CINÉMA FRANÇAIS : L'EXCEPTION CULTURELLE SORT DU BOIS (épisode 1 : les 3 réalisateurs qui vont sauver le cinéma français...)

Publié le par Dr Devo

[Photo : "Ma Riposte (Mes Bisous Barbus sont  plus Beaux que Nos Jours)" par Dr Devo,

tirée de la série de photos "Goethe Feeling (allegence to the fact that you are wise enough to walk away)"] 

 

AVANT-PROPOS
Chers Focaliens,
En octobre dernier, LA REVUE DU CINÉMA, à laquelle je participe, me proposait de concevoir un hors-série entièrement écrit par l’équipe de Matière Focale et sur lequel nous aurions une totale liberté éditoriale. Si nous n’avons pas pu choisir la couverture et son intitulé (le numéro s’appelant, malheureusement, officiellement en kiosque UN FORMIDABLE RENOUVEAU : VERS UN SECOND SOUFFLE DU CINÉMA TRICOLORE ?, titre très éloigné, voire contradictoire, de ce qui est dit dans ce numéro), il est vrai que nous avons pu, enfin, dire tout ce que l’on pensait de la situation du cinéma français. Je vais reproduire sur Matière Focale l’intégralité de ce hors-série. Je rétablis le titre original CINÉMA FRANÇAIS : L’EXCEPTION CULTURELLE SORT DU BOIS. La couverture que nous avions proposée était un dessin qui représentait dans des traits qui rappellent les eaux-fortes, un daim majestueux qui effectivement bondissait hors de la forêt. La pose le montrait en plein bond, regard majestueux et triste tourné vers le lecteur qu’il regardait droit dans les yeux. Une auréole rayonnait derrière sa tête en toute subtilité. Derrière lui, un énorme véhicule 4x4 qui s’apprête à le tamponner mortellement ! Le dessin a lieu 0.23 secondes avant l’impact ! Imaginez la punkitude absolue et la beauté irrépressible de cette couverture… [Elle fut remplacée par une petite mosaïque d'affiches absolument laidissime !]
Je présente donc maintenant ce dossier "français" en intégralité sur Matière Focale. Comme le menu est copieux, voilà qui se fera sous forme d’épisodes. Pour ceux qui n’ont pas eu le numéro entre les mains, sachez qu’il y aura du beau linge, des interviews exclusives de réalisateurs rien que pour vous (dont une sublimissime de Bruno Dumont), et de multitudes d’autres surprises… Voici donc l'éditorial de ce hors-série, soit l’épisode 1 de la fabuleuse saga du cinéma français contemporain. Enjoy…

Dr Devo.
 
Un des objectifs avoués lors de la conception de ce hors-série de la Revue du Cinéma était aussi délicat à aborder que nécessaire : il s'agissait en effet de tester et de faire le point sur la situation du cinéma français. Et derrière ce phrasé technocratique, il s'agissait plus prosaïquement de se poser la question suivante : le cinéma français marche-t-il bien, en terme de qualité artistique ?
Et oui, quand on se pose la question calmement, seul, le soir dans sa chambrée, une plage de silence infini, peut-être un peu gêné, s'installe, me diriez-vous, chère lectrice. S'il est vrai que la question est souvent posée par les journaux culturels (ou ayant une page culture) ou ( mais pas "et" ?) de cinéma, cela ne veut point dire qu'elle est bien traitée, justement, cette question, ni qu'elle échappe aux sempiternels clichés qui servent généralement de conclusions à ce genre d'enquêtes (ponctuées en plus d'innombrables portraits et listes de jeunes espoirs confirmés, liste en général remplie de lieux communs, de clichés, et sans aucune prise de risque, comme persister à mettre un acteur tel Romain Duris dans ces espoirs, alors que c'est sans doute, pour le meilleur ou pour le pire, l'acteur le plus populaire de France !). Les médias culturels, eux aussi, ont renoncé depuis longtemps à leur rôle d'information, de réflexion et de mises en perspective, le tout sous le double sceau, la double promesse d'honnêteté et d'indépendance, et tout cela est à peu près normal : tous arrivent à la même conclusion, chose déjà douteuse au vu des prérogatives de ces enquêtes, conclusion valable pour les deux divisions de ce sport qu'est le cinéma français (ligue A : cinéma commercial classique, et ligue B : art et essai classique). Cette conclusion est invariablement la suivante : le cinéma français a des difficultés, mais il se battrait, disent-ils, de fort belle manière, ce serait le seul cinéma d'auteurs (d'Europe ?) qui n'ait pas été brisé par les puissances mercantiles à la solde du grand capital (hypothèse A) ou par le cinéma américain "anthropophage", disent-ils (hypothèse B).
Nous vous conseillons bien sûr, dès les premières pages de ce hors-série, de ne plus lire la presse, au moins celle qui parle du cinéma (cf. article "Vade Mecum", in LA REVUE DU CINÉMA N°3).

Avant de suivre notre conseil et de jeter cette revue à la poubelle, peut-être sa vraie place dans le contexte historique qui a vu sa création, je vous propose cette réflexion pertinente : toutes les idées répandues sur le cinéma français, idées admises et avalisées depuis des lustres, sont toutes fausses. Reprenons et clarifions la situation.

1) Le cinéma français va bien financièrement.
2) Les autres cinémas européens, d’auteurs notamment, n'ont pas forcément été brisés, et ceux qui ont eu des difficultés reviennent quelquefois avec force.
3) Le Grand Capital n’a jamais voulu manger le cinéma français. C’est le cinéma français qui a voulu l’intégrer.
4) Le cinéma américain n’a jamais mangé le cinéma français, c’est ce dernier qui s’est offert en offrande au cinéma américain.
5) La division entre cinéma art et essai, et cinéma commercial n’existe pas. C’est une frontière factice et de pure forme.

Au moins, voici quelques doutes dissipés. Le cinéma français, c'est-à-dire les films français, mais aussi le(s) système(s) français de financement du cinéma et les distributeurs français se portent très bien, merci. Le volume de spectateurs est énorme, les bénéfices sont conséquents. Evidemment, la fréquentation des salles, et l’intérêt du public pour le cinéma en général, fonctionnent par cycles, et c’est vrai que ce cycle est ascendant depuis déjà quelques années, ce qui veut dire que le retour de manivelle est sans doute pour bientôt, et nous verrons alors comment les "acteurs du marché" réagissent, ce qui va sûrement être d’une grande drôlerie comme à chaque fois en temps de crise. Passons.

Le cinéma français va donc bien. Il se porte comme un charme. Les gens vont en salles. Le cinéma dit "art et essai" n’a jamais aussi bien marché. De nouveaux comédiens s’installent dans le paysage et gagnent vite en popularité, etc. De son côté la critique estime que les choses bougent également. Que ce soient les revues historiques (Positif, Les Cahiers…) ou les Première et autres, la critique remarque largement le dynamisme de la production hexagonale. Il y a des chouchous dans tous les camps, il y a des réalisateurs "à suivre".

Voilà pourquoi, il nous apparaissait important de consacrer un dossier spécial à notre cinéma. Parce que de notre côté de la barrière, le son de cloche n’est pas vraiment le même si j’ose dire. Le box-office, la télé, les Cahiers du Cinéma, Première, etc., toute la branche, toute la profession ont beau dire ceci ou cela, pour le cinéphile qui arpente les salles désespérément, la situation est tout autre. Il y a la guerre menée par les généraux autour du panneau tactique (avec ses petits magnets aimantés !), et puis, il y a la tranchée, les pieds dans la boue, où malgré l’amour de la patrie, il faut bien le dire, il arrive qu’on n’ait vraiment pas envie de sortir et de donner l’assaut. Il fait froid, ça pue, on est mal nourri et ça fait mal. Le Général donne l’ordre d’attaquer, sort la menace de la Cour Martiale, mais on n’hésite à sortir quand même, le plus souvent.

Sur le terrain, le cinéma français a une autre tête, et ce n’est pas joli à voir.
Les sujets des films sont tous absolument identiques. En ligue A, ce sont surtout des adaptations de franchises (livres, séries télé, remakes, etc.), ou alors des adaptations se basant sur des personnages ou de comédiens comiques issus de la télévision. Hors de ces chemins, il n’y a pas énormément de choses qui émergent. En ligue B, on fait feu de tout bois. On laisse, en général, la comédie à la ligue A (comme par hasard), et on privilégie les sujets suivants :
- le film à thèse, le "film sur", façon dossiers de l’écran.
- le film dramatique lacrymal (film de maladie, par exemple, au moins un tous les deux mois !)
- le fameux film de chambre, drame du couple sur air du temps, sur son lit de sentences, souvent sauce aigre-douce .
- le "film du réel", qui bien souvent "interroge notre regard jeté au monde" avec sujet social et politique, "traité avec pudeur".

En fait, tous les films de ligue B répondent à chacune de ces catégories. On classera ensuite le film selon sa dominante. Bien sûr, le produit le plus recherché est celui qui peut être vendu dans les deux ligues. Et ça, le cinéma français sait faire. Il y a quelques semaines, par exemple, le film JE VAIS BIEN NE T’EN FAIS PAS remplissait remarquablement les deux cahiers des charges. [Chose que les poids lourds de l’art et essai font aussi : Almodovar, Loach, Eastwood, etc. Tout ça est calibrable.]

Et pour sauver le cinéphile Gérard, dans ce contexte, il faut souvent faire beaucoup de contorsions. Les projets un peu différents se plantent quasiment systématiquement. Parmi les films français qui ont la chance de rencontrer leur public, ils sont très peu, ceux qui ne ressemblent pas, soit à un film préexistant, soit qui ne fassent pas partie d’un genre bien identifié. On le verra dans ces pages, notamment en ce qui concerne le film INNOCENCE de Lucille Hadzihalilovic, que l’accueil fait aux productions qui sortent du moule est désastreux, voir scandaleux en ce qui concerne INNOCENCE, sans que cela ne choque absolument personne, hormis le troufion Gérard.
En conclusion, entre la caricature du film de chambre où Dialogue et son sbire Scénario règnent en maîtres, et la grosse bessonnerie (ce qui est injuste envers Luc Besson qui n’est pas le plus grand convoyeur d’imbécillités, contrairement à la légende, même s’il a contribué, bien sûr, au visage moderne du cinéma français), hors de cette dichotomie donc, point de salut. Et le résultat en salles est terrifiant, car après calcul, on s’aperçoit que 97,63% des films français :
- se contentent uniquement de filmer les dialogues et d’illustrer le scénario, la forme la plus audacieuse d’expression filmique étant le champ/contrechamp (celui qui parle est à l’écran, bien entendu !),
- ont une photographie d’une grande laideur ou complètement anonyme (ce qui, une fois sur deux, est le résultat aussi d’un mauvais tirage de la copie, chose dont les critiques ne peuvent s’apercevoir que s’ils vont au cinéma en Province ou tout bêtement s'ils vont voir les films en dehors des projections de presse, en salles avec les autres !),
- n’utilisent jamais le montage de manière signifiante,
- n’utilisent le son que de manière illustrative,
- ont abandonné toute velléité d’utiliser l’échelle de plans (cf. l’interview de Brisseau dans ce numéro, et qui fera l'objet d'un prochain épisode ; on ne fait que du plan rapproché ou du gros plan, et bien sûr, on débute sa séquence par un plan d’ensemble géographique !),
- ne font par voie de conséquence aucun effort de spatialisation,
- sont d’une laideur ou d’un banal effarants en ce qui concerne le cadrage,
- n’expriment en général qu’un sentiment univoque,
- ne contiennent de manière concrète, tangible et visible à l’écran, pas 2,37% des intentions contenues dans le dossier de presse.

Pas de son, pas montage, pas de cadre, le bilan est sans appel : 97,63% des films français ne sont pas des films de cinéma, mais au contraire peuvent être considérés aussi bien comme des téléfilms, des Opéras, de la Bande Dessinée, de l’Architecture, des Plats Cuisinés ou du Théâtre filmé. La quasi-totalité des films français n’utilisent pas le langage cinématographique. En fait, on peut le dire : le cinéma français va mal, très mal, et son mildiou est en phase terminale. Parce qu’il est impossible de voir un film français qui soit un tant soit peu original ou qui utilise, même classiquement, le langage approprié, il était urgent de publier ce dossier.

[Ne pas croire qu’on fait là preuve d’une volonté affirmée de brûler le drapeau. Le cinéma européen en général suit largement cette tendance, mais il semble que ce soit en France que les choses aient pris une allure aussi caricaturale ! Dans le domaine de l’anonymat artistique, là aussi, on est des champions, semble-t-il.]

Résumons. En ligue A, le cinéma français fait tourner la sacoche du facteur en criant HÉLICOPTERE ! "à l'américaine". En ligue B, on n’a jamais été autant en pleine Nouvelle Vague, bien plus que par le passé. Cinéma du réel, caméra stylo, stylo-caméra, caméra dans la rue, rue-caméra, cinéma de l’expérience personnelle et du petit pathos, etc. Le doute n’est plus permis : la Nouvelle Vague n’a jamais eu autant de représentants (une théorie très intéressante à laquelle nous consacrerons un prochain hors-série. Le cinéma français est-il devenu, pas forcément dans le statut social (quoique…), mais surtout dans les mœurs, absolument petit-bourgeois ? Où sont les iconoclastes ? Où sont les inventeurs ? Où sont les ludiques ? Où sont les cinéastes ? Qui fermera la parenthèse ?

C’est simple, les réponses à ces questions, vous les avez entre les mains, grosso modo. Bien sûr, il n’a pas été possible de faire entrer tout le monde dans ce numéro. Il manque par exemple l’excellent Philippe Grandrieux, ou encore Gaspar Noé. Elle n’est pas française complètement, mais elle fait partie de notre univers : Carole Laure, admirable réalisatrice (si, si !) n’est pas non plus dans ce numéro. Qu’ils nous pardonnent et qu’ils sachent, ces trois-là, qu’aucune page de ce numéro n’a été écrite sans qu’on pense à eux. De la même manière, nous avons écarté quelques réalisateurs installés que nous adorons (Blier, les époux Straub, Treilhou, etc.) pour nous intéresser à la jeune garde, si on peut dire, ou bien alors à ceux que le système a fini par ignorer (F.J Ossang, défendu par personne et interdit de cinéma pendant 10 ans). Et comme la rentrée 2006 a été riche, et c’est exceptionnel, en films français absolument atypiques, nous avons invité Bruno Dumont (dont l’interview dans ses pages devrait servir de serment d’Hypocrate à tous les étudiants et tout le corps enseignant de la FEMIS ou de Louis Lumière), Jean-Claude Brisseau et Benoît Delépine à venir se confier ici.
Pour tout dire, il existe un cinéma français qui bosse. Il y a des réalisateurs qui font avancer les choses et proposent des formes nouvelles de cinéma, la plupart absolument populaires potentiellement. Il y a une série de petits Mozart ou de petits Van Gogh qui en général se sont déjà coupés pas mal d’oreilles. Il fallait donc arrêter le massacre et que soient dites au moins une fois certaines choses. Vous allez le voir, non seulement ces jeunes cinéastes dont nous allons parler font des choses absolument merveilleuses, mais leurs propos sur leur Art sont passionnants et mettent justement en question notre vision étriquée du cinéma (et dans leurs films, ils ne se contentent pas "d'interroger le regard", comme on dit dans les dossiers de presse, ils font voir). C’est pourquoi nous avons privilégié également la forme de l’interview. C’est parce qu’il fallait dépasser le scandale du contexte cinématographique français, parce qu’il fallait sortir des ornières de la critique française qui, depuis bien longtemps, a renoncé à entériner les formes nouvelles de cinéma et a consacré l’actuel néo-cinéma de Papa (en cela, la critique française est devenue une véritable farce puisqu'elle n'est plus que morale et ne juge quasiment jamais un film sur sa mise en scène, où sur l'organisation de sa force diégétique dans son expression esthétique), que ce numéro nous a paru indispensable.

Et en toute prétention, nous avons poussé le bouchon encore plus loin. Nous pensons que ce numéro contient les noms de trois grands cinéastes de demain (en même temps, nous n’avons aucun mérite puisqu’il le sont déjà, grands cinéastes !). Nous faisons en effet ce pari de vous donner la liste des trois meilleurs réalisateurs français de 2009. Il s’agit de Antonin Peretjatko, l’homme qui défraya la chronique lors d’un récent festival du court de Clermont-Ferrand, de Benoît Forgeard et de Jean-Christophe Sanchez. Trois noms plus ou moins inconnus mais dont le travail est complètement impressionnant. C’est sans doute grâce à eux que demain, chère lectrice, ce numéro de LA REVUE DU CINÉMA te sera acheté à prix d’or par les collectionneurs. Vous tenez entre les mains la seule revue qui ait, des années à l’avance, déniché ceux qui ont réinventé le cinéma français, et la seule revue qui ait mis fin au scandale et fait, ligne après ligne, une proposition nouvelle de cinéma. C’est peut-être là le plus impressionnant : ce numéro est le premier qui fonde et reconnaisse ce qu’il a bien fallu appeler dans les années suivantes : la POST-NOUVELLE VAGUE !


A suivre...

Dr Devo. 
 

Publié dans Ethicus Universalis

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jean-sébastien 08/06/2007 02:20

très convainquante réponse! en tout cas, cela me donne envie de revoir cette scène de défilé...très hâte de lire l'entretien Dumont (son cas est bien sûr plus complexe que ce que j'en ai dit); cela dit, la différence avec Ossang à mon avis, en particulier avec son court métrage, c'est que ces sujets importants sur le monde sont davantage des sorte de flash, des trouée poétiques (le texte notamment) alors que chez Dumont ça me semble toujours plein d'arrière pensées un peu malignes...mais peut-être est-ce moi qui vois des intentions qui n'y sont pas. Cela dit, un autre grand cinéaste comme Grandrieux est tout aussi problématique pour moi, notamment dans sa manière un peu terroriste d'aborder un grand sujet - je pense à son deuxième film - sans en avoir l'envergure intellectuelle (par exemple au début de son film, évoquer immanquablement les camps de concentration avec ces personnages nus et rasés, sans rien en faire...pour moi on est proche du scandal et c'est en cela que la forme, aussi grandiose soit-elle, ne justifie pas tout. Mais peut-être suis-je trop moral (en même temps Leni Riefenstahl c'est brillant formellement mais c'est abject non?)bon, c'est uyn peu confus, il est tard, ce que je veux dire c'est que j'ai du mal à dissocier la forme du fond, et donc la mise en scène du fond : autrement dit peut-on mettre bein en scène un fond abject, ou plutôt cela a t'il un sens? C'est peut-être le caractère discursif du cinéma (à la différence de la peinture) et le fait que comme disait Bazin, ce qu'on voit à l'écran c'est la momie du réel (que ce soit de la pellicule oui de la vidéo importe peu), et donc les choses réelles...bon j'arrête, suis totalement confus!

Dr Devo 07/06/2007 18:12

Effectivement, nous ne serons pas d'accord, Jean-Sébastien, sur Dumont ou Noé. ceci dit, l'interview que j'ai faite de Dumont est passionante et éclaircira peut-être certaines choses. En tout cas, elle vous passionera, quitte à se positionner en faux par rapport à elle, et j'ai hâte de la publier afin d'avoir votre avis, JS.
 
[C'est marrant d'ailleurs car vous aimez beaucoup le film de Ossang qui lui aussi joue sur des contrastes assez forts et basiques, et qui explique peu... dans le fond on n'est peut-etre pas si eloigné que ça dans l'approche de ce genre de cinéma! décidement, j'ai hâte que vous lisiez le dumont dans le texte. je vais essayer de le mettre vite en ligne.]
Votre question sur la mise en scène est plus que intéressante car à mon sens elle DOIT être posée! Ma position est la suivante et vous le savez. Un propos dans le fond n'a rien, mais alors jamais rien, de pertinent ou de revolutionnaire, même dans le cas de films superbement écrit comme LA FOLLE JOURNE DE FERRIS BUELLER dont je parlais hier. Pour avoir un discours personnel et subjectif et original, il faut et c'est une necessité absolue, il faut une forme originale et punk! c'est une necessité absolue, et c'est ça que j'aime chez des cinastes comme Godard, les Sraub ou Wes Anderson. Là dessus, même si on aime pas le personnage, je vous conseille le livre PREFACE A UNE VIE D'ECRIVAIN de Robbe-Grillet qui parle essentiellement de littérature, mais qui explique très bien en quoi la forme prédomine sur le fond. je suis en entière adéquation sur le sujet avec lui. [En plus, ce livre étant issu d'une émssion radio pour FRANCE CULTURE, on a le droit d'avoir el cd avec (miam!) et surtout le discours est d'une simplicité et d'une clareté absolument renversante. Robbe-Grilelt devait être un professeur absolument délicieux).
Ceci dit, je reste pragmatique. Un film qui n'uiliserai pas la mise en scène à fond, et dont les préoccupations de mise en scène ne serait pas la priorité de l'expression n'est pas vraiment un film! C'est un sujet sur support audiovisuel. De la même manière qu'une notice de four à mircro-ondes n'est pas de la littérature. Ou plutôt que si c'est le cas, le film est tout autant (et parfois même plus ajouerait Mr Mort) une bédé, qu'un opéra, qu'une maison d'architecte!
Ceci dit, la perceptionde la mise en scène en tant que telle est aussi une donéne importante. Le film est un déroulé qu'on ne peut arrêter et pour cette raison, la lecture est très aléatoire. il suffit que pendant deux secondes pendant la projection vous vous demandiez si vous avez bien fermer la fenêtre avant de partir et zou, la scène que vous étiez en train de regarder se désintégre, et le film se désiquilibrece qui est bougrement intéressant et complétement délicieux. Pour apprécier un concert de la 9éme de Beethoven, pas la peine de savoir l'harmonie, pas la peine de voir la  structure des accords. Pour ma part, quand je vais au cinéma, c'est comme quand un musicien voit un concert. il apprécie la performance, mais aussi la partition, et la structure. Au final, le spectateur eclairé et le spectateur non-éclairé voient autant de chose: quand il y a un changement de tonalité, ou une altération bizarre dans un chant de la symphonie, il l'a ressent immédiatement! L'essentiel est que le musicien utilise ou contredise, ce qui revient aux mêmes, les outils harmoniques, les timbres de l'orchestre, le grain des instruments, etc... Au cinéma on a souvent l'impressiond e voir des opéras dont la musique serait de Bézu et dont seules les paroles et les thèmes abordés seraient importants!
Dans FERRIS BUELLER, lors de la scène du défilé, l'apparté de Cameron avec la copien de Ferris me bouleverse, les larmes coulent sur mon visage. pourquoi, parce que le propos me touche au plus haut point et qu'en trois moment de dialogues Hugues developpe 5 nuances à la fois, et moi les beaux cerveaux je trouve ça émouvant. je pleure aussi parce que le discours me touche. Mais je pleure d'abord parce que ce propos est inscrit dans une rupture de l'échelle de plan (qui en fait est double dans cette scène). Et c'est ça c'est complétement magnfique. Quand cameron crie, et que Hugues interrompt le plan pour placer un plan muet de la ville en plan d'ensemble, un peu avant dans le film, voilà qui est incroyablement émouvant, mais qui est d'abord une sublime idée de mise en scène et qui ne fonctionne uniqument que parce que c'est une idée qui n'a pas d'équivalent en architecture, en cusine ou en litérrature: c'est proprement une utilisation cinématographique. Strcitement même.
Quelque soit votre poitn de vue, celui du non-musicien ou du musicien, on ressent beaucoup ces choses là. Loin d'être une démarche de jugement ou une démarche intellectuelle, quand je vois un film j'apprécie aussi la partition et la composition  des accords qui fonctionnent pour moi en symbiose avec le plaisir immédiat du film et les thèmes abordés et les dialogues par exemple. La structure du film, ces accords, ces charnières me donnent un plaisir sensuel, emmotionnel et intelectuel immédiat.
 
Dr Devo

jean-sébastien 07/06/2007 16:56

et oui, le Brisseau et le FJ Ossang sont deux très beaux films !

jean-sébastien 07/06/2007 16:55

bon, c'est la journée des commentaires...je serais curieux d'avoir votre avis sur deux films français que j'aime beaucoup : "Dancing" de PIerre Trividic et Patrick Mario Bernard, et "Peau de cochon" de Philippe Katerine. Le dernier en particulier a tout pour vous déplaire, notamment une image d'une indigence esthétique absolue, mais qui en même temps devient un atout tout aussi absolu pour un film très "arte povera", qui fonctionne précisément et de manière très lucide sur la pauvreté de ses moyens (un peu comme lorsque Godard fait "Les Carabiniers" - je ne parle que de l'image là, parce que en terme de montage et de dissociation sonore le film de Godard n'est pas pauvre du tout)...bref, si vous avez l'occasion de voir ces deux films assez singuliers...En fait je dois dire que je suis d'accord avec vous (sauf que pour moi Dumont et Noé sont tout à la fois des cinéastes dont il serait bien stupide de nier le talent, mais également dont le fond est à mon sens - vous ne serez pas d'accord j'imagine - d'une grande stupidité et d'un confodnant simplisme), d'accord avc vous donc sur l'uniformisation formelle (comment sortir de l'ornière réaliste et télévisuelle, tel pourrait être le questionnement majeur du cinéma français d'auteur), mais en même temps je n'oublie jamais que beaucoup de beaux films ont été attaqués pour leurs prétendues indigences formelle (rappelons nous que Godard a fait Le Mépris pour montrer à la profession qu'il n'était pas un amateur suite aux attaques contre "Les Carabiniers" et plus généralement contre les accusation d'amateurisme de la Nouvelle Vague); De plus je me méfie des films qui affichent avec ostentation leur beauté formelle (à Cannes cette année, typiquement il y eu des films très travaillés formellement mais à mon sens complètement atroces, lourds, symboliques - et Dumont c'est quand même de la symbolique lourde il me semble, mais de la symbolique de généralités - la guerre, les pulsions, le sexe, etc, que la vie est cruelle pour les hommes!! enfin j'exagère un peu), alors que certains films à l'esthétique "lo-fi" peuvent parfois être très beaux...Une question pour me faire l'avocat du diable (parce j'aurai plutôt tendance à aller dans votre sens) : est-ce que la mise en scène est nécessairement l'alpha et l'omega du cinéma? Je répondrais oui sans hésitation, mais je crois que la question mérite d'être posée...désolé pour ce long commentaire (en plus j'ai l'impression que vous ne répondez pas très souvent...), bref...

martin r 01/06/2007 11:53

c'est un peu ridicule et petit bourgeois Christophe Honoré non ?