le scénario la laisse respirer, qui fait irrésistiblement penser à l’univers des rednecks américains, avec ces bouseux toujours prêts à sortir leur fusil de chasse, ce désaxé vivant avec sa grand-mère empaillée (coucou, MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE !), le tout dans une ambiance de saleté, d’abrutissement et de décadence. A ce titre, comme tout redneck qui se respecte, ceux-ci attirent les mouches… mais des mouches énormes venues d’un autre monde, naturellement, les extra-terrestres ayant des allures plutôt insectoïdes. Leurs attaques (très beaux effets spéciaux) sont mises en scène avec un réel talent et achèvent de plonger le film dans le chaos intégral, notamment dans une dernière demi-heure assez réussie. Le film, d’une belle inventivité visuelle, bénéficie en outre d’idées vraiment décalées et bizarres, tel cet homme usant de son chien (en animatronique volontairement foireux, avis aux amateurs des Muppets) comme d’un instrument de musique dans des séquences cruelles et furieusement drôles.
Si le film, dans son ensemble, laisse une impression mitigée, il reste pourtant honorable et original. J’ai souvent pensé en le voyant à un autre film chaotique et inabouti, bourré de défauts mais prometteur : ACCION MUTANTE de Alex de la Iglesia, qui a depuis fait ses preuves avec des films comme MES CHERS VOISINS ou PERDITA DURANGO. Les frères Poiraud vont-ils rectifier le tir et connaître une aussi belle suite de carrière ? C’est tout le mal que je leur souhaite !

Le Marquis

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Vendredi 29 juillet 2005 5 29 /07 /Juil /2005 00:00

Publié dans : Corpus Analogia
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