
(Photo: "Revision 4" par Dr Devo)
THX 1138 (Robert Duvall) cohabite avec LUD 3417 (Maggie Mac Omie) dans une société souterraine vouée au travail et à la consommation de masse. Attirés charnellement l’un par l’autre, les deux amants vont s’humaniser et violer les règles de la collectivité dans laquelle ils vivent. Après s’être évadé de prison, THX décide de regagner la surface.
Deuxième film produit par la société Zoetrope, THX 1138 sera un super bide à sa sortie et sabordera l’utopique projet de Francis Ford Coppola (mentor de George Lucas à l'époque) de fourguer six scripts à la Warner et de devenir par la même occasion grand gourou intouchable du cinéma indépendant américain. Et ben mauvaise pioche Francis, car il est étonnant de constater, avec 35 ans de recul certes, à quel point THX 1138 est une entreprise anti-commerciale forcément vouée à l’échec. En effet, le film étonne d’emblée par sa radicalité esthétique, son jansénisme et son scénario glacial. Le film enchaîne les séquences aussi fortes et dark que celle où Robert Duvall gerbe dans un confessionnal ; que celle de la prison (qui tient plus de l’hôpital psy d’ailleurs) où un détenu sous vape essaie de violer une femme ; que celle du masturbateur mécanique ; que celle où SEN 5241 (le globuleux et toujours génial Donald Pleasence) avoue à THX qu’il ferait un colocataire parfait. Etonnant de la part du papa des Ewoks et de Jar Jar Binks, avouez… THX 1138 est finalement une sorte de hara-kiri cinématographique. On savait Lucas et Coppola friands de cinéma japonais, mais pas à ce point-là !
Le montage son, réalisé par Walter Murch (oui, le réalisateur de Return to Oz), est à la hauteur du film : éprouvant. Il ne vous lâche pas d’une seule seconde, vous vrille les tympans à grands coups de grésillements électriques, d’échos synthétiques, de larsens ou de rengaines orwelliennes du genre : « Buy », « Be happy », « What’s wrong ? », « If you need help, don’t hesitate to ask for assistance ». Un vrai lavage de cerveau. Walter Murch inventait à l ’époque, sans le savoir, le sound design qui nous casse aujourd’hui si souvent les oreilles dans la plupart des blockbusters américains, ceux qui gavent à bloc leurs bandes son dans l’unique dessein de détourner notre attention de leur vide scénaristique.
Bon une fois de plus, comme un ado qui ne peut pas s’en empêcher, George se tirlipote la filmographie en rajoutant au petit bonheur la chance à la version d’origine de son métrage quelques images numériques assez laides qui dénotent d’ailleurs avec le look seventies de quelques accessoires (casques audio, moniteurs télé n&b, compteurs, tableau de bord de voiture) ou en remontant entièrement plusieurs séquences, dont celle de la construction à la chaîne des robots ou celle de la sortie des limbes dans une foule compacte et lobotomisée.
En fait, ce qui est intéressant de constater dans ce film c'est que les obsessions principales de George Lucas s’y trouvaient déjà : son goût pour les courses de voitures (de pods, de speeders ou de tout autres engins roulants, volants, existants ou non), l'envie irrépressible de quitter sa ville natale, de s’extraire de son terreau, le fait de se sentir différent, choisi, etc. Tous ces thèmes seront repris et développés quelques années plus tard dans American Graffiti où les héros déboussolés du célèbre film rockabilly "cruisent" une dernière fois dans leurs bagnoles en attendant leur départ imminent pour la guerre du Vietnam. Les 6 épisodes de Star Wars ne racontent-ils pas tout simplement l'histoire d'un adolescent (Luke) et d’un enfant (Anakin) qui quittent leur famille respective et leur misérable condition de fermier ou d’esclave pour vivre leur destin hors norme ? Traumatisé lors de sa jeunesse à Modesto (ça ne s’invente pas) par ses conflits avec son père méthodiste qui ne voyait qu’en lui un sage héritier, George Lucas a toujours raconté la même chose : fuir pour vivre sa vie. Maintenant qu’il en a fini avec sa saga stellaire, ne serait-il pas temps de reconsidérer son œuvre d'un point de vue autobiographique ? En cela, le réalisateur de La Guerre des Etoiles est déjà un auteur.
Tournevis
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