Chroniques de l’Abécédaire, épisode 15, première partie : J'enterre par jeu le choc du cauchemar désespéré dans un funérarium caché à l'ange contagieux qui nous a séparés.

Publié le par Le Marquis

[Photo : "Punaise !", par Le Marquis, d'après I BURY THE LIVING]
 
C’est l’été, il fait enfin beau, les râleurs doivent trouver autre chose à dire et à faire que de pester sur la pluie, en ce qui me concerne, peu importe : la rédaction retardataire se poursuit activement, et avec elle le visionnage des sélections d’épisodes ultérieurs, où je trouve toujours de quoi adorer ou détester, pendant que le Dr Devo, que d’autres accusent de négliger la prédominance du sacro-saint scénario, se voit reprocher de n’aimer que les histoires au cinéma. Comme d’habitude, mais c’est aussi le jeu, il faut s’exposer aux reproches les plus contradictoires en fonction de l’œuvre défendue ou critiquée, nous sommes incultes ou élitistes, nous parlons trop de technique ou pas assez, mais la roue tourne, c’est l’été, il fait beau. Et c’est, comme toujours, en toute subjectivité que je vous livre en pâture la sélection de l’épisode 15, en attaquant par la lettre A comme…
 
AMERICAN NIGHTMARE, de Jon Keeyes (USA, 2002)
Alors qu’ils fêtaient Halloween au cœur d’une forêt éloignée, une bande de jeunes est massacrée par une tueuse démente contre laquelle l’un d’entre eux avait commis l’imprudence de témoigner. Un an plus tard, c’est encore Halloween, et c’est encore une bande de jeunes, mais ce n’est plus une forêt, c’est un bar, et dans le bar, qui diffuse une émission de radio sur les phobies, la même tueuse démente sirote un alcool quelconque en écoutant nos fiers adolescents étatsuniens révéler leurs peurs les plus secrètes. Et si je les tuais en fonction de leur peur respective, se dit alors la tueuse démente, ça serait sympa, et ça ferait sûrement un très bon film en plus…
« Acclamé par la critique américaine », affirme la jaquette du DVD, sans se démonter, mais en prenant naturellement la sage précaution de n’en citer aucune. Difficile pour moi d’acclamer ce slasher laborieux qui se veut complexe et malin mais ne fait que compiler des idées volées à d’autres films comme HALLOWEEN, copieusement mis à contribution, ou encore TERREUR SUR LA LIGNE. Le film joue de toutes ses petites forces sur la carte de la cinéphilie, mais en oublie de soigner le récit, mouvementé certes, mais pas une seule seconde crédible ou même intéressant, qui emballe vite fait mal fait une conclusion en queue de poisson. La photographie d’une grande laideur et une VF atroce n’arrangent rien à l’affaire, et à part une morte qui cligne très fort des yeux et la présence pour les connaisseurs de Brinke Stevens et Debbie Rochon, cet AMERICAN NIGHTMARE ne présente pas le moindre intérêt ; le spectateur sera donc bien inspiré de lui préférer le documentaire homonyme et excellent réalisé par Adam Simon – disponible, je le rappelle, sur l’édition 2 disques du bon JEEPERS CREEPERS.
 
B comme… BACKSTAGE, d’Emmanuelle Bercot (France, 2005)
Je suis un peu plus curieux en découvrant ce film qui avait laissé le Docteur D. assez perplexe (cliquez sur le titre pour lire son article – enfin, si vous le voulez, je ne commande pas.) Je suis à vrai dire globalement de son avis : le sujet (stars et idolâtrie) est séduisant, et l’ouverture du film, qui fait se succéder le pastiche d’un concert de Mylène Farmer (sinistre, mais pas beaucoup plus que les vidéos de l’original…) et le tournage d’un simili-« Fan de » qui tourne au désastre personnel et télévisuel. La situation est à la fois glauque et un peu comique, et lorsque la jeune fan un rien désaxée (Isild Le Bescaud, bonne idée) se lance aux trousses de sa chimère, on se frotte les mains en s’attendant au pire, et en le souhaitant presque, naturellement.
Le film ne parvient hélas pas à tenir ses promesses à mon sens. Emmanuelle Seigner gère solidement un rôle pourtant bien chargé en clichés, le scénario comporte des portions intéressantes et bien construites, mais le film est trop long (près de deux heures), pas très bien cadré (étrange travail d’Agnès Godard, froid, terre à terre, blafard et privilégiant les gros plans, ce qui relève probablement d’une volonté de la part de la réalisatrice, mais le résultat n’est pas très réussi), et si les intentions sont bonnes, le film s’avère tiède, visuellement faible et surtout, surtout, totalement dénué de point de vue, ce que ne laissait pas présager sa belle introduction. Des choses arrivent, d’autres pas, mais dans le fond, c’est une fois de plus un pur film de scénario et un film d’acteurs de plus dans une production nationale qui en est déjà bien encombrée. Ça peut se voir par curiosité, mais le film n’est également pas autre chose qu’une curiosité, assez anodine. Pour information, un remake serait en préparation aux Etats-Unis. Le film a beau être perfectible, les remakes américains ont cependant la fâcheuse tendance à simplifier le propos à l’extrême : pas certain que l’idée soit brillante, donc…
 
C comme… LE CHOC DES MONDES, de Rudolph Maté (USA, 1951)
Quelques mots sur cet ancêtre de DEEP IMPACT produit par le sympathique George Pal (et officieusement par Cecil B. DeMille), surtout pour en dire que le film est terriblement daté et désuet, moins par ses effets spéciaux d’époque – plus attachants et vivants que bien des séquences en images de synthèses d’aujourd’hui – que par son écriture sentencieuse et très ampoulée : voix-off biblique, longs bavardages entre scientifiques, et quelques micro-mélodrames assez maladroits, notamment lors du tirage au sort déterminant les personnes admises à bord de la fusée quittant la Terre condamnée pour un hypothétique nouveau monde (la planète Zyra – dans la constellation Zaïus ?), lequel se concrétisera de façon assez désastreuse sous la forme d’un ignoble matte-painting dans le style calendrier des PTT, qui fit dit-on le désespoir de George Pal à qui il avait été imposé par le studio. À part ça, un remake serait en préparation aux Etats-Unis – c’est une impression, ou les studios américains n’ont jamais autant produit de remakes que ces dernières années ?
 
D comme…DESPERATE LIVING, de John Waters (USA, 1977)
Après PINK FLAMINGOS et FEMALE TROUBLE, je découvre avec grand plaisir le 3e titre de la collection John Waters, excellente initiative de Metropolitan/Seven7, complétée par les films POLYESTER et HAIRSPRAY (dont un remake, etc.). DESPERATE LIVING se distingue des films précédents par l’absence notable de David Lochary et surtout de Divine : chacun avait sa place ménagée dans le casting original, mais le premier est mort d’une overdose avant le début du tournage, et le second était retenu par des engagements au théâtre.
Le film n’en souffre pas cependant, d’autant plus que les autres habitués de Waters répondent présent et sont fantastiques : la grassieuse (sic) Edith Massey et Mary Vivian Pearce, respectivement reine et princesse d’un royaume chaotique et putride, Mink Stole dans un de ses meilleurs rôles, Susan Lowe incroyable en lesbienne capable de se faire greffer un pénis par amour (ou de l’arracher et de le jeter aux chiens en voyant la réaction horrifiée de sa dulcinée), sans compter la présence de la sympathique Liz Renay (décédée en janvier) et de l’énorme Jean Hill dans son seul rôle étoffé chez Waters (elle apparaît brièvement dans POLYESTER et dans A DIRTY SHAME).
Tout ce petit monde donne vie à une forme de décalque perverti du conte, particulièrement réussi. Waters y consolide une écriture de plus en plus rigoureuse, tout en laissant s’exprimer librement son versant subversif, d’autant plus intéressant – et furieusement drôle – que la subversion chez Waters relève moins d’une démarche contestataire et démonstrative que d’un élan spontané mêlant l’humour et la noirceur, la dérision et une réelle et sensible affection pour ses personnages, qu’il ne juge jamais, qu’il ne fige pas dans des stéréotypes même extrêmes, mais dont il étale avec une joyeuse complaisance les déviances, la naïveté, la cruauté… Paradoxe d’un film (et d’une œuvre) aussi trash et agressif qu’il est chaleureux et, à sa façon très particulière, assez touchant.
 
E comme… EPIDEMIC, de Lars von Trier (Danemark, 1987)
Ce second métrage extrait de la trilogie Europe, qui succède à THE ELEMENT OF CRIME et précède EUROPA, est sans doute le moins populaire des trois films, probablement parce qu’il se démarque de deux films maniéristes et visuellement somptueux par une esthétique plus sèche et un scénario plus abstrait – ce qui n’empêche pas le film, que Lars von Trier a souhaité réaliser avec un budget très restreint, d’être d’une très grande beauté plastique.
Le film parle de deux scénaristes qui, après avoir perdu le script sur lequel ils planchaient (« Le commissaire et la putain », probable allusion aux personnages principaux de THE ELEMENT OF CRIME), se lancent dans un nouveau scénario, l’histoire d’un médecin idéaliste qui répand une épidémie en Europe en cherchant à la combattre, sans se rendre compte que leur fiction contamine peu à peu la réalité. Le titre de ce nouveau scénario, « Epidemic », malicieusement accompagné de son ®, s’inscrit en lettres rouges sur l’écran, qu’il ne quittera plus : la fiction dont traite le film de Lars von Trier est ainsi constamment désamorcée, et dans le même mouvement, ce titre perpétuellement affiché circule immuablement d’un plan à un autre, du parcours des scénaristes au récit qu’ils développent, suggérant également le thème de la contamination.
EPIDEMIC mêle à une poésie sombre d’abord localisée dans les passages relevant de la fiction (l’histoire du médecin) à un humour noir qui évoque le ton de la future série L’HÔPITAL ET SES FANTÔMES, et de ce point de vue, le film se distingue aussi des autres titres de la trilogie par son sens de l’humour plus affirmé et plus ouvert (voir la fameuse séquence de la dissection d’un tube de dentifrice). Superbe photographie en noir et blanc, alternant deux textures, l’une assez réaliste et sans fioritures, l’autre (celle de ce qui relève de la fiction dans la fiction) plus expressive – et souvent splendide.
À l’image de ce thème classique de Wagner, toujours brutalement interrompu à l’apogée de son élan lyrique, le film suit un mouvement étrange, où le cauchemar succède soudain à une peinture ironique et distanciée du travail d’écriture cinématographique, l’alternance faisant petit à petit naître un malaise jusqu’à ce que la constante de la trilogie, l’hypnotisme, vienne tisser un lien surprenant et assez inquiétant entre les deux univers – séquence d’hypnose que n’aurait certainement pas reniée Zulawski, et qui débouche sur une conclusion admirable, amorce superbe et impressionnante de l’apocalypse. Passionnant.
Et en complément de programme, il faut souligner la présence du moyen-métrage de Lars von Trier, IMAGES OF A RELIEF, superbe brouillon de THE ELEMENT OF CRIME et de EUROPA.
 
F comme… FUNERAL HOME, de William Fruet (Canada, 1980)
Après l’épisode central de l’incontournable trilogie de von Trier, voici maintenant une autre trilogie, fortuite et hasardeuse, puisque ce n’est pas moins de trois films extraits du coffret « 50 Chilling Classics » qui complètent la sélection de cet épisode 15. FUNERAL HOME est le premier désigné par l’ordre alphabétique, et comme pour les autres films composant le programme de ce coffret, il est libre de droit et peut être légalement téléchargé sur le site « Public Domain Torrents » en cliquant ici.
Réalisé par William Fruet, réalisateur surtout dévoué au petit écran, également auteur d’un SPASMS qui aura fait les grandes heures de la défunte 5 (hommage au passage à Mr. Bourret), FUNERAL HOME est un petit film délassant et agréable à regarder, réalisé avec une efficace neutralité esthétique. Seul gros problème : après un démarrage très classique, le film s’installe dans un développement correct, sans bavures et parfaitement banal, pas inventif une seule seconde, et pour cause ! Ce que semblait amorcer l’introduction, le film s’y lance tête baissée : c’est un radical plagiat du PSYCHOSE d’Alfred Hitchcock, tout juste relevé par quelques éléments dérivés du slasher alors naissant : agréable, sympathique, mais plagiat quand même, de la voiture de la victime plongée dans le lac à cette révélation dans la cave éclairée par la lumière vacillante d’une ampoule qui se balance. Et un de plus, Norman ! Mouis… Autant revoir l’original, non ?
 
G comme… THE GAME, de Bill Rebane (USA, 1984)
Second film extrait de la boîte aux 50 découvertes, THE GAME (également inconnu sous le titre THE COLD, et téléchargeable ici) est aussi le premier des films signés Bill Rebane (il y en a plusieurs dans le coffret, des heures d’amusement en perspective !) que le hasard de la programmation me permet de découvrir.
Et c’est l’occasion de rendre hommage à Bill Rebane, sachant qu’il est préférable de le faire avant de parler de son film. Sa carrière, qui s’étend de 1962 à 1987, a entièrement été dévouée au cinéma fantastique, auquel il a vraiment donné de sa personne en assumant souvent, en plus de la mise en scène, le scénario, la production, la photographie, le montage, les décors, la musique, le son et sûrement même le café-crème. Au total, dix longs-métrages à son actif (dont quatre dans le coffret : prochainement donc, THE DEMONS OF LUDLOW, THE ALPHA INCIDENT et THE CAPTURE OF BIGFOOT), de MONSTER A-GO-GO à BLOOD HARVEST, son titre de gloire étant peut-être, qui sait, pour ce que j’en dis, THE GIANT SPIDER INVASION. Sauf que chacun de ces films se traîne la réputation de série Z frôlant l’amateurisme touchant. Fauché et pas doué, Rebane aura au moins compensé par la productivité, la constance et la persévérance, ce qui lui vaut bien un tabouret dans le Panthéon du cinéma bis, non ?
Et THE GAME ? Ah, oui… Euh… Bon. Avec pour accompagnement le son d’une boîte à musique, le narrateur lance un hasardeux « Il était une fois trois millionnaires… », lesquels, riches et désœuvrés, se divertissent en proposant à neuf personnes un jeu se déroulant dans leur propriété, et confrontant les invités à leurs peurs et à leurs phobies. Mais le jeu semble mal tourner cette fois-ci. Et je dis bien « semble », parce qu’après la sortie des millionnaires en boîte de nuit, séquence à hurler de rire, je n’ai strictement rien compris à ce dont le film pouvait bien vouloir parler…
Dans ce foutoir monté à la serpe et sonorisé façon Scooby-Doo (avec piccolos et rires démoniaques qui font « Muh-hu-hahahahahahaha »), rien ne semble avoir le moindre sens. Exemple : un couple fait trempette dans une piscine, soudain un requin les attaque, le couple marche tranquillement dans la forêt, pendant ce temps-là, les autres sont dans le jacuzzi et il y en a un qui fait de la musique avec une chanteuse qui était là. Perpétuellement incohérent et solidement installé dans un rythme au point mort, THE GAME semble écrit au fur et à mesure, voire en filmé-monté par moments, mettant bout à bout de superbes séquences dans des couloirs où il se passe des choses (ou peut-être rien). Le « style » de Rebane explose littéralement à l’écran lors d’un plan sidérant : un travelling suit un personnage en fuite, puis la caméra revient en arrière à son point de départ et attend, attend, et hop ! quand l’assaillant lancé aux trousses surgit, le travelling recommence. Mamma mia, ça c’est du cinéma ! Et le narrateur lui-même finit par jeter l’éponge en fin de course, avouant qu’il est bien incapable d’expliquer ce qui se déroule à l’écran. Probablement le métrage le plus nébuleux vu en 2006 : moi, je dis que ce n’est pas rien.
 
H comme… HIDDEN, de Jack Sholder (USA, 1987)
Petit classique un peu oublié de la série B et grand prix surévalué du festival d’Avoriaz en 1988 (PRINCE DES TÉNÈBRES de Carpenter ou ANGOISSE de Bigas Luna sélectionnés cette année là étaient tout de même largement plus intéressants), HIDDEN est un peu le titre de gloire de Jack Sholder, le seul de ses films à avoir véritablement rencontré un succès populaire – on lui devait précédemment un slasher paraît-il assez réussi (ALONE IN THE DARK) et la première séquelle des GRIFFES DE LA NUIT, LA REVANCHE DE FREDDY, film conspué et généralement pointé comme la pire des suites tournées, ce qui me semble assez injuste – film étrange, très belle musique de Christopher Young, sous-texte gay très prononcé (une option absurde et souvent franchement drôle), atmosphère décalée, le résultat m’a toujours semblé faire preuve de bien plus de personnalité que les fades épisodes 4, 5, 6, à suivre. Mais par la suite, Sholder s’est enlisé dans les productions télévisées et dans les séries B de piètre qualité comme le très mauvais WISHMASTER II, en plus d’avoir contribué à la mise en scène à plusieurs mains parfois gantées (Walter Hill, Francis Ford Coppola) du désastreux SUPERNOVA.
Plus proche dans sa forme du film policier (orienté « buddy movie ») que du fantastique pur, HIDDEN recycle à tour de bras avec cette histoire de parasite extra-terrestre prenant le contrôle de ses hôtes successifs, mais le fait sans la moindre prétention, et ne vise pas au-dessus du pur divertissement, mélange d’action et d’humour assuré avec une belle efficacité. Ce malfaiteur de l’espace, qui transite d’un corps à un autre sous la forme d’une répugnante limace arachnéenne, est un hédoniste simplet, amateur de Ferrari, qui s’empare de tout ce qui éveille sa convoitise sans trop se soucier de l’état de santé de son hôte involontaire. Il est pris en chasse par un bon gros flic de série B (Michael Nouri) accompagné d’un agent du FBI un peu louche et lui aussi très amateur de belles voitures (Kyle McLachlan, c’est donc sûrement un film Lynchien, ha-ha), en réalité un autre extra-terrestre habitant un corps humain, mais qui lui, comme il est gentil, circule d’un corps à un autre sous la forme d’une jolie lumière toute dorée et scintillante comme la rosée.
Bref, c’est du récit simple et direct, aux lignes claires, correctement emballé même si Sholder s’essaie dans une des scènes finales à un ralenti DePalmesque un peu foireux. HIDDEN ose même un petit soupçon d’ambivalence dans l’assez joli plan final, un instant élégant, juste et pas trop appuyé qui termine le film sur une note assez positive et attachante. Ça se regarde agréablement.
 
I comme… I BURY THE LIVING, d’Albert Band (USA, 1958)
On aborde maintenant le troisième et dernier extrait du coffret des 50 surprises, de très loin le plus intéressant, une excellente surprise de la part d’Albert Band, papa de Charles et comme son fils très attaché au cinéma de série B tirant parfois vers le Z, dont on retient surtout le cocasse et aimablement ringard ZOLTAN, LE CHIEN SANGLANT DE DRACULA.
Excellente surprise, car cette petite série B, qui démarre tranquillement, se montre au fur et à mesure que le film progresse tout à fait à la hauteur de son sujet pour le moins curieux : le nouveau gardien d’un cimetière découvre qu’en plantant une épingle sur les concessions réservées sur le plan du cimetière, il peut provoquer à distance la mort de leur détenteurs : il s’en rend compte par hasard, procède à quelques essais avant d’acquérir une certitude et développe peu à peu une certaine perversité devant la possibilité qui lui est offerte de régler d’un geste simple contrariétés et inimitiés.
Platement réalisé dans sa première partie, même si le soin porté à certains cadrages met déjà la puce à l’oreille, I BURY THE LIVING fait un peu penser à certains films de Roger Corman comme UN BAQUET DE SANG : le développement est sombre, ironique et mine de rien assez social, même si le rythme y est sans doute moins vif, moins percutant. Mais en cherchant à poursuivre cette étrange tentative visant à faire naître l’effroi d’un plan punaisé sur un mur, Albert Band parvient à développer une atmosphère et surtout une esthétique étranges, structurées autour des étranges motifs géographiques formés par le plan du cimetière. Les bonnes idées fusent dans l’écriture (la découverte des effets des punaises en fonction de leur couleur), de même que les effets et la composition des plans s’avère de plus en plus soignés. Le film aboutit dans sa dernière partie à une réelle originalité, et le résultat semble assez audacieux pour l’époque. La séquence finale est admirable, et à vrai dire, je n’en revenais pas de voir le réalisateur de ZOLTAN frôler l’abstraction pure en fin de course dans cette scène fulgurante qui pourrait vraiment séduire les têtes chercheuses de l’Institut Drahomira (voir THE RALLY 444).
Sans être renversant dans son propos – le récit lui-même n’ayant rien d’extraordinaire, I BURY THE LIVING vaut largement le détour pour la singularité de ses expérimentations esthétiques, et comme la vie est bien faite et que le film est libre de droits, vous pouvez le télécharger, c’est permis et très officiel, en cliquant ici.
 
J comme… JANIS ET JOHN, de Samuel Benchetrit (France/Espagne, 2003)
Seconde visite du paysage cinématographique français avant la prochaine et dernière d’une sélection marquée par le chiffre 3, décidément, avec le dernier long-métrage tourné par Marie Trintignant, excellente comédienne, avant son décès, film par ailleurs réalisé par son époux Samuel Benchetrit – et n’attendez pas de moi des commentaires sur l’affaire « Marie a tout pris ».
Casting bizarre et sujet casse-gueule au programme. Christophe Lambert y interprète un homme un peu simplet suite à un trip au LSD dont il n’est jamais vraiment sorti, vivant sur sa fortune familiale dans l’attente du retour de Janis Joplin et de John Lennon, persuadé qu’ils sont bien vivants et qu’ils feront un jour un album ensemble. Sergi Lopez, assureur véreux avec des problèmes financiers jusqu’au cou, sent l’arnaque facile, et décide de grimer son épouse (Marie Trintignant) et un acteur raté (François Cluzet, très à l’aise dans cet emploi, ha-ha) afin de les faire passer pour les idoles du neuneu, histoire de pouvoir lui soutirer le contenu de son compte en banque.
Montage survolté et voix-off fiévreuse de Sergi Lopez, JANIS ET JOHN amorce un démarrage en fanfare qui flaire l’enlisement au premier tournant du récit. Le film tente de fournir de petits efforts de mise en scène « à l’américaine », qui portent essentiellement sur les transitions et les montages musicaux, et au passage, on peut se demander pourquoi de tels efforts (filtres, ambitieux mouvements de caméra) sonnent toujours aussi faux et artificiel dans ce type de productions, mais dans le fond, le film repose sans grande surprise de tout son poids sur son casting, au point qu’on se dit que le cinémascope est bien décoratif et inutile si c’est pour filmer aussi platement des pages et des pages et des pages de dialogues en champs-contrechamps.
Pour le reste, le film passe franchement à côté d’un sujet ludique et amusant dont il ne retient que les enjeux et les thèmes habituels, prévisibles, usés et dénués d’originalité, un peu dans le fond à la façon de BACKSTAGE, qui n’osait pas lui non plus embrasser son sujet et préférait le tenir soigneusement à distance, solidement ancré dans les clichés scénaristiques et esthétiques les plus éculés, sans vraiment l’assumer. Le personnage de Christophe Lambert reste quasiment inexploité, le faux John Lennon est rapidement mis hors-circuit (mais Cluzet revient à temps dans la dernière partie pour mettre le film par terre), et on se concentre de préférence sur la crise du couple Lopez/Trintignant et sur la soif de liberté et d’indépendance de celle-ci. Sans être excessivement mauvais, JANIS ET JOHN préfère prudemment s’installer dans la platitude et dans la banalité, sans pour autant échapper à quelques dérapages vers les douces contrées du ridicule, bien qu’elles soient moins fréquentes que prévu. Pas très captivant, tout ça…
 
K comme… KILLING ANGEL, de Paul Sarossy (Angleterre, 2001)
L’éditeur « La Fabrique de Films », par le biais duquel j’avais découvert en compagnie du Dr Devo l’intéressant JERICHO MANSIONS, nous permet de faire une nouvelle découverte assez attachante avec cet étrange KILLING ANGEL, titre français un peu trop fade ceci dit, qui ne vaut pas le titre original Mr. IN-BETWEEN.
Il s’agit du premier film (et le seul à ce jour) de Paul Sarossy, chef-opérateur notamment pour Atom Egoyan sur les très beaux EXOTICA et LE VOYAGE DE FÉLICIA, et pour être honnête, il souffre d’ailleurs parfois des tics classiques du premier film : des tics visuels principalement, effets optiques et astuces de montage qui ne sont exploités que sur leur seul versant formel, mais Sarossy n’évite pas non plus un certain nombre de clichés esthétiques (Londres suintant, sophistication un peu gratuite) et narratifs, avec un penchant un rien prononcé pour les coïncidences utiles et / ou symboliques (mort du vieil homme à l’épicerie, braquage, voisinage inattendu…) qui forcent parfois le trait d’un scénario un peu maladroit.
Ces réserves émises, il faut cependant souligner que le résultat reste captivant, original et très attachant. Doté d’un casting solide (excellents acteurs au physique plutôt éloigné des clichés), Sarossy s’attaque à un sujet affreusement banal (la crise d’un tueur à gages confronté au dilemme moral et à des sentiments imprévus), non sans éviter un certain nombre de poncifs, mais il parvient pourtant à donner à son film une atmosphère particulièrement séduisante et singulière, en introduisant dans son récit des éléments étranges qui poussent le film jusqu’aux limites d’un fantastique impalpable et parfois assez troublant, scindant l’univers développé en deux mondes distincts, l’un quotidien et terre à terre, l’autre gothique et irréaliste, et en plaçant le personnage de ce tueur à gages, possiblement payé de ses services par des shoots du sang de son sinistre employeur, à l’exacte frontière entre ces deux mondes.
Il en ressort une personnalité qui gagnerait certainement à s’affiner et à s’affirmer, mais qui donne à ce film une saveur atypique, séduisante et vénéneuse, d’une noirceur assez radicale. Et si le résultat n’est pas sans défauts, il trouve malgré tout un équilibre surprenant, et trotte longtemps dans la tête après la vision du film, ce qui est toujours très bon signe. Recommandé, donc.
 
L comme… LOVE WILL TEAR US APART, de Nelson Yu Lik-Wai (Chine, 1999)
Produit par Stanley Kwan, LOVE WILL TEAR US APART se donne pour objectif de dépeindre le quotidien d’immigrés de la Chine populaire à Hong-Kong quelques temps après la rétrocession. Les nombreux personnages de ce film elliptique marqué par la photographie très « nouvelle vague chinoise » sont intrigants et solidement campés, dévoilant à l’écran leur désarroi, leur désœuvrement, leur désenchantement ou leurs illusions dans une série de saynètes pointant les travers de la fusion disharmonieuse, sexe, junk-food, néons, argent, télévision, clochards, prostituées, prolétaires, fêlures diverses, vies brisées, et le problème de communication d’un territoire où existent plusieurs langues. Bref, un torrent d’observations justes et parfois touchantes et probablement quelques wagons d’intentions louables.
Malheureusement, le film dure près de deux longues heures d’un récit flottant et d’une grande platitude visuelle, et j’avoue m’y être prodigieusement ennuyé, avec le vif sentiment que le film aurait parfaitement pu durer une heure de plus, ou mieux encore, s’être terminé une heure plus tôt. Le constat sec et détaché, pourquoi pas, mais la forme est trop morne et trop relâchée pour développer la moindre atmosphère. Insipide.
 
Voilà pour aujourd’hui ! Plein de mauvais films et le meilleur titre de la sélection à mes yeux dans la seconde partie de cet article.
 
Le Marquis
 
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[Photo : "Bizarre Bizarre", par le Marquis]

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Le Marquis 07/08/2007 19:08

Merci Ludo ! Et je crois en effet qu'avec Bill Rebane, on a mis la main sur un bel engin de cinéma Z : j'y reviendrai très prochainement à propos des autres films du coffret signés de ce cinéaste d'entre tous les cinéastes... en espérant un jour mettre la main sur une copie de son film d'araignées géantes - j'ai quelques lacunes dans ce secteur, je n'ai jamais vu TARANTULA ou L'HORRIBLE INVASION, pas mauvais paraît-il...

Ludo 07/08/2007 17:35

Je me languissais du retour des Abécédaires, et franchement, deux épisodes complets en si peu de temps, vous nous gatez, cher Marquis. En plus deux films que j'aime beaucoup ici : Desperate Living et Epidemic, deux morceaux de choix et de vrai cinéma.Quant à Bill Rebane, je le connaissais de nom pour son Giant Spider Invasion, qui fait fureur dans les milieux autorisés pour ses araignées géants en peluche s'en prenant à un village de ploucs, un incontournable semble t-il !

Dr Devo 07/08/2007 01:28

Cher Marquis,
Voilà qui donne bougrement envie de voir THE GAME de Bill Rebane! On dirait que c'est fait pour moi!
Dr Devo.