BLACK / WHITE, de Kevin Rodney Sullivan (USA, 2005) : Osons broyer du noir !

Publié le par Docteur Devo

(photo: "It doesn't matter if..." par Dr devo d'après la pochette de l'album "Wo Die Ebenen Geglätet Sind" du groupe ANEMONENGURT)

Chers Kinocéphales,
 
En introduction de mon article sur le très sympathique, très drôle et complètement déprimant SHAUN OF THE DEAD, j'y suis allé de ma petite complainte sur l'affreux été qui nous avait été concocté par nos "amis" distributeurs. S'ensuivait un éloge de cette race à part de "professionnels" au regard si doux. Bien. Alerté par mon ami Bernard RAPP (qu'on croise souvent dans les commentaires sur ce site), je savais qu'il fallait aller jeter un œil sur un autre film, à savoir BLACK / WHITE. J'y allais, un peu soulagé il faut bien le dire de ne pas avoir à regarder MR ET MS SMITH, car voyez-vous, s'il y a une femme que je trouve particulièrement vulgosse (pas grave) et surtout puante de prétention toute ostentatoire (pêché mortel), c'est bien Angelina Jolie, bizarrement fille de l'acteur talentueux Jon Voight. [Comme quoi, l'hérédité peut sauter une génération !]
 
Un petit mot sur mes amis les distributeurs, quand même. Oui, Dr Devo, tu t'acharnes, monstre sans cœur, etc. Ben non, justement. Et ne seriez-vous pas déçus si je ne vous disais pas le fond de ma pensée ? Ici, vous le savez, et tout ça c'est pour vous, augustes lecteurs, la franchise est de mise, de mano a mano, de cœur à cœur pour ainsi dire. Métaphore du Bisou Barbu, je sens que tu t'approches au triple galop...
 
BLACK / WHITE. Comment un distributeur, c'est-à-dire une boîte qui a investi de l'argent (un peu) dans des tirages d'affiches, de films-annonces, de copies de films, dans l'envoi de dossiers de presse aux journalistes, aux directeurs de salles et aux programmateurs, dans de la pub dans les magasines, dans les coûteux services d'un attaché de presse, bref, comment un distributeur a-t-il pu choisir un  titre si anonyme, si minable et surtout si calamiteux techniquement. Ben oui, ce choix est calamiteux pour deux raisons. Approchons-nous pour voir.
 
D'abord, il existe déjà, ce titre ! Ben oui, plus ou moins, il existe déjà ! Ou presque. Il y a un film de James Toback, gentiment sympathique (avec un phénoménal plan d'ouverture !) qui s'appelle BLACK AND WHITE, avec Bijou Philips et Mike Tyson (!??!). Un grand classique des bacs à soldes de DVD. [J'en profite pour vous conseiller un film sublime de James Toback : HARVARD STORY, avec Sarah Michelle Gellar et Eric Stolz, film qu'on peut également trouver pour une poignée d'euros, et c'est vraiment bon en plus d'être drôle et intelligent ! Je viens de voir, pour rire, que BLACK AND WHITE est classé sur Allociné comme "film médical" !] Bon, vous allez me dire que le film de Toback n'est vraiment pas connu et que, par conséquent, il ne devrait pas faire d'ombre à ce BLACK / WHITE. Ok, certes.
 
Deuxième argument, et non des moindres, comment se prononce ce film ? BLACK AND WHITE, comme disait le caissier du cinéma Pathugmont où je l'ai vu (MON cinéma, dont je m'estime co-propriétaire car je paye des traites chaque mois pour y obtenir ma carte illimitée !). BLACK AND WHITE ? Ou alors BLACK WHITE comme disait la caissière d'à côté ? Ou BLACK SUR WHITE ? BLACK ON WHITE ? BLACK SLASH WHITE ?Et puis, ce signe "slash", il signifie quoi ? Ce qui se vend bien s'énonce clairement, et avec un titre imprononçable, voilà qui promet, en plus du lancement pathétique du film, un four quasiment assuré. Donc, qu'on se le dise : ce film est déjà un bide, et si j'étais vous, et bien j'irais le voir avant mercredi, histoire de ne pas le louper...
 
Ashton Kushter (acteur que les plus jeunes que moi ont déjà vu à la télé !) est un homme comblé. Il a un super job dans un grand cabinet d'expertise financière, on lui confie énormément de projets, et tout le monde est d'accord : ce début de carrière est plus que prometteur, d'autant plus qu'il a à peine trente ans (plus jeune que moi !). Et en plus, il a une superbe petite amie, photographe douée et sympa comme tout, une vraie crème. Les deux gagnent bien leur vie, et ont un superbe loft en plein New York, celui qui n'est pas content, c'est qu'il est pas doué pour le bonheur. Bref, tout va bien. Ou presque. Ce vendredi après-midi là, en plein travail, et accessoirement en plein générique, il tombe en désaccord très sérieux avec son patron et mentor, pour une cause que nous ignorons d'ailleurs (bah, si on s'en foutait, en fait ?). Il démissionne sur le champ, non sans avoir hésité, mais au final, fermement, pensant qu'il arrivera sans trop de problème à se recaser dans un cabinet concurrent, vu le splendide CV qui est le sien, ce en quoi il n'a pas totalement tort. Rentré chez lui, Ashton n'a pas le temps d'annoncer la nouvelle à sa girlfriend, Zoe Saldana. Cette dernière est bien trop excitée. En effet, elle va présenter son fiancé à ses parents qui, ce week-end là, font une fête de renouvellement de vœux de mariage. Les tourtereaux en profiteront pour annoncer leurs propres fiançailles (surprise). Ashton, qui n'a jamais rencontré ses beaux parents, est un peu stressé par la perspective de ce week-end, et d'une, et aussi stressé car il n'a pas réussi à avouer à sa future femme qu'il a démissionné, et stressé parce qu'il va devoir annoncer à ses beaux parents qu'il demande la main de leur fille dès leur première rencontre (avec les beaux parents, je veux dire !).
 
Ha oui, j'oubliais... Ashton est blanc, et Zoe est noire. Et évidemment, Zoe n'a pas dit à ses parents que leur futur gendre n'avait pas la même couleur de peau. Ashton a raison d'être inquiet : l'affaire est loin d'être dans le sac (si j'ose dire !).
 
Bon, bien sûr, les esprits chagrins et joyeux auront vite fait de faire l'analogie avec DEVINE QUI VIENT DINER CE SOIR, le fameux film américain de 1967 qui mettait sur le devant de la scène un Sydney Poitier qui devait devenir superstar dans le rôle inverse d’Ashton, ou plutôt dans le même rôle car dans ce film, il s'agissait d'une jeune fille blanche qui présentait son boy-friend noir à ses parents. Le titre du métrage en VO, c'est-à-dire GUESS WHO IS COMING TO DINNER ?, trace le lien de parenté, BLACK / WHITE ayant pour titre original un GUESS WHO nettement plus explicite ! Mais voir un simple décalque, ou une simple transposition du film original, en un mot voir dans BLACK / WHITE un remake, serait une gravissime (ou rigolote) erreur, je pense, car BLACK / WHITE ne me paraît pas être le fils de son père, mais plutôt un vague cousin éloigné, mais si la parenté est maligne.
 
[Une petite parenthèse ici. Loin de moi l'intention de dénigrer DEVINE QUI VIENT DÎNER CE SOIR, et de faire la compét' avec LA NUIT DES MORTS-VIVANTS de George Romero, sorti un an après. Il est indéniable que Sydney Poitier avait frappé un grand coup, en devenant le premier acteur noir respecté et en obtenant un grand rôle. On ne lui enlèvera pas, bien sûr, ce mérite, et encore une fois, ce n'est pas une compétition. Laissons ça aux rats de cinémathèques toujours prêts à s'affronter à coups de  dates et de "films majeurs"... Je voudrais porter votre attention sur un récent article du Marquis, celui sur le documentaire THE AMERICAN NIGHTMARE, qui parle du cinéma fantastique américain des années 60/70. L'article est vraiment passionnant. Allez jeter cependant un coup d'œil aux commentaires et à la petite polémique qui a eu lieu entre le Marquis et un utilisateur d'un forum "libéral" (je mets le terme entre guillemets, puisque c'est son nom, sans que cela ne soit malicieux de ma part, ou péjoratif). Vous verrez que la question des noirs au cinéma est loin, non pas d'être réglée, mais tout simplement d'être "lisible", près de 30 ans après... Comme quoi, les idéologies ou les mœurs éclairent ces questions d'un jour décisif dès que ces sujets sont abordés... ce qui est exactement le propos du film qui nous intéresse aujourd'hui.]
 
Et ce n'est pas seulement à cause du changement de ton. Le film de 1968 est un franc drame, et ici, effectivement, c'est une comédie. Et dans ce piètre été cinématographique, savourons notre chance. Il était tentant de faire l'heure des comptes, presque trente après, et qui plus est par "l'absurde" en quelque sorte, c'est-à-dire en inversant le code de couleurs... et en se démarquant.
 
BLACK / WHITE est assez bluffant. Parce que oui, de toute évidence, pour moi qui suis blanc, et même pour vous si vous êtes noirs, cette transposition à l'envers fait son petit effet. D'abord, tout bêtement pour des raisons de culture, et pas n'importe laquelle puisque je veux parler de culture cinématographique. Le premier événement de ce film, ou plutôt son premier trait de caractère, est de nous mettre dans une situation inédite dans notre vie de spectateurs ! Ben oui, finalement, on est bêtement surpris de voir un film avec un couple mixte pour héros ! Et qui plus est, dans une comédie et non un film à message ou à thèse ! Evidemment, il y a des superstars internationales noires. Richard Pryor dans les années 70, aussi curieux que cela puisse nous paraître aujourd'hui lorsqu'on revoit ses films (c'est un acteur très improbable !) pouvait sur son seul nom mettre en branle les productions les plus luxueuses, et souvent le succès était garanti. Plus près de nous, il y a eu Eddie Murphy, acteur apprécié par tous et à travers toute la planète. [Le Marquis, avec son humour desprogien, doit piaffer sur son siège en lisant cet article, se disant : "Mister T ! Mister T !"] Et puis, on pourrait citer Bill Crosby, et bien d'autres jusqu'à la méga-superstar Will Smith, un des plus gros salaires d'Hollywood (et accessoirement horrible acteur !).
 
Bien sûr, bien sûr... Tout cela tombe sous le sens. Et on ne se pose même plus la question de savoir si Murphy est noir ou pas, c'est le mec qui fait des grimaces et qui parle aux animaux, qui nous fait largement rire (quoique...). Mais citez-moi un film populaire, produit par un grand studio, où le couple de héros est mixte. Hors films sur le racisme. Difficile, hein ? Et bien moi, je vous le dis les amis, ce n’est pas encore demain la veille qu'on verra Angelina Jolie embrasser Will Smith (et s'ils couchent ensemble et qu'ils ont des enfants, mettons nous tout de suite à genoux et prions pour qu'ils ne soient pas acteurs !). Il arrive même de temps en temps d'entendre un réalisateur américain se plaindre d'avoir dû renoncer pour son film à former un couple mixte. Bref.
 
BLACK / WHITE nous fait donc entrer d'autant plus facilement dans le vif du sujet et dans son petit suspense que, qu'on le veuille ou non, qu'on soit  très libéral ou très fermé sur ces questions, de fait, ce couple à l'écran et les enjeux qu'ils affrontent, sont l'amorce d'une situation (assez) inédite.
La deuxième force du film, c'est bien sûr, et Dieu soit loué, qu'il ait été fait aux USA et non en Europe, et par voie de conséquence, le sujet du film n'est pas directement le racisme. On va en parler un peu bien sûr, mais ce n'est pas le sujet. [Le film joue d'ailleurs avec malice sur les difficultés du couple face au regard de la société : on survole complètement le sujet (deux phrases de dialogues tout au plus), et ces difficultés sont mises hors du champs de la caméra !] Kevin Rodney Sullivan, le réalisateur, est un petit malin. On imagine bien qu'en France, et même en Europe, ce film aurait été une catastrophe galactique. On aurait accouché soit d'un film à la Ken Loach ou à la Tavernier, soit d'un film qu'on aurait plongé, tant qu'à faire, dans le décor de la Banlieue, soit on aurait fait en sorte que les blancs soient riches et les noirs pauvres, ou inversement... Bref, on t'aurait tartiné ça de social, comme un gosse qui se rue sur le Nutella pour son quatre-heure. Foin de cela ici.
D'abord, Sullivan place l'enjeu social ailleurs, ce qui est autrement plus intéressant. L'enjeu (être accepté ou non par la belle famille) est lié à la carrière professionnelle. Lorsque Bernie Mac (formidable acteur qu'on retrouve ici avec un plaisir immense) enquête en cachette, et avant de l'avoir rencontré, sur le compte en banque d’Ashton, c'est bien sur ce terrain qu'on se place. D’où l'angoisse et les quiproquos de notre héros sur sa démission non avouée, lieu de mensonge par omission certes, mais derrière lequel se cache le spectre de la défaite professionnelle. Après tout, Bernie Mac pourrait très bien dire : "Ma fille n'épousera pas un manutentionnaire ou un gratte-papier". [Les parents de Zoe ont très bien réussi, et pas qu'un peu. Ce sont de grands bourgeois, au sens non-péjoratif du terme.]
Là où le film va encore plus loin, c'est sur le terrain des mœurs. Et là, on est bien en Amérique ! Une fois que le père digère plus ou moins bien la couleur de son gendre futur, c'est sur le terrain du sexe et des mœurs que l'affaire se déplace. Un baiser sans la langue sous mon toit, ça passe, mais un mignon baiser rapproché avec la langue et quelques caresses, même bien innocentes, ça non ! Kevin Rodney Sullivan marque alors des points, en prouvant par là même que la communauté noire s'est bien intégrée, et est assez indiscernable de la communauté blanche. Les deux se retrouvent sur le terrain commun des mœurs, et des deux côtés, même si ici on ne voit que la communauté noire, on partage le même héritage, y compris le plus conservateur. Bon point. Du coup, bien sûr, on est loin de l'image quelquefois un peu lénifiante et gnangnan qu'a cette communauté au cinéma.
Bernie Mac n'est pas forcément sympathique. C'est un personnage assez caractériel, voire quelquefois négatif, comme le fabuleux personnage du grand-père, sans doute ex-combattant des droits civiques, et parfait imbécile belliqueux et très drôle, toujours prêt à se battre même après la guerre, sans avoir peur une seule seconde de se montrer complètement réactionnaire. Ce personnage arrive d'ailleurs dans la fameuse scène des "blagues noires", scène sublime car elle n'en finit plus, ne se dégrade jamais complètement mais reste sur un terrain ultra-miné. Plus la scène dure, et plus on est angoissé que la situation ne dérape et passe le point de non-retour en trouvant, enfin, un caractère raciste à Ashton. Car Ashton, comme nous tous, a un héritage non pas réactionnaire, mais propre à sa communauté. Sullivan d'ailleurs évite soigneusement de retourner la situation et de proposer des blagues "blanches" qui pourtant, on le sent de manière très palpable, sont sur le bout des lèvres de Bernie Mac et de son père !] Du côté des autres personnages, c'est un peu le même principe. Même Zoé Saldana aura des crises têtues et bornées, et finira quand même par affronter ses propres contradictions. Bref, un seul personnage est miraculeusement impeccable de bout en bout : Ashton Kushter le petit blanc ! Véritable personnage de Boucle D'Or dans un paysage social tourmenté et quelquefois injuste, et ce jusqu'au bout d'un simple mais superbe dénouement qui résout les ellipses avec une assez grande classe et une tendresse des plus justes et des plus touchantes, une conclusion au cours de laquelle d'ailleurs, comme quoi tout arrive, Bernie Mac se montrera des plus finauds. C'est finalement lui qui brisera le cercle vicieux social de sa propre communauté, et qui d'une certaine façon la "refondra" (du verbe re-fondre) dans un nouveau métal. Le film ici dépasse gentiment le simple happy-ending de rigueur, notamment parce qu'il n'arrive pas, en plus de sa subtilité concrète, comme un cheveu sur la soupe, mais au terme d'un parcours où de sérieux jalons ont été plantés, ce qui fera l'objet d'un puissant mais splendouillet paragraphe suivant...
Hop, hop, hop, le voilà... Ben oui, dernier point : ces fameux jalons ! Et là, Kevin Rodney Sullivan tape où ça fait le plus mal : en plein cœur dans ce que la communauté noire a de plus précieux : sa culture ! Car, en plus de se soumettre aux pires instincts collectifs sur le plan social (dans l'exclusion irrémédiable d’Ashton Kushter sous divers prétextes, ce que montre très bien la scène du repas avec le grand-père, comme on le disait plus haut), instincts que je qualifie de pires mais qui sont aussi sans doute les plus banals, Bernie Mac, ou plutôt son personnage, reçoit son propre boomerang en pleine figure, dans une scène superbe (celle de l'autoradio) que je vous laisse découvrir et qui vaut quasiment à elle seule le déplacement. Mac reçoit effectivement sa propre culture dans sa face, et ça fait très mal. La scène est hilarante, drôlement bien écrite et déclinée de façon supra-maligne, notamment parce que le propos de la couleur n'est pas le seul motif de contradiction, mais aussi celui des mœurs comme je l'évoquais plus haut. C'est aussi par cette scène, entre autres, que la fin du film reste un enjeu, gagné certes, mais pas seulement une fin conventionnelle.
Côté mise en scène, c'est le calme plat. Pas de fioritures, pas de volonté esthétique, la norme quoi, et c'est bien dommage. Ceci dit, ça ne fait pas non plus mal aux yeux, du fait d'un montage gentiment asservi aux acteurs et aux dialogues. On rigolera bien fort de ces plans en hélicoptère qui arrivent comme des clowns dans un enterrement (c'est-à-dire de manière très déplacée), comme si cela allait suffisamment endormir notre esprit critique ou nous aérer la tête. C’est la seule petite faute de goût. Sinon, la musique est judicieusement choisie et raconte sa propre histoire. Je vous laisse découvrir ça. On notera cependant ce qui fut pour moi un moment d'extase complètement frustrante. Je m'explique.
La BO est judicieuse, donc. À un moment, j'entends des paroles de chanson et je me dis : "Non, c'est pas poss... Si ! C'est ça !". En fait, il s'agissait d'une reprise du groupe DEVO (judicieux, vu les circonstances, dans le film et dans la salle !), par le rappeur Big Daddy ! J'étais sur les fesses. Mes vieux lecteurs savent que je n'aime pas le rap (exception faite des Beastie Boys, et de mon respect assumé au Wu Tan Clan). Le R'n'b, c'est encore pire. Pour moi, c'est quasiment le bas du classement. Mais ce type, Big Daddy, que je ne connais que de nom, je lui tire mon chapeau. Sa reprise est complètement improbable et totalement splendouillette. Malheureusement, l’apparition de Devo dans le film est aussi l'extrait musical le plus court de toute l'histoire de la Musique au Cinéma ! Ça dure à peine cinq secondes, mais ce qu'on aperçoit à travers ce tout petit pan de rideau levé est vraiment très, très drôle et vraiment original. Inutile de vous dire que je trépignais sur mon siège. Ça, c'est de la reprise en tout cas !
Sinon, les acteurs sont très bons. Ashton Kushter confirme ce qu'en disait mon ami Bernard RAPP (encore lui !). Même s'il est moins flamboyant que son aîné, c'est un peu le Matthew Broderick des années 2000 ! Il semble qu'il choisisse ses rôles avec soin, de film en film, et qu'il soit un gage d'intérêt et donc de déplacement rentable à lui tout seul, même dans une comédie légère. Ayant vu le film dans une horrible VF, j'attends de voir le bonhomme en british pour donner un avis plus définitif. À surveiller. [Ceci dit, même avec cette VF calamiteuse (une fois de plus), on rit énormément.] En tout cas, la métaphore broderickienne de mon ami RAPP marche à plein. Voilà une vision très juste et très personnelle qu'il fallait que je partage avec vous, même si elle n'est pas de moi.
Bernie Mac est un grand, grand acteur qu'on avait vu cette année en chef de la sécurité d'un supermarché dans BAD SANTA, film désespérant, très drôle, et comme ici, très social. Mac est un acteur grandiose, qui sort des choses extraordinaires de nuances pourtant archétypales. Ce type est un très grand, et il a ici le rôle principal aux cotés d’Ashton Kushter. C'est justice. Espérons qu'il n'est pas reparti dans un couloir de dix ans de seconds rôles, fussent-ils intéressants, et qu'on va continuer à lui confier le haut de l'affiche.
En conclusion, sous ses airs de comédie de fond de tiroir de l'été, distribuée n'importe comment, avec un nombre de copies que je n'ose même pas imaginer, BLACK / WHITE est un film nuancé, sympathique, loin des tirades infernales du cinéma engagé et antiraciste, qu'il soit art et essai ou commercial. Film véritablement non-raciste (on appréciera la nuance), il sait appuyer là où ça fait mal, mais avec tendresse, et met CHACUN DE NOUS devant nos propres contradictions ou réflexes ataviques sur le plan social, avec une subtilité surprenante qui n'est jamais anodine. Ce film est au final l'exact contraire de l'humanisme mélo et sucre d'orge assez dégueulasse de EN BONNE COMPAGNIE, qui sortit cette année et dont on fit des gorges chaudes (publiques et critiques), notamment parce que c'était, fallait-il croire, le parangon de la comédie romantique pas conne, engagée et sociale... et bien jouée. Le film, en fait, était une véritable catastrophe, aussi engagée qu'un épisode de FRIENDS ou de CASIMIR, avec une morale proprement dégoûtante sous forme de happy end automatique et "total". Un film assez réactionnaire même, s'il n'avait pas été aussi mou (notamment via une Scarlett Johansson peinturlurée comme une voiture volée et un Dennis Quaid sous prozac). Bref, un film largement surestimé et complètement raté. BLACK / WHITE est complètement le contraire, c’est  un film dont les intentions sont plus légères, et qui malgré tout va beaucoup plus loin. La preuve qu'on peut faire un film qui soit à la fois une comédie romantique et un film ancré terriblement dans le réel le plus perspicace, bien mieux que soixante "films d'auteurs français" comme on nous en bat les oreilles à longueur d'années, notamment en art et essai. Les partisans du tavernierisme et autre loachisme peuvent aller prendre une leçon, et sévère, en allant voir ce film. Car, en vérité je vous le dis, le cinéma qui parle de nous, de vous et de la Société telle qu'on la vit hic et nunc, c'est dans BLACK / WHITE qui faut la chercher, ou encore plus dans LAND OF THE DEAD (dans un registre plus grave, avec une démarche artistique incomparable). Et si après, certains préfèrent L'ESQUIVE, je leur conseille d'aller s'aventurer ailleurs voir ce qu'est le Cinématographe. Car c'est dans ce cinéma d'exploitation qu'ils trouveront un véritable regard contemporain qui dépasse le stade naïf, condescendant et ne dépassant pas le niveau primaire (enfants de 6 ans) de ces films médiocres dont l'engagement affiché et "arty" qui, en général, en plus d'être déplorable sur le plan artistique, ne dépasse pas le niveau du "c'est con..." et de ses variantes : "c'est con la mort", c'est con le racisme", "c'est con la maladie", "c'est con la misère", "c'est con les accidents de la route", etc.
Le spectateur attentif et esthète (qui n'est pas forcé d'aimer BLACK / WHITE ceci dit !) dira "non merci" à ce genre de dealers ! Nous, on garde Romero et Bernie Mac.
Ah oui, j'allais oublier... Kevin Rodney Sullivan, le réalisateur de ce film, est noir. Il doit sa célébrité au fait d’avoir été le premier producteur exécutif noir de séries télés pour les grands networks américains. C'est une figure de sa communauté. Ça aurait été bête d'oublier cette information, complètement anodine mais fichtrement intéressante... En fait, je voulais exactement la mettre à cet endroit !
 
Malicieusement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
PS : Le lecteur nouvellement arrivé sur ces pages remarquera, en se baladant sur Matière Focale, qu’ici, on est tout autant amateurs de cinéma commercial que de cinéma art et essai, et que par conséquent, on refuse les esprits de chapelle, car nous nous sommes aperçus, déjà depuis longtemps, que la proportion de bons et de mauvais films est LA MÊME (exactement la même) dans les deux divisions du cinéma. Ici, on peut parler du dernier Spielberg, de HARRY POTTER 18 ou d'un film des Straub ou de Tarkovski, avec la même bonhomie. Ne voyez pas dans les derniers paragraphes de cet article la volonté d'expression d'un fan hardcore de cinéma de genre... ni le contraire d'ailleurs. Bisous la France.
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Publié dans Corpus Filmi

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Dr Devo 17/08/2005 20:30

Harvard Story est le nom français de HARVARD MAN, nom utilisé pour la sortie française du film...
Quant au rythme des articles remercions mes collaborateurs car je ne suis pas beaucoup disponible!


Dr Devo.

Abie 17/08/2005 19:08

Une petite recherche Imdb.com semble monter qu'il s'agit de Harvard man et James toback, et non Harvard story...
Ceci dit, je reste impressionnée par le rythme estival!

Dr Devo 13/08/2005 21:58

On parlera du film de Romero demain, cher Spikehead!

Dr Devo.

Spikehead 13/08/2005 18:15

Je suis allé voir le dernier film de george romero et il faut dire qu'il m'as enormement decu!!!!Je m'attendais vraiment a mieux de la part d'un mec qui a innové le genre.Le film a beaux tiré vers le gore de tant a autres...ca n'as rien changé.Je dirait même que ce land of the dead est une veritable dobe au même titre qu'alien vs predator pourtant le film possede certaines qualités comme le fait qu'il existe un endroit dont les barriéres sont regis par l'argent,Romero l'as maleurheusment mal exploité(il tenait entre ses mains un excellent sujet).

Dr Devo 13/08/2005 09:17

Ben quoi, c'est vraiment formidable un article sur HOUSE IV!
Où est le problème?

Dr Devo.


PS: note aux lecteurs, HOUSE IV se prononce "housse quatre" et non pas "Aosse Fort" ou "aosse quatre".
(ce spot de prévention vous était fort par L'Agence Nationnale de La Prononciation)