ALIEN APOCALYPSE de Josh Becker, DEAD OR ALIVE de Takashi Miike, BETTER OFF DEAD de Savage Steve Holland, ISSUE DE SECOURS de Dick Maas et JACKASS 2 de Jeff Tremaine

Publié le par Dr Devo

[Photo : "...It is, I think, I disagree" par Bertrand, webmeistre du site Multa Paucis et Dr Devo,

d'après une photo de Bertrand.]

 

Chers Focaliens,

Au pas de course, mais avec attention et quelquefois plaisir, alors que je suis en visite sur les terres marquisiennes, lui et moi-même nous sommes lancés hier dans une journée de visionnage intense. Du café, de la pizza à gogo, des cigarettes et son auguste derrière assis sur le canapé pour regarder des films achetés pour une bouchée de pain, voilà une définition possible du bonheur, à peu de frais en plus, surtout si l’on compare les tarifs avec ceux d'une agence de voyage. Soyez chez vous partout, et soyez Devo chez vous, voilà un effort abordable procurant un maximum de plaisir, ce qui ne sera pas sûr avec un coûteux voyage. Amis pauvres, profitons-en !

Pour le premier film de la journée, je choisis le ALIEN APOCALYPSE de Josh Becker (USA-2005), film réalisé pour la télé, avec Bruce Campbell, le désormais mythique héros de la série EVIL DEAD, et acteur ayant une forte cote de sympathie auprès de moi et du Marquis. L'histoire ne se gêne pas et reprend carrément, sans le cacher, la trame de LA PLANÈTE DES SINGES (l’original, revu récemment en salle, et qui tient encore le choc : bon film). Une équipe spatiale composée de 2 hommes et de 2 femmes, dont Campbell donc qui est ostéopathe (!), voit sa navette échouer sur la planète Terre, mais une quarantaine d'années après la date de lancement du vaisseau. Coincés dans cette version tardive de leur propre planète, nos astronautes vont vite déchanter. Car en effet, les humains ont été réduits à l'esclavage, condamnés aux travaux forcés dans des scieries où ils travaillent pour le compte et sous le joug d'extraterrestres qui ne sont rien d'autres que des termites géantes venues de l'espace. Vite faits prisonniers, Campbell et son équipe s'aperçoivent que les humains n'ont même plus l'instinct de révolte et qu'ils acceptent leurs chaînes sans broncher ou presque. Ils décident alors de fomenter une évasion, et de partir à la recherche du président des USA qui serait caché dans un abri, dans les montagnes, depuis une vingtaine d'année, point de départ de l'invasion...
Le film démarre de manière assez marrante et avec un petit ton fort sympathique. Pas mal de dialogues, tous organisés autour de Campbell, assez en forme, et qui dénote d'une pointe d'humour noir et surtout décalé, sans forcément, semble-t-il, empiéter sur l'aspect dramatique du film. Becker, connu également pour avoir réalisé de nombreux épisodes de la série XENA (si, si !), occupe le terrain avec ce qu'il peut, c'est-à-dire peu de moyens. On comprend dès les premiers plans que ce film TV tourné en Bulgarie ne sera pas un travail d'esthète, ce qui n'est d'ailleurs, au fond, pas une excuse. Le cadrage est un peu flottant, jamais vraiment réussi, et la photo n'a rien d'extraordinaire. Côté effets spéciaux, c'est un peu la même chose, mais là, on sera plus indulgent, c'est moins grave. Le logiciel After Effect est mis à contribution, le rendu est cheap ou approximatif, et seuls les E.T. agressifs, rendus en synthèse, sont un peu corrects. Mais je m'en fous, les FX, ce n'est pas si importants que ça, quoi qu'on en dise, ou plutôt, on sait apprécier un film et considérer le budget à disposition. Au bout de 20 minutes pour le Marquis, et cinq de plus pour moi, toujours optimiste, ça commence à sentir l'enlisement. Le Marquis a raison ! Une fois la quête de Bruce Campbell entamée, le côté sympathique de ce petit film d'exploitation disparaît très vite, pour finir par franchement ennuyer. Le scénario, très répétitif, et très mal fagoté, manque de rythme assez cruellement (incroyable dernière demi-heure, d'une longueur infinie et si prévisible, ne respectant aucun rouage, et ne cherchant aucune fantaisie). Le discours sur la Liberté et l'engagement, assez marrant au début vu le contexte ironique du film, devient très vite très premier degré, et bien loin de LA PLANÈTE DES SINGES (pourtant déjà pas mal didactique) dont il oublie les développements subtils et les nuances. On s'étonne ici de trouver un message aussi lourd et fin comme du papier à cigarette. "Plutôt mourir que de vivre esclave !". C'est tout et c'est un peu court. Le film de Schaffner, réalisé en 1968, mettait le doigt sur des paradoxes nettement plus intéressants qui, ici, ne sont au mieux que survolés (cf. la gestion des collaborateurs, les traîtres, etc.). Bref, ça crie liberté dans tous les sens, mais ça n'en fait pas grand chose, et les coutures du scénario deviennent de plus en plus grossières. On se retrouve au final avec un T-shirt dont une manche est en M et l'autre en XXL ! Ce n'est pas très seyant. La réalisation n'aide pas. Le montage est neurasthénique, et souvent avec des transitions très télévisuelles (passage de la pub), assez désagréables. Il témoigne d'ailleurs du fait que le scénario du film ait beaucoup été retouché en post-production (beaucoup de personnages qui apparaissent dans le champ sans qu'on sache pourquoi). La photo est plate, le son aussi, si l’on excepte une bizarrerie du DVD : le son de la musique "pleure", effet désagréable, alors que le reste du paysage sonore non, au moins en V.O., ce qui semblerait prouver que les responsables de la masterisation n'ont pas pris le temps de vérifier leur copie ! Au fur et à mesure que le film avance, il devient moralisateur et s'enfonce dans la frankensteinisation des champs et des contrechamps, souvent absurdes, et culminant dans les dernières scènes de révolte, très cheap et faites sans aucune inventivité, qui finissent d'achever le spectateur qui croyait avoir une petite série B rigolarde entre les mains et se retrouve avec une série Z mal fichue et moralisante ! [On notera le peu d'ironie et d'humour, pour ne pas dire l'atroce premier degré dans la scène où Campbell exécute de sang-froid un de ses compagnons. Les USA de l'Apocalypse repartent sur de bonnes bases : un bon vieux lynchage, justifié au nom de la liberté, et sans la moindre once d'ironie. Brrr....]
Enfin, comme nous avons regardé les courts-métrages de Becker, en bonus sur le DVD, permettons-nous ce conseil. Ne regardez surtout pas THE BLIND WAITER, film que Becker, encore jeune (le film est réalisés en 1980) a tourné avec Scott Spiegel, Bruce Campbell et Sam Raimi, ses amis, et qui est d'une nullité slapstick affligeante. Ça dure comme 17 minutes et je vous jure qu'on les sent passer. [Message aux geeks : Campbell et Raimi sont vraiment lamentables en plus, n'insistez pas !]

On continue avec DEAD OR ALIVE de Takashi Miike (Japon-1999), premier film d'une trilogie discontinue du réalisateur foufou japonais. Dans une grande ville du Japon, un flic enquête sur deux meurtres dans les milieux yakusa. Il s'agirait de règlements de compte entre la mafia local et une bande de jeunes très violents et aussi mafieux, mais eux originaires de Chine. La routine quoi ! Mais au fur et à mesure, l'affaire prend des conséquences inédites et se resserre même dangereusement quand le leader de cette bande de jeunes a la possibilité d'importer de la drogue en provenance de Taiwan. Un marché bien juteux, et surtout prometteur. Il se met en tête d'éliminer la concurrence. L'engrenage massacre/vengeance est lancé, et notre héros le petit flic y sera mêlé malgré lui, jusqu'à y perdre toute illusion !
Bon, ce n'est pas vraiment la peine d'entrer plus dans le détail. Cela vous gâcherait le film et vous l'avez compris, sur le papier, c'est du classique. DOA (à ne pas confondre avec DEAD ON ARRIVAL) nous surprit le Marquis et moi-même avec une entame féroce et iconoclaste assez réussie, même si c'est assez extravagant, et surtout assez longue pour que ça devienne intéressant. Miike, en effet, plante son film et son contexte, et même plus, il lance son histoire, dans un premier quart d'heure absolument hystérique où les actions (cinq ou six en tout) sont présentées dans un montage ultra-rapide (mais lisible) où toute les actions (qui dans un autre film auraient mis une demi-heure à se déployer et auraient appartenu à plusieurs scènes différentes) sont mises sur un pied d'égalité et mixées en un seul bloc. On assiste alors, pendant presque une bobine, à un déchaînement de plans où le champ/contrechamp est quasiment atomisé au profit d'un collage impressionniste et disparate, dont il nous faut un moment pour comprendre les enjeux. Voilà qui va à 100 à l'heure et qui rend la chose assez abstraite. Très bon début, donc, assez rigolo en plus, si le mot rigolo veut encore dire quelque chose dans un contexte aussi cruel et sombre. On se dit que Miike va faire un peu ce que Soderbergh avait fait dans son sublime L'ANGLAIS, le jeu sur la temporalité en moins quand même, c'est-à-dire un film qui se tienne uniquement dans son montage et qui envoie toute la continuité balader. Bon, forcément, ça se calme ensuite, bien sûr, et Miike reprend assez vite le fil classique d'une narration balisée. Ceci dit, l'ensemble est plutôt soigné. Photo expressive même si ça et là, elle n'évite pas les clichés (le contre-jour dans le commissariat !), montage correct avec même quelques plans vraiment bien découpés, sons plutôt espiègles et ce malgré une B.O. assez balisée elle-aussi, et acteurs au diapason de ce qui se fait dans ce type de production. Au final, DEAD OR ALIVE est plutôt soigné. On peut noter quand même un rythme un peu inégal. Le récit aurait pu être réduit au montage, un peu mou globalement sur le plan narratif, et un petit resserrage eut été de bon aloi. D'autant plus que, si l’on excepte le début et la fin, également assez réjouissante, on est quand même dans l'ultra-classicisme d'un point de vue scénaristique, et parfois esthétique. Les enjeux, les renversements de situations, les sous-intrigues, les personnages et leurs façons de réagir sont d'une grande banalité, ou plutôt sont construits sur les archétypes et les poncifs du genre mafieux. Même si Miike arrive à conduire son film avec soin, voilà qui désamorce pas mal le suspense et les enjeux : le terrain est finalement connu. Le ventre du film est donc un peu mou et un peu attendu. Ceci dit, on passe plutôt un bon moment, bien que le film soit un peu long (1h45 environ). DEAD OR ALIVE est assez nettement au-dessous de sa réputation, même si on peut le regarder avec un plaisir sincère (si on aime le genre "mafieux"), un divertissement qui se suit tranquillement, et de toute façon toujours un peu plus vif qu'un OCEAN'S 13, par exemple et pour reparler de Soderbergh, qu'on a déjà oublié, quelles que soient ses (toutes petites) qualités, 15 minutes après avoir quitté le cinéma ! C'est quand même ici plus relevé. Pas énormément plus, mais un peu, et la mise en scène est assez soignée, bien que balisée. Par contre le début est vraiment remarquable pendant une dizaine de minutes, assez foufou même, et la fin, un peu potache mais qui a l'avantage de retirer le tapis sous les pieds du spectateur, est très rigolote et écrite avec malice. On essaiera de voir les deux suites, donc...

Tiens une curiosité ! Le monde de l'édition DVD est toujours un peu incohérent, ce qui est très souvent une bonne nouvelle. Et on se demande bien comment un film aussi confidentiel en France que BETTER OFF DEAD (USA-1985) de Savage Steve Holland puisse bénéficier d'une sortie DVD 20 ans après ! Ceci dit, on ne se plaint pas, bien au contraire, car voilà qui nous permet de découvrir ce film peu connu ici et même inédit. Un film de college en plus, et ce n'est pas moi, vous le savez, qui m'en plaindrai !
John Cusack, qui a environ 17/18 ans, est terriblement amoureux de Amanda Wyss, grande blonde absolument canon et très populaire au lycée. Il sort avec elle depuis 6 mois quand celle-ci le largue comme un malpropre pour se jeter dans les bras du champion de ski du lycée, un beau (??) blond arrogant et d'une suffisance insupportable. Plutôt que de se fâcher et de se rendre compte qu'Amanda est une imbécile doublée d'une arriviste, John Cusack reste amoureux plus que jamais et n'arrive pas à faire son deuil de la relation avec la belle blonde. Ce qui nous vaut quelques flash-back où l’on comprend que l’ex-petite amie a été assez ignoble avec le pauvre John, et que dès le départ c'était une bimbo antipathique ! Mais que voulez-vous, l'amour (et la soumission !) rend aveugle ! Complètement déprimé et n'arrivant pas à refaire surface, John réussit quelques suicides ratés (si j'ose dire) et s'enfonce dans le sentiment d'avoir raté sa vie, ce qui l'empêche de voir la jeune fille au pair et française qui vit chez les voisins d'en face (psychopathes !) et qui a tout de la girl next door de rêve ! Ces deux-là peuvent-ils se rencontrer alors que John est encore sous l'emprise de sa relation passée ?
Et il en bave, le pauvre garçon ! Si Cusack est un brave garçon, il a fait le pari du Malheur, et on ne fait pas le bonheur des gens malgré eux, semble nous dire Holland dans cette comédie de college plutôt enlevée et teintée d'un humour légèrement noir de bon aloi. On est pile poil en plein milieu des années 80, pour notre plus grand bonheur, et franchement ça fonctionne. Si le cadrage est correct sans plus, décors et lumière sont assez soignés, et la narration est plutôt nerveuse. On assiste, notamment dans les scènes de suicide (que plus personne n'oserait faire maintenant, alors qu'elles sont très drôles et donnent du relief au récit), mais aussi dans les scènes "familiales", à un gros épanchement du côté de la grosse farce slapstick, une des conventions de l'époque (pas obligatoire mais souvent présente). Au fur et à mesure, ces gags assez hénaurmes finissent par participer à la joyeuse loufoquerie de l'ensemble. On est plutôt séduit par le thème plutôt original du film : l'influence "post-mortem" (d'après rupture), si j'ose dire et pour faire un jeu de mot dans le filet, d'une relation déjà enterrée. Le film gagne progressivement en vitesse et en malice à mesure que le récit avance, et ce malgré une dernière partie non pas ratée ou décevante mais qui aurait encore gagné à être peut-être plus resserrée (ce qui n'est que mon avis, le Marquis n'ayant pas du tout été gêné par la chose, je le signale). Tout cela est fort bien écrit. [Savage Steve Holland, alors débutant scénariste, avait écrit un premier script, très inspiré de sa propre expérience, ce qui se ressent d'ailleurs, et très premier degré ! C’est en le faisant lire à ses amis et proches qu'il s'est aperçu que ceux-ci se marraient comme des baleines à la lecture, et qu'il y avait là une bonne source pour une comédie ironique !] C'est bien écrit, notamment en ce qui concerne l'utilisation des personnages secondaires, très bien gérée, originale et bougrement bien troussée, qui donne beaucoup de nerf au film. On note, entre autres, le personnage du "chapelier fou" (l'excentrique ami de Cusack, archétype récurent du teenage movie de l'époque, bien joué en plus), le gros freak insupportable et sa mère psycho-sexopathe (très bonne comédienne !), et même des personnages qui ne font que cohabiter avec l'intrigue principale mais qui sont particulièrement drôles, tels que les deux chinois (excellents !) ou encore le petit frère (très très bien !), ou le paperboy psychopathe. [J'ai vraiment adoré la comédienne qui joue la fille avec l'appareil dentaire, qui n'a qu'une seule scène, malheureusement pour moi, mais qui est géniale ! Quel soin les Américains apportent à ces seconds rôles, et quel professionnalisme dans le choix du casting des jeunes comédiens ! Pas étonnant qu'ils raflent la mise. C'est justice même ! cf. la série récente FREAKS AND GEEKS (voir photo ci-dessus), encore une fois ! C’est une belle tradition américaine !] En bref, on passe un excellent moment devant ce divertissement de grande consommation qui n'a rien perdu de sa vigueur, et qui n'a pas laissé son cerveau au vestiaire. Ça ne flatule pas plus haut que son propre séant, ça fonctionne, et ça a de la personnalité. Excellent film "de table" (comme on dirait vin de table : oh, un nouveau concept !), donc.

Dick Maas est un drôle de petit gars ! Pendant presque 20 ans, le réalisateur qui fut lancé par le succès de son film L'ASCENSEUR dans les années 1980 (belle affiche d'ailleurs, si ma mémoire est bonne !), a réalisé des films assez médiocres, voire même plutôt mauvais. Et puis, là, boom, sans prévenir, voilà qu'il se met à signer des films nerveux et réalisés avec malice ! Je me souviens d'avoir vu L'ASCENSEUR 2 (DOWN en V.O.), vraie fausse reprise de franchise, très bien réalisé (avec soin du moins) et tout à fait surprenant.
Dans ISSUE DE SECOURS (Pays-Bas/USA, 2000), Maas nous montre une famille américaine aisée, composée de William Hurt, le papa médecin et chercheur, Jennifer Tilly la maman au foyer, et Francesca Brown, la fille de 10 ans (très bonne comédienne, excellente même, qui arrive à rendre très crédible un rôle particulièrement physique). Hurt emmène sa famille à Amsterdam à l'occasion d'une signature de contrat concernant un nouveau médicament qu'il vient de développer avec sa boîte. La petite Francesca, adorée de ses parents, est une petite fille assez étonnante. Elle est d'une grande maturité et d'une intelligence remarquable qui lui donne deux ans de plus, assez facilement. Et elle est muette ! C'est aussi une fille avec une imagination débordante et un bon sens de l'humour... [Bref, loin de l'archétype des pré-ados américains !] La famille débarque dans son hôtel, à savoir le luxueux Hôtel de l'Europe en plein cœur de la ville, hôtel qui accueille aussi pour quelques jours Billy Boy Manson (un personnage qui ressemble à Marilyn Manson, mais est en fait une espèce de Michael Jackson ! Très drôle !), chanteur trash mais de stade, qui a loué pour lui tout seul tout un étage de l'hôtel qui, du coup, se retrouve assailli de midinettes prêtes à tout pour croiser l'idole. Suite à un bête concours de circonstances, Francesca se perd dans l'hôtel ! C'est très fâcheux, notamment à cause de son handicap. D’abord enfermée sur une terrasse extérieure, elle trouve une espèce d'issue qui donne sur la rue. Malheureusement, elle est témoin d'un meurtre. Un des deux assassins, un professionnel pas toujours très futé, se lance immédiatement à sa poursuite. Francesca est obligée de s'échapper de l'hôtel pour fuir, dans une ville qu'elle ne connaît pas, mal fréquentée, en pleine nuit et sans pouvoir parler !
Dick Maas ne fait plus beaucoup de bruit, mais il s'amuse bien ! Il signe encore une fois un polar très nerveux, avec une excellente gestion du rythme, tantôt très vif ou au contraire langoureux. Voilà qui distille avec efficacité un suspense durable, chose rare. Comme dans L' ASCENSEUR 2, Maas profite toujours de l'occasion pour dresser une petite carte sociale et psychologique des rapports humains, souvent agressive, mais toujours traitée avec humour noir ou ironie. Si on omet le point de départ, l'enchaînement des difficultés et les conséquences du quiproquo de base sont assez réalistes, et font d'autant plus peur. Le couple Hurt/Tilly est vraiment très près de découvrir ce qui se trame vraiment dans cette histoire abracadabrantesque mais réaliste, mais leur proximité avec le nœud de l'intrigue rend difficile, paradoxalement, la découverte de la vérité ! Et pour le spectateur, c'est d'un suspense assez puissant. Maas mélange donc avec talent des scènes d'action pures très crédibles, sans exagération qui nuirait à la crédibilité et à l'équilibre bizarre de l'ensemble, avec une vraie propension à dépeindre des personnages fouillés, bien qu'ayant une base archétypales. En un mot, les personnages ont beaucoup de caractère. Et Maas, aussi scénariste, a su dépeindre ses personnages, fort bien écrits certes, mais également très "adultes", très fins, loin des archétypes hollywoodiens (le couple Hurt/Tilly est un couple qui a du caractère, très intelligents, et réagissent comme des adultes censés et actifs, bien loin du rôle du papa et de la maman des séries et des films qu'on a l'habitude de voir). Les acteurs, vraiment excellents (ce qui inclue aussi les seconds rôles, dessinés plus frontalement mais servis par des comédiens conscients et précis qui ne se contentent pas de patater comme des gros bœufs, ou de charger le film avec le dos du tractopelle) mêlés à cette belle écriture, rendent le film absolument prenant, et très vif. On notera d'ailleurs que le film ne contente pas de rentabiliser l'intrigue de base, déjà fort prenante, mais qu'il remet aussi, très souvent, les gains obtenus sur le tapis pour de nombreuses, voire même incessantes, nouvelles mises et nouveaux enjeux. Bref, dans les traces d'un Joe Dante ou d'un Larry Cohen (mais dans un registre tout à fait différent), Maas ne se repose pas sur ses acquis et développe jusqu'aux dernières extrémités une idée nerveuse et simple. Le film est donc terriblement bondissant et malicieux, et frôle par endroits le carrément anxiogène. La mise en scène est belle : décors et accessoires soignés, repérages impeccables et ne cherchant pas la facilité, beau cadre très efficace, montage rigoureux, effets spéciaux discrets et belle photographie signée Marc Felperlaan. Voilà qui donne autrement plus d'impact que les néo-polars français dont on vante pourtant la qualité, comme NE LE DIS À PERSONNE, bourré de faux raccords et assez laid (quand le film n'est pas anonyme !). Ici, le découpage rigoureux et la direction artistique soignée font que le film ne contente pas de reproduire le schéma hollywoodien du thriller en moins bien, mais au contraire se déploie de façon personnelle. Bref, ce n'est pas ici une tentative de cloner le Canada Dry ! La ville d'Amsterdam est drôlement bien utilisée, souvent exploitée dans des scènes difficiles à mettre en place, mais que Maas s'amuse à réaliser de manière impeccable. Bref, c'est de très bonne facture. Dans la dernière partie, le réalisateur hollandais pousse les manettes un peu plus loin en rajoutant ce qu'il faut d'exagération (mais pas tellement plus) pour donner un ton assez étrange et terriblement efficace où se mêlent lyrisme et humour, mais de l'action cette fois. L'interprétation étant encore une fois excellente, nous avons avec ISSUE DE SECOURS un film nerveux, intelligent et dans une certaine mesure assez surprenant. Le fait que Maas nous prenne, sans se la jouer d'ailleurs, pour des adultes avec bulbe rachidien développé y est pour beaucoup. Comme quoi, quand on fait un film populaire sans niveler le film par le bas, on obtient d'excellents films. Les Français devraient en prendre des leçons, techniques notamment, et les réalisateurs américains "moyens" pourraient suivre l'exemple ! ISSUE DE SECOURS est une excellente surprise, qui vaut bien plus que sa piteuse réputation.

Enfin, nous avons terminé par JACKASS 2 le film, de Jeff Tremaine (USA-2006) qui contrairement au N°1 n'a pas eu en France les honneurs d'une sortie en France. Pour ceux qui ne connaissent pas la série télévisée, il est utile de dire que nous quittons là (un peu, mais pas totalement) le domaine de la fiction pour celui (mais pas totalement) du documentaire. La bande de JACKASS est une équipe de jeunes casses-cous qui se lancent des défis toujours inutiles, toujours douloureux, et souvent complètement débiles, voire drôles ! Il s'agit donc d'exécuter des cascades stupides, qu'on réalise à la chaîne, assez courtes en général et qui demandent une mise en œuvre technique soit presque nulle, soit assez sophistiquée. Le tout pour faire des choses absolument inutiles, dégradantes aussi, très souvent, et il faut bien le dire assez drôles.
Alors, JACKASS 2 va vous apprendre bien de choses, car il répond à des questions essentielles. Peut-on faire du ski, chez soi, dans son escalier ? Les téléphones de l'armée américaine durant la dernière guerre étaient-ils des objets de torture ? Que faire quand on rencontre dans la rue une octogénaire exhibitionniste (presque) malgré elle ? Un grand-père du même âge et son petit-fils de 10 ans ont-ils le droit de fumer, boire en public, et d'avoir une vie sexuelle (ensemble bien entendu !) ? À quoi sert le sperme de cheval, en dehors de la fécondation de jeunes juments ? Peut-on boire de la bière autrement que par la bouche ? Le vélo bi-cross à réaction est-il l'avenir des voyages transmanches ? Comment faire disparaître un nain par magie ? Les cartes à jouer sont-elles l'avenir de l'acuponcture ? L'ablation des poils pubiens est-elle une chance pour l'industrie cinématographique ? La catapulte à vélo est-elle un objet d'avenir ? Peut-on faire du cerf-volant quand on n'a plus de bras ? Comment draguer sexuellement un serpent ? Les fans de JACKASS sont-ils aussi dangereux que les créateurs de la série ? Les nains vont-ils faire la loi ? Les pièges à loups fonctionnent-t-ils sur les humains ? L'airbag peut-il être une arme ? Broadway a-t-il encore un avenir ? La drague homosexuelle fonctionne-t-elle dans les quartiers populaires en Inde ? Et que faire avec une sculpture en glace dans les pleines ensoleillées du Middle-West ?
Vous l'avez compris, ce film ne recense que des questions essentielles pour l'humanité ! C'est un spectacle toujours étonnant que de voir cette bande de zigues en activité. Les activités jackassiennes couvrent tout le champ de l'expérimentation scientifique, en ce sens qu'elles mêlent à la fois des actions réalisables chez soi, avec trois fois rien (ou avec rien !), mais aussi des dispositifs plus coûteux et compliqués. Le résultat, comme pour le N°1, est complètement édifiant, et laisse le spectateur dans un état assez confus. Pour ceux qui ne se sentent, même sur le papier, aucune âme rock'n'roll ou ultra-underground, ou encore qui placent le bon goût et le corps humain au-dessus de tout, ce n'est même pas la peine d'essayer de voir ce film : vous n'allez pas aller au bout, et vous allez sans doute péter un fusible de manière définitive. Votre santé psychique étant en jeu, je déconseille vivement la chose. [Et croyez-moi, ce n'est pas un jugement, ni de valeur, ni autre, c'est un vrai conseil d'ami !] Pour les plus inconscients ou résistants d'entre nous, que dire ? Et bien, vous allez sûrement rigoler jusqu'aux larmes pour des raisons souvent différentes, soit devant la répartie de la bande à Johnny Knoxville (ils sont vraiment drôles, très souvent), soit devant de dispositifs outrageusement débiles (le saut à l'élastique avec nain, les vélos à réaction, par exemple), soit devant la bêtise simple de certains autres (comme ces séquences qui ne servent à rien mais qui sont hilarantes : la collision frontale entre deux adultes déguisés en peluches sur patins à roulettes (ça dure trois secondes) ou la rampe de bi-cross qui mène à une collision inévitable avec une porte de garage). Le masochisme, très mis en scène mais réel de la bande, est absolument sidérant, et totalement débile. C'est rigolo. Mais là où la chose devient carrément subjuguante, c'est dans les nombreuses séquences régulières où l’on dépasse le schéma initial pour joindre des contrées inexplorées qui laissent hagard et perplexe ! Par moments en effet, et ces moments sont très nombreux, la vision des expériences devient aussi un challenge pour le spectateur, qui, du coup, intègre un peu l'équipe. Tout ce qui touche au monde animal ou presque est totalement ahurissant. Certaines séquences, comme le bocal à pets ou le célèbre show TESTICULES ON ICE, sont également hallucinantes, mais déjà plus éprouvantes. Quant à certaines autres, c'est même difficile à regarder, et je remarque que c'est souvent Steve-O qui, dans ces cas là, est au centre du jeu. La séquence de la pêche au requin est complètement hallucinante, et dépasse de très loin le stade de la connerie (à tel point que l'apparition des requins est quasiment inutile !). On doit alors très souvent se pincer et se demander si on rêve, et comment cela est humainement possible. C'est complètement troublant, aussi sans doute parce que ça pose la question du volontariat du spectateur. On n'est pas devant ça par hasard. C’est un jeu tendre de soumission/domination entre le spectateur et sa volonté de regarder le film, et entre l'équipe de JACKASS et le spectateur qui sait, sauf accident, très bien ce qu'il fait. Du coup, les différences de niveaux (cascades débiles mais normales, passages ultra-trash à la limite de l'humain, et petits gags débilistiques à la Monty Python presque, et aussi, je n'en ai pas parlé, les excellents "gags sociaux") opèrent des changements de niveau et fonctionnent donc comme une opération de drague/séduction entre nous et eux. On vient pour tester certaines choses, et de ce fait l'équipe de JACKASS se doit de réaliser certaines choses. Des fois, ils ont les cartes en main et des fois on les pousse et les cautionne ! Voilà un rite d'amour et/ou de tendresse très bizarre, totalement décalé qui intrigue vraiment et qui est d'autant plus intéressant que certains passages jouent vraiment, et j'insiste pour ceux qui n'auraient jamais tenté l'expérience, avec nos limites les plus reculées. [Est-ce pour cela que le film parait très sexuel, en dehors de certains gags, et notamment dans l'exhibitionnisme certain des petits gars, voire homo-centré ?]
En tout cas, ce N°2 est aussi efficace et drôle que le premier, et le timing du montage des scènes est plutôt bien fait. On croise John Waters, visiblement plus que ravi d'être là, en grand-père bienveillant pour un des meilleurs gags du film, on encore Luke Wilson, qu'on adore à Matière Focale et qu'on s'étonne de trouver ici, lui qui parait si gentil ! [On soulignera son courage d'ailleurs, comme on peut le constater dans les bonus du DVD ! Je vous laisse découvrir ça !]. La dernière séquence est très chouette et casse le moule de l'émission tout en lui rendant hommage, avec une scénographie très drôle qui montre que ces petits gars ont vraiment des idées et qu'ils sont très drôles. Ceci dit, je pense que de temps en temps, il faudrait remettre la laisse à Steve-O !

Voilà qui clôt énergiquement une belle journée de visionnage globalement et assez largement positive !

Il vous salue !

Sportivement Vôtre,

Dr Devo
 

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Publié dans Corpus Analogia

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