Photo : "Un clandestin chez le Marquis" (Cyrano)

Chers Cinédrocéphales,
 
Bon, on ne pas faire notre Cosette non plus, mais quel été tristounet en salles ! C'est un phénomène un peu récurrent certes, mais cette année l'absence de films de college notamment fait cruellement défaut. Les distributeurs, peuplade primitive bien souvent, vous diront que, "mais oui, mais vous savez ma brave dame, les films de college, c'est pas notre culture, ça ne prend pas en France". Si un jour vous vous trouvez dans cette situation de blocage avec un distributeur, rappelez-lui l'exemple de SLACKERS dont nous parlions sur ce blog il n'y a pas si longtemps que ça. Une affiche hideuse, un slogan pourri, pas de bande-annonce en salles, et surtout une VF lamentable qui aurait presque pu faire passer celle des FEUX DE L'AMOUR pour un drame shakespearien ! Ce n'est pas palace du tout. Malgré mon admiration sans bornes pour Jason Schwartzman (ici), l'acteur le plus gigantesque de la galaxie, qui est présent dans SLACKERS, il aura fallu plusieurs années et un bac à soldes dumpinguant tout ce qu'il pouvait pour revoir le film en DVD. VO à la deuxième regardure, et devinez quoi : c'est très bon ! En pleine période AMERICAN PIE, le film pouvait évidemment trouver son public, si on n'avait pas cherché à tout prix à l’en dégoûter. CQFD. Evidemment, si la critique faisait son travail... Mais je n'ai pas envie de leur taper dessus aujourd'hui (même s'ils le méritent), ni envie de leur gâcher leur vacances au soleil, payées chèrement à la sueur de leur front (cocktail, voyage à Los Angeles, cassage des ongles sur le clavier du Mac, etc.).
Passons. Avant le gros cadeau dans quinze jours (LAND OF THE DEAD ou LE TERRITOIRE DES MORTS de George Romero, yummy, yummy), passons à l'apéro avec SHAUN OF THE DEAD, film anglais qui, lui aussi, s'est fait un peu attendre dans nos contrées. On ne va bouder, au moins c’est sorti, et pas directement en vidéo, c’est déjà ça.
Ah ! Shaun… Jeune trentenaire londonien, Shaun a une vie tranquille. Une jolie petite blonde, et pas conne, pour copine, un petit boulot de vendeur dans un magasin d’électroménager et de hi fi (genre Boulanger ou Planète Saturn, en plus petit ; vous savez, le genre de magasin où ce ne sont que des petits jeunes en contrat précaire qui bossent, encadrés par des plus vieux  sur une voie de garage…). Il vit dans les faubourgs de Londres dans un appartement modeste, avec Pete, un jeune cadre à peine plus âgé que lui, et Ed, un ami d’enfance (ils se connaissent depuis le C.E) dont la principale occupation semble être de jouer à la X-Box et de dealer un petit de shit. À la maison, ça va mal pour Shaun. Ed ne fait rien dans la maisonnée, boit de la bière, fait des parties de DOOM, et laisse des cannettes et des vêtements sales traîner partout. Une espèce de gros (physiquement) feignant  en somme, doublé d’un gros lourd aux blagues répétitives et vaseuses qui ne font rire que lui (genre, tire-moi le doigt et je pète) et Shaun à la limite, et encore, par nostalgie plutôt qu’autre chose. Pete ne le supporte plus, ce Ed qui, en plus de salir l’appartement, ne ramène pas beaucoup d’argent dans le foyer, d’où les pressions sur Shaun : si Ed ne change pas de comportement, il faudra l’expulser !
Côté cœur, ça ne va pas fort non plus. Liz, la petite amie de Shaun, se plaint, sans doute à juste titre, du manque d’envergure de leur petite relation stagnante et de l’omniprésence d’Ed, toujours présent lors de leur rendez-vous. Il faut bien dire que de toute façon, quand les deux amoureux se voient, c’est au pub, au pub et encore au pub. Là aussi, il faut que ça change. Shaun promet d’amener sa belle au restaurant le lendemain.
Le lendemain, Shaun se prend les pieds dans le tapis du quotidien, une nouvelle fois. Il doit remplacer un des ses supérieurs malade, est pris pour un looser et un con accessoirement par les petits branleurs qu’il a en formation au magasin, se prend la tête avec Ed, et bien sûr, foire la réservation de la table au restaurant. C’en est trop : à contrecœur, sa copine le plaque. Sale journée. Pas envie de regarder la télé ni rien, encore une journée qui va se terminer à se beurrer la tronche au pub avec Ed, à entendre ses blagues les plus nulles, etc. Ce que Shaun ne remarque pas, c’est qu’une mystérieuse grippe s’étend sur les habitants de Londres.  Ce qui ne le bouleverse pas outre mesure, il est deux heures du matin, Shaun est bourré et s’endort tout habillé. Le lendemain matin, avec son lot de cheveux qui poussent dans la tête, Shaun s’aperçoit qu’il y a deux morts-vivants dans le jardin…

Annoncé comme une parodie de films de zombie à la Romero, SHAUN OF THE DEAD est quand même un peu plus que ça, et n’est pas vraiment une espèce de « chose » à la SCARY MOVIE ou à la Zucker-Abraham-Zucker. L’affiche annonce « une comédie romantique avec des zombies », c'est déjà plus sympathique, mais c’est plus que ça aussi. Edgar Wright, le réalisateur, et Simon Pegg, l’acteur principal, ont écrit le film ensemble. Les deux se connaissent bien. Ils ont travaillé ensemble longtemps pour la télé anglaise (la série SPACED, parait-il riche en parodies justement).
SHAUN OF THE DEAD déplace donc le film de zombies sur le terrain de la comédie, plus que sur celui de la parodie. Les deux gars connaissent sans doute bien le sujet, et ça sent cette belle jeunesse élevée dans les années 80, à une époque où les vidéoclubs avaient encore en stock de gros boîtiers VHS thermoformés en stock, et où le rayon fantastique permettait de se cultiver et de voir des films superbes qu’on ne pouvait pas voir ailleurs. Ah, temps bénis ! Celui des autodidactes de la culture, où l'on avait encore la possibilité de voir des films d’horizons très différents, de genres et de styles hétérogènes, et où les réseaux parallèles de distribution permettaient des créations cinématographiques iconoclastes. Les plus jeunes lecteurs de Matière Focale doivent se dire : « ça y est, il est reparti à faire son vieux con, comme si c’était notre faute à nous. » Ils ont complètement raison ! Mon désarroi est quand même sincère. Si des gens comme Cronenberg, Carpenter, Romero ou Argento ont pu faire une carrière internationale et ont pu trouver des financements, même dans les temps les plus difficiles, c’est parce qu’ils traînaient dans leur sillage des aficionados passionnés qui les soutenaient depuis le début. C’est facile aujourd’hui pour la profession et pour le public de dire « Romero, c’est du classique » ou « SUSPIRIA est un film sublime et fondateur », mais sans leurs fans de l’ombre, années après années, ces réalisateurs n’auraient peut-être pas eu les mêmes « facilités » ou opportunités. Ce qui m’inquiète beaucoup, c’est qu'aujourd’hui, alors que les réseaux de distribution vidéo ou cinématographique ont tous disparu et que l’offre en termes de films et de styles se raréfie et s’homogénéise de plus en plus, c’est de savoir comment vous, les plus jeunes, espoir de la France de Demain, allez pouvoir vous bâtir une culture alternative (ça vous y arriverez sans doute, bien sûr), et où vous pourrez voir ces films hors circuit commercial. Car pour défendre les classiques de demain, encore faut-il pouvoir les voir. Et quand je lis l’ex-superbe magazine MAD MOVIES, les « classiques » qu’ils sont en train d’installer semblent confirmer mes doutes. La culture est aussi une question d’accessibilité. Il n’y a jamais eu plus de DVD dans les petites FNAC de province et dans les grands Virgin parisiens, mais il n’y a jamais eu, paradoxalement, aussi peu de choix ! Voilà qui me rappelle une anecdote (je ressemble de plus en plus à John Hillerman, ne trouvez-vous pas ?). Il y a quelques années, TELERAMA a demandé à une grosse poignée de réalisateurs de répondre à la même batterie de cinq ou six questions. Les réponses constituaient un splendouillet mini-dossier pour le numéro qui devait sortir juste avant le festival de Cannes. S’il y avait plusieurs questions, elles tournaient toutes autour de celle-ci : en quoi pensez-vous que les technologies numériques sont en train de changer le cinéma ? On était alors en pleine période Dogma d’un côté (toujours pas comprise d’ailleurs, ni par TELERAMA, ni par leurs confrères), et en plein boom des tout nouveaux effets spéciaux numériques. Les tournages à base de vidéo pullulaient en quelque sorte des deux côtés de la frontière cinéma commercial / cinéma art et essai. Tout le monde se prête au jeu et répond. Un seul refuse : Terry Gilliam. Il répond que la question est assez mauvaise en fait, et que le numérique ne va rien changer du tout ! La vraie question, et le vrai bouleversement que va connaître le cinéma, c’est le raccourcissement de la chaîne conception – production – distribution – exploitation ! Gonflé le bonhomme… et terriblement lucide : on est en plein dedans, le processus n’est sans doute pas complètement à son terme. Et c’est cela, au-delà de mes airs de vieux con, dont j’essayais de parler plus haut !].

Comme on le disait avant ce long aparté, Edgar Wright et Simon Pegg viennent de la télé. Autant le dire tout de suite, vu de ce côté d’ici de la Manche, rien que sur ces seuls faits, il y a de quoi être jaloux. Notre ami Bernard RAPP (familier de ce site) nous rapportait il y a quelques temps que le film de Kad et Olivier, QUI A TUÉ PAMELA ROSE ?, était plutôt visible à défaut d’être renversant. Mais à part eux, les transfuges télévisuels n’apportent rien de bon au cinéma dans l’Hexagone. Les films sont nuls proportionnellement à l’épaisseur du tapis rouge et vert (comme le dollar) qu’on leur propose de fouler. Qu’ils soient instigateurs d’un sujet « personnel » ou incorporés dans une production préexistante (voir IZNOGOOD ou ESPACE DETENTE), c’est lourd, lourd, lourd, et bien souvent, ceux qui avaient du talent au petit écran le perdent rapidement (ex : LA CITÉ DE LA PEUR). [Sur les questions concernant la France, ses comiques et leurs films, jetez un œil ici chez Pierrot, et sur l’article ATOMIK CIRCUS proposé par le Marquis : c'est vraiment intéressant !]
Donc, ici, rien de tout cela. SHAUN OF THE DEAD est bien un projet de cinéma. Et le résultat, donc, est bien supérieur à ce dont nous sommes capables, nous les grenouilles ! Loin du délire parodique annoncé, les deux compères britanniques décident de placer leur film « au même niveau » que ceux de Romero, et ce en toute modestie. Entendez par là qu’ils ne cherchent pas à faire entrer du zombie dans une comédie parodique, mais qu’ils essaient sincèrement, et avec une certaine malice, de faire « un vrai film de zombie ». C’est peut-être un détail pour les comiques professionnels français, mais pour moi, ça veut dire beaucoup. Ça veut dire qu’ils sont libres, comme disait la poète, et surtout qu’ils sont relativement rigoureux.
Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de voir les films de la trilogie des Morts-Vivants
de Romero (et même tétralogie donc, dans 15 jours), répétons ce que le Marquis disait fort bien – ainsi que dans son article sur le documentaire AMERICAN NIGHTMARE, (et lisez les commentaires de l’article sur la trilogie : un débat édifiant s’y trouve, c’est terriblement instructif). Ces films ont une formidable puissance de mise en scène, une rigueur remarquable et une gravité immense qui brise les cœurs les plus durs et les remplit d’une solide tristesse et d’une fabuleuse angoisse. Ce sont des films incroyablement politiques, dans le sens où ils nous mettent face à des enjeux vitaux, et devant la réalité palpable de ce l’être humain peut avoir de plus noir. Romero, avec un petit groupe de personnages dans chacun des trois films, faisait de cette microsociété plongée dans l’horreur de la plus désespérée des guerres (le combat étant perdu d’avance) une réflexion sur l’humanité de la société, et sur celle enfouie au plus profond de chacun de nous. Et le bilan est sombre. Grâce à ce dispositif, et par une sorte d’Humanisme à l’envers (ou par l’absurde), le réalisateur américain mettait en cause l’individu ET la société, les repoussant dos à dos. Un microcosme pour parler de l’Humanité entière en quelque sorte. Un terrain éminemment politique, donc.
Pegg et Wright construisent leur film sur un prédicat légèrement différent. Et c’est là que leur film fait vraiment mouche (en plus d’autres qualités, comme on le verra). Ils déplacent en fait le rayon d’analyse du film. On est toujours dans un microcosme : à savoir Shaun, Ed, Liz et le couple d’amis qui vit avec Liz. Un tout petit groupe, mais dont les relations s’intéressent d’abord à la sphère amicale. On est loin d’un échantillon hasardeux qui représente le monde comme chez Romero. Enfin, pas si loin en fait. Si les relations sociales ont lieu dans la sphère amicale, SHAUN OF THE DEAD ne devrait pas analyser les choses et délivrer un message à l’Humanité, c'est-à-dire valable pour tous. Mais bien vite, on se rend compte que, même dans le cercle de ses « amis », ce sont exactement les mêmes enjeux qui ont court que dans le cercle sociétal ! Et, chers Amis c’est une horreur !
On s’attache vite à Shaun, héros médiocre, complètement piégé dans un quotidien en forme de boucle qui ne cesse de se répéter. Une des nombreuses qualités du film est de montrer parfaitement que le Temps n’a aucune prise sur la vie de Shaun, vie qui va le mener droit au cimetière dans 60 ans, au même rythme et sans qu’il s’en rende compte. Cette fameuse soirée où Ed et Pete ont pris une murge à la vodka, c’était quand ? Hier, le mois dernier, il y a cinq ans ? Depuis quand Shaun sort avec Liz ? Trois jours ou trois ans ? Ça fait combien de temps qu’il bosse à Planète Saturn ? Etc. C’est absolument effrayant. Aucune perspective n’est possible, la vie sera un échec programmé, mais rassurez-vous, tranquille. Il s’ensuit une assez jouissive première partie, où les zombies pullulent de plus en plus dans les rues de la ville, mais où Shaun ne se rend compte de rien.
Il est également assez déconnecté de la Société de consommation ou de l’information. De toute façon, il n’a pas d’avenir. Son job ne lui apporte rien, dans tous les sens du terme. Et tout est immuable. Si Shaun paraît sympathique, c’est parce que le quotidien s’acharne sur lui, et pourtant, Shaun met du sien à essayer de faire les choses bien (ex : la délicieuse scène où les gamins en formation dans son magasin sont parfaitement odieux avec lui !). Et c’est bien le seul d’ailleurs. En fait, on s’aperçoit assez vite que son entourage est proprement infect ! Et c’est là, sur ce point précis, que le film est formidable. Les « amis » de Shaun ne sont pas pires (ou à peine plus) que les miens ou les vôtres. Et la grande idée est de montrer combien ceux-ci peuvent être vraiment dégueulasses au quotidien avec lui. Un vrai jeu de massacre. Shaun est méprisé par tous. Premier point. De ce fait, étant inférieur, il est assez normal de le presser au maximum, comme un citron, soit par plaisir d’humiliation (et ainsi montrer combien on est tellement mieux que ce pauvre Shaun), soit pour en obtenir des avantages matériels, sentimentaux ou autres. Shaun n’a aucune chance, et Shaun sera toujours l’éternelle victime d’un champ d’amis persécuteurs. Une manière pour eux de bien veiller, plus ou moins consciemment, à ce que Shaun reste pour l’éternité un inférieur. Heureusement, l’invasion des zombies tombe à point nommé, non pas pour remettre les choses à leur place, mais plutôt pour permettre, premièrement, à Shaun de prendre les choses en main (c’est lui qui assurera la survie du groupe), et deuxio, cela va également permettre à l’humiliation dont Shaun est constamment victime de montrer son vrai visage (y compris, j’en suis certain, à quelques spectateurs qui ont dû bien se marrer en voyant Shaun se faire humilier… et finalement trouver ça normal). Le couple d’amis de Liz sont des gens assez bêtes (surtout elle, lui est vraiment un être immonde). Ed, mine de rien, malgré son statut de copain du héros, est lui aussi un être innommable, bien plus sinistre que drôle et aussi médiocre que les autres. Il y a, malgré tout, énormément de nuances. Dans le couple d’amis, la jeune femme s’avère relativement gentille sous sa cruchitude, et en tout cas bien moins conne qu’avant que les morts-vivants n’interviennent. Son mec, très, très antipathique, m’a semblé plus nuancé à mesure que le film avance (et il a quand même diablement raison sur une scène sur laquelle je vais revenir, tellement raison qu’à son tour il sera châtié très durement, surtout par le scénario !). Ed, par contre, reste pareil à lui-même. L’ambiguïté atteint souvent son comble avec Liz, la petite amie, la seule qui, au final, attende vraiment quelque chose de Shaun et lui fasse un chouïa confiance. On se dit qu’elle pourrait devenir le pendant féminin de Shaun. Une autre scène, sublime, nous donne tort (j’y reviens).

SHAUN OF THE DEAD, film vraiment drôle par endroits, est donc très agréable, certes, mais c’est aussi un film absolument et définitivement sinistre et déprimant (chouette !), dans le sens où il dépeint une société d’une noirceur absolue. Une des forces du film est de se permettre énormément de répétitions. Et on a vraiment l’impression de se prendre constamment le mur dans la tête, tellement ces gens sont bornés. On souffre encore plus que Shaun lui-même. Plus noir, tu meurs. Avec ce film, en même temps que vous allez rire, et pas qu’un peu, vous allez aussi toucher le fin fond de la Fosse de la Dépression, vous savez, celle qui est dans la mer des Désespoirs. En tout cela, le film est vraiment un hommage sincère à Romero et à ses films, et une variation originale.
On rit aussi beaucoup donc. Je vous laisse découvrir tout ça. J’ajoute quand même quelques bémols assez flagrants. D’abord, sur quelques scènes (la zombie « trouée » dans le jardin par exemple), il y a un peu trop de gags, et surtout des gags plus potaches. La potacherie est une dimension intrinsèque du projet, mais j’avoue que, de temps en temps, cela m’a sorti un peu du film. Certaines idées, comme le lancer de disques, sont très bonnes, mais assez mal exploitées, et brossent un peu le public dans le sens du poil (on aurait préféré voir sauvée une édition de Joy Division, non ? Et dire que la BO de BATMAN par Prince est une sous-merde comme Sade, là je dis non, c’est très populiste, ça, et pourtant je ne suis pas fan de Prince !). Simon Pegg, contrairement aux autres, est un acteur de mimiques. Bon, il n’y va pas à fond comme Jim Carrey, très loin de là même, puisque son jeu comporte d’autres nuances, mais sur une prise ou deux, je n’aurais pas gardé certains trucs dans son jeu (il faut dire aussi que la VF est lamentable et gâche peut-être une nuance plus subtile ou plus paradoxale). Donc, de part et d’autres, ça et là, la potacherie semble, à mon seul et unique goût, déséquilibrer le propos.
Par contre, il y a des choses superbes, notamment le personnage de l’amie lointaine, très belle idée, sublime même, de communion désespérée. Le passage où les troupes se croisent est formidable ! [Le personnage de l’amie est sublime, de toute façon.] Une autre très belle idée est le climax dans le pub, où tous les personnages se menacent les uns les autres dans un beau mouvement de connerie ! À ce moment-là, le langage se bloque (le personnage d’Ed y est formidablement bien écrit), la scène se répète encore et encore et encore. Le film semble s’arrêter, et j’ai pensé qu’il allait se terminer là, dans une répétition de 20 minutes (ça aurait été génial, ça !). Dans ce moment de blocage absolu, c’est le personnage le plus antipathique qui a  raison à 100%, et tous les autres ont tort. Mais ce personnage a fait trop d’erreurs auparavant, et plus personne n’a envie de lui accorder une quelconque attention. En un mot, il a pris le rôle de Shaun. Ce dernier d’ailleurs est aussi immonde que les autres dans cette scène. Le bonhomme sera châtié avec une extrême dureté. [D’ailleurs, dans cette scène, Shaun est habillé strictement à l’identique de Christopher Walken et De Niro dans VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER. C’est trop spécifique pour être un hasard. Wright a-t-il voulu nous dire que Shaun se tirait une balle dans le pied ou dans la tête à ce moment là ?] [Deuxio : je mets ça là mais ça n’a rien à voir : par moment, mais seulement par intermittence, le film est d’une maniaquerie absolue : avez-vous vu, comme je l’ai vu, par exemple dans un tout petit détail, une critique de l’Angleterre du football, terre à zombies ? Ici, je ne parle pas du garçon qui joue au ballon dans la rue en plus !]
Il y  a de très belles choses aussi dans la dialectique « les vivants sont morts et les morts sont vivants ». Héritage romeroesque direct. Bref, on est souvent en plein Kho-Lanta de l’horreur, mais attention, nuance, entre amis, ce qui est encore pire ! Bon, j’arrête là pour vous laisser interpréter ça à votre manière. Une fois le film terminé, une conclusion arrive. La première partie de cette conclusion est sublimement drôle. C’est ce qui m’a fait le plus rire, et je trouve que c’est un des passages les plus intelligents aussi. C’est évidemment complètement déprimant. La deuxième partie de la conclusion est plus potache malheureusement, plus moralisatrice peut-être (mais pas sûr). Cette dualité exprime bien la dualité du film, qui a tendance donc à me gêner un peu aux encornures. [Peut-être que la deuxième partie de la conclusion n’est pas une sorte de happy end marrant, mais au contraire une sorte de cauchemar le plus absolu. C’est peut-être ça, le pire qui pouvait arriver à Shaun et Liz, à la différence près que le salon de la maison a remplacé le pub !]
Enfin, un mot pour vous dire que tout ça est tranquillement mis en scène, sans plus. Le début me semble plus rigoureux et mieux cadré. Le gros milieu est un ventre mou, un peu en forme de n’importe quoi, surtout dans le cadre et les échelles de plans, souvent bien laids. Dommage, ça commençait mieux dans la première partie. Ceci dit, on a vu des mises en scène encore plus laides, et je crois que si le film avait été français, on aurait peut-être salué le travail de Wright.
Les acteurs, eux, sont vraiment très bons. Le mec qui joue Pete (le cadre) est formidable notamment. On l’avait aperçu dans les séries anglaises SMACK THE PONEY et FRENCH AND SAUNDERS. Les autres sont très bons aussi, et très attentifs, bien loin là aussi de nos pauvres critères.
 
Alors si vous avez le courage d’affronter la déprime de l’année, n’hésitez pas, vous allez beaucoup rire. Il y a des moyens largement plus bêtes de se divertir. L’intelligence habite de l’autre côté de la Manche, mais ça, on le savait déjà.

Désespérément Vôtre,
 
Dr Devo.
 
PS: Le film est aussi très social. Il y a beaucoup de détails, notamment financiers, très humiliants. L'histoire est basée finalement sur le fait qu'il faut être trois pour louer un appartement, dans les quartiers excentrés de Londres.
 
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Samedi 30 juillet 2005 6 30 /07 /Juil /2005 00:00

Publié dans : Corpus Filmi
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