ABANDONNÉE, de Nacho Cerda (Espagne, 2006) : Matter of Honnor...

Publié le par Dr Devo

[Photo: "My Potential Mental Illness for your Bad Teeth"

par Bertrand, weibmestre du site Multa Paucis d'après un clip du groupe Devo]

 

 

Chers Focaliens,

Je profite de quelques jours de repos dans les terres marquisiennes de mon enfance pour reprendre la plume, je l'espère avec vigueur, et rattraper le temps perdu. Malheureusement, le premier jour de détente fut aussi le premier jour de maladie, mon nez s'étant transformé en groin et en rivière, ma gorge s’étant nappée de papier kraft, et c'est dans la souffrance absolue et avec le nez qui coule que je rédige, dans un esprit un peu trop fiévreux cette note qui, j'espère, sera quand même lisible !
 
Bon, on va le dire tout de go : c'est le moment d'aller au cinéma, sans aucun doute, car contrairement aux apparences, il y a pas mal de choses tout à fait visibles à voir dans le moment !

Des collègues, fans de Nacho Cerda qui n'avait pourtant pas encore signé de longs-métrages, avaient insisté pour que je vois ses courts, chose que j'ai faite avec plaisir, mais dont je ressortais avec bien moins d'enthousiasme qu'eux. Dans GENESIS, parcours croisé d'un sculpteur en deuil avec la statue représentant sa femme décédée, je trouvais un travail appliqué, c'est-à-dire un film richement doté, avec des effets spéciaux tout à fait réussis, un lumière soignée et un son très correct. C'était un court-métrage qui avait raflé des prix partout (une quinzaine ou une vingtaine) et qui était, comme par hasard, très richement doté. Côté plaisir cinématographique, je n'en tirais rien par contre. Le film ne développait et n'illustrait qu'une seule idée, sans aucune fantaisie, et le résultat final, propre certes mais sans expression, donnait au mieux l'impression d'un film scolaire et au pire celle d'une carte de visite, cette dernière impression étant plus forte à en croire l'utilisation de petits effets ça et là absolument frimeurs et déjà vus mille fois. Bref, c'était du court-métrage de story-board, sans grand intérêt, et même dans une certaine mesure du cinéma de taxidermiste. Aucune personnalité, même effacée ne semblait émerger. Bien.

ABANDONNÉE raconte l'histoire d'une femme de 45/50 ans, une américaine qui débarque en Russie de manière inopinée. Enfant jadis abandonnée par sa mère russe dont elle ne connaît rien, elle fut adoptée ensuite. Et là, de nos jours, elle débarque dans son pays d'origine, sans parler la langue, pour recevoir le testament de celle qui serait sa vraie mère et déjà décédée depuis longtemps. Le notaire qui s'occupe de l'histoire a dû enquêter pour savoir à qui léguer cette maison paumée dans la campagne. Notre héroïne, qui se fout de la maison mais aimerait en savoir plus sur le mystère de ses origines, n'apprend quasiment rien sur ses parents. La seule chose dont on soit sûr, c'est qu'elle était enfant unique. Notre russo-américaine décide alors d'aller voir la maison pour la vendre au plus vite et peut-être trouver là-bas quelques renseignements plus utiles. La maison située quasiment sur une mini-île au milieu d'un fleuve ou d'un lac ('sais plus, M'sieur !) a mauvaise réputation dans la région, et quand elle arrive là-bas, notre héroïne se retrouve vite seule dans la baraque, son chauffeur s'étant fait la malle au plus vite. La bicoque est délabrée, inquiétante, et semble habitée par des présences bizarres. Quand tout à coup apparaît un homme russe, franchement bizarre, qui lui aussi semble témoin de choses étranges. Car la maison commence à s'agiter ! Perdue dans la campagne au milieu exact de nulle part et de là-bas, la voilà bien embêtée, notre héroïne. Et cet homme étrange et peu rassurant se proclame très vite comme étant son frère de sang ! Une longue exploration commence. Les faits absurdes et inquiétants commencent à s'enchaîner de la plus épouvantable manière...

Film en langue anglaise, tourné en Russie (ou peut-être pas d'ailleurs) par un cinéaste espagnol, ABANDONNÉE pourrait concourir pour le grand prix Eurovision du cinéma. Nous sommes accueillis d'entrée de jeu dans un univers très sérieux, très premier degré et lors du long générique (arrivée en Russie, puis dans la ville pour aller voir le notaire), s'enchaînent les choses bien fichues (le son du décollage de l'avion) et plus attendues (cadrages tranquilles pas très originaux, découpage un peu maladroit comme le plan d'ensemble dans les escaliers devant chez le notaire où l'héroïne se fait bousculer par une personne invisible : pas besoin de ce plan d'ensemble final qui semble là pour nous dire "en fait, elle est seule !", là où on avait parfaitement compris la chose, insistance toujours méprisante je trouve), mais qui finit bon gré mal gré par faire oublier une intro bien plus convenue, et sur laquelle je préfère passer.

Par contre, il faut bien dire, ABANDONNÉE m'a complètement pris à contre-pied ! Et plutôt dans le bon sens ! Souvent dans les articles de consommation courante sur ce site, je cherche dans les films la petite séquence qui sauvera l'honneur et sortira la chose de l'anonymat. Quelquefois, c'est juste un plan ! Car bien souvent au cinéma, ce qui est le plus commun, ce sont les films qui sont atrocement anonymes, quelquefois en plus d'être mal foutus ! Grosso modo, tous les films se ressemblent, utilisent peu la grammaire cinématographique, ont fait une croix sur toute ambition esthétique, et souvent au bout de trois minutes, et la certitude d'avoir déjà vu le film vous envahit illico ! Pas très rock'n'roll tout ça !
Et bien curieusement, Cerda fait ici à peu près le contraire ! Très surprenant, l'influence majeure du réalisateur espagnole semble être, et il ne le cache pas du reste, Lucio Fulci ! Etonnant, non ? Et c'est vrai que si on rentre dans cette histoire de maison fantomatique dans une ambiance absolument premier degré (ce qui est loin d'être un défaut dans le contexte du cinéma fantastique actuel), et semble-t-il en suivant des chemins plutôt balisés, on est bien pris à contre-pied, comme je le disais, et au fur et à mesure que l’intrigue avance, les pas deviennent plus incertains. Par petites touches on s'éloigne du sentier de randonnée balisé. Le film fantastique classique contemporain finit par se fissurer pour prendre des partis-pris plus étonnants. On s'attendait à une exploration de la maison qui suive le même schéma de l'exploration du passé et de l'intrigue. En fait, pas vraiment. Si effectivement on en apprend plus sur ce mystérieux passé, on se rend compte progressivement aussi que le décor et l'intrigue se brouillent autant qu'ils ne se découvrent. En clair, plus on en sait, et plus les aboutissants deviennent mystérieux. L'apparition des premières formes "zombiesques" (disons cela comme ça), brise aussi le schéma d'ambiance auquel on s'attendait. En effet, on voyait venir gros comme une maison la façon dont Cerda allait instaurer le climat de son film, à savoir une exploration mystérieuse du lieu entrecoupée de passages rapides et effrayants au gré des apparitions et des événements surnaturels. On s'attendait donc à film plutôt calme et angoissant, entrecoupé de passages speed et/ou violents, mais qui s'inscriraient dans un contexte général de mystère langoureux. L'apparition zombiesque, premier événement fantastique très marquant, place le jeu sur un autre terrain d'expression. Le film sera, bien au contraire, violent, vif et intense, et pas du tout dans une dichotomie "je t'endors calmement/je balance quelques éléments surnaturels violemment". Il y a donc une tension énergique et terrible qui court tout le long du film. Première bonne surprise. [Les premiers flashs d'images en insert, que Cerda aurait dû garder pour plus tard et qui sont très classiques et très maladroits, semblaient eux-aussi mener vers cette ambiance classique de longs moments d'attente entrecoupés de flashs violents. Heureusement donc, Cerda va beaucoup plus loin et crée un film vif, dont l'horreur et la tension ne s'arrêtent pas et avec peu de moments "tranquilles". Ceci dit, surtout dans cette optique réjouissante et surprenante, le réalisateur aurait dû garder ses flashs en inserts pour plus tard, car comme on le verra, il va réutiliser la chose de belle manière. C’est une petite erreur stratégique et esthétique à mon sens, donc, mais vous le savez j'aime bien chipoter !]

Donc, une ambiance résolument stressante avec assez peu de moments de répit. Le second point positif étant que Cerda, malgré la nervosité de son film, sait aussi faire aller la machine à un rythme pas forcément ultra-speed pour autant. La marche est donc inexorable, mais pas hystérique, ce qui change aussi des films fantastiques "jeunes" en vogue depuis deux ou trois ans. Le tempo de ABANDONNÉE est donc assez particulier. Chic !
Deuxième point réjouissant, effectivement, Cerda marche sur les traces de L'AU-DELÀ de Fulci, mais "toutes proportions gardées" en quelque sorte. Il s'agirait ici non pas d’une récupération à la sauce contemporaine mais plutôt d'une ré-appropriation à une sauce assez éloignée de l'original pour que ce soit parfaitement honnête. On retrouve d'ailleurs avec curiosité certains plans du film italien, placés dans des contextes par toujours semblables. D’entrée de jeu, on peut dire aussi que le ton et le surréalisme de Fulci ne se retrouvent pas dans ABANDONNÉE, et là aussi c'est tant mieux. Cerda y a pensé, Cerda cite, mais Cerda ne perd pas de vue qu'il fait là son propre film. C'est un très bon point. ABANDONNÉE conserve largement son indépendance. On se trouve donc, par voie de conséquence, devant un objet bizarre, un truc qui ne ressemble pas à grand chose, et surtout qui lorgne vers une abstraction assez étonnante. Et c'est là, chers focaliens qui tenteraient l'expérience, qu'il faudra attacher les ceintures.
Plus le film avance, en effet, et plus il semble s'obscurcir et prendre des contours absolument inquiétants. Très vite, il est assez clair qu'on va dépasser le schéma "maison hantée" classique pour quelque chose beaucoup plus introspectif, et beaucoup plus tordu. Si le cœur de l'énigme est assez clair, on ne peut pas faire à ABANDONNÉE le reproche classique, à savoir que le film perd en abstraction et en mystère à mesure que la narration se dévoile. Ici c'est le contraire. Le mystère lève son voile, mais le trouble puis finalement l'horreur ne cessent de progresser dévoilant d'autres choses plus absurdes et injustifiables qui passent, et c'est LA très bonne surprise du film, par le scénario ET par la mise en scène. On assiste alors à de belles choses : une échappée trépidante dans laquelle l'héroïne se précipite alors qu'elle sait pertinemment qu'elle est impossible, cette échappée (je vous laisse découvrir ça), ou encore un personnage qui meurt, agonie décrite longuement qui se conclue en fin de séquence par le personnage lui-même se regardant en train de mourir ! Ou encore le trou dans la maison qui est aussi le trou du récit (un peu à la Julio Medem dans LUCIA Y EL SEXO). Plus on s'approche, plus les percées absurdes et abstraites se multiplient, et plus on sent que derrière le mystère des origines se cache quelque chose de bien plus terrible : l'abysse lovecraftien de l'horreur infinie, la répétition sans fin et éternelle ! Si on n’atteint pas ici les gouffres impressionnants d'une ANTRE DE LA FOLIE, on est quand même bien bousculé, et le film arrive à peu près à garder un mur opaque et indéchiffrable qu'il place en face de son spectateur. Le rythme et la violence de certaines situations font le reste. On sera donc très étonné, pour ne pas dire sur les fesses, que Cerda, pourtant bien sage dans son court-métrage GENESIS, mise tout sur un film absolument contraire aux canons du moment, un film qui préfère s'obscurcir au fur et à mesure plutôt que de se dévoiler, et finalement un film qui préfère une horreur poétique et absurde, cérébrale en quelque sorte, plutôt que l'agencement pêchu d'une mise en scène calibrée, ce que fait la concurrence, souvent maladroitement. En tout cas, il y a là un beau courage, car ABANDONNÉE dans ces conditions est à peu près sûr de toucher peu de spectateurs. Cerda s'en fout et pour un premier long n'en fait qu'à sa tête. Je suis loin de tout aimer dans le film, très loin même, mais j'avoue avoir été assez bluffé de voir l'Espagnol envoyer balader tout le monde. Bien loin de viser utile et de se faire la carte de visite de luxe qui ouvrirait la voie "à de plus gros projets", Cerda ne se pose pas la question du suicide commercial éventuel (et concret : dépêchez-vous de voir le film si ce n'est pas déjà trop tard !) que représente son film. Il le fait. Point barre. C'est assez rare pour être souligné.

Côté mise en scène, le film a ses qualités et ses défauts comme je le disais. Le film est en scope, et cadré d'une manière qui ne me passionne pas, mais avec ici et là quelques plans tout à fait honorables. Je n'aime pas la séquence d'introduction, dont on aurait pu se passer, seule concession d'ouverture au spectateur (mouais), et trouve que l'arrivée en ville se la joue bien mystérieuse alors qu'il ne s'y passe rien de vraiment étonnant. Ceci dit, une fois dans la maison, les choses sont plus tenues. La photo est sûrement le point qui m'émeut le moins esthétiquement, bien qu'elle soit léchée. Ce n'est pas du tout mon style, même si le changement d'étalonnage, avec le retour aux sixties me parait vraiment bien éclairé, voire beau (la photo aura donc pour mérite de faire marcher de manière tout à faut efficace le contraste graphique entre les deux parties). Quelques scènes sont vraiment très réussies. A savoir : le maquillage des "zombies", très marqué mais très bien senti, la fameuse scène de la "noyade" et son plan d'ensemble final très beau (et ses torrents bouillonnants à la vitesse maligne qui rappelle un peu, de manière focalienne et donc exagérée, les éclairages et le savoir-faire des séquences aquatiques dans les films japonais de type GODZILLA, ce qui est un compliment ici, et qui je pense renforce le côté fantastique de la scène là où des effets spéciaux plus classiques auraient été bien moins expressifs), la scène avec les sangliers, très attendue dans le principe mais qui est sans doute le passage le mieux découpé et le mieux cadré (et dont les conséquences ne sont pas expliquées ! Chapeau ! C’est totalement poétique et gratuit), le passage de la lampe sur les objets qui apparaissent dans un autre espace-temps et dont on se rend compte du changement que trop tard (belle idée, bien exécutée), le montage parallèle entre la fuite de l'héroïne et les sangliers du frangin qui semble annoncé, enfin, une coupure du cercle mais qui est vouée à l'échec (ignoble ! très stressant !), et également la pièce qui tremble et qui semble s'écrouler alors que c'est justement le contraire qui se passe (la pièce se recompose !), très belle idée, très bien amenée. En règle générale, dans la dernière partie, le fait que l'héroïne fasse des choix alors qu’on sait très bien que la situation est verrouillée (ce qui est assez émouvant) distille un malaise assez violent. Et Cerda, en général, arrive vraiment à instaurer une violence poisseuse et inéluctable dans son film, dont les abstractions deviennent du coup assez incarnées et poétiques. Bref, il y a vraiment à manger, et voilà pourquoi, même si le film ne me convainc qu'à moitié (et ce, en plus de l'évident risque commercial pris), ABANDONNÉE est enthousiasmant. Loin d'être un film à moitié abouti, Cerda a vraiment pris des risques de narration et de mise en scène, il a placé la barre assez haut, a été plutôt exigeant. En sortant de la salle, il est évident qu'on a vu un film qui travaille vraiment sur la mise en scène et a tenté une proposition de cinéma différente, par rapport à ses confrères notamment. En bref, Cerda a mis les mains dans le cambouis, a pris le risque de rater son film, il a vraiment fait du cinéma et s'est engagé à fond et avec une belle franchise dans la bataille. Chapeau bas !
Un mot quand même sur les flashs en insert qui prennent plus d'importance à mesure qu'on approche de la fin du film et qui résument bien ma position ambivalente, bien qu'enthousiaste, par rapport au film. Les premiers inserts sont classiques à pleurer, je le disais, et sont une erreur stratégique assez grossière. Par contre, ce qu'en fait Cerda ensuite, dans la deuxième partie, est assez intéressant et stressant. Car au lieu de monter les flash en en mettant trois ou quatre à la suite, dans cette partie finale, Cerda en met 20 à la suite ! Ces flashs à mon sens ne sont pas assez abstraits et trop identifiables. Et d'une. De plus ils ne sont pas très bien cadrés. Et de deux. Et enfin, Cerda a commis l'erreur de rajouter un effet de gigotis immondes en plus de les tourner à l'épaule (le filmage à l'épaule aurait largement suffit) ! Et ça, c'est vraiment très laid ! Ces flashs sont donc esthétiquement pas beaux du tout, voire mal fichus... Mais... Comment ne pas reconnaître, même si leur exécution est plus que maladroite donc, l'intérêt de ces flashs interminables ! C’est qu'à force d'être rallongés, ces flashs finissent par acquérir une structure propre, et par la-même, par l'effet qu’ils créent dans le montage (ils menacent d'arrêter le déroulement du film en fait, chose très anxiogène que j'adore toujours au cinéma), et ils ne sont de fait plus un effet ! Ce sont un bout de structure indépendante en tant que telle. Et si l'exécution est vraiment laide, je dois dire que la forme m'a paru absolument séduisante !

Côté acteurs, Anastasia Hille est vraiment très bonne et le film lui doit beaucoup. Très bon choix. Karl Roden dans le rôle du frère est plus typé et fait un peu peur en début de film. Il passe finalement assez bien. Valentin Ganev, le notaire, lui me paraît pas bon du tout. Son jeu est drôlement caricatural, beaucoup trop ouvert, pas du tout à l'unisson du reste du casting ; et il est très près de faire louper la fin, tellement il en rajoute. Sa voix-off finale, qui est déjà une idée un peu maladroite, est une vraie catastrophe en terme de jeu, et là pour le coup, on a l'impression qu'il joue la carte du twist de petit malin (dieu merci, il n'y pas de twist !). Ceci dit, cette maladresse très douloureuse est compensée par la sublimissime idée qui clôt le film, encore une voix-off mais que je vous laisse découvrir, ultime voix-off qui révèle les vraies qualités d'écriture du scénario. Ce texte final, dont la nature a changé pendant le film, devient de ce fait précis totalement poignant. Plus que le bouclage de la boucle, c'est le changement de statut de la dite phrase qui bouleverse (et qui est un chouette choix de mise en scène quelque part). Quelque chose a été effectivement sauvé mais à l'autre bout de la chaîne temporelle, dans l'autre sens, et sans doute par hasard. Voilà qui met une touche ignoblement triste à cette histoire, et fait résonner l'enfer hors-champ (le film est déjà fini) des deux héros qui ont déjà disparu de l'image. Le film était donc très bien écrit. Il faut dire aussi que le générique révèle une surprise de taille. Le scénario est co-écrit par Cerda, Karim Hussain (connais pas, bonjour Monsieur !) et un certain Richard Stanley ! Et lui, je le connais ! Stanley est un réalisateur disparu de la circulation (alors qu'il continue de faire des films) et qui était une des grandes révélations à mes yeux (et à ceux du Marquis, et à ceux de Bernard RAPP, et aux yeux de quasiment personne d'autres !) des années 90 ! Ces deux premiers films avaient même été distribués en France. Il s'agit du thriller SF magnifique et fauché HARDWARE (avec Iggy Pop !) et du sublime DUST DEVIL que certains auront peut-être vu sur Canal Plus, à l'époque où la chaîne faisait encore son boulot (il y a plus de 15 ans donc !). Grand réalisateur, aussi important qu'un Bernard Rose qui lui fut un poil plus chanceux, Stanley n'est jamais sorti de l'anonymat, malgré l'aboutissement extrême de ses films. ABANDONNÉE est donc une très bonne surprise, même si le film ne me paraît pas vraiment convaincant en totalité. Il montre qu'on peut faire du cinéma intéressant, même en commettant des erreurs. Il montre qu'on peut aller voir un film, pas forcément l'aimer mais avoir quand même l'impression que le réalisateur a mouillé sa chemise et s'est décarcassé pour ne pas faire un film de plus, mais une œuvre originale. Cerise sur le gâteau, Richard Stanley n'est pas mort ! D'ailleurs, ça serait pas mal qu'un de ces quatre, le Marquis ou moi-même vous parlions des films de ce réalisateur, et ici scénariste donc, injustement ignoré de tous.

ABANDONNÉE est au final vraiment un film risqué et un film de cinéma ! L'impression est assez rare dans les salles obscures. C'est peut-être la première bonne surprise (et totalement inattendue) de l'année !

Paradoxalement Vôtre,

Dr Devo.

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Publié dans Corpus Filmi

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Norman Bates 19/06/2007 09:30

La "leçon" comme tu dis est peut être de ne pas fouiller la passé, mais le film est bel et bien un voyage dans l'ame, l'esprit de l'heroine. Preuve en est ce mélange de souvenirs, de peurs et de fantasme. J'ai vraiment vécu ca comme une aventure dans l'esprit. C'est vrai que les courts métrages de Cerda n'ont rien d'extraordinaire, Aftermath est marrant, sans plus et Genesis est un peu vain.

martin r 18/06/2007 12:34

Je suis plutôt d'accord sur la forme avec Guillaume (effets surabondants, personnages sans empreintes, kitch et mauvais goût de la mise en scène par moments). En fait je trouve le film beaucoup mieux écrit que réalisé (c'est moche et c'ets lourd dans la réalisation alors que c'est pathétique (au sens noble du terme) et visqueux dans l'écriture) ; ainsi il en est pour la merveilleuse fin dont le discours va à contre courrant de toute idée à la mode concernant la psychanalyse justement : la leçon n'est-elle pas de ne pas fouiller le passé ? Je n'en dis pas plus mais celà m'a beaucoup impressionné.
Idem pour son Court-métrage : gentil scénario assez poétique et réalisation lente lourde, longue et laide. J'ai pu voir Cerda dans la salle qui disait de son long métrage qu'il traitait de la difficulté à être seul. La difficulté à abandonner et à accepter d'être abandonné donc...

Isaac Allendo 13/06/2007 20:57

C'est drôle Guillaume que vous évoquiez "Silent Hill" parce que je trouve que justement le film de Cerda réussit là où celui de Gans se dispersait dans ses personnages voir des sortes de sous-intrigues (cf. si je me souviens bien de son excellent article, la démonstration du Marquis surle problème que pause le père) visant à donner de la consistance scénaristique alors qu'elle contribuer à égarer encore plus une mise en scène trop polie et contemplative.(Et en plus d'après les échos que j'ai reçu, "Abandonnée" pourrait même être une meilleure adaptation du jeu).Sinon je suis complétement d'accord avec l'article et la remarque de Norman sur le côté "psychotérapique" du film (j'ai d'ailleurs vu une emission il y a pas longtemps qui abordait largement cet aspect avec pas mal de justesse).

Le Marquis 13/06/2007 18:28

Je n'ai pas vu le film, mais le fait que les personnages n'aient aucune prise sur l'action était le moteur des grands films de Fulci, ce qui leur conférait un charme très particulier.

Norman Bates 13/06/2007 09:12

Je ne suis pas du tout d'accord, le scénario est pour une fois trés interessant, justement les dialogues sont réduits au stict minimum. Si les personnages n'ont aucune prise sur l'action, ils essaient jusqu'au bout de changer les choses : nous, on sait qu'il n'y arriverons pas et cela est terriblement anxiogéne comme l'a bien noté le Dr Devo. Il faut voir ce film comme une espéce de "psychotérapie" (j'aime pas bien ce mot) du personnage principal. Il pourrait arriver n'importe quoi, certes, mais on voit bien que ce qui arrive est annoncé depuis le début, depuis que l'on sait que les personnages sont pris dans un cercle sans fin. De plus la mise en scéne est trés expressive, et le son trés bien vu, avec des petites choses trés belle (le decollage de l'avion au tout début notamment). Si seulement un tel niveau de soin et de courage cinématographique pouvait être banal....