ZODIAC, de David Fincher (USA-2007) : Memories Can't Wait...

Publié le par Dr Devo

[Photo : "Heaven (a place where nothing never happens)"

par Bertrand, webmeistre du site Multa Paucis]

 

 

Chers Focaliens,

Enfermé dans ma tour d'ivoire sans ADSL (comme disait ViH, focalien sympathisant et drahomirien accompli : "Y-aura-t-il de l'ADSL à Noël ?"), punchant avec un emploi du temps vicieux comme une fouine, votre doctorissime, plus que jamais dévoué, essaie tant mal que bien de garder le contact avec la matière focale et filmique. Des choses livrées par des amis ravitailleurs, dont certaines semblent sublimissimes (nous irons bientôt au Japon des années 60/70 sur les traces du plus grand écrivain contemporain de là-bas, dis, puis nous irons dans des parties inconnues du territoire américain où des jeunes filles vous tendent la main, elles, puis vous égorgent de l'autre, pauvres idiots sociaux que nous sommes, le tout sous l'œil d'une caméra fantastique), des bouts de séries revues – superbe seconde saison de HOW I MET YOUR MOTHER dont les derniers épisodes sont tout simplement bouleversants, et exploration encore, encore et encore du FREAKS AND GEEKS, saison fatalement une puisqu'il en fut décidé ainsi, où l’on retrouve une espèce de super-Molly Ringwald des années 2000, à savoir Linda Cardellini, que ceux qui ont vu SCOOBY-DOO LE FILM (notamment le second) ne peuvent oublier une seule seconde. Y-a-t-il là une icône focale en construction ? Je propose de faire une petite bannière, un peu comme les images de ma rubrique liens, sur la colonne de droite où on verrait Barney de HIMYM, et Lindsey (le personnage de Linda Cardellini dans FREAKS...), réunis sur la même image comme un alpha et un oméga de ce que le monde du cinéma et de l'audiovisuel devrait nous proposer constamment (et jamais moins) et devrait simplement être, de ce que la Vie elle-même devait être. Barney, dévolutionniste accompli en forme d'artichaut (le plat du pauvre comme disait l'autre, la métaphore de l'existence juste, comme je disais moi-même), enfoui en nous en même temps, comme Jeckyll et Hyde, que Lindsey, notre inner-teen incompréhensible et forever (old, serais-je tenté d'ajouter). Prendre le film de son intelligence (le cerveau est la partie la plus sexy du corps, je le redis), le trou de l'aiguille de votre malice, et coudre les deux saints pour en faire un couple frère-sœur siamois. Au fond, se disai(en)t-il(s), pas la peine de faire son déçu, c'est ce qu'on espérait, n'est-ce pas ? On cherche un Graal, on le trouve, et même là, l'existence garde son âpreté (et aussi son ironie drôle, dévolutionniste), on s'écorche quand même contre les murs... Mais il y a quand même ça, les siamois Barn-Dsey, le monde tel qu'il devrait et pourrait être, le langage oublié. En soit, ça n'arrange rien, mais dans le firmament divin, c'est une étoile, bravo ! Une bannière Barn-Dsey qui dirait : "Je suis un siamois Barn-Dsey !" soutien à deux séries sans importance, à deux choses inutiles, dont on sent déjà qu'elles feront pourtant partie de nous encore dans 20 ans, qu'elles auront eu un rôle fondateur, un peu comme le fut BREAKFAST CLUB pour ceux qui ont eu la chance de le voir entre 14 et 17 ans. It's gonna be, legend..., wait for it...

Ah, un film de sewial-killeuh ! Chez nous aux USA, c'est la panique en pleines seventies chaudes. Le tueur rôde et massacre le teenager, puis l'adulte à la chaîne. À l'instar de JAMAIS SANS MA FILLE, c'est tiré d'un fait réel. Le tueur massacra une foultitude de gens sur deux décennies, et s'amusa à informer la presse et les médias de ses agissements prochains via des lettres personnalisées signées ZODIAC ! David Fincher, inventeur du concept de davifincherizeum (davidfincherism en anglais), concept sur lequel je fus attaqué personnellement récemment en soirée, au prétexte, pas faux d'ailleurs, que Fincher n'était pas le seul ni le premier à faire du davdifincherizeum, chose avec laquelle je suis d'accord mais qui ne m'empêche pas de continuer à utiliser ce concept que je persiste à trouver bien nommé. Passons, car comme nous le verrons, l'étalement c'est la mort.

[Tiens pendant que j'y pense, message aux mêmes, à propos de la polémique qui suivit alors à propos de DEVIL'S REJECTS : "Quand même - stop - c'est que des gros plans - stop - que je ne trouve - stop - ceci dit - pas beaux - stop - mais c'est surtout de l'anti-cadrage - stop - en quelque sorte - stop - finalement - stop - le cadrage ne se - stop - définissant - stop - pas seulement dans l'organisation de l'image - stop- [J'exagère ça n'arrive jamais ou presque dans 98,66% des films] - stop - où le cadre n'organise rien mais montre - stop - je reprends - stop - ce n'est pas seulement faire une (belle) image belle - stop - faire le cadre - c'est déjà organiser - stop - le montage - c'est-à-dire - stop - prenez des notes - stop - la mise en scène - stop - une succession de jolis plans -stop - n'ayant jamais fait - stop - office de - mise en scène - stop - réussie - stop - dans le Rob Zombie - stop - gros plans ou rapprochés tout le temps - stop - peut-on parler - stop - de beaux cadrages - stop- ? – stop

Second message, le lendemain : l'appareil dentaire, tout comme l'appareil auditif (que j'appelle par pure soucis de poésie "l'oreille appareillée"), même si c'est à moindre échelle, ne font appel qu'au même sentiment sublime : la Fragilité (grand "F"), concept qui semble, même si ce n'est pas vrai, ébranler l'édifice des valeurs du Beau et des conventions sociales, disons qui semble ouvrir la porte vers quelque chose d'autre. L'attirance pour le handicap n'est pas une perversion, mais l'organisation dans l'espace réel d'une porte ouverte sur le cosmos, vers l'infini, vers l'inner-teen peut-être, osons le mot : vers ce qui est AUTRE. Le concept est valable pour l'Art, je pense. Ai pensé personnellement (joli !) en tapotant du doigt sur la table, la phrase paradoxale suivante : "I'm not one of us !"]

Revenu de tout, trop célèbre et semblant se méfier, sans pourtant pouvoir décoller le sparadrap qui, même enlevé, colle encore à un doigt lorsqu'on veut le mettre à la poubelle, Fincher est aussi revenu, peut-être, ou alors pas totalement, du succès planétaire donc, et surtout de PANIC ROOM, film reposant trop sur Forest Whitaker (ce qui n'est pas forcément une preuve de mauvais goût, bien au contraire). Bon, en même temps, ça caste sa race, comme disait mon voisin de derrière, c'est du gros et du lourd. On s'étonnera quand même du schéma tactique qui se lit d'ailleurs avec facilité et sans effort ni mauvaise humeur. À savoir, le film, orienté sur l'enquête, et presque uniquement, fait mine pendant un bon moment de mélanger les deux, la scène du crime et la scène de l'investigation. Meurtres répétés-montrés, dont un en plein jour comme un repentir (au sens pictural du terme) un peu cynique et un peu idiot (ce dernier terme étant presque un compliment) de la part de celui qui fit SEVEN quand même (hahahaha !), débarquement de flics, hypothèses, buddy partners, empreintes, hypothèses, recoupement d'indices, et tatati, et tatata. Un bon trois-quart d'heure quand même, avec dialogues surabondants et présentation des personnages. Classique. Puis, le film change d'aiguillage pour éliminer les meurtres et les pousser hors-champs. Alors, dans ce presque deuxième film, le sentiment de décalage, voire d'humour à froid (cocasserie conviendrait mieux) s'installe jusqu'à la fin. Jusque-là c'est plaisant, ça se suit tranquillement.
Pendant ce temps. La mise en scène suit, débarrassée de certains effets (le davidfincherizeum notamment), mais avec beaucoup d'autres gâteries et gourmandises effectuées quasiment du bout des doigts comme ce beau plan-douche sur la voiture avec la caméra s'arrêtant pour pivoter à 45 degré, ce qui, je m'en aperçois en écrivant ces lignes, est carrément dit dans le film : le film s'arrête et un nouveau commence, ce que j'étais en train de dire. Autres malices aussi, mais plus attendues comme le bâtiment qui se construit en accéléré pour signifier, un peu naïvement (c'est du boulot de script, ça !, dirait Guy Maddin) le passage des années et donc du temps. Fincher découpe bien, c'est cadré, c'est plutôt éclairé, c'est de bon goût. Rien de renversant, rien de bouleversant, rien de marquant pour le reste de l'année cinématographique, malgré, avouons-le, quelques moments assez foufous et délicieux qui surnagent joliment ici et là (interrogatoire dans l'usine, séquence dans le cinéma et visite de la maison du collectionneur de bobines dans sa maison). Dans ces passages que je viens de citer, alors là oui, ça découpe beaucoup mieux, notamment chez le collectionneur malgré la petitesse du décor qui du coup sert de moteur malin au montage et crée un effet de faux-plat vraiment beau, le cadre s'aère, c'est-à-dire, non pas qu'il fût jusque-là trop serré et indigent (Fincher, un peu vieille France, sait quand même que trop de plans rapprochés tuent l'échelle de plans), mais disons que, du coup, dans ce petit paquet de scènes, c'est drôlement plus personnel quand même, ça ressemble plus à lui, me disais-je, c'est plus touchant aussi forcément. Là, on rencontre quelqu'un et on sort enfin de Balzac, en quelque sorte. Sinon, le reste, c'est soigné, ça se suit, disais-je, mais sans éclat. Ce n'est pas fulgurant, c'est joli.

Le changement de ton va se faire quand le troisième film démarre. Et là, sur le papier, c'est une superbe idée, qui, disons le tout net, justifierait presque le film. Le spectateur a déjà presque une heure quarante de film dans les pattes. Ce n'est quand même pas rien. Et là, curieusement, et Dieu fasse que ce soit intentionnel (ce qui serait un très bon signe pour Fincher, d'une part, et ce qui est sûrement le cas d'autre part), le film semble s'enliser, comme nos chaussures "running" semblent patauger dans de l'asphalte encore chaud et mou, c'est-à-dire comme si la prochaine foulée était toujours plus difficile que la précédente, comme si, au fur et à mesure la progression devenait de plus en plus impossible. On avance, au prix d'efforts de plus en plus, de moins en moins vite, avec de moins en moins d'endurance. Le film patauge dans la mélasse. Le projecteur semble agoniser, et on se doute qu'il projettera à une vitesse progressivement plus lente jusqu'à l'arrêt et le brûlage du dernier photogramme, enfin statique. Cette impression que le film, la projection et la vie vont s'arrêter est un procédé que je trouve toujours magnifique au cinéma, et c'est quelque chose qui fait toujours peur, très peur. On pourrait construire plus d'une décennie de films sur cette idée (je reviendrai sans doute plus tard, dans d'autres articles, sur ce concept fondateur). Le film va s'arrêter donc, mais non pas parce qu'il est fini. Plutôt parce que le projecteur va s'arrêter, qu'il n'y a plus de jus. Il restera après cet arrêt (fantasmé), rien que le spectateur dans le vide spatial. [C'est pour ça que 2001 L'ODYSSÉE DE L'ESPACE marchait à fond, ou aussi les films de Tarantino : ils jouent sur l’idée que le film est toujours sur le point de s'arrêter ou de s'immobiliser par lui-même.] Nous sommes donc à plus de 100 minutes de projection, épuisés, et voilà que le troisième film commence, et on sait que ça va patiner jusqu'à la mort. C’est délicieux et très sensuel. Fincher accompagne cela d'une idée de scénario absolument remarquable et du coup bougrement incarnée, qui va ne faire que décupler la force du processus en cours. Il décide en effet de nous expliquer le beau paradoxe suivant. Nous sommes inondés de faits objectifs, de plus en plus d'éléments véridiques viennent alimenter l'enquête. On en sait toujours plus. On accumule encore et encore des morceaux de vérité. Le film devient alors robbe-grilletien, bizarrement. [Par là, je veux dire qu'il s'approche complètement de la conception de "véritéS", petit V, grand S, de l'écrivain et penseur Robbe-Grillet tel qu'il l'explique dans le livre merveilleux PRÉFACE À UNE VIE D'ÉCRIVAIN ; je tiens donc à préciser qu'en aucun cas, ni de près ni de loin, le film de Fincher ne ressemble à ceux, sublimissimes d'ailleurs, de Robbe-Grillet.] La Vérité, grand V, "Veritas !", comme disait ARG, n'existe pas. Il y a une succession et une accumulation de vérités petites, partielles, changeantes, mouvantes, et fugaces. Plus l'enquête avance, plus nous avons tout ce qui faut de faits véridiques et d'indices concrets, et plus nous avons d'éléments tangibles, plus notre intelligence progresse et devient sensible à cette enquête, et plus il devient impossible de dire ce qui s'est vraiment passé. Plus on accumule de faits vrais, moins on y comprend quelque chose. Plus nous avons les éléments en main, moins il est possible de comprendre. ZODIAC joint les idées aux actes, et ce beau concept tout à fait juste, concept magique même, contredisant le sens commun et la première partie classique du film, est complètement incarné par le spectateur qui rentre en collision avec le film : nous aussi nous nous épuisons, nous aussi nous ne comprenons plus rien, nous aussi nous sommes de plus en plus incapables de dire ce qui se passe ! Et la fatigue, l'éreintement même, gagnent de plus en plus, nous sommes presque en fin de vie. C'est le point fort du film : dire que plus on s'approche des faits, plus on s'éloigne du Vrai, et en même temps, nous faire ressentir physiquement et sensuellement et moralement la fatigue, l'impuissance. C'est très beau. Le film n'en finit pas de patiner, espèce de délicieux slowburn épuisant, presque cocasse. Que nous reste-t-il devant l'aveu d'impuissance ? Pour pouvoir dire ce qui s'est passé, alors même que ça fait 500 ans que nous travaillons sur l'enquête, il faut... Tenez-vous bien ! Tenez-vous mieux ! Alors que nous avons des kilomètres de rayonnages sur l’enquête, tous remplis de faits précis et incontestables, malgré cela, dis-je, au final, il faut INVENTER, oui les gars et les filles, il fait INVENTER l'histoire ! Pour être au plus près de ce qui s'est passé, il faut construire cette réalité de manière totalement subjective ! Comme si on vous disait que pour savoir, enfin, ce qui s'est passé dans le détail le 11 septembre 2001, il fallait pour cela envoyer balader le FBI et la CIA et leurs tonnes d'archives et de preuves, et à la place confier à Robbe-Grillet l'écriture d'un roman (fou-fou comme d'habitude) sur le sujet. Dans ce roman, on serait alors le plus près qu'il est humainement possiblement des vérités qui se sont exprimées ce jour-là. [ARG devrait écrire son roman sans consulter une seule archive et sans se rendre aux USA, bien sûr !] C’était l'idée superbe de KILOMÈTRE, le premier long-métrage de Jean-Christophe Sanchez (dans la première version du scénario en tout cas) : si la personne a pu disparaître sans laisser de trace, c'est qu'elle a pu être assassinée. Si elle a pu être assassinée, c'est qu'elle a pu être assassinée dans une chambre d'hôtel. C’est possible. Alors, faisons construire un hôtel afin de pouvoir enquêter dedans !

ZODIAC vaut par cette dernière partie et par cette impression physique d'épuisement qui mène vers la nécessité de la construction d'une fiction.
Avant de passer au dernier acte de cet article, notons que les comédiens sont plutôt bons dans l'ensemble. Seuls bémols, en miroir et en contraires, Robert Downey Jr. joue ENCORE UNE FOIS, le même rôle, celui du foufou de service qu'il fait depuis dix ans à chaque fois (quelle déception, que c'est attendu, même s'il est relativement sobre, j'ai bien dit relativement), et d'autre part, Clea Duvall, actrice honteusement sous-cotée, reine de beauté focalienne, hérite encore du rôle de la freak sociopathe (et elle est encore une fois irréprochable et écrase tout le monde en trois minutes !). Bon sang de bois, quand est-ce qu'on va lui donner un premier rôle, quand va-t-on s'apercevoir que c'est une comédienne parmi les toutes meilleures ? Sinon, c'est Mark Ruffalo qui est le meilleur : droit, sans fioriture, incarné mais sans effet, c'est un beau modèle. Le reste du casting est correct.

Dernier acte. En quelque sorte, et les deux films n'ont rien à voir, et heureusement pour ZODIAC, ils se contredisent, le film de Fincher est un peu le contraire d'un film "à scénario de petit malin" comme THE PRESTIGE. Dans ce le film de Nolan, on a un début abstrait, éclaté et plutôt séduisant, et en fin de film toutes les pièces du puzzle narratif sont rentrées dans l'ordre rationnel d'une narration sans surprise qui n'est plus qu'un gimmick d'écriture. Bof ! Cinéma d'artisan, et film verrouillé de l'intérieur comme je disais. Curieusement, ZODIAC c'est le contraire. Ça commence très terre à terre, pour finir par éclater sur une solution impossible, le film se détruisant et devant recommencer, en vain plusieurs fois, pour finalement échouer... c'est beau, c'est du cinéma. Tout se fait là.
Et pourtant, malheureusement, et même si cette partie de mon article est courte, c'est la plus importante à mes yeux, malheureusement, dis-je, ZODIAC, à l'image de ses héros, échoue à atteindre l'Infini et le Sublime. Après avoir pris tant de risques, il est très étonnant que cette déconstruction en règle ne débouche sur rien de véritablement, osons le mot, poétique. Et là, j'étais sur les fesses en fin de projection ! Malgré tous les efforts, malgré la pertinence parfois du dispositif, malgré le risque de la structure, et c'est sans doute là le paradoxe de l'année, Fincher n'arrive pas à trouer son film, à le transcender, à faire exploser une abstraction poétique. Il filme 2001..., mais sans le monolithe ! Au bout du compte, les deux pieds à l'extrême bord du précipice, Fincher ne s'élance pas, ne veut pas quitter le sol, et feint (ce en quoi il contredit le propos de son film et commet l'erreur naïve, idiote au sens presque dostoïevskien du terme, de se confondre lui-même avec ses personnages !). Fincher n'ose pas imposer un trou noir dans son film (qu'il préférera laisser hors champs en quelque sorte en le verrouillant dans un dernier fondu symbolique, mais sans substance). Quand on le voit éclater et travailler son film dans le sens de la déconstruction, on se prépare bien sûr à ce moment de l'explosion totale, à l'irruption de l'Inexpliqué, du Poétique, oui, c'est ça, on attend la trouée poétique ! Et... rien. Fincher choisit la structure baroque, mais au final hésite, n'ose pas envoyer balader tout le monde ou transporter tout le monde ailleurs, ne place aucun abysse d'expression poétique, et préfère garder les pieds sur terre. Il n'ose pas déchirer sa toile, casser le jouet complètement ou plutôt le recomposer. Comme je le disais tout à l'heure, on a l'impression qu'il est comme son personnage principal : devant la nécessité d'inventer une forme nouvelle pour exprimer la vérité, il ne peut/veut pas. Il se retrouve comme deux ronds de flanc, éberlué comme un gamin, ne sachant que faire (ou pire, n'osant rien faire). Cette absence de trouée poétique, d'autant plus étonnante après tous ces efforts, inexplicable même (que s'est-il passé ?), laisse largement un goût de non-aboutissement, de coïtus poeticus interruptus. La structure, c'est magnifique, et peu de gens, peu de réalisateurs, s'y intéressent malheureusement. ZODIAC s'y intéresse. Mais comme dans tout mouvement baroque, il faut montrer que la structure est en trompe-l'œil, il faut montrer ne serait-ce qu'un peu l'échafaudage derrière le décor, montrer la construction in progress, en quelque sorte. Réorganiser l'œuvre in fine avec malice. Montrer que derrière la structure, il n'y a justement pas Balzac, mais une personnalité, un artiste quoi ! Qui parle ? Dieu en la Troisième Personne ? Non, bien sûr, c'est impossible après un tel film. Et pourtant, Fincher feint que ce soit le cas. Au tout dernier moment, alors que 99,41% de son film est achevé et plutôt bon, il manque un élément fondamental : la Gratuité. L'injustifiable en quelque sorte. Le parti-pris, la chose qui fera que ce sera un film de Fincher et pas de Jean Rollin. Il manque, pour reprendre une image fondatrice du cinéma de Rollin, une femme nue sortant d'une horloge !

Dommage. ZODIAC reste un film, à l'extrémité du dernier moment, un film ! Il n'arrive pas à confirmer l'essai, à devenir un travail poétique. Un film, mais pas une œuvre en quelque sorte. Il reste un film qui se suit, certes, supérieur à la moyenne certes, malgré une mise en scène sotto vocce et un peu neutre, hormis certains passages (le problème est sans doute à chercher par là). Mais ZODIAC reste un objet rationnel et artisanal, où le dernier acte d'Intuition et de Fulgurance est absent. Bizarrement, Fincher ferme soudainement la porte, et empêche que son film devienne complètement ce que Bruno Dumont appelle à raison (on le verra dans quelques jours avec son interview exclusive), une expérience de "sidération".

Généreusement Vôtre,

Dr Devo.

PS : Paradoxalement, et j'en reparlerai, ABANDONNÉE de Nacho Cerda, film (surprenant) avec beaucoup plus de problèmes que ZODIAC, pose beaucoup plus de questions de cinéma et arrive à de belles expressions poétiques et touchantes. On en reparle très vite...

Publié dans Corpus Filmi

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Isaac Allendo 22/02/2008 16:16

Bonjour Focalie,En cherchant quelques savants bavardages sur "How I Met Your Mother", je viens de tomber sur l'introduction de cet article. Dès lors, je tiens à m'insurger avec la virulence la plus égocentrique, telle la presse française à un concert de Nicolas Sarkozy pour lutter contre le racisme dans les stades de football.Le taux de vulgarité nous confine à la rage clandestine ! Insupportable ! Scandaleux !Cher Devo, docteur dit-on, je suis en colère.Car on se le demande. Où est passé cette bannière "Barn-Dsey", espoir de tout un peuple, le peuple focalien ; donc espoir de l'humanité entière ?OùOùOù?

Le Marquis 25/07/2007 16:44

N'ayant pas vu ZODIAC, je ne peux rien dire de la comparaison entre les deux personnages ; j'ai relativement apprécié la saison 1 de SIX FEET UNDER, attachante et soignée (pour zéro euros, c'est une excellente affaire), mais pas assez cependant pour envisager de me plonger dans les saisons suivantes, à cause du léger essoufflement que j'ai ressenti dans la dernière partie - je ne suis pas un passionné de séries tv il faut dire, et quand ça vire au feuilletonnesque, j'ai tendance à décrocher... Intéressant ceci dit - et c'est toujours bien meilleur que les 4400 !

Dr Devo 25/07/2007 15:40

ha Mr Cre! Bien le bonjour à Vous!
J'ai regardé quelques épisodes de 6 FEET UNDER avec note ami le Marquis qui a acquis le coffret en thésaurisant des points d'achat! [Malin!]
Je trouve que quelques acteurs sont vraiment pas mal, notamment la petite rousse que j'avais apperçu complétement par hsard dans un bout de film de collège sur TPS et qui m'avait déjà semblée excellente. Loinde pouvoir jugé la série sur la longueur, parait-il assez agréable, il m'a semblé que c'était plutôt pas mal écrit, sans étincelle mais relativement soigneusement. par contre, je trouve certains personnages plus faibles tant au nioveau de l'écriture, dans ce cas plus concvenue, qu'au niveau de l'interprétation. J'ai trouvé notamment que le personnage du fils homosexuel était bien laborieux à se mettre en place, et assez attendu. Peut-être est-ce une déformation professionnelle dans mon métier de spectateur, mais il m'a semblé que la série était assez trnauqille et je n'ai pas vraiment accroché, sans que ce soit d'ailleurs désagréable, loin de là. je n'ai donc pas continué. Un peu calmosse à mon goût malgré l'originalité du contexte.
Pour prendre un exemple, la série DEAD LIKE ME (qui n'a rien à voir!), me parait moins originale peut-être mais plus passionnante. Ou encore je pense à BOSTON LEGAL (dont je n'ai vu que la première saison) où le sujet ne m'intéresse pas du tout a priori, où le contexte (un cabinet d'avocat, c'est à dire quelque chose d'à peu près aussi ennuyeux et attendu qu'une série médicale, c'est dire!) m'ennuie profondément mais à laquelle j'ai pris énormément de plaisir: l'écriture m'y parait plus nerveuse, plus originale, les développements moisn attendus bizarrement, et les personnages principaux sont extrêmemnt riches. Même si les persos secondaires sont interprétés par des minets et des bimbos, en général moins doués que les aguerris comédioens de 6 FEET UNDER, j'ai trouvé qu'ils soutenaient putôt bien l'ensemble, évitant en tout cas de patater comme des bourrins, ce qui est souvent le cas chez les bimbii et les bimbas!En bref, et très curieusement (l'interprétation sans faille et subtile de William Shatner, James Spader au top, et de la sublime Candice Bergen qui semble embellir avec l'âge) y est ceci dit pour quelque chose. La série télévisée de base c'est quand même de l'ordre du flirt. Les persos de 6 FEET UNDER sont des gens sympathiques, des connaissances. Mais les vraiment proches, les amis délicieux se seraient plutôt BOSTON LEGAL. Quant à FREAKS AND GEEKS, ou HOW I MET YOUR MOTHER sitcom de très haute volée, fort bien écrite et drôlissime, ou encore PRISON BREAK, pour moi, c'est vraiment la famille!
Quant à la comparason Claire/lindsey, il faudra que je vois quelques épsiodes de plus de 6 FEET... pour donner un avis sur ce pointilleux sujet.
Ceci dit, quand le Marquis passera par là, il donnera un avis plus pointu et plus justecar lui a vu la saison 1 en entier. Et dieu sait qu'une série se juge sur une saison. [INVASION, il ya un an aux USa par exemple, avec William Fichtner qui trouavait là sans doute son meilleur rôle, commeçait assez tranquilou pour finir sur une sérioe de trois ou quatre épisodes absolument délicieux et qui donnait un sacré éclairage à l'ensemble!]

Dr Devo

Cre 25/07/2007 15:00

Puisqu'on en est à parler séries télé (et puisque je passe sur cet article, l'ayant délaissé dans le secret espoir d'aller voir ZODIAC, chose que je n'ai évidemment pas faite, story of my life...), avez-vous vu SIX FEET UNDER ? Car le personnage de Claire Fisher correspond plutôt au personnage de Lindsey (d'aprés la description du docteur, et pour le seul épisode de F&G que j'ai vu)...

Sword 29/06/2007 13:16

Pas accroché à celui-là... Trop long, pas de réels acteurs qui se démarquent, le film traine en longueur etc... moi qui suis pourtant fan de Fincher j'ai été assez déçu par le film, et je lui préfère (dans un genre proche) Memories of Murder, s'inspirant également d'une histoire vraie, mais qui boulevers davantage etc... Bref selon moi ce film est à voir une fois pour se forger un avis, mais sans plus.