PLANETE TERREUR, de Robert Rodriguez (USA-2007) : Le show doit-il continuer ?

Publié le par Dr Devo

[Photo : "Shoot The Mother Giving Birth" par Dr Devo]

 

 

Chers Focaliens,


A-t-elle enfin sonné, l'heure de nos retrouvailles ? En tout cas, on s'était égaré, je m'en souviens, plusieurs fois dans les salles obscures avec plus ou moins de bonheur, et même parfois sous le regard du mauvais sort qui m'écarta, contre ma volonté et sous la forme d'un planning d'enfer, du WAITER de Alex Van Warmerdam, réalisateur sublime et hollandais qui fut pour une période courte un peu chouchouté en France et dont la sortie de ce dernier film, en catimini et en plein été, histoire d'être bien sûr de ne faire aucune entrée, tenait quand même du miracle. Deux séances par jour complètement pourries en première semaine d'exploitation (genre 11h et 17h45), puis une séance la deuxième semaine et puis plus rien ! Il fallu donc me résoudre à louper le film de l'année et de ne pas pouvoir soutenir le réalisateur ! C'est injuste !

C’est de bonne humeur, malgré tout, que nous nous dirigions vers PLANÈTE TERREUR, deuxième volet du diptyque, originellement unifié, de Tarantino et Robert Rodriguez. Le film de Tarantino nous avait franchement passionnés dans son abstraction et l’efficacité de sa mise en scène. On gardait alors à l’esprit, très confiants pour le coup, que le deuxième volet réalisé par Rodriguez serait forcément très différent. C’est le cas. Changement de service, et surtout balles neuves.

Dans un petit coin paumé du Texas, de nos jours, en 1987, comme c’était déjà le cas dans BOULEVARD DE LA MORT. Une nuit comme les autres. Wray (Freddy Rodriguez), énigmatique homme à la moto, croise dans un bon petit resto de nuit du coin son ex-copine, Cherry (Rose McGowan, déjà présente dans BOULEVARD DE LA MORT). Les époux Block, tous deux docteurs dans la même clinique, s’apprêtent à prendre leur service de nuit et déposent leur gamin chez deux baby-sitters jumelles et chicanos, alors même que Mr Block, dur à cuire malin mais brutal, a de forts soupçons sur la fidélité de sa femme ! La routine quoi…
Un peu plus loin, dans un coin déserté de la campagne, une étrange compagnie de commandos militaires dirigés par Bruce Willis vient prendre possession d’étranges containers toxiques que leur amène une bande de mercenaires, semble-t-il. L’échange se déroule mal, finit dans le sang, et le chef des mercenaires répand dans l’atmosphère l’étrange gaz contenu dans les mystérieux containers.
Wray raccompagne Cherry chez elle lorsqu’il heurte quelque chose sur la route, ce qui vaut à tout deux un superbe accident au cours duquel des créatures étranges s’en prennent à la jambe accidentée de Cherry. Une fois à l’hôpital, Cherry est amputée et Wray entendu par le shérif local (Michael Biehn) qui visiblement connaît bien le jeune homme et l’arrête. Mais un étrange ballet commence dans la clinique, point névralgique du film : de plus en plus d’habitants sont victimes de morsures qui dégénèrent en de désastreuse infections purulentes ! Quelque chose de louche se passe. Et effectivement, quelques heures plus tard, toute la région est infestée de zombies avides de chair humaine…

Dès les premières minutes de PLANÈTE TERREUR, on comprend mieux ce qui s‘est passé entre Tarantino et Rodriguez et ce qu’ils ont voulu faire. Outre l’élaboration d’un projet "grindhouse", c'est-à-dire d’un double programme d’exploitation, et donc d’un hommage aux cinéma de série des années 70 et 80, c’est à un grand jeu oulipien qu’on assiste avec, presque, son lot de contraintes imposées. Le formalisme du duo n’est pas que visuel. On imagine bien qu'ils se sont bien amusés a priori pour imaginer ces contraintes. Des personnages communs ayant sans doute le même fond mais développés différemment (dont le personnage de Marley Shelton, encore une fois très bien et très à l’aise dans le mélange d’émotion et de comédie, et qui incarne une nouvelle fois la fameuse doctoresse Block), obligation de faire une scène de strip-tease, un personnage doit perdre une jambe, etc. Un petit jeu de contraintes entre amis qui fonctionne bien du reste. Voilà pour le projet.
Sinon, PLANÈTE TERREUR s’en va chasser sur d’autres terres que le slasher sentimental et abstrait qu’était BOULEVARD DE LA MORT (ça ne vous gêne pas si je dis DEATH PROOF la prochaine fois ?) pour se concentrer sur le film de zombies musclé, dans une perspective de divertissement assumée très loin de la charge politique ou sociale d’un Romero.

Rodriguez, ça aussi, c'est le projet, utilise le support film, tel qu’il était projeté dans ces années-là, et rajoute artificiellement des rayures, comme Tarantino une fois de plus, mais de manière constante pendant tout le film, lui. Rodriguez pousse le jeu plus loin de sorte qu’aucun plan n’est intact, qu’ils sont tous déformés par les aléas de la projection, ce qui inclut aussi des jeux de son, des plans coupés, des images en moins, des brûlures de pellicule, et une très bonne idée : une des bobines du film est manquante ! Cette bobine manquante est d’ailleurs un des points curieusement un peu faibles du film. L’idée elle-même suffit à réjouir le Devo qui sommeille en vous. Néanmoins, l’ellipse forcée et violente provoquée par la bobine manquante est plus douce que prévue, et ne se résume qu’à une saute. Quand on reprend le cours du film, une bobine plus loin donc, le premier plan fonctionne (une maison était calme et dans le plan suivant elle est en feu sans qu’on sache vraiment pourquoi), mais ne bouleverse pas la narration outre mesure, ce qui est un peu dommage. Le point d’amusement concernant cette bobine manquante sera pour Rodriguez d’éliminer la "révélation" twistesque concernant le personnage de Wray, dont on ne voit que les conséquences à travers un dialogue drôle parce que du coup pas vraiment explicatif… Si ce n’est que le film-annonce de MACHETTE (réalisé par Rodriguez, ce film-annonce et bien d‘autres réalisés par des réalisateurs invités dont Rob Zombie par exemple faisait partie du programme unique aux USA : car PLANET TERROR et DEATH PROOF sont projetés ensemble aux USA et non pas en deux séances distinctes comme dans le reste du monde. Devant le tollé de la part des fans non-américains des deux réalisateurs, les frères Weinstein ont finalement concédé à nous lâcher un nonosse sous la forme du film annonce de MACHETTE, piètre récompense à vrai dire, dans le sens où, si MACHETTE est très drôle, on reste sur notre faim parce qu’on en a loupé un paquet de ces faux-films annonces…), ne vende un peu la mèche sur le même sujet. Bref, cette bobine absente ne bouleverse curieusement pas grand-chose, même si le procédé reste très jouissif, et c’est bien dommage car elle est bien placée et aurait pu donner un relais satisfaisant à la très bonne première partie de PLANET TERROR !

En effet, le très bon film-annonce (puisqu'on en parle...) de PLANÈTE TERREUR promettait quelque chose de très carré et d’assez potache et amusant. Le début du film nous conforte dans ce sentiment de joie taxidermiste, mais nous emmène également plus loin. La séquence de générique, absolument magnifique, dans une très bonne photographie un peu marronnée par la dégradation du support, place le ton et la barre très hauts si j’ose dire. Certes on reconnaît une introduction classique de ce genre de films (il s’agit d’une scène de gogo-dancing), mais le montage très rentre-dedans et en totale adéquation avec les effets de dégradations ou les effets spéciaux, donne un ton assez fulgurant, dépassant assez vite, au bout de deux trois ou quatre points de montage, la "reprise" et l’hommage pour faire un ensemble plus déconstruit, plus personnel et surtout au ton très différent. Loin de seulement commencer par la vision poulette à et au poil (ce qui est également le cas de cette séquence, remarquez !), Rodriguez instaure un climat étrange, très rentre-dedans mais aussi d’une réelle beauté, un peu abstraite, et finalement assez émouvante. Le film irait-il nager entre plusieurs eaux, à savoir celle de la malice et de l’hommage, mais aussi de la tension et de l’émotion ? Ce sera effectivement le cas. Si Rodriguez fait un film plus ouvertement proche du cahier des charges du film d’exploitation que Tarantino (qui semblait utiliser le cahier des charges à des fins beaucoup plus abstraites, jusqu’à rendre difficile pour le spectateur de pointer le sujet réel du film), il ne se contente pas de faire mumuse avec le matériau de ses jeunes années cinéphiles. Bien qu’étant assez preneur de certains films de Rodriguez (pas tous, ceci dit, loin de là), je fus surpris des qualités de ce début de film. La chose est vraiment très bien écrite, avec une belle malice. On reconnaît la structure exploitationniste (si je veux !) générale, bien sûr, mais le réalisateur construit également une petite dentelle efficace d’éclatement d’intrigues qui donnent vraiment de l’énergie et un peu de mystère à la présentation du contexte et des personnages, et qui permet de faire monter la pression de manière tranquille mais absolument certaine. Bref, Rodriguez pousse le bouchon plus loin, creuse le travail un peu plus qu’il n’était "obligé" de le faire, et finalement on ressent très fort en tant que spectateur, ce qui est assez beau et touchant, la vision subjective et personnelle que Rodriguez a de ce cinéma-là, cinéma qu’il utilise donc mais aussi contourne afin de développer un ton plus prenant, plus intime tout bêtement. La surprise est donc de se retrouver face à une structure brute de décoffrage mais ciselée, dépassant nettement le ton de la simple parodie pour devenir un objet beau. Et ça, c’est déjà le cas à propos de l’écriture, mais pas seulement car la chose est poussée en avant avec énormément d’énergie par une mise en scène vraiment très belle (mais n’hésitant pas à jouer avec certaines formes de vulgarité structurelle, je pense à l’utilisation des plans rapprochés très nombreux mais vraiment bien amenés, comme quoi c’est possible, et toujours appuyés par des points de montage rythmiquement dynamiques, voire beaux, et ce ne sont pas forcément des inserts d’ailleurs, bravo !), mise en scène qui est sans doute la plus belle qu’ait signée Rodriguez jusqu’ici, quelle que soit la qualité de certains de ces autres films par ailleurs.

Le montage, assez old school, c'est-à-dire pas forcément hystérique, mais au contraire jouant énormément sur les fondamentaux (échelle de plans, axes, hauteur de caméra) est assez direct et franco de porc, sait aussi se bousculer et devenir plus "injustifiable" (avec plus de partis pris personnels) dans les moments souvent cruciaux ou aux enjeux plutôt émouvants), plus abstrait aussi, jusqu’à donner un beau vertige de sentiments et de rythme, un peu obscur ce qui est assez délicieux. Et c'est ce que permet la structure éclatée dont je parlais plus haut, ce qui tend à prouver que le Rodriguez a vraiment écrit son scénario dans une perspective de mise en scène. Rien que pour ça, la première partie est volontiers troublante, et même donne des petits coloris inattendus et anxiogènes dont on se demande bien vers quelle horreur (souvent intérieure d’ailleurs), ils vont nous mener. Le point d’orgue de cette tension et de cette émotion magnifiques est le centre névralgique qu’est la clinique où on reconnaît à la fois la mise en place des bâtons de dynamite qui vont propulser l’histoire de manière classiquement vulgaire (l’amputation du bras du premier contaminé par l’infirmier asiatique), et celle (la mise en place) de passages plus iconoclastes et plus surprenants, souvent énormément tendus et qui mettent le spectateur sous pression. Je pense à la sous-intrigue entre les époux Block qui marche du feu de Dieu, notamment, mais pas seulement, parce que Rodriguez, à travers le personnage du Mr Block, a fait preuve d’une écriture subtile et ambiguë (le mari Block est une sorte de sale type, mais aussi un mec attentif à son environnement et très efficace, donc pas totalement antipathique lorsqu’il arrive à la clinique : il fait donc peur mais c’est lui aussi le témoin de la situation telle qu’elle est en train de dégénérer. Ça marche très bien.). Un joli montage donc, rentre-dedans mais personnel, mais qui est aussi très largement supporté par un autre élément de mise en scène pour lequel PLANÈTE TERREUR sera un festival par contre !
En effet, Rodriguez, comme Tarantino du reste, a mis la main à la pâte sur un maximum de postes : musique (un peu), écriture, co-montage, co-cadrage et surtout la photographie. Et c’est sur ce point que le film est sans doute le plus réussi. Et pas seulement de manière technique, mais également dans l’utilisation de celle-ci comme élément de mise en scène. Bon, avouons le tout de suite, si la photo marche autant, c’est que la direction artistique est vraiment soignée au possible, voire maniaque : costumes, objets, et surtout décors qui peuvent être simplistes ou très travaillés (magnifique géographie, gourmande même, du restaurant, qui permet des combinaisons d’effets de photo assez beaux, je pense à la cascade notamment). Mais il n’empêche, quelle photo superbe ! On sent Rodriguez assez admiratif des contrastes et des coloris des années 70 et plus encore des années 80, qui règnent ici en maîtres. Chaque plan propose son ambiance bien particulière en matière de lumière, et beaucoup d’entre eux sont remplis d’idées malignes ou magnifiques, où règne une légère prédominance du maronnasse un peu chaud (qui rappelle les tirages commençant à virer de couleur avec le temps), très beau. Et des idées d’éclairages magnifiques et non illustratives, on en trouve à la pelle : variations d‘étalonnage sur des plans particulièrement importants ou émouvants (Rodriguez met en exergue ces plans-là en changeant la tonalité des couleurs, et aussi à de nombreuses occasions en jouant avec les rayures et autres incidents de projection : les plans sont ainsi séparés du reste du film, mis sur un piédestal par la détérioration calculée ce qui est presque toujours touchant et terrifiant, l’accident étant ici le signe que quelque chose ne va pas ou que quelque chose est désespéré ; ce point précis propulse littéralement le film vers l’avant, et montre un versant plus personnel, et donc assez inattendu, du réalisateur Rodriguez), éclairages basiques aux gros projos ou au contraire ciselage de certaines scènes d’intérieur, jeux d’éclairage sur les acteurs ou au contraire soin des arrières plans, etc. On est surpris, le jeu est constant et le film, du coup, par la photo, est très tendu. Voilà pour le principe. Dans le concret, je pourrais vous donner des dizaines d’exemples de plans sublimes. Citons en quelques-uns : les premiers éclairages de scènes de route (gros projo, étalonnage passé verdâtre ) notamment dans la scène où la première jeune fille se fait tuer après une panne de voiture), le plan où Madame Block (très belle scène très bien découpée) essaie de rentrer dans sa voiture, y arrive après d’immondes efforts et se relâche quelques secondes très émue, tandis que le monde s’écroule derrière elle (Rodriguez crée une explosion gratuite dans l’arrière-plan à l’exact moment où l’actrice se laisse gagner par l’émotion, c’est magnifique et c’est une idée de mise en scène les amis, pas seulement de l’illustration technique), ou encore la fameuse cascade près du restaurant ou les variations précises du générique d’ouverture, ou encore la pulsation rythmique des gyrophares lorsque les militaires abattent le troupeau de zombies, pulsations qui se calent sur le rythme des crépitements des mitraillettes ! Je vous laisse découvrir le reste, c’est une merveille, notamment parce que ce jeu de photographie consolide les jeux d’exergue de certains plans importants dont je parlais. Rien que pour ça, PLANÈTE TERREUR vaut largement le déplacement.

On est donc dans un superbe terrain de jeu avec ce film. Hélas, j’ai aussi quelques bémols à formuler, principalement dus à l’écriture. La première partie est tenue d’une main de fer, au moins jusqu’à l’échappée de la clinique, sinon jusqu’à l’échappée du restaurant. Par contre, par la suite, j’ai ressenti un net virage qui malheureusement place le film en terrain plus balisé, et peut-être plus proche de la parodie, là où justement la première partie développait un ton nettement plus personnel, et plus effrayant aussi. Car pendant l’échappée (seconde partie donc), si certains points de scénario marchent assez bien, on est dans un univers nettement plus connu, privilégiant l’action et se plaçant plus nettement dans le ton du pastiche moqueur. Le scénario devient plus indépendant de la mise en scène, la mise en scène (et notamment la photo) plus illustrative. Le ton change : la punchline est constante dans les dialogues, les gags se multiplient, et Rodriguez se repose plus sur un jeu de gentille dénonciation des conventions narratives du genre. En redevenant plus basique, si le film gagne en action hard-boiled, il perd un peu le spectateur ému que je suis, et même certains personnages en cours de route, pour franchir des étapes plus balisées (retournement, morts subites, déchirements des personnages). Les gags s’accumulent gentiment, la mise en scène a moins son mot à dire, même si tout cela est toujours correctement réalisé techniquement. Ou même si certains points sont assez touchants, je pense notamment à ce moment où la petite Block s’entête mystérieusement à monter dans le deuxième hélicoptère, très jolie idée. Ceci dit, on avait déjà un peu de ces clins d’œil dans la première partie, un peu d‘humour potache aussi. Mais dans la seconde partie, ces clins d’œil et autres gags ne servent plus la mise en scène, les personnages ou la progression narrative, mais au contraire instaurent un jeu de coudes entendu, une série de clins d‘œil entre Rodriguez et le spectateur dont il s‘agira dès lors de sceller l’amitié indéfectible et les regards de connivence même pas sous-entendus. Le film perd de sa dimension horrifique du coup, et se transforme en action-movie plus classique où la narration finalement a moins d’importance et devient plus artificielle. On perd donc en mise en scène et en personnalité dans cette deuxième partie, globalement plus prévisible et sans abysse, où c’est l’humour parodique à la MACHETTE justement qui prend le dessus. Dommage car la première partie, elle, était moins référencée et contenait aussi des gags drôles mais plus au service du mélange des tons (je pense au petit geste de poignet cassé de Mme Block, "bent" (tordue) au propre comme au figuré !). La rupture se fait assez cruellement ressentir et coupe le bel envol du film, replonge dans la convention, et curieusement contredit la belle promesse du générique de début qui promettait des choses plus bizarres, plus rentre-dedans et plus expressives. On rejoint dans la deuxième partie le domaine de la convention, c’est plus geek en quelque sorte, mais c’est dommage car le film perd de son homogénéité bizarre et surtout s’auto-limite de manière curieuse dans le registre d’un divertissement simple, direct et connu. L’effroi, la surprise et la malice rebondissante du premier segment du film sont perdus, l’équilibre entre écriture, mise en scène, acteurs, se rompt, et l’entreprise devient plus mécanique et curieusement plus prévisible, ce que Rodriguez avait réussi à éviter jusqu’à présent dans le film. Arrivé en haut de la montée, Rodriguez se laisse aller en descente, et arrête de pédaler. La différence est sans doute subtile, se joue à peu mais éclate comme un bouton sur le nez en plein milieu de la figure ! C’est donc de manière assez imprévisible, au moment où le plus dur est fait, que Rodriguez se veut potache et réduit l’ambition de son film de manière étrange, n’osant peut-être pas détruire totalement la marque de fabrique apocalyptiquo-délirante de ses autres films. Ce basculement dans un divertissement plus convenu fait passer le réalisateur à côté d’une œuvre personnelle étonnante, ce qui ne gâche en rien les choses magnifiques évoquées ci-dessus mais laisse le spectateur sur un goût de déjà-vu, sur une impression de coïtus interruptus. De peu, et pour pas grand-chose, on a loupé l’orgasme, au profit d’un gentil flirt, certes, mais qui du coup ne tient pas totalement toutes ses promesses.

Calmement Vôtre,

Dr Devo.
 
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Publié dans Corpus Filmi

Commenter cet article

Rodolphe 22/10/2007 17:06

Ouais et pi j'veux dire, l'inélégance, l'impolitesse, c'est hyper subversif par les temps qui courrent, tu vois.

Guile21 23/08/2007 00:51

Cher docteur, je reste sans voix, je bois vos paroles. Je n'ai pas encore vu le film, mais je vais de ce pas regler ce problème.
Ca fait un peu lèche cul (un lèche-cul est un casse-couilles qui s'ignore), mais merci.

Dr Devo 19/08/2007 11:41

Tout à fait, Cher Guillaume, je ne saurais dire mieux.
Dr Devo

Guillaume Massart 19/08/2007 02:27

Robert utilise l'aspect pellicule abîmée presque comme un personnage à part entière. Pour lui, ce film est comme une compilation de bobines qu'on aurait retrouvées et mélangées les unes aux autres pour recréer un long métrage. J'ai regardé autant de vieux films que possible, et j'ai lu tout ce que je pouvais sur le vieillissement de la pellicule. (Rodney Brunet, infographiste) Planète Terreur comme found footage de luxe, j'y avais pas songé... Je monte Planète Terreur comme bon me semble, et c'est ce qui est génial avec un tel film, qui se doit d'être en mauvais état. je peux faire des raccords abrupts, et je n'ai pas besoin d'être élégant. (Robert Rodriguez) J'aime bien cette profession de foi d'inélégance, d'impolitesse, et je suppose que ça vous plaira aussi, Docteur, vous qui aimez les films malpolis!

Dr Devo 16/08/2007 13:38

Sur ce dernier point, cher Guillaume, nous sommes d'accord et pas qu'un peu!
Salutations!
Dr Devo.